1. L'aventure commence
ISAAC
— Cali : Alors ? T’es prêt ?
À vrai dire, ce n’est pas le genre de question que je préfère et elle est au courant. Donc, pour tenter de me canaliser, je ferme les yeux et prends une grande inspiration avant de planter à nouveau mes iris dans les siens.
— Isaac : Tu sais très bien que ce n’est pas une question que tu peux me poser, ça.
Sans attendre plus longtemps, ma brune se marre et se jette dans mes bras comme pour me réconforter à sa façon.
— Cali : Disons que c’est une vengeance personnelle.
Yeux dans les yeux, j’arrive à y déceler toute la fierté qui l’anime. Pourtant, à cet instant, je ne rêve que d’une seule chose : faire demi-tour.
— Cali : Tu sais, moi ça ne me gêne pas de dire ce qu’il se passe dans ma vie à mes parents. Au contraire, pour moi, c’est une notion de partage.
Je lève fixe le plafond tout en la gardant enlacée à l’intérieur de mes bras. Même si ça m’emmerde de l’admettre, je dois me rendre à l’évidence. Cette fois, c’est elle qui mène la bataille.
— Isaac : Ouais, ben, vas-y mollo quand même. Moi, j’aime pas ça.
Elle me fixe avec ses airs de femme enfant avant de sceller ses lèvres aux miennes. Ce moment agréable est de courte durée lorsque mes pensées se reconnectent à la réalité. Putain ! J’ai encore du mal à croire que je vais rencontrer sa famille. C’est typiquement le genre d’étape où je ne suis pas prêt. Tout simplement parce que je n’ai jamais souhaité passer ce palier avec les autres.
— Cali : T’en fais pas mon chat, ça va bien se passer ! Et puis, vois le côté positif, eux ne nous ont pas surpris en train de faire l’amour.
Sans plus attendre, je la compresse davantage contre mon corps et plante mes crocs sur la pointe de son épaule pour dissimuler au mieux mes états d’âme. Ma jolie brune rit au creux de mon tympan tout en jouant avec mon anneau à l’oreille. Dans tous les cas, il est clair que si j’avais vécu cette situation avec ses vieux, je n’aurais pas été aussi courageux qu’elle. J’aurais fui, ça, c’est une certitude.
— Isaac : Ne fais pas la maligne, n’oublie pas que mes parents adorent les anecdotes. C’est bien le genre de conneries qui pourraient sortir en toutes circonstances, et surtout, sans avoir aucune gêne.
Lorsque je déballe mes propos, mes phalanges glissent sous son t-shirt. Aussitôt, une vague de frisson s’empare de sa peau pendant qu’un rictus satisfait anime mes lèvres.
— Cali : Hm, hm, d’accord. Mais, là, ce n’est pas mon jour de fête. C’est le tien, mon joli.
Après m’avoir envoyé son pique bien placé, Cali me donne un bisou rapide et sort de mes bras pour attraper son sac. Bien entendu, il me reste quelques minutes à attendre puisqu’elle vérifie si elle n’a rien oublié. Ma copine n’a vraiment aucune mémoire, pire qu’un poisson rouge. Mais, ça la vexe quand je le souligne.
— Isaac : C’est bon, Dori ? T’es prête ?
En guise de réponse, j’ai droit à son levé de majeur accompagné de sa fameuse grimace.
— Cali : On va voir comment tu vas réagir quand tu vas rencontre le papa de Dori ! Je t’assure que ça ne sera pas la même.
Elle balance son sac sur son épaule avec sa roulée au bec. Son pas est déterminé quand il s’agit de se diriger vers la sortie de mon appart'. Cali en profite pour me pincer les joues avant de fermer officiellement ma porte à clé. Maintenant, c’est parti, direction le trou paumé.
Une fois dans la voiture, j’allume le chauffage pour nous régénérer. En l’espace de quelques secondes, nous sommes trempés de la tête aux pieds à cause de cette pluie diluvienne. Du coin de l’œil, j’observe ma jolie brune remettre sa frange en place tout en râlant face au miroir ridicule du pare-soleil.
— Cali : Arrête, Is. Je te vois...
— Isaac : Je n’ai rien dit encore, je te signale.
— Cali : J’anticipe. Et puis, je sais déjà ce que tu penses.
