L'éclat du silence

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Résumé

William, un loup solitaire, est missionné par son Alpha pour s'occuper d'un intrus ayant pénétré illégalement sur le territoire de la meute. Le hic ? L'intrus est une intruse. Et elle ne parle pas. Lui-même du genre taciturne et peu avenant, William va devoir se débrouiller pour gagner la confiance de cette jeune femme et comprendre la raison de son arrivée ici. Parce qu'elle n'est pas là par hasard, et il le sait.

Genre :
Romance/Other
Auteur :
Calipsea
Statut :
En cours
Chapitres :
5
Rating
4.0 1 avis
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

La voiture était pleine de poussière lorsqu’elle se gara aux abords du chalet, une bâtisse immense qui savait susciter l’admiration des quelques randonneurs passant parfois à côté. Le bois rutilant se voyait de très loin tant on l’entretenait régulièrement – ce à quoi William était très heureux d’échapper. Les travaux manuels et le nettoyage n’étaient pas des choses qui lui réussissaient. On lui disait souvent qu’il avait deux mains gauches et si celles-ci excellaient dans certains domaines, il ne s’en vantait pas. Ainsi, on ne faisait pas appel à lui pour ce genre de besognes et il s’en portait fort bien. Il jeta un coup d’œil à sa voiture après en avoir fermé la portière et tomba sur son rétroviseur droit complètement défoncé : un petit tour chez Dany s’imposait. Elle saurait lui rendre sa voiture dans un état presque d’usine. Il n’existait pas de meilleur mécanicien que cette femme.

William reporta son attention sur le chalet. Dire qu’il avait envie d’y aller comme de se pendre relevait déjà de l’euphémisme et pourtant, ses jambes se mirent automatiquement en mouvement. Lorsque l’Alpha hurlait, ses sbires se devaient de rappliquer aussitôt. Il pensait pourtant que son statut d’Oméga lui octroierait une certaine tranquillité – que nenni. D’autant plus que cette fois-ci, l’appel lui était tout particulièrement destiné. C’était bien son téléphone qui avait sonné et pas celui de cet idiot d’Aden, lequel avait la chance de se trouver sur place depuis quelques jours déjà. William, lui, avait dû engranger les kilomètres, passer sept bonnes heures derrière le volant de son Range Rover, à suer comme un bœuf parce que la climatisation était en panne. Peut-être qu’il devrait noter ce détail quelque part, histoire de ne pas oublier d’en faire part à Dany. Quitte à lui confier son unique moyen de s’en aller d’ici, autant qu’elle le lui rende entièrement fonctionnel. Avec un peu de chance, elle ne l’en priverait pas plus de trois jours.

Un soupir s’échappa d’entre les lèvres de William. Le voilà qui se tenait bien droit devant la porte du chalet, la main sur la poignée avec tout, sauf l’envie de l’abaisser. Il avait les épaules lourdes, l’air soudainement fatigué, frôlant la lassitude. Ce n’était pas le fait d’avoir dû venir qui le dérangeait, ni même de rentrer au bercail. Il aimait d’ailleurs beaucoup cet endroit de par son magnifique cadre et son isolement partiel de la civilisation. Le chalet se situait au fin fond d’une forêt bretonne dans laquelle on avait aménagé plusieurs sentiers en réussissant à ne pas la dénaturer. Il s’agissait typiquement du genre d’endroit dans lequel il aimerait vivre lorsqu’il déciderait de se poser.

Seul.

William s’arma de courage et ouvrit finalement la porte. Les sons le submergèrent comme s’il venait d’entrer à l’intérieur d’un monde tout à fait différent de celui qu’il avait l’habitude de côtoyer. Il se renfrogna. Pour que sa tête fonctionne correctement, il lui fallait du calme et de la solitude. Pas une masse grouillante de gens trop vivants à son goût. Pas qu’il apprécie les morts mais il préférait leur compagnie à celle de ses collègues de meute. Florence manqua de le bousculer lorsqu’il se dirigea vers les escaliers. Elle lui adressa de rapides excuses ainsi qu’un léger sourire avant de poursuivre sa route. Il croisa Vanessa, Sven, Vincent… Des personnes dont il ne connaissait rien de plus que les noms – ce qui lui allait fort bien. Il n’était pas là pour faire du copinage et ne restait de toute façon jamais assez longtemps pour cela. Mais ses principes le poussèrent à agir en être civilisé, à se donner un air aussi neutre que possible. Que l’on ne lui demande pas de se montrer avenant : c’était au-dessus de ses forces. William n’était pas dans son élément et n’avait pas la moindre envie de gaspiller son énergie à faire semblant d’être appréciable. Il n’aimait pas mentir, feindre savoir comment se comporter agréablement en société.

