Chapitre 1
Les terres arides du district Nord craquaient sous les lourds pas de l’Assemblée alors que celle-ci s’engouffrait un peu plus chaque seconde sur ce sol maudit par les dieux. La surface craquelée, témoignant des sévices infligés par les éléments déchaînés, donnait sens à l’ambiance macabre qui régnait depuis presque vingt ans sur ce territoire abandonné, laissant une sensation de malaise commun. La nature, reprenant peu à peu ses droits, tentait de masquer les cicatrices laissées par les conflits passés, mais les marques de la tragédie étaient encore trop fraîches pour être oubliées.
Pour les plus anciens, les images des abominations commises il y a deux décennies demeuraient inscrites dans leur esprit, ressurgissant à chaque coin de rue comme des spectres indésirables. Chaque fissure dans le sol, chaque amas de débris jonchant le paysage, chaque éclaboussure de sang séché réveillent des souvenirs douloureux de la guerre des éléments. Les atrocités commises étaient déchiffrables: des villages réduits à des tas de ruines, des champs autrefois fertiles désormais contaminés par la désolation, et des témoignages de cruauté insensée gravés dans la pierre. Ces horreurs représentaient l’apogée de la barbarie humaine, une sombre page de l’histoire dont les cicatrices ne se refermaient jamais tout à fait, rappelant à tous les survivants que le prix de la paix était souvent payé au prix du sang.
La cruauté des actes effectués n’était pas descriptible et ceux qui avaient encore en mémoire les visages de ces victimes ne trouvaient jamais les mots justes pour décrire ce macabre décor qu’était autrefois le district de la nation du Feu.
Ce conflit meurtrier avait eu pour effet le massacre intégral de la population qui vivait entre ces murs de pierres. Les meurtres commis semblaient inimaginables mais durant cette toute dernière bataille, plus une seule trace de vie ne fut enregistrée dans le district Nord. L’abolition de la nation du Feu était arrivée, une fin sanglante et impitoyable, marquée dans les hurlements, la souffrance, la peur, la haine et le désespoir.
Ce jour-là, l’humanité faisait face au jour le plus sombre de son histoire, submergée par les séquelles d’un passé empli de ressentiments. C’était le jour où cinq cent mille vies civiles avaient été englouties par la cruauté. Cinq cent mille existences volées, arrachées, violentées et profanées jusqu’à ce que le dernier souffle ne s’échappe et que la dernière goutte de sang ne coule. Ce génocide représentait l’incarnation de toute la noirceur de l’humanité et tout ce qu’il pouvait y avoir de plus mauvais chez l’Homme.
Alors que le jour déclinait, le vent se leva, mugissant à travers les décombres de la cité en ruines. Son souffle puissant balayait le silence pesant qui enveloppait les rues dévastées, un écho sinistre de la tragédie qui avait frappée. Les cris des oiseaux avaient depuis longtemps cédé la place à ce sifflement perçant, tandis que la cloche au-dessus de la porte principale du district tinta avec une tristesse palpable, ramenant à l’esprit des habitants les jours où elle sonnait quatre coups à la gloire des quatre nations élémentaires.
L’Assemblée avançait lentement à travers les décombres, leurs pas résonnant sur les pavés brisés. Arrivés au sommet d’une colline, elle s’arrêtait subitement, contemplant le spectacle désolant devant eux. La ville, autrefois florissante, gisait maintenant en lambeaux, un témoignage silencieux des horreurs du passé.
- « Tu vois Z, ces terres sont tout ce qu’il te reste comme héritage. Tu n’étais qu’un jeune enfant lors du génocide, mais crois-moi, les âmes de ceux qui ont péri errent encore dans les rues du district Nord. La ville n’a pas changée depuis la bataille. L’atmosphère oppressante de cette guerre est toujours présente, je la ressens au plus profond de mon être. » Le Major de l’Air brisa le silence, sa voix empreinte de solennité alors qu’il s’avançait depuis l’arrière du groupe pour poser sa main sur l’épaule de la jeune femme. « Prends le temps d’admirer ce paysage, grave-le dans ta mémoire. N’oublie jamais les horreurs qui se sont déroulées ici, et rappelle-toi toujours de qui tu es réellement. »
Le regard fixé sur l’horizon dévasté, les souvenirs des corps meurtris revinrent en force à l’esprit du Major Samuel, défilant devant ses yeux comme des spectres tourmentés. Un voile de gravité apparut sur son visage, reflétant la lourdeur de ses pensées.