Un sourire la surprend dès l’instant où ma main se loge à l’intérieur de sa cuisse. Tout en se pinçant le bord de sa lèvre, elle cesse de se coiffer pour se rouler une clope. La flamme de son briquet embrase celle-ci avant qu’elle ne la place entre mes lèvres.
— Cali : Tiens avant que tu me la réclames.
— Isaac : Beau travail, copilote !
— Cali : Faut surtout dire que t’as de la chance d’avoir une copine si mignonne.
Son regard est rempli de malice et je l’aime encore plus ainsi. Quand nous sommes ensemble, on dirait littéralement deux gamins. Mais, à la différence d’avant, ce sont deux gosses heureux qui vivent pour ce qu’ils ont véritablement envie. Et ça, c’est ce qu’il nous a manqué depuis le départ.
— Isaac : Même si ça me fait chier de l’admettre, tu as raison. J’ai de la chance de t’avoir.
Ses joues rougissent à vive allure pendant que ses pupilles pétillent de bonheur. Depuis que les choses sont dites et que les barrières sont brisées, je peux dire ce que je pense sans avoir peur des conséquences. Et bordel, ça fait un bien fou !
J’attrape sa main et la dirige vers mes lèvres pour lui poser un doux baiser. Trois mois, c’était long. Alors, je suis bien content de la retrouver. Au final, même si ce n’est pas chose évidente pour moi, j’ai su m’adapter à cette notion de relation à distance. Et si j’en suis là, c’est grâce à Alma qui m’a été d’un sacré soutien.
— Cali : Moi aussi, j’ai de la chance de t’avoir.
À cet instant, je ne peux que lui rendre son sourire. Maintenant que le moteur est en marche, nous voilà partis pour une nouvelle aventure, à deux. Silencieux sur les premiers kilomètres, j’ai besoin de lui partager les araignées qui se forment à l’intérieur de mon crâne. Moi, qui d’habitude n’a pas de soucis avec le stress, dans ces conditions, c’est une autre paire de manche. Ce domaine de l’inconnu est littéralement tout ce que je déteste.
— Isaac : Bon, j’espère que tes parents vont m’apprécier... Parce que franchement, tu sais que je suis à chier pour ces trucs-là.
Du coin de l’œil, je capte son rictus beaucoup trop apparent. C’est typiquement le signe d’une fille qui est ravie d’inverser les rôles. Après tout, elle a déjà fait le plus dur en rencontrant les miens. Même si, je lui accorde, les circonstances étaient plus étranges et aléatoires.
— Cali : C’est fou, c’est la première fois que je te vois aussi peu sûr de toi...
— Isaac : Ouais, ben... Moi aussi c’est la première fois que je me sens aussi peu sûr. Surtout depuis que tu m’as dit que ton père était le sosie de Bruce Willis.
Cali explose de rire et s’étouffe en voulant recracher son nuage de fumée.
— Cali : Arrête de t’inquiéter ! C’est un gros nounours en vrai, j’t’assure !
C’est facile d’être autant à l’aise quand on est la fille de son père. Mais, il ne faut pas se leurrer... Lui le premier truc auquel il va penser en me voyant, c’est que je couche avec sa petite princesse. Alors, il est certain qu’il ne sera pas aussi attendri par ma rencontre. Contrairement à mes vieux qui ont adopté Cali bien avant qu’on soit ensemble.
— Cali : Après, je vais être honnête, il n’est pas très causant au premier abord. Il préfère observer en premier lieu, mais ça fait partie de son caractère.
Voilà, ça confirme bien ce que je pensais.
— Cali : Mais, une fois qu’il te connaîtra, tu verras, il va se lâcher et faire ses blagues bidon. Tu ne seras pas trop dépaysé puisqu’il a un peu le même humour que ton père.
— Isaac : Wow, attends... T’es en train de te moquer de JP ? Tu sais très bien que ce genre de choses ça sera répété et amplifié aux prochaines retrouvailles.
Ma jolie brune me fixe les yeux grands ouverts avec la bouche entrouverte. J’aime bien prendre un air sérieux en lui sortant ce style de conneries nazes. Avec sa naïveté aux couleurs innocentes, elle tombe souvent dans le panneau. Je vais devoir la briefer pour être plus méfiante, je crois.