Certains regards lui frappèrent, griffèrent, brûlèrent le dos. Il en ressentait l’intensité mais avait la chance d’en avoir l’habitude, ce qui ne l’empêchait pas de détester cette façon que l’on avait de l’épier en se donnant l’air de rien. Les gens n’étaient pas méchants, pas vraiment. Disons qu’il avait parfaitement conscience de l’effet qu’il faisait aux autres, de ce besoin de s’éloigner qui les prenait lorsqu’il avait le malheur d’entrer dans leur champ de vision. Serait-ce mentir que de dire qu’il s’agissait de l’une des raisons principales de son isolation volontaire de la meute à laquelle il appartenait ? La réponse était plus compliquée qu’il n’y paraissait. William n’irait toutefois jamais l’avouer à quiconque de vive voix. Il ne s’agissait pas là d’une question de fierté : l’Oméga qu’il était n’en voyait simplement pas l’intérêt. De toute manière, il passait trop peu de temps à la tanière pour avoir à se soucier d’avoir quelqu’un à qui parler et qui l’écouterait sans le prendre de haut.

Très peu à l’aise malgré tout, William accéléra le pas pour ôter la vision de sa silhouette au moindre regard indiscret. Il se savait l’attraction de la plupart de ses collègues tant il agissait de façon marginale. Qu’y pouvait-il ? Il n’était rien de moins qu’un solitaire qui ne venait retrouver la maison que lorsqu’on le jugeait nécessaire. Du reste, il bougeait beaucoup et entretenait en cela son côté nomade sans avoir de compte à rendre à qui que ce soit. L’Alpha faisait toutefois exception puisqu’il s’agissait de la personne qui l’envoyait aux quatre coins du globe pour exécuter certaines missions : le genre de quête que l’on ne confiait qu’à ceux qui n’avaient pas de famille à retrouver à la fin du mois tant le retour au foyer était difficilement programmable. Autant dire que le profil de William collait parfaitement. De quoi s’agirait-il, cette fois-ci ? D’un marchand à terroriser pour le pousser à arrêter ses magouilles les plus sombres ? Du démantèlement d’un cartel de drogues destinées aux métamorphes comme lui ? D’une tentative d’intimidation de meutes rivales ? L’Oméga n’avait aucune préférence. Tant qu’on l’envoyait loin d’ici, ça lui allait.

Un certain doute le prit alors qu’il se repérait péniblement dans les couloirs de l’étage. Des couloirs dans lesquels il se perdait souvent lorsqu’il devait rencontrer l’Alpha. William décida de tricher, de se faciliter la tâche en se repérant à l’odeur. Celle de l’Alpha était si particulière qu’il ne mit pas plus de quelques secondes à la retrouver dans ce fatras olfactif. Tout le monde passait partout, toute la journée – et même la nuit. C’était insupportable, si bien que William se bénit pour avoir l’odorat si puissant et sélectif : il triait ces informations de façon si naturelle qu’il remonta la piste de l’Alpha en peu de temps. Il tourna à gauche, prit la deuxième à droite. Pourquoi ne lui avait-on pas transmis les consignes de sa future mission par téléphone ? Sa ligne étant sécurisée, on pouvait lui transmettre n’importe quelle information sans craindre qu’elle ne fuite. Sans doute devait-il s’agir d’un sujet fort sensible. Autrement, il ne voyait pas quelle raison pourrait nécessiter sa présence physique.

Enfin, William reconnut la porte du bureau de l’Alpha, dont le nom était gravé sur une plaque dorée. L’Oméga ne put empêcher un rictus léger d’étirer ses lèvres : un peu plus et il pourrait se croire devant le cabinet d’un médecin humain. L’expression disparut toutefois très vite. Son ouïe surdéveloppée lui fit percevoir le bruit des touches d’un clavier mécanique. La personne qu’il venait voir ne semblait pas avoir remarqué sa présence et même si William savait exactement pourquoi, s’en rappeler lui faisait toujours tout drôle. Alors, parce qu’il respectait son Alpha malgré sa différence, il prit la peine de toquer pour s’annoncer.

Une voix féminine lui intima d’entrer avec une fermeté toute particulière.