Le Maître de l’Air maintenant sa main sur l’épaule de cette fille comme un geste de réconfort ne pouvait s’empêcher de ressentir la douleur qu’elle devait éprouver, et un sentiment de compassion venait remplir son âme toute entière. Vingt ans après le massacre, elle posait enfin les pieds sur sa terre.
Dans les yeux verts de cette jeune femme brûlaient une rage et une tristesse indescriptible, son visage était fermé et son corps tendu, figés dans le temps. Elle semblait avoir été gelée sur place, captivée par le paysage qui s’étendait devant elle. Son regard parcourait chaque détail de la ville, comme si elle cherchait à graver chaque recoin dans sa mémoire. Une nostalgie inconnue s’emparait d’elle.
Soudain, elle s’agenouilla, posant un genou à terre, la tête baissée, les épaules voûtées. Son regard scrutait attentivement la terre aride devant elle. Puis, délicatement, elle appuya deux doigts sur le sol, les laissant là un instant. Après un moment de recueillement, elle porta son index et son majeur à ses lèvres et déposa un baiser sur l’empreinte de la terre, là où la mort avait frappée vingt ans plus tôt. Lentement, elle se releva. Son expression faciale avait changé, son regard était encore plus sombre et une étincelle venait s’y installer, comme un soupçon d’espoirs.
- « Ce territoire est le mien, ces souffrances sont les miennes et cette histoire m’appartient. La nation du Feu renaîtra de ses cendres. Tant que je serais vivante ce clan perdurera dans le temps et je ferai en sorte qu’il retrouve sa grandeur passée. » murmura la jeune brune d’une voix empreinte de détermination qui semblait faire appel à la vengeance, ses yeux brillants de larmes retenues. Elle se tenait là, la dernière héritière de la nation du Feu, résolue à reconstruire ce qui avait été perdu et ce qui avait été détruit.
Il y a vingt ans de cela, deux jours après le carnage, le Général Herios, représentant des quatre nations, se rendit sur les lieux du désastre. Chargé de faire face à l’horreur qui avait ravagé cette terre bien-aimée, il se tenait là, le cœur lourd de chagrin et de culpabilité. Entre les flammes rugissantes et les débris fumants, le silence pesait lourdement, ponctué seulement par les crépitements du feu et les craquements sinistres des bâtiments en ruine.
Accompagné par plusieurs guerriers et soldats, cette figure imposante aux traits marqués par les épreuves, arpenta les rues désolées du district Nord. Les flammes s’élevaient encore, illuminant les décombres fumants tandis que les cris déchirants des mourants s’éteignaient peu à peu dans le silence oppressant de l’après-guerre.
Soudain, un écho déchirant traversa l’air chargé de cendres. Herios et ses hommes se précipitèrent vers l’origine du son, découvrant un bébé, une petite fille fragile et tremblante qui gisait sur la terre brûlée. Enfouie dans une crevasse qui semblait l’avoir miraculeusement préservée des ravages du conflit, ses cris brisaient l’atmosphère lourde de désespoir.
Le cœur serré, Herios fut submergé par l’émotion. Dans un geste impulsif, il laissa échapper un soupir de soulagement et ne tarda pas à sortir cet enfant âgé seulement de quelques mois de la crevasse protectrice. Sans un mot, il l’a prit tendrement dans ses bras, sentant son propre cœur se briser devant la souffrance de cette innocente. Les larmes brouillèrent sa vision alors qu’il serrait le bébé contre lui, la protégeant de tout son être.
Le Général, réputé pour sa force et sa sagesse, fut emporté par l’ampleur de la tragédie qui se déroulait sous ses yeux. Dans un geste de gratitude et de désespoir, il tomba à genoux et leva les yeux vers le ciel. Résonant dans le silence brisé, il remerciait les dieux pour avoir préservé cette précieuse vie au milieu du chaos. C’était le dernier espoir, le fragile vestige d’un clan anéanti. Dans cet instant de désolation et de renouveau, l’idée d’une renaissance de la nation du Feu brûlait dans le cœur du Général, ravivant une lueur d’espoir dans l’obscurité de la tragédie. C’était avec le cœur lourd que le vieil homme repensait à cette triste période, les yeux rivés sur cette enfant maintenant adulte, qu’il avait sauvé du chaos.
