Prologue
“Choisir Éclipse, c’est offrir à votre enfant un moment inoubliable”
Voilà où j’ai fini. Un camp de vacances d’adolescents. Forêt, lac, à deux heures de Stuttgart, là où j’habite. Je ne pourrai même pas rentrer à pied pour fuir…
À l’écart des autres vacanciers, je les observe tous. Je remarque déjà les filles superficielles, celles qui n’hésitent pas à se montrer, les fameuses “m’as-tu vu” puis, les garçons, ceux qui s’amusent à noter les filles sur dix. À en voir certains, ça dépasse pas les deux. Et si on note sur l’intelligence, on est sur du -15 sur dix. Ils ne sont pas venus pour les activités, mais pour draguer. Le moniteur arrive, tape dans ses mains pour attirer l’attention. Le silence s’installe, il prend alors la parole.
— Bienvenue à tous au camp Élipse ! Je m’appelle David ! commence-t-il.
C’est le cliché parfait des accompagnateurs, shorts, marcels, lunettes de soleil, bronzé et blond.
— Pendant ces deux semaines, continue-t-il, vous allez découvrir le lac et vous y baigner. Il y aura également de la randonnée, de l’acrobranche et plein d’autres activités encore !
Je croise les bras, déjà lassée.
— De plus, ça sera à vous de cuisiner le repas ! Vous êtes grands, non ? sourit-il.
Pour empoisonner. Ça me va.
— Ce soir, il y aura Claire, informe-t-il, une autre monitrice qui nous accompagnera durant ce séjour. Mais d’abord, découvrons vos chalets !
— On peut se mélanger ? demande un garçon.
— Bien essayé, mais ils ne sont pas mixtes, s’exclame David.
Il nous fait signe de le suivre. Les chalets sont typiques, bois, petite terrasse. À l’intérieur, quatre portes, trois chambres avec deux lits une place. Des tables de chevet, une armoire commune.
Le salon est basique, des banquettes en bois avec des coussins verts.
— Le chalet des filles, indique David.
Je regarde les cinq autres filles se dépêcher de choisir leur chambre. Une autre adolescente et moi, on reste à l’entrée. Bon, je crois qu’on n’a pas le choix, on partagera la même chambre.
— Installez-vous, sourit David, découvrez votre petit cocon.
Petit cocon infecté par des mites avec deux jambes et deux bras. Youpi, je suis joie.
Le moniteur part du chalet avec le groupe des garçons. Je me dirige dans la chambre avant de poser ma valise sur le lit que j’ai choisi, celui qui est proche de la porte, histoire de pouvoir fuir rapidement. Sait-on jamais ?
Je regarde l’autre fille faire de même avant de s’asseoir en soupirant. Elle a de longs cheveux châtains. Des yeux en amandes de couleurs noisettes.
— Tu as l’air heureuse d’être là, commencé-je.
Elle me fixe, un sourire aux lèvres.
— Je serais plus heureuse loin de ce type de filles, avoue-t-elle. Je m’appelle Clémentine.
On a un point commun, pas mal.
— Livia, me présenté-je.
Je viens m’asseoir à mon tour, face à elle.
— Tu n’as pas eu le choix ? demandé-je.
— Je pense que mon visage parle à ma place.
Je souris à mon tour.
— Parce que tu ne sors pas, que tu évites les autochtones ? supposé-je.
Elle pouffe de rire.
— Je vois que tu es dans le même cas que moi, remarque Clémentine.
— Yup, soufflé-je.
— Tu paries combien qu’on va être dans leur collimateur et qu’elles vont nous narguer ? questionne-t-elle.
— Les chances que ça arrive sont de 100%, mais s’il faut leur péter les dents pour que ça les calme, je n’hésiterais pas, rétorqué-je.
On éclate de rire, je suis bien tombée au final.
— On mise sur quel surnom ? reprené-je.
— Gueuse pour moi, propose-t-elle.
— Hum… Vampire, pour ma part, renchéris-je
— Parce que tu es albinos ?
Je claque des doigts en me pointant.
— Exactement ! m’exclamé-je.
— Et pour elles, on leur donne quoi ? demande-t-elle.
— Oh pauvre, y en a un paquet… Bordelières, connasses, chiennes, barbie, cité-je.
— Au feeling, ça dépendra du moment, suggère-t-elle.
J’acquiesce, on décide ensuite de ranger nos affaires. Je lui laisse l’étage du bas, je prends celui du haut. Pour le dressing, elle pend ses habits sur la gauche, je pends les miens à droite.
— Oh, j’aime beaucoup ce haut ! s’exclame-t-elle en me le prenant.
C’est un t-shirt de couleur violine avec une fente au niveau du haut de la poitrine avec les manches en dentelles. Elle le repose ensuite à sa place.
— Tu l’as acheté où ? demande Clem.
