Un vrai Noël pour Jade

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Résumé

Les miracles ne se limitent pas aux romances et aux films de Noël ; ils se révèlent aussi dans les instants ordinaires de notre vie. 15 ans que Jade a tourné le dos à Noël et se réfugie auprès de Lulu, sa grand-mère, à la recherche de tranquillité. Sauf que cette année, celle-ci prédit l'arrivée d'invités pour le réveillon. Le scepticisme de Jade s'effrite lorsque l’aïeule, sujette à des visions, vole au secours d’étrangers, victimes d'un accident près de leur maison. En cohabitation forcée, elle doit s’accommoder de la présence de Sebastian, un Argentin troublant, de Clara, son adorable filleule et de l’étrange comportement de Lulu. Et si ce Noël, riche en surprises, révélations et émotions, devenait le plus mémorable de la vie de tous les protagonistes, comme l’annonce Lulu ?

Genre :
Romance
Auteur :
MarieAnjoy
Statut :
Terminé
Chapitres :
55
Rating
4.8 10 avis
Classification par âge :
16+

Prologue

Jade 12 ans

Comme tous les ans, nous voilà en route pour rejoindre mamie Lulu et papi Hector, dans le Vercors, là où sont nés mes parents. L’endroit est magnifique, surtout à Noël. Pour moi surtout, beaucoup moins pour ma sœur qui maintenant trouve que c’est trop loin de tout. C’est vrai. La maison est plus près de le forêt que du village. Et, je m’en fiche un peu. Eté comme hiver, j’aime venir pour les vacances, monter jusqu’au lac pour me baigner au beau temps, aller marcher avec papi ou même rester à regarder le tapis de neige, si beau que je n’ose pas marcher dessus. J’aime aussi rester assise devant la fenêtre, à boire le chocolat chaud de mamie. Personne ne le fait aussi bon qu’elle. Je peux rester des heures à observer les flocons qui virevoltent à l’extérieur, assise dans la pièce qui sent bon le chocolat, le feu de cheminée et le sapin. Rien que d’y penser, je me languis d’être arrivée. Je connais la route par cœur, alors je sais combien de temps il reste.

À côté de moi, Myrna boude, scotchée à son téléphone. Elle n’est pas contente parce qu’elle voulait rester à Paris, chez Stéphanie, sa meilleure amie et sœur de son petit copain du moment : Hugo. Mais maman n’a pas voulu parce qu’elle dit que Noël se fête en famille avec nos grands-parents, enfin ceux qui restent. Les parents de papa ne sont plus là, je les ai pas connus. Eux aussi habitaient le Vercors, au même endroit qu’Hector et Lulu. C’est pour ça que tout le monde nous connaît au village. Et depuis qu’on vient, j’ai même des copines, une surtout : Ludivine. Papa aimerait bien qu’on ne soit pas obligé de venir tous les ans. J’ai compris que lui et papi ne s’entendent pas très bien, parce qu’ils se disputent souvent pendant qu’on mange. Quand on reprend la route vers Paris, mon père se plaint des remarques de mon grand-père sur la façon dont il nous élève. Hector dit souvent : « ses gamines sont outrageusement gâtées, inconscientes de la valeur de l’argent ». Il commence toujours par « de mon temps », ce qui nous fait rire, ma sœur et moi. Même si je moque un peu, j’adore mon papounet et les discussions de grands, ça m’intéresse pas. Ce qui compte, c’est d’être là-bas, chouchoutée par lui et Lulu.

Alors que l’on est presque arrivés papa annonce :

— Je te préviens qu’à la moindre réflexion, ce sera la dernière parce-que je ne remettrais plus les pieds ici !

Dans ma tête, je rigole, parce qu’il le dit à chaque fois et l’année d’après on descend quand même.

— Si ça pouvait être vrai ! marmonne ma frangine entre ces dents.

— Myrna ! m’exclamé-je choquée tandis que maman soupire à l’avant.

— Je suis sérieux, reprend papa. J’en ai vraiment marre. C’est pas du plaisir ces Noëls, c’est une torture.

Pour le coup, ça m’inquiète, j’adresse alors une petite prière à Dieu : « Faites que tout se passe bien ». Myrna se marre en m’entendant.

— S’il écoutait ce qu’on dit, ça fait longtemps qu’on viendrait plus.

— Tu peux pas avoir demandé ça !

— Si ! Parce que ça me soûle de venir m’ennuyer. Et papi est vraiment gonflant et hyper lourd en plus.

— C’est pas vrai !

— Si

— Non.

— Si, il rabâche toujours pareil !

— Ça suffit, les filles, nous gronde maman. On est arrivés, alors je compte sur vous pour bien vous tenir.

Comme d’habitude, mamie Lulu nous attend sur le perron, un tablier noué autour de la taille. Je me précipite dans ses bras et renifle son odeur de gâteau. Myrna grimace quand mamie la serre un peu trop contre elle. Maman qui l’a vue lui fait son regard noir, et ma sœur lève les yeux au ciel en retour avant de disparaître dans la maison.

— Elle ne voulait pas venir, alors elle est de mauvaise humeur.

— Hum, c’est compliqué à cet âge, l’excuse mamie. Tu n’étais pas non plus très commode à 15 ans.

— Moi, je serais trop malheureuse si on venait plus, déclaré-je, en franchissant le seuil, pour courir d’aller embrasser mon grand-père.

Comme prévu, je le trouve devant le sapin que nous allons décorer ensemble. C’est un peu tard pour le faire, mais papi sait comme j’aime ça, alors il m’attend, même si nous sommes déjà le 24 décembre. J’aimerais bien venir plus tôt, mais papa ne veut pas.