- « Le clan du feu retrouvera son honneur et sa force passée. Notre chère patrie renaîtra, et ton rôle sera de la guider, » déclara solennellement le Grand Sage Hérios, ancien général des corps d’armées des quatre nations, aux côtés des deux autres chefs de clan. Les années avaient marquées son visage, mais la vigueur de sa voix témoignait de sa détermination. Ses espoirs de voir la nation du Feu ressusciter grandissaient de jour en jour. Alors qu’il rêvait d’un nouveau départ et d’une harmonie parfaite entre les quatre éléments, la principale concernée, elle, n’était que captivée par la colère et la soif de vengeance.
Tandis que le vieux sage contemplait avec bienveillance et espoir la renaissance d’un nouveau clan, à sa droite se tenait un homme aux traits durs. Les poings serrés avec une force indicible, le visage pâle et froid, ses yeux reflétaient une profonde haine et une rancœur tenace. Les souvenirs du passé, bons et mauvais, défilaient devant ses yeux, tandis que son regard se perdait dans les ruines de la ville, témoins muets de ses péchés passés.
Depuis des années, au sein de la nation de la terre, la haine envers son lignage ne faisait que croître, nourrie par la crainte que Z parvienne à reconstruire son clan maudit, il était enseigné aux plus jeunes l’hostilité envers le clan du feu.
La jeune femme, à quelques pas devant le grand maitre du clan de la Terre, arborait une expression similaire. Le reflet vert de son âme projetait quelque chose d’effrayant, ses poings serrés et sa mâchoire crispée. Elle semblait figée sur place, comme si elle était enracinée au sol, incapable de se défaire de cette terre qu’elle regrettait tant.
Un frisson électrique traversa le corps de Marius, maître de la terre. Les poils de sa nuque se dressèrent, tandis qu’une chaleur oppressante envahissait son être, entravant sa respiration. Un pressentiment sinistre s’insinua en lui, une inquiétude tenace qu’il peinait à chasser.
Ses mains devinrent moites, son visage dur se transformant en une expression d’agitation et d’anxiété. Face à la jeune femme devant les débris d’un monde oublié, il tenta désespérément de reprendre le contrôle de ses émotions. L’effroi le saisit alors qu’il remarqua que la jeune adulte représentait parfaitement la nation du feu de par sa silhouette familière qui se dressait devant lui, une silhouette étrangement semblable à quelqu’un de son passé, lui donnant froid dans le dos.
- « Quelque chose ne va pas, Marius ? » interrogea Rita, la Major du Clan de l’Eau depuis trois décennies, remarquant la pâleur soudaine du Major de la Terre, une inquiétude palpable se lisant sur son visage.
- « Un petit coup de chaud, rien de grave, merci de ta préoccupation Rita » répondit-il d’une voix serrée. La Major de l’Eau échangea un regard significatif avec le Major de l’Air, qui tenait toujours par l’épaule celle qu’il considérait comme sa fille.
- « Une fois nos ennemis vaincus, nous serons tous là pour t’épauler dans la reconstruction de ton clan, Z. Tu peux compter sur nous tous », assurait le Major de l’Air, Samuel, ignorant ce qui se tramait dans son dos alors qu’il apportait réconfort à la descendante du clan disparu.
- « Nous t’épaulerons de toutes nos forces, Z. Nos clans s’uniront pour reconstruire le tien. Nos amis, nos amants, nos frères et sœurs d’armes ont vécu ici. Leur mort ne sera pas vaine », ajouta le Major du Clan de l’Eau, sa voix douce portant sa bonté et sa gentillesse. Ses paroles réconfortèrent la jeune outsider du Feu pour qui elle avait toujours ressenti beaucoup d’affection. « Malgré que nos ennemis se cachent toujours dans l’ombre, sommes-nous prêts à les affronter ? » questionnait Rita. Le vieux sage posait son regard sur la déesse des liquides.
