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Obscure Attraction

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Résumé

Après dix ans d'exil, Élina pensait avoir tourné la page. Mais le décès brutal de sa mère la contraint à revenir dans cette ville qu'elle s'était juré d'oublier... et à affronter l'homme qu'elle a fui. Brewen, son demi-frère, est toujours aussi insaisissable. Tantôt ombrageux, tantôt envoûtant, il oscille entre l'ombre et la lumière, faisant ressurgir des souvenirs qu'Élina aurait préféré laisser dans l'oubli. Car certaines vérités, même enterrées, finissent toujours par remonter à la surface... et celle-ci pourrait bien tout détruire sur son passage.

Genre :
Romance/Mystery
Auteur :
Tooty
Statut :
Terminé
Chapitres :
31
Rating
5.0 5 avis
Classification par âge :
18+

1- Retour aux sources

Dix ans. Dix longues années se sont écoulées depuis que j’ai tourné le dos au Vercors. Jamais je n’aurais imaginé revenir un jour à Choranche, cette petite bourgade où chaque pierre semble figée dans le passé. Et pourtant, me revoilà, contrainte d’y poser mes valises pour une durée indéterminée.

Le taxi me dépose au pied du manoir familial, et une bouffée d’appréhension m’étreint aussitôt. L’imposante bâtisse se dresse devant moi, austère et indifférente, comme si elle attendait patiemment mon retour. Sa façade de pierre sombre est marquée par le temps, et les hautes fenêtres aux vitres poussiéreuses renvoient un éclat terne sous le ciel couvert. Les immenses chênes bordant l’allée déploient leurs branches noueuses, créant un tunnel d’ombres qui accentue la sensation d’oppression.

Mon cœur cogne violemment dans ma poitrine alors que j’avance sur l’allée de gravier, ma valise roulant maladroitement derrière moi. Chaque pas résonne dans le silence ambiant, troublé seulement par le crissement des cailloux sous mes chaussures. L’air est chargé d’humidité et de souvenirs que j’aurais préféré laisser enterrés.

Arrivée devant la porte massive en bois sculpté, je marque une pause. L’espace d’un instant, j’hésite, mes doigts tremblants au-dessus de la sonnette. Je me sens comme une intruse devant ce qui fut autrefois ma maison.

Finalement, je prends une inspiration profonde et appuie sur le bouton. Une mélodie familière résonne derrière la porte, puis un silence pesant s’installe. Quelques secondes plus tard, le battant s’entrouvre sur un homme aux cheveux poivre et sel. Son visage fatigué s’illumine d’un léger sourire, un éclat de chaleur dans cette demeure où tout semble figé dans une froideur distante.

— Élina, je ne t’attendais pas si tôt.

Sa grande main se pose sur mon épaule avant de m’attirer contre lui dans une étreinte réconfortante. Son odeur d’ambre et de bois vieilli envahit mon espace, réveillant un flot de souvenirs où se mêlent chaleur et douleur. Une douce mélancolie s’empare de moi tandis que je me laisse envelopper par sa présence rassurante.

— Si je l’avais su, je serais venu te chercher à la gare, ajoute-t-il sans le moindre reproche dans la voix.

François a toujours été ainsi : une force tranquille, bienveillante et inébranlable. Un beau-père sincère, un pilier dans cette maison où tant de choses ont vacillé.

Je lui offre un sourire en guise de réponse, incapable de prononcer un mot. Mon estomac reste noué, oppressé par cette appréhension sourde qui ne me quitte pas depuis mon arrivée.

— Viens, entre, m’invite-t-il en s’écartant pour me laisser passer.

D’un geste naturel, il attrape ma valise et referme la porte derrière nous. L’entrée, haute de plafond, est toujours aussi imposante, avec son lustre d’un autre temps suspendu au-dessus d’un sol de marbre froid. Les murs de pierre dégagent une fraîcheur persistante, presque oppressante, contrastant avec la chaleur du feu qui crépite dans l’âtre du salon adjacent. L’odeur du bois brûlé se mêle aux effluves de cire et de vieux livres, un parfum inchangé qui me ramène brutalement en arrière.

Nous traversons le grand hall, où trône un escalier en chêne massif aux marches usées par le temps. Chaque pas sur le parquet ciré résonne sous la voûte, accentuant l’impression que cette maison murmure encore les échos du passé.