— Ouh là, je crois que ce sont mes parents qui me l’ont offert après un voyage en France, expliqué-je.
— Oh ! Je vois, il est très beau !
— Merci, dis-je.
Quand on a terminé, on décide de sortir à l’extérieur du chalet. La forêt nous entoure, entre notre hébergement, celui des garçons et celui des moniteurs se trouve un foyer pour faire du feu.
— Les futures nuits à se raconter des histoires qui font peur, sourit Clem.
— Oh la la, je flippe déjà, soupiré-je.
Je la regarde.
— Ta peau doit être fragile, dit-elle
— Oui, mais ça va, en forêt, je ne suis pas trop exposée, répondé-je c’est gentil de t’inquiéter.
Elle descend les escaliers pour aller devant le futur feu de camp.
— Ça ne te fait pas peur ? commencé-je, enfin, je ne te fais pas peur ?
— Pourquoi ? s’étonne-t-elle, parce que tu es atteinte d’albinisme ?
J’acquiesce.
— Pas du tout, affirme-t-elle, au contraire, je te trouve magnifique.
Je la regarde surprise avant de sourire.
— Merci, Clem.
— Me remercie pas, dit-elle
Je la rejoins avant qu’on voie un garçon quitter le chalet. Il semble aussi désespéré que nous. Il s’approche avant de s’installer sur un tronc d’arbre servant de banc.
— La joie du camp de vacances ? demande Clem.
— Oh putain, m’en parle pas, soupire-t-il, ça me bande déjà.
Elle et moi, on se retient de rire.
— Ils sont chiants ? questionné-je.
— À eux seuls, ils font baisser le QI du pays, maugrée-t-il.
Cette fois, on éclate de rire.
— Pardon, les présentations, s’excuse-t-il, je m’appelle Alaric.
— Je m’appelle Clémentine, renchérit-elle, et voici Livia, ma colocataire de chambre.
L’adolescent pose son regard sur moi avant d’écarquiller les yeux. Je tourne la tête.
— Whaow, je n’avais jamais vu une personne albinos, s’exclame-t-il.
— Je sais, ça fait peur, soufflé-je.
— Mais pas du tout ! continue-t-il, au contraire, ça montre que tu es unique. Enfin, je veux dire…
— J’ai compris, ne t’inquiète pas, sourié-je.
— Futur couple goal, balance Clem.
Je lui frappe l’épaule, elle se met à rire.
— C’est pas le but, répond-on simultanément avec Alaric.
On est surpris avant de se regarder. Clem rigole de plus belle. Je lève les yeux au ciel avant que le moniteur appelle les autres adolescents en disant de venir là où on est déjà.
— Je vois que vous avez déjà fait connaissance, sourit David.
Les filles et les garçons arrivent, je m’écarte avec Clem.
— Bien, le planning ! commence le moniteur. Chaque jour, à midi et 18 h, on se retrouve tous dans le bâtiment sur votre droite.
On tourne tous la tête. C’est également un chalet, mais il est beaucoup plus grand.
— C’est là que se trouvent la cuisine et la salle à manger. Le petit-déjeuner sera à partir de sept heures jusqu’à 8h30. Les activités commenceront à 9h30. Le déjeuner est de midi à13h30. Reprise des activités à 14 heures, jusqu’à 16 h 30, précise-t-il. Chaque soir, on se retrouvera ici à partir de 20 h pour débriefer la journée.
— Et se raconter des histoires qui font peur ? demande une des filles.
— Putain le cliché, lâche un des garçons.
— Un camp de vacances n’est pas complet sans histoire qui fait peur ! se défend-elle.
Le moniteur tape dans ses mains.
— C’est prévu ! rassure-t-il. Extinction des feux à 22 h !
Il nous regarde.
— Ah, suivez-moi, dit-il.
On se met en marche, on passe entre les deux chalets d’hébergement. Dix mètres plus loin, on trouve un autre bâtiment plus moderne.
— Ce sont les douches communes, explique David, un côté fille, un côté garçon, évidemment.
Les garçons en dehors d’Alaric pestent, ce qui fait sourire le moniteur. À croire qu’ils sont là que pour les filles. Au secours.
— Maintenant, vous avez quartier libre ! annonce-t-il, on se retrouve dans une heure au chalet pour préparer le repas de midi !
Le groupe s’empresse de quitter les lieux pour partir en vadrouille alors que Clem, Alaric et moi, on reste sur place avec le moniteur.
— Livia, si tu n’as pas assez de crème solaire, tu viens me voir d’accord ? dit David.
— C’est gentil, répondé-je.
On rejoint ensuite le camp, tous les quatre, avant que Clem, Alaric et moi décidions d’aller explorer les lieux. Premier jour et déjà deux connaissances, je crois que j’ai battu mon record…