- « Je crains de ne pouvoir répondre à cette question mon enfant... La période sombre qui nous guette risque d’être plus violente et dévastatrice que les précédentes », répondit le vieux Herios en fermant les yeux, tandis que l’inquiétude se lisait sur le visage de la Major.
- « Le Clan de la Terre est prêt, nous saurons protéger nos territoires sacrés sans difficulté. Notre armée compte parmi les meilleures de notre nation, sans oublier la nouvelle génération d’outsiders de la Terre dont les capacités dépassent l’entendement, » déclara le chef du Royaume de la Terre, reprenant son assurance. « Nous n’aurons pas de mal à neutraliser nos ennemis. »
- « Ne sois pas si sûr de toi. Nous sommes confrontés à des menaces inconnues, bien au-delà de notre compréhension. Nos soldats et nos meilleurs outsiders n’ont jamais affronté de tels opposants, malgré leur entraînement physique et mental. Ils se sont uniquement battus pour défendre les portes du pays, » répliqua le Maître de l’Air d’une voix glaciale, tournant son regard vers l’intéressé. « Nous avons réussi à repousser les Nyrax de nos terres, mais à quel prix ? Des milliers de vies ont été sacrifiées face à ces monstres de la nature. Les zones extra-muros sont dévastées, et malgré nos victoires partielles, nous ignorons l’origine de ces créatures et qui les contrôle. Crois-tu vraiment que ton clan pourra sauver notre peuple sans causer de dommages collatéraux ? » continua le Major Samuel, observant la frustration marquer le visage du Maître de la Terre.
Le Major de la Terre garda le silence, absorbé par ses pensées, ses yeux fixés sur l’horizon dévasté. Son cœur palpitait de désespoir à l’idée de voir cette nation maudite se relever des cendres de son passé. Pour Marius, le succès de son clan et la reconnaissance de ses pairs étaient des aspirations primordiales. Depuis deux décennies, l’armée de la Terre avait démontrée une détermination inébranlable, repoussant avec courage et fermeté les attaques incessantes des Furies, ces créatures monstrueuses qui menaçaient leur territoire sacré.
Durant la guerre des monstres, la nation de la Terre avait fait preuve d’une résilience remarquable, subissant des pertes minimes comparées aux autres clans. Cette réussite avait comblé de fierté le cœur de Marius, qui voyait en elle le fruit de l’unité et de la force de son peuple, ainsi que le contrôle qu’il exerçait sur elle.
- « Nous nous pencherons sur le problème dans les semaines à venir », annonça le grand sage Herios, sa voix empreinte de respect et de solennité. « Maintenant que nous sommes réunis ici, sur la terre du Feu, permettez-moi de rendre hommage à l’ancien Major du clan du Feu, William. Un homme qui a dirigé son clan avec une maîtrise inégalée, naviguant avec sagesse à travers les crises et les conflits géopolitiques. Il a toujours placé le bien-être de son peuple au-dessus de tout, faisant preuve de bravoure, de courage, et d’une puissance inégalable. Il représentait le meilleur de l’humanité et faisait la fierté de son clan. Mes pensées vont également à sa femme, Sina, qui l’a soutenu jusqu’au bout et a toujours œuvrée pour un avenir meilleur pour la nation du feu. »Un sentiment de respect et de gratitude émanait de ses paroles. « William était un homme brave, d’une puissance indéniable et portait sur ses épaules le poids des actions de son peuple. Sa maîtrise du feu était légendaire, et il a défendu sa nation jusqu’au bout avec un courage et une fierté inébranlable.
Herios s’avança alors aux côtés de la jeune descendante du clan maudit, prenant doucement sa main dans la sienne. Il desserra délicatement son poing crispé et une lueur d’émotion traversa le regard de l’ancien Général qui posait ses yeux sur cette fille alors qu’il évoquait les souvenirs de l’ancien Major qui avait péri durant la guerre. « Je vois son âme brûler au fond de tes yeux, Will aurait été fier de toi », murmura-t-il avec une émotion palpable. « Il aurait été fier de savoir que l’avenir de votre nation repose entre tes mains.»
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Carte du Pays des 4 Nations :
