Prologue
Dans un futur plus ou moins proche, un lieu inconnu.
Je la vois, elle n’est qu’à quelques mètres de moi. Je peux même sentir son odeur, ce parfum à la fleur d’oranger me ramène à elle, à notre passé, à notre appartement. Cet appartement où je suis désormais, avec elle. Elle est assise dans le canapé, recroquevillée, le regard perdu. Elle a perdu du poids, c’est que je remarque en tout premier lieu. Elle qui n’avait déjà pas beaucoup de formes, elle a désormais la peau sur les os.
Mon dieu, combien de temps s’est écoulé depuis mon départ ? Quelques mois ? Plusieurs années ? Tout est si flou dans mon esprit en ce moment. Je n’arrive même pas à savoir comment j’ai atterri là. Ai-je finalement décidé d’utiliser le collier ? Serai-je revenue sur ma décision de tuer Ambrine ? Que s’est-il passé ?
Je laisse ses questions me traverser, car la vision de ma mère dans un tel état est bien plus importante que de savoir comment je suis arrivée ici. Là où je vivais. Là où nous vivions. Là où j’ai grandi et où tout n’était pas réel ou, du moins, ce n’est pas la réalité que je voulais. C’est entre autres pour ça que j’ai pris la décision de rester sur Faëra. Pour rétablir la réalité dans laquelle j’étais censée vivre, celle dont on m’avait privée. Pour ça et pour tout un tas d’autres raisons, poussée par plusieurs sentiments, divers et contradictoires. Poussée par un coup de folie et d’imprudence, également. Cela ne ressemblait pas à la jeune fille qui avait vécu sur Terre toutes ces années. La discrète et innocente petite Elyne. Qu’est-elle devenue maintenant ?
Mon esprit s’est concentré sur moi, pour essayer d’occulter cette culpabilité qui est en train de ressortir, alors que j’ai eu tant de mal à la cacher au fond de moi. C’est trop dur de voir maman dans cet état, comme si la vie l’avait quittée. C’est de ma faute si elle est ainsi. Je la fais souffrir. Depuis mon dernier message, elle a dû passer son temps à se demander comment j’allais. Si j’étais toujours en vie. Je lui inflige cette horrible douleur de l’inconnu. De ne pas savoir si son enfant va bien. Je me sens comme un monstre.
Mais je suis là maintenant. Je n’ai toujours pas saisi comment, mais ce n’est pas ça le plus important. Ce qui l’est, en revanche, c’est que je peux désormais lui apporter du réconfort et lui enlever toute cette inquiétude que je lui ai causée. Je fais alors un pas pour m’approcher d’elle, impatiente de pouvoir la serrer tout contre moi, mais je me heurte à un mur invisible. J’en tombe même, par la violence du contact et la douleur qu’elle a provoquée. Je me retrouve ensuite agenouillée, les mains devant moi, à chercher ce barrage que je ne peux discerner avec mes yeux. Une fois touchée, je me mets à taper, les poings fermés.
Rien n’y fait, je suis bloquée dans un espace confiné, encore une fois. Le plus irritant, c’est de savoir qu’elle est là, à moins d’un mètre de moi, et que je ne peux rien faire. Les cris qui sortent de ma bouche me reviennent et ne sortent pas de ma cage. Les coups ne font du mal qu’à moi. Je cherche, en vain, et prise d’une frénésie, le collier, mais je ne le trouve nulle part.
Je me mets à pleurer, impuissante face à ce qui semble être un nouveau sort d’Ambrine. Ou d’autre chose. Je n’arrive plus à me souvenir de la réalité, de l’endroit où je me trouvais avant d’arriver ici, dans cette scène de torture.
Rapidement, mes larmes remplissent le petit espace dans lequel je suis. Je me retrouve bientôt mouillée jusqu’à la taille et je suis bien incapable de m’arrêter. La seconde d’après, l’eau est désormais à ma poitrine, puis à ma gorge. Et puis... Puis je meurs, noyée par ma propre tristesse. C


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