— Papounet ! m’écrié-je ! Il encore plus grand que d’habitude ! C’est celui que j’ai marqué, hein ?

— Regarde par toi-même.

Et en effet, c’est bien mon arbre, celui que j’ai choisi cet été, tellement grand qu’il frôle le plafond.

— Oh papi ! Je suis trop contente ! m’exclamé-je en me jetant dans ses bras.

— Ah, qu’est-ce que je ne ferais pas pour toi.

En tant que petite-fille chouchou, j’en profite. Mamie lui dit souvent « c’est pas bien de faire des préférences ». Mais ma sœur s’en moque. En tout cas, c’est ce qu’elle dit.

Après un énorme câlin pour le remercier, je rejoins maminette dans la cuisine pour l’aider à mettre la table, pendant que mes parents montent à l’étage et que Myrna s’installe dans le fauteuil devant la cheminée. Moi aussi, j’aime cette place, mais parce que j’adore regarder les flammes danser. Elle, c’est son téléphone qu’elle aime regarder.

— Encore sur ton téléphone ! marmonne mon grand-père au moment où je vais quitter la pièce.

Je m’arrête pour écouter ce que va dire Myrna en espérant qu’elle se taise plutôt, parce que ces derniers temps elle est pas très gentille et maman s’en plaint à ses amies. J’espère que quand j’aurai son âge, je serai pas comme elle. Je n’aime pas voir ma mère triste. Alors, j’implore ma frangine du regard, mais, toujours sur I Phone, elle ne me voit pas. Je respire, soulagée de voir qu’elle ignore la remarque de papounet. Lui, hoche la tête et marmonne dans sa belle barbe blanche. Lorsque je me retourne, je tombe sur mamie les mains sur les hanches et je comprends qu’elle a dû demander à papi de ne pas provoquer de fâcheries. Je souris, contente qu’il n’y en ait pas dès notre arrivée. Je veux passer une belle soirée et c’est mieux quand il n’y en a pas.

Après la décoration du sapin sans ma sœur, partie s’enfermer dans sa chambre, papi m’emmène faire de la luge. Lorsque nous revenons, mes parents sont de bonne humeur. On dirait que Dieu a écouté ma petite prière.

Pendant le repas, tout le monde rigole, sauf Myrna qui souffle un peu trop fort aux histoires racontées par notre grand-père. Son « de mon temps » arrive pour parler de ses Noëls, à une époque où y n’avait pas beaucoup d’argent et donc de cadeaux. Je souris et essaie d’attirer l’attention de ma sœur qui envoie des textos à Hugo. Comme je suis juste à côté d’elle, je peux voir qu’elle lui dit passer « une mortelle » soirée, que le vieux est plus lourd que jamais avec des histoires dont tout le monde se fiche. J’ai envie de lui dire que c’est pas vrai, mais elle va m’engueuler pour avoir lu ses messages.

— Et de mon temps, reprend Hector, on ne mangeait pas en pianotant sur un portable.

— De ton temps, ils n’existaient pas, répond sèchement Myrna, sans lever les yeux.

— De mon temps, répète papi, nous respections nos aînés. Evidemment, nous étions éduqués en conséquence.

— Je vais chercher la bûche ! annonce soudain maminette. Et si tu allais au cellier choisir une bouteille de liqueur de génépi ?

Même moi, je sens qu’un vent de dispute flotte dans l’air et qu’elle va d’arriver si papa répond. Alors, je croise les doigts pour qu’il se taise, pour que ce qu’il a dit dans la voiture n’arrive pas. Comme je préfère ne pas savoir, je me lève pour aider mamie. À notre retour, je vois que papi n’a pas bougé et que c’est ma mère s’énerve maintenant.

— Myrna, pose ce téléphone tout de suite ! exige-t-elle.

Mais ma sœur n’obéit pas. Maman se tourne alors vers papa qui serre tellement fort les couverts que je me demande s’il ne va pas les casser. Il est très en colère et je ne comprends pas pourquoi n’intervient pas. Pourtant, lui non plus n’aime pas que Myrna garde son téléphone à table. C’est même interdit.

— Ta mère t’a donné un ordre ! crie alors mon grand-père en frappant violemment la table d’un coup de poing.

— La bûche est là, dit mamie tandis que papi tend le bras pour attraper le téléphone.

Dans la bagarre entre lui et Myrna, il s’envole et atterrit sur le dessert glacé qui échappe à ma grand-mère, surprise de le voir arriver sur elle. Plus personne ne bouge, puis ma sœur, papa et papi se mettent à hurler en même temps. Seules, mamie et moi, restons muettes tandis que maman pleure, ce qui énerve encore plus grand-père.

— Tout ça n’arriverait pas si la jeune génération n’était pas grossière et mal élevée. C’est ta faute, ça !

Le mot de trop pour papa qui se lève si brusquement que sa chaise se reverse et retombe dans un bruit épouvantable

— On s’en va ! déclare-t-il en jetant sa serviette sur la bûche renversée sur la belle nappe blanche, un petit délice, mon dessert de Noël préféré.

Je me mets alors à pleurer devant ce réveillon gâché, moi qui aime tellement cette fête. J’ai peur qu’il n’y en ait plus, qu’on ne vienne plus jamais ici. Alors je refuse de partir avant la fin des vacances, comme c’était prévu.

J’ignorais à ce moment-là que je ne partirai de cet endroit qu’à mes 20 ans, que plus jamais je ne fêterai Noël jusqu’à ce qu’un événement inattendu se produise bien des années plus tard.


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