La vente aux enchères
Les yeux rivés à travers la vitre teinté de la voiture, Jessica observait, dépitée, la foule qui s'était massée de part et d'autre du long tapis rouge. Dès lors qu'elle remarqua l'ombre du chauffeur, elle prit une profonde inspiration, se préparant psychologiquement à faire face aux journalistes et à tous ces gens fan de célébrité.
À présent debout hors de la berline, elle plaqua un large sourire sur ses lèvres carmin, affrontant du mieux qu'elle le pouvait le déferlement de flash qui avait accueilli son arrivée.
Les dents serrées, elle priait intérieurement pour que cette mascarade se termine le plus rapidement possible, car elle souhaitait retrouver la quiétude de son atelier. Malheureusement, lorsqu'elle sentit la poigne chaude de son père venir se glisser sur son bras nu, elle comprit que sa présence ne ferait qu'accentuer son calvaire.
- Tu es très en beauté ce soir ma chérie, murmura-t-il à son oreille, avant de déposer un baiser tendre sur sa joue.
Un soupir las s'échappa discrètement de ses lèvres, alors qu'il l'entraîna avec lui jusqu'aux marches, sous le déferlement des cris et des photos intempestives. D’un petit geste, il la poussa sur le devant de la scène pour offrir une publicité gratuite à la marque de luxe Guess qui lui avait gracieusement offert la robe qu'elle portait pour cet évènement.
Étrangement, elle se trouvait jolie avec cette longue robe de soirée bleue qui rehaussait son teint blanc et qui s'ajustait à sa longue chevelure rousse coiffée en chignon. Comme si la marque connaissait son dégoût pour ce genre d'événement, il avait confectionné un tissu stretch lui offrant une liberté de mouvement. Seul bémol à son goût était ses deux fines bretelles qui maintenaient le col en V qui lui donnait l'illusion qu'à chacun de ses pas, ses seins allaient s'échapper du tissu.
Après plusieurs minutes de ce shooting improvisé, elle put enfin disparaître à l'intérieur du bâtiment, effaçant au passage son sourire forcé. Du bout des doigts, elle massa ses zygomatiques douloureux, avant de réaliser que son paternel avait pris la tangente.
Était-ce vraiment étonnant de sa part ? Il faisait acte de présence à ses côtés que quand cela lui était profitable. Elle savait que depuis la mort de sa mère, il avait pris ses distances avec elle. Elle savait très bien qu'elle n'était là que pour le faire briller dans la haute société.
En sa présence, elle se sentait toujours responsable de la mort de sa mère, pourtant qu'aurait pu faire une enfant de onze ans face à la maladie. Si seulement, elle en avait eu le pouvoir, elle aurait remué ciel et terre pour garder avec elle. Cela aurait également peut-être pu éviter la fuite de son meilleur ami qui à son tour avait rompu sa promesse.
Ne souhaitant pas se laisser envahir par le désespoir, elle se mordit vigoureusement la lèvre, avant de redresser fièrement la tête. À présent, elle était une femme forte et indépendante et ce soir, elle le prouverait à tous ces gens.
Avec une nouvelle détermination, elle s'engagea dans l'ascenseur qui s'ouvrit de nouveau quelques secondes plus tard. Elle fut aussitôt happée par l'immensité de la salle qui arborait des subtiles touches de blancs et de noires, ainsi que par la musique classique qui venait couvrir le brouhaha ambiant.
N'ayant d'autre choix que de se mêler à la foule, elle laissa ses escarpins noirs glisser sur le sol dont son effet miroir reflétait les quelques lustres qui habillaient le plafond.
Comme son père le lui avait appris, elle adressa de chaleureux sourires à des convives qu'elle connaissait de réputation et de par les relations de son père, mais cela ne faisait que renforcer sa solitude.
Fatiguée de jouer la comédie, elle s'empressa de faire un tour du côté du bar, où elle s'empressa de se faire servir un russe blanc dans lequel, elle trempa aussitôt ses lèvres. Un sourire satisfait se dessina sur ses lèvres, alors qu'elle ferma ses paupières se laissant happé par le mélange doux et amer qui glissa dans sa gorge.
Revigorée par la chaleur de l'alcool qui s'insinua dans son organisme, elle rouvrit les yeux qui se posèrent sur le ciel étoilé qu'elle percevait à travers les immenses baies vitrées. Mais ce n'étaient pas celle-ci qui la faisait vibrer, mais bien ces lumières nocturnes qui illuminaient la grande métropole de New York.
