Prologue
2 Août 1985
« Pardonne-moi de n’avoir pas su te parler, la honte me paralysait.
Je vivais dans l’ombre écrasante de leurs attentes démesurées.
Pardonne ma lâcheté, je ne serai jamais assez.
J’ignore comment exister, je n’ai plus d’identité.
Pardonne-moi d’avoir tout quitté.
Il n’y avait plus de raisons de continuer. Plus rien à espérer.
Pardonne-moi, cette existence me fait suffoquer.
Mon cœur ne fait que s’effriter.
Je te souhaite de trouver cette liberté qui m’a toujours échappé.
Mary, à jamais ta meilleure amie. »
Dix lignes griffonnées sur un bout de papier, c’est à ça que se résume l’héritage de celle qui a été ma meilleure amie. Agenouillée devant sa tombe, l’âme brisée par le poids de la perte, je ne parviens pas à pleurer. Le déni est une douce anesthésie. Je m’interdis de lire son nom devenu épitaphe, incapable d’accepter la réalité de son départ.
Pourquoi t’as fait ça ?
La question tourne, me tourmente et me hante, puis creuse une plaie béante. Alors je lis. Encore et encore. Mais cette lettre n’offre que des réponses muettes, enchaînées au douloureux silence de son absence.
Pardonne-moi de n’avoir pas su être là.