Prologue
C’est terminé.
Trois mots qui, plutôt que de le soulager, lui broient les entrailles. Peut-être que quelque part il n’ose pas y croire. La patience a été sa plus grande vertu mais il n’est jamais arrivé à voir le bout du chemin. Maintenant qu’il y est … Qu’ils y sont, le monde de la cultivation va pouvoir entrer dans une nouvelle ère. Pour certains un espoir de rédemption, d’un pardon timide et d’une nouvelle vie. Pour d’autres, leurs sentiments et croyances ont été balayés par un torrent de mensonges, de sacrifices et de duperies. Personne n’en sort indemne parce que l’espoir ne vient qu’après son lot de souffrance.
Au milieu des décombres, une main se saisit d’un couvre-chef noir dont le riche tissus qui a perdu sa splendeur, comme son possesseur. Poussiéreux, froissé, troué … Un destin ironique pour ce couvre-chef qui symbolisait la gloire et le pouvoir.
Nie Huaisang se redresse, observant le tissu, seul symbole restant d’un homme qui a toujours été si avide de grimper les marches sans tomber. En fin de compte, il a trébuché une troisième fois. Une dernière fois. Il a été dupé par celui qui aurait dû représenter le moins de danger pour lui. Dans une autre vie, ça aurait été le cas. Mais voilà, il s’en est pris à la mauvaise personne … Huaisang ne s’occupe que de ses affaires.
Il sort du temple, des cris attirent son attention. Ce n’est que le jeune Jin Ling qui hurle son droit d’avoir de la peine. De la déception, de la tristesse, de la colère, de l’injustice … Il comprend parfaitement tous les sentiments qui doivent se bousculer dans le cœur de l’adolescent. Jin Guangyao a été capable du pire comme du meilleur. Surtout auprès des personnes qui lui ont été les plus proches.
Pleure, Jin Ling, pleure. Quand tu ne seras plus capable de pleurer, c’est que tu seras assez bas pour pouvoir te relever. Quand il n’y a plus de larmes, la détermination peut naître.
Sans un mot face à cette scène tragique, Nie Huaisang glisse le couvre-chef dans sa robe. Son regard croise celui de Wei Wuxian, son sourire affiné lui confirme qu’il en sait plus que les autres, que ses questionnements mettaient des mots sur ce qui, maintenant, lui paraissait évident. Ah, est-ce que ça fait de Nie Huaisang une mauvaise personne ? Ça ne lui importe pas. Pour accomplir son objectif, il a dû faire des choix discutables et d’autres terribles, à la recherche de certaines vérités, et tout en guidant un duo vers cette même vérité, matérialisée par plusieurs morceaux de corps. Il avait fait ce qu’il avait à faire, c’est tout. Au bout du compte, son frère ne trouvera jamais le repos, son âme arrachée en même temps que son corps, mais si derrière toute sa colère, il peut lui accorder un peu de paix … Sache, toi qui a toujours été un homme droit, que justice a été faite. Nie Huaisang se retourne vers le temple, où le cercueil est scellé, enfermant les corps de Nie Mingjue et Jin Guangyao. Oh comme il aurait aimé le garder auprès de lui … Demander à Wei Wuxian de rendre la conscience de Nie Mingjue ? Ce serait égoïste. Nie Mingjue aurait souffert d’être devenu une abomination … Et peut-être que son esprit était trop féroce pour être raisonné … Quoi qu’il en soit, Nie Huaisang est obligé de le laisser partir. C’est tout ce qu’il a pu faire pour lui. Lui rendre son corps, faute de repos. Espérons qu’il souffre moins. Une larme coule sur sa joue. C’est enfin terminé.
C’est enfin terminé. Il peut aller de l’avant.
Huaisang se retourne, pour voir Wei Wuxian partir avec Lan Wangji, et Jiang Cheng avec son neveu, sans un regard en arrière. Ils sont proches et si loin. A jamais inaccessible. C’est terminé mais pour lui, rien n’a changé. Ce n’est pas si grave n’est-ce pas ? Tout ce qu’il a fait est pour son Da-Ge et jamais Huaisang ne s’autorisera à être heureux alors que son frère est une bête féroce scellé dans un cercueil. Non, ce n’est pas si grave. Ce n’est pas si grave. Depuis la mort de Nie Mingjue, il est seul, il a déjà perdu son tout, alors il n’a besoin de personne. Il n’a pas besoin d’eux.
Le soleil est haut dans le ciel et à l’aube de cette nouvelle ère, Nie Huaisang sait ce qu’il a à faire. Il passera le reste de sa vie à être la fierté de son frère. Il sera le véritable Zongzhu de Qinghe. Après tout, il a dans les bras, une épée polie depuis plus de 10 ans. Elle s'est abattue et maintenant, est prête à redresser sa secte.