Elle songea aussitôt à sa meilleure amie Gwen qui elle en été sûre aurait adorait cette vue, car tout comme elle, elle était amoureuse de cette ville lumière qui ne dormait jamais.
Elle se demandait à présent, pourquoi, elle n'avait pas plus insisté auprès de son père pour lui obtenir une invitation. Au moin elle se serait sentit beaucoup moins seule et elles auraient discrètement critiqué chacune des personnes présentes. Elle avait conscience que c'était une attitude immature et malveillante, mais au moins elle aurait passé une soirée agréable.
Mais la soit disant excuse qu'il lui avait donnée, était qu'elle ne se serait pas sentie à sa place, car elle ne faisait pas partie de leur monde. Certes, Jessica avait grandis au milieu de tous ces gens et de ce faste, mais elle ne sentait pas plus à sa place, car bien qu'elle vivait bien grâce à l'argent, elle aimait les choses simples. Son seul vrai plaisir était de passer des heures enfermés dans son atelier à confectionné des prothèses, simplement vêtue de ses vêtements de travail couverts de graisse.
Malheureusement quant on était la fille du célèbre Éric Karter, le biologiste réputé pour avoir prolongé la vie de certains malades du cancer, grace à un nouveau médicament, on se devait de faire bonne figure. Et cette soirée ne faisait pas exception à la règle, surtout qu'elle n'avait pas put refuser l'invitation, lorsqu'elle avait apprit qu'il s'agissait d'une association pour aider les militaires. Cause qui la touchait plus particulièrement.
Postée dans un coin de la pièce, son verre à présent vide, elle continuait d'observer les invités, priant intérieurement pour que tous ces gens aux portefeuilles bien remplis, auraient assez de bonté pour se délester de quelques milliers de dollars.
Le sourire aux lèvres et perdu dans ses pensées, elle jouait machinalement avec le cristal entre ses doigts, lorsque son attention fut attirée par l'oscillation de la luminosité ambiante. Relevant son visage pour en comprendre la raison, elle comprit que le repas était sur le point d'être servit. Elle s'empressa donc de rejoindre sa place qu'elle avait repérée quelques minutes plus tôt. Elle pouvait entendre ses pas résonner sur le sol, alors que la musique ambiante se faisait plus diffuse, tandis qu'elle slalomait entre les grandes tables rondes pour rejoindre sa chaise.
Elle ouvrit de grands ronds face à cette magnifique décoration qui trônait au centre de la table. Certes, celle-ci n'était pas fastueuse, mais les roses noires aux reflets d'or contrastaient avec la blancheur immaculée de la nappe, offrant une simplicité bienvenue dans tout cet étalage de luxe.
Ne pouvant se permettre d'être le centre d'attention des autres convives, elle s'empressa de prendre place, remarquant aussitôt l'absence de son voisin de droite, la soulageant aussitôt d'un poids pesant. Malheureusement pour elle, celui de gauche était bien présent, il tenta même d'engager la conversation.
À son grand malheur, la bienséance avec laquelle on l'avait éduqué, la poussa à se tourner vers lui pour lui adresser son plus faux sourire. D’une oreille distraite, elle l'écoutait lui balancer son pedigree au complet, tandis que les yeux vagabonds de Jessica observaient son environnement jusqu'à ce que son attention soit attirée par le maître de cérémonie qui avait prit place devant le pupitre où était écrit en grosse lettre US Army.
l'homme remercia aussitôt chacun des organisateurs, tout autant que les invités qui avaient fait acte de présence. Il annonça également que le repas serait servi quelques instants et qu'après celui-ci débuterait la vente aux enchères, espérant que celle-ci rapporterait une somme importante à l'association.
Alors que Jessica se déléctait de ce délicieux festin, elle remarqua la place à sa droite restait inlassablement vide. Bien que mu par une certaine curiosité, elle ne chercha pas à savoir qui était le chanceux échappant à cette corvée mondaine. elle était bien trop occupée à faire acte de présence dans le monologue de son autre voisin, dont elle avait prit le temps d'observer entre deux gorgé de champagne. Heureusement qu'il avait un physique plutôt avantageux avec ses deux grands yeux bleus et ses cheveux blond légèrement en bataille, car son discours était d'un plat et ennuyeux, si bien qu'elle avait à de nombreuse reprise retenu un bâillement.
À son plus grand bonheur, la voix d'un homme résonnant dans un micro, coupa court à son babillage, obligeant tous les regards à se tourner vers lui. Des applaudissements fusèrent dans la salle, alors qu'il félicité l'association pour les avancés médicale dans le secteur de l'armé.