François me guide à l’étage jusqu’à ma chambre. Lorsque la porte s’ouvre, un frisson me parcourt. Tout est resté intact : le lit aux draps couleur ivoire, la coiffeuse ancienne où repose encore une brosse que j’avais laissée là des années plus tôt, et la grande fenêtre donnant sur le parc aux arbres centenaires. L’air a ce goût figé des pièces oubliées, où les souvenirs restent suspendus, en attente d’être réveillés.

— Mets-toi à l’aise, Élina. Je sais que les circonstances sont loin d’être adéquates, mais je suis heureux de t’avoir parmi nous.

Je le remercie d’un signe de tête.

— J’étais en train de préparer le dîner avant que tu n’arrives. J’espère que tu aimes toujours le pot-au-feu.

Je le fixe toujours muette, les émotions brûlant ma poitrine. Depuis que j’ai appris la mort de ma mère, je n’ai pas d’appétit. Pourtant, j’affiche un sourire factice. Je ne souhaite pas le vexer et j’acquiesce doucement.

— Toujours, François.

— Je te laisse t’installer. Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis en bas, dit François en déposant ma valise près du lit avant de se retirer. Le dîner sera prêt dans une demi-heure.

— Euh... attends, François, l’arrêté-je avant qu’il ne passe la porte.

Je mords ma lèvre inférieure, fébrile. J’aimerais lui demander si Brewen, mon demi-frère sera présent pour le dîner, car la véritable raison de mon anxiété, c’est cet homme devenu sombre.

— Est-ce que... Brewen sera parmi nous ?

— Nous serons cinq ce soir, me confirme-t-il. Il y aura Cora, Maxime, Brewen, toi et moi.

Les battements dans ma poitrine s’affolent.

Il sera là.

Je déglutis tandis que François s’éloigne déjà, ses pas retentissant dans l’escalier.

Je ferme la porte, m’y adosser puis ferme les yeux. Les souvenirs affluent, mais je refuse qu’ils remontent à la surface. Mon cœur saigne. Je pensais avoir tout oublié, mais il semble que je me sois fourvoyée complètement.

Je fais le tour de ma chambre et constate que rien n’a bougé depuis dix ans. Toutefois, il n’y a pas un brin de poussière ce qui signifie qu’elle a été entretenue avec un soin particulier.

Je reste immobile un instant, mes doigts glissant sur le bois lisse de la coiffeuse. Mon reflet dans le miroir me semble étranger. Comme si la jeune femme que je suis devenue n’avait plus vraiment sa place ici.

Je dépose ma valise sur le lit avant de ranger les quelques affaires dont j’aurai besoin pour mon séjour. L’atmosphère de la chambre est lourde de souvenirs que je tente d’ignorer en me dirigeant vers la petite salle de douche attenante. Le confort y est rustique, mais suffisant pour me rafraîchir après cette longue journée.

L’eau chaude coule sur ma peau, détendant mes muscles tendus par la fatigue et l’appréhension. Je ferme les yeux, profitant du moment, jusqu’à ce que le jet devienne soudainement glacé, me forçant à quitter précipitamment la cabine. Frissonnante, j’attrape une serviette et l’enroule autour de mon corps avant d’enfiler des sous-vêtements confortables.

De retour dans la chambre, je récupère un pantalon propre et commence à le glisser sur mes jambes lorsque la porte s’ouvre brusquement.

Je me fige.

Le pantalon déboutonné, la poitrine à peine couverte d’une fine dentelle, je me retrouve face à mon pire cauchemar.

Il se tient dans l’encadrement de la porte, impassible, son regard sombre ancré sur moi. Une paire d’yeux d’obsidienne qui ne trahissent aucune émotion, ni gêne, ni amusement, rien. Juste ce vide abyssal qui m’a toujours mise mal à l’aise.

Ses cheveux bruns, légèrement en bataille, encadrent un visage aux traits durs, une mâchoire carrée marquée par un léger chaume de barbe. Sa peau hâlée contraste avec l’éclat blafard de la lumière tombante à travers la fenêtre, dessinant des ombres sur ses pommettes saillantes. Il n’a pas changé... ou peut-être que si, mais je refuse de le détailler plus longtemps.