— Cali : Alors là, t’es dégueulasse si tu fais ça !
Il m’est impossible de retenir mon sourire plus longtemps.
— Isaac : Attends, je viens de me rappeler d’un truc... C’est bien toi qui as inventé la team premier degré non ?
— Cali :Tu vas voir la team premier degré ce qu’elle va te faire quand elle sera réunie. Crois-moi, ça aussi ça va te faire bizarre.
Cali retire sa main de la mienne avant de se positionner de côté pour admirer le paysage. En la connaissant, elle agit ainsi pour capter toute mon attention. Même si elle imagine être une boudeuse professionnelle, elle est naze pour ça. Et, mes pensées se confirment lorsqu’elle me lance de rapides coups d’œil en coin.
— Isaac : T’es au courant que tu ne sais pas faire la gueule ?
— Cali : Je m’en tape. Et, tu sais pourquoi ?
— Isaac : Vas-y, exprime-toi.
— Cali : On verra bien la gueule que t’auras demain quand tu seras à l’anniversaire de Max.
Pour le coup, c’est un détail que j’ai préféré oublier. En effet, l’anniversaire de sa meilleure amie ne m’enchante pas vraiment. En plus, Cali et Max ont choisi la thématique des années 90. Bon, le côté positif dans l’histoire, c’est que je vais découvrir l’entourage de ma nana.
— Isaac : Ouais, ben, chaque chose en son temps, hein... Déjà, laisse-moi encaisser la rencontre avec Bruce Willis.
J’en profite pour lui pincer la cuisse pour ce dur retour à la réalité. À cet instant, j’ai besoin de toute son attention.
— Cali : Tiens, ça tombe bien que tu relances le sujet ! Mon père est fan du Cinquième Élément. Et, je dois dire que ça me donne une excellente idée de déguisement !
Pourquoi j’ai tendu le bâton pour me faire battre ? Hein ?
— Isaac : Quoi ? Tu veux te déguiser en Leeloo ?
Cali se tourne vers moi avec son joli rictus et commence à imiter la fameuse réponse de l’actrice principale.
— Cali : « LEELOO MINI LEKATARIBA LAMINATCHA EKBAT D SEBAT. »
— Isaac : « Bien, d’accord. Tout ça, c’est ton nom. »
En tout cas, ce film est un grand classique qui me tient à cœur. Dans mon enfance, j’ai été bercé par cette œuvre cinématographique également. C’est pour cette raison qu’il me reste encore quelques résidus des répliques.
Ce moment de complicité pousse Cali à s’agripper à mon bras pendant que je suis concentré sur la route. Avec ce comportement, je la vois venir à dix miles.
— Cali : Dis, tu ne veux pas être mon Korben ?
— Isaac : Bordel... j’en étais sûr et certain que t’allais me demander ça.
— Cali : Ben, quoi ? Ça serait trop cool en vrai !
— Isaac : Tu veux que je me déguise en Korben... Korben qui est joué par ton père. Euh, pardon, non ! Qui est joué par Bruce Willis.
— Cali : Rien à voir, mon chat ! Dans les années 90, Bruce avait des cheveux... Donc, ça fait toute la différence. Allez... Dis-moi oui, s’il te plaît !
Ma jolie brune se décroche de mon bras et allume Spotify. Il n’y a pas à chier, elle me veut à l’usure.
— Cali : Fais-moi confiance, avec ça tu ne peux refuser ma proposition. T’es prêt ?
Elle se mord la lèvre inférieure et meurt d’impatience d’entendre ma riposte positive.
— Isaac : En même temps, est-ce que tu me laisses véritablement le choix ?
Cali appuie sur play pour répondre à ma question. Évidemment, elle fout le morceau de The Diva Dance qui est une pure merveille dans le film. Tellement reconnaissable dès les premières notes. Par réflexe, j’augmente le volume pendant mes doigts tapotent sur le volant aux rythmes de la chanson.
— Cali : Je savais que ça allait te plaire ! Alors ? C’est OK ?
Ma main se décale pour se poser à nouveau sur sa cuisse.
— Isaac : Profite, mademoiselle... Parce que ça n’arrivera que pour cette fois.
Chacune de nos retrouvailles marque une nouvelle aventure. Mais ça me va, tant que c’est toi et moi.