Comme, Jessica pouvait si attendre, l'autocongratulation était de mise, oubliant par la même occasion les petites mains qui étaient les vrais héros de cette réussite. Blasée, Jessica porta une nouvelle flûte de champagne à ses lèvres, lorsque l'écho de son nom vint résonner dans la salle.
N'ayant pas écouté le moindre mot de ce qui venait d'être prononcé, elle écarquilla de grands yeux ronds, alors qu'on l'invita à rejoindre la scène, sous les applaudissements de la salle. Elle put à peine distinguer un sourire ravi sur le visage de son voisin qu'elle fut éblouie par le projecteur qui se focalisa sur elle.
- Mademoiselle Karter, ne soyez pas timide. Venez me rejoindre, appela l'homme d'une voix douce. Je voix qu'elle n'ai pas décidé à venir. applaudissez la plus fort pour l'encourager.
N'ayant pas vraiment le choix, la jeune femme ingurgita son verre, avant de se lever et de rejoindre le plus dignement l'estrade, alors qu'elle sentait l'alcool s'infiltrant dans ses veines rougir ses pommettes. Alors qu'elle avait la sensation que la pièce tanguait légèrement autours d'elle, elle priait intérieurement pour ne pas faire de maladresse, car elle savait que son père le lui ferait payer.
- Merci pour votre participation, déclara l'homme qui attrapa délicatement sa main pour l'aider à monter les quelques marches. Messieurs, je vous présente notre première candidate. Elle s'est portée volontaire, pour offrir une soirée à l'heureux élu qui offrira la plus grosse enchère.
- quoi ? s'exprima-t-elle surprise par cette révélation.
Elle venait enfin de comprendre que l'un des lots de la vente aux enchères était elle même. Les poings serrés de colère, elle avait presque envie de frappé l'homme qui maintenait toujours son poignet entre ses doigts. Elle ne comprenait pas comment au Vingt et une siècle on pouvait pratiquer encore ce genre de chose. Alors qu'elle était sur le point de protester, elle remarqua à travers la foule le regard de son père qui reflétait son autorité naturelle sur elle.
Ne pouvant rien faire contre lui, elle n'avait d'autre choix que de lui obéir. Certes, à présent elle était une adulte indépendante, mais même si son père l'avait rejeté, elle était en quelque sorte prisonnière de son autorité.
- C'est un plaisir pour moi de participer, mentit-elle en desserrant la pression de ses doigts.
- à présent laisser moi vous présenter à tous ces prétendants d'un soir. Vous avez face à vous cette magnifique jeune femme qui porte le doux nom de Jessica Karter, présenta-t-il le micro aux lèvres. N'étant que peu présente lors des soirées officielles, certain d'entre vous ne la connaisse pas vraiment. Il s'agit tout simplement de la fille de notre cher ami Éric Karter, biologiste de renom. Elle n'a pas que pour son seul talent sa beauté. du haut de ses vingt cinq ans, elle est diplômée de la prestigieuse université Caltech en tant que major de sa promotion. elle possède sa propre entreprise qui est côté en bourse et qui l'un de nos fournisseurs officiel de matériel médical prothésiste. C’est une grande sportive, elle n'aime pas beaucoup les voyages, mais c'est une grande travailleuse qui vit principalement à Manathan. Et l'information la plus importante. C'est un cœur à prendre. Messieurs, à vos portefeuilles, l'enchère commence à cent mille dollars.
Jessica, agacée par toute cette présentation pompeuse leva discrètement les yeux au ciel, pourtant elle ne laissa rien paraître de ses sentiments, alors qu'elle entendait à quelle vitesse les enchères étaient en train de grimper.
À travers l'obscurité, elle distinguait à peine les mains qui se levaient, malgré cela, elle entendait distinctement chaque somme prononcé, jusqu'à ce que celle-ci atteigne neuf cent mille dollars.
Elle en avait presque le tournis en les entendant miser sur elle telle un objet de collection. La sensation d'être sur un marché à esclave était palpable. Plus qu'à l'exploser complètement nue, tout en présentant la qualité de ses dents et ce tableau passéiste à vomir serait au complet.
Dégoûtée par ces charognards, elle observait avec une attention particulière le marteau qui sonnerait le glas de cette mascarade rétrograde. Elle retint soudainement son souffle lorsque le chiffre trois vint résonner à ses oreilles, mais que le maillet se stoppa à quelque centimètre de son socle.
- J'offre deux millions, entendit-elle s'élever au dessus du brouhaha ambiant qui la força à retenir son souffle un peu plus longtemps.