D’un geste vif, j’attrape le premier débardeur qui me tombe sous la main et le plaque contre ma poitrine.

— Tu peux m’expliquer de quel droit tu entres ici sans permission ? je maugrée, la colère masquant ma gêne.

Il ne répond pas immédiatement. Il se contente de me fixer un instant de plus avant d’esquisser un mouvement, comme s’il allait dire quelque chose, puis se ravise.

Le silence s’étire, pesant.

Mon cœur bat trop fort.

— Mon père te fait savoir que le dîner est prêt, lâche-t-il finalement d’une voix grave et posée. Tout le monde t’attend.

Ce timbre... Un frisson remonte le long de ma colonne vertébrale. Des souvenirs, trop nombreux, affluent sans prévenir.

Je me ressaisis.

— Je me dépêche. Maintenant, dégage.

Il hausse un sourcil, un éclat dédaigneux traversant fugacement son regard d’obsidienne, avant de tourner les talons. Il ne prend même pas la peine de refermer la porte derrière lui.

Je serre les dents et enfile rapidement une dernière couche de vêtements, tentant d’ignorer le trouble qu’il laisse derrière lui.

Le parquet grince sous mes pas tandis que je descends l’escalier. En atteignant le rez-de-chaussée, une odeur réconfortante de pain chaud et de plats mijotés flotte dans l’air, enveloppant l’espace d’une chaleur presque trompeuse.

Le salon-salle à manger n’a pas changé. Il a toujours ce charme ancien, un mélange d’élégance et de confort, avec ses boiseries sombres et son imposante cheminée de pierre où crépite un feu réconfortant. Les meubles en chêne massif, patinés par le temps, côtoient des fauteuils aux coussins brodés, et un large tapis aux motifs persans couvre le sol, étouffant le bruit des conversations.

La première à m’accueillir est Cora, la meilleure amie de ma mère.

Sans me laisser le temps de réagir, elle m’enlace avec force, son parfum poudré m’entourant aussitôt.

— Ma chérie... murmure-t-elle avant de s’écarter juste assez pour me détailler, un sourire attendri aux lèvres.

Ses yeux bleus, vifs et bienveillants, pétillent malgré la fatigue perceptible sur son visage. Ses cheveux mi-longs, un doux mélange de blond et de blanc, encadrent ses joues légèrement rosées. Elle a pris un peu d’embonpoint, mais cela ne fait qu’accentuer son air maternel et chaleureux.

Elle me tapote doucement la joue, comme si elle peinait à croire que j’étais bien là.

— Tu es devenue une magnifique jeune femme, Élina. Je suis si heureuse de te revoir.

Sa voix tremble légèrement sur la fin. Elle ne le dit pas, mais je devine ce qu’elle s’empêche d’ajouter : malgré les circonstances de nos retrouvailles.

L’émotion se noue dans ma gorge.

Je me contente de lui offrir un sourire discret avant de détourner les yeux vers la grande table, où tout le monde semble m’attendre.

Cora se rassoit avec un sourire attendri lorsque son fils se lève à son tour pour me saluer.

Maxime n’a pas changé. Ses yeux verts pétillent d’amusement tandis qu’un large sourire éclaire son visage hâlé par le soleil. Ses cheveux châtains, toujours coiffés avec cette nonchalance maîtrisée, contrastent avec l’éclat doré de sa peau. Imberbe, comme toujours, il dégage cette énergie insouciante qui m’a tant manqué.

Sans la moindre hésitation, il m’attire dans une étreinte franche, son enthousiasme débordant.

— Ma petite boule, comme tu m’as manqué !

Je grimace immédiatement à l’entente de ce surnom maudit.

Enfant, j’étais plutôt ronde, et mes amis s’amusaient à me taquiner sous couvert de “décomplexification”. Résultat : ce fichu surnom est resté. Pourtant, mes complexes ont fini par s’effacer à l’adolescence, puis à l’âge adulte, surtout quand j’ai réalisé que ces formes autrefois gênantes attiraient bien plus l’attention que je ne l’aurais souhaité.

— Max ! Toi aussi, tu m’as manqué. Il paraît que tu es dans les forces de l’ordre, maintenant ?

Un éclat de fierté passe dans son regard.

— En effet ! Je viens de passer officier de police judiciaire.

— La classe ! Je suis ravie que tes projets aient abouti.

— Eh oui ! répond-il, bombant légèrement le torse avec une fausse modestie qui me fait sourire.

Je prends finalement place à table, à la seule chaise encore libre. Le hasard – ou peut-être un mauvais coup du destin – veut que ce soit à côté de celui que je redoute le plus.

Brewen.

Il est là, assis avec cette posture impeccable, toujours aussi insaisissable. Une aura de mystère l’enveloppe, comme un rempart invisible qu’il érige entre lui et le reste du monde.

Tout au long du repas, mon regard glisse furtivement vers lui. Lui, en revanche, ne daigne même pas m’accorder une œillade. Son indifférence est totale, maîtrisée, comme autrefois. Il m’ignore avec la même aisance qu’au lycée.

Ce silence... Il a toujours été pesant entre nous.

Notamment lors de notre toute première rencontre.


~ Douze ans plus tôt ~

Le lycée Saint-Ange a tout du bâtiment austère et impersonnel. De longs couloirs aux murs d’un beige défraîchi, des néons blafards qui grésillent parfois, des casiers métalliques cabossés par les années et les élèves trop impatients. L’odeur mêlée de papier, de plastique et de déodorant bon marché flotte dans l’air.

Je traîne des pieds, mon sac en bandoulière cognant contre ma hanche alors que je me dirige vers mon cours d’histoire, situé à l’autre bout du bâtiment. La sonnerie a déjà retenti, mais je prends mon temps. Je n’ai jamais aimé me précipiter, encore moins pour un professeur qui ne m’apprécie pas particulièrement.

En passant devant mon casier, je me rappelle que j’ai laissé mes bouquins à l’intérieur. Je tourne la molette du cadenas, l’ouvre d’un geste brusque et récupère mes affaires. D’un coup sec, je claque la porte en fer, un bruit métallique résonne dans le couloir désert.

Je pivote sur mes talons... et percute un mur.

Non. Pas un mur. Un ventre.

Le choc me propulse en arrière, et avant que je ne comprenne ce qui se passe, je me retrouve sur le sol, les jambes écartées, mes livres éparpillés autour de moi.

— P*tain ! Tu peux pas regarder où tu mets les pieds ?!

La voix grave et sèche me fait lever la tête. Mon regard rencontre une silhouette imposante, drapée dans une aura orageuse. Un brun ténébreux, les traits anguleux, un piercing à la lèvre qui brille sous les néons. Il a ce regard sombre, ce charisme électrique qui impose naturellement le respect.

Le stéréotype du mauvais garçon.

Je me redresse maladroitement, massant mon coccyx endolori.

— Désolée, je ne l’ai pas fait exprès, je—

— Je m’en fiche ! Casse-toi.

Sa voix claque comme un coup de fouet.

Je bredouille un semblant de réponse, mais il avance vers moi, menaçant, les poings crispés. Mon cœur s’emballe. Un autre garçon l’intercepte à temps, posant une main sur son épaule.

C’est son exact reflet.

Même taille, même carrure, mêmes cheveux bruns légèrement en bataille... sauf qu’il ne porte pas de piercing. Et son regard, plus perçant, plus froid, m’intimide davantage.

— Peter, on doit y aller, dit-il d’un ton calme mais sans appel.

— Pas avant que cette petite p*tasse ait payé pour son affront, gronde l’autre, son regard brûlant de colère.

Mon estomac se serre. Son agressivité est brutale, imprévisible.

Le frère jumeau pousse un soupir, l’air exaspéré. Alors que je tente de me relever, il s’avance soudain vers moi... et me pousse sans prévenir.

Je m’écrase de nouveau sur le sol.

— Hey ! Mais qu’est-ce qui te prend ?! m’indigné-je, choquée.

Il ne répond pas. Il attrape le bras de son frère et l’entraîne plus loin. Peter éclate de rire, un rire rauque et cruel qui résonne dans le couloir désert.

— Brewen, t’es le meilleur ! Elle l’a bien mérité.

Je reste là, abasourdie, le souffle court, mes livres éparpillés autour de moi.

C’est ainsi que j’ai rencontré Brewen et Peter Blackwood. Et que j’ai compris qu’ils allaient faire de mon lycée un enfer.


~ Retour au présent ~

Le repas se déroule dans une convivialité feinte. Les rires sont légers, les conversations évitent soigneusement le sujet qui nous réunit en ce jour. Pourtant, la peine pèse sur nos visages, marquant nos traits tantôt fatigués, tantôt crispés par le chagrin.

Lorsque le dessert touche à sa fin, je me lève pour raccompagner les invités de François à la porte. L’air frais du soir s’engouffre dans l’entrée tandis que Cora et Maxime enfilent leurs manteaux.

— Ça te dirait de nous rejoindre demain midi au Burger Chic ? me demande Max. Il y aura aussi Léa, Paul et Iris.

Je pince les lèvres, hésitante. L’envie de décliner me traverse, mais il insiste, d’un ton doux.

— Tu leur manques aussi, tu sais.

Je finis par céder.

— Très bien, je vous y retrouverai.

Un grand sourire illumine son visage. Avant de partir, il dépose un baiser léger sur ma joue.

— À demain. J’ai hâte !

François referme la porte derrière ses invités. Je profite de l’instant pour m’éclipser, prétextant la fatigue accumulée au fil de cette journée pesante.

Alors que je monte les escaliers, mon cœur rate un battement.

Brewen est là.

Adossé au chambranle de la porte, il me scrute d’un regard impénétrable, une ombre insaisissable planant autour de lui. Son silence est plus oppressant que n’importe quelle parole.

Je tente de l’ignorer et me glisse sur le côté pour rejoindre ma chambre, mais il tend un bras devant moi, m’empêchant d’avancer.

— Il faut qu’on parle.

Sa voix grave vibre dans l’air, une résonance sourde qui me fait frissonner.

— Je n’ai rien à te dire, répliqué-je, sèchement.

Il s’approche. Une chaleur obscure émane de lui, m’engloutit dans une cage invisible. Ses yeux se verrouillent aux miens, réduisant mon souffle à néant. Dos au mur, je me fige. Ses mèches brunes effleurent ma tempe lorsqu’il se penche pour murmurer :

— Il va pourtant falloir.

Mon instinct prend le dessus. Mes mains se posent sur son torse, tentant de le repousser, mais il ne bouge pas d’un pouce.

— Laisse-moi. La seule raison pour laquelle je suis revenue, c’est ma mère.

Un rire amer s’échappe de sa gorge, teinté de rancune.

— Pas besoin de le préciser. Tu es celle qui a fui, après tout.

Mes poings se serrent sous l’effet de la colère.

— Je suis partie pour mes études.

Sa main glisse lentement jusqu’au creux de mon cou. Le contact de sa paume contre ma peau me fait frémir. Il resserre légèrement sa prise, juste assez pour que je halète.

— Menteuse. Je—

Son visage se durcit, son regard s’assombrit, tempête menaçante.

— Tu quoi ? craché-je, défiant malgré la peur qui noue mes entrailles.

Un silence suspend l’instant. Puis, dans un murmure brisé, il lâche enfin :

— J’avais besoin de toi... et toi, tu m’as abandonné.

Une douleur glacée s’infiltre dans ma poitrine, transperce mes défenses. Il a raison. Je le sais. Et je m’en veux encore.

D’un geste brusque, son poing s’abat juste à côté de ma tête contre le mur. Le bruit sec me fait sursauter, et je me ratatine davantage.

— Brewen ? Tu peux venir, s’il te plaît ?

La voix de mon beau-père s’élève du rez-de-chaussée, brisant la tension suffocante.

Brewen ne bouge pas immédiatement. Il me fixe toujours, son regard ancré dans le mien, une rage contenue roulant sous sa peau. Puis, d’un ton tranchant, il répond :

— J’arrive.

Dès qu’il recule, je fuis.

Ma chambre devient mon refuge. D’un coup sec, je ferme la porte et tourne la clé dans la serrure, tremblante. Mon dos glisse contre le bois tandis que j’expire enfin l’air bloqué dans mes poumons.

Cette nuit-là, je ne trouve pas le sommeil. Je tourne sans cesse entre mes draps, hantée par sa voix, par son regard.

Par cette culpabilité qui ronge mes entrailles.

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Bien écrit

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Intrigue captivante

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