Chapitre 1 : Alpha Story
Léo
En retard pour le travail, je cours dans les rues de Lyon comme si ma vie en dépendait, heureusement que je suis pleine d’énergie et rapide. Cependant, j’ai de plus en plus besoin de longues nuits de sommeil, d’où mon retard de ce matin...
J’arrive devant le petit café dans lequel je travaille depuis un an, avec seulement 10 minutes de retard.
Belle performance.
Merci la voix... même si elle se manifeste la plupart du temps pour m’encenser, je ne comprends pas cette voix, elle dit des trucs vraiment étranges parfois, pourtant c’est moi. Enfin, j’imagine, une partie de moi en tout cas, seulement voilà des fois, j’ai vraiment l’impression que pas du tout et qu’elle pense vraiment comme quelqu’un d’autre.
Apprêtée de mon tablier, je prends les commandes des clients assis dans la partie de la terrasse qui m’est assignée, si tôt le matin, c’est toujours la même chose : café croissant ou bien chocolat croissant.
Je slalome entre les tables avec aisance maintenant, ce qui n’était pas le cas du tout au début, j’avais toujours peur de renverser quelque chose ou bien de me prendre l’angle d’une des tables.
Je suis en plus particulièrement excité aujourd’hui, car c’est la fête de fin d’année de l’école de mon petit frère et je lui ai promis d’être là pour le soutenir, c’est pourquoi j’ai pris mon après-midi.
Un groupe de cinq jeunes entre dans le café, ils doivent avoir vingt-trois ans à peu près, deux des garçons semblent bien bâtis et lorsque qu’ils s’avancent et passent non loin de moi pour s’installer à une table dans le fond, je peux admirer plus aisément leurs profils.
Oh oui, ce fessier semble délicieux, et regarde-moi cette beauté, ils brilleraient presque, ce que je ne donnerai pas pour courir nu avec l’un d’eux… ouhhh ouais.
Non mais ça va pas dans ma tête Léo, tu peux te ressaisir deux secondes et prendre la commande comme une serveuse normale ?
Je me dirige vers eux en forçant cette voix à ne plus la ramener, je prends leur commande normalement et vais l’envoyer en cuisine.
Je passe le reste de la matinée de la même façon entre les pensées étranges et perverses, et le spectacle de mon petit frère.
Cette année, il y a un jumelage avec une école franco-italienne situé au cœur des Alpes italiennes, Tristan n’a pas arrêté de me dire que les petits de cette école, qui sont là depuis deux semaines bientôt, sont tous grands et super forts comparé à lui et tous ses copains. Il a même dit qu’il pensait qu’ils faisaient beaucoup de bêtises parce qu'il y avait un groupe de cinq adultes presque tous trop grands aussi qui les surveillaient constamment.
J’avais hâte de voir mon petit frère performer, mais aussi de découvrir ces étranges jeunes. Je me demande ce qu’une école « des montagnes » peut présenter comme spectacle, surtout avec des géants apparemment.
Quand 12h30 arrive, je m’active pour débarrasser toutes les tables vides, ranger les menus, donner des coups de lavettes au hasard sur chaque table que je vois, pour faire passer les dix minutes que je rattrape de mon retard ce matin, beaucoup plus vite.
Une fois l’heure arrivée, je jette mon tablier dans mon casier, attrape mon sac et sors du petit café en saluant mes collègues.
« A demain tout le monde, bon courage ! »
Dans le bus sur le trajet, mes écouteurs dans les oreilles, je réfléchis à toutes les choses de la vie, et je peux dire que je suis heureuse, j’aime ma famille, mon petit frère comme si on était du même sang et j’adore mon petit boulot, tranquille et plutôt bien payé.
Viens, on se barre loin, en courant dans tous les pays du monde et on va lécher des nuques et péter des gueules s’ils ne nous conviennent pas.
Quoi… Je viens de dire que je suis heureuse, pourquoi partir ? Et puis lécher des nuques ? Péter des gueules ? Je vais vraiment de plus en plus mal, je me comprends de moins en moins, de qui je vais péter la gueule ? J'ai du kiwi dans les bras, j’ai que ma vitesse pour moi, et je ne vois pas pourquoi je lécherai qui que soit… beurk.
J’entre dans l’école de Tristan légèrement chamboulé par moi-même vraiment, je suis une énigme. Aller, on se ressaisit ma fille, tu n'es pas là pour toi, tu es là pour Tristan. Le spectacle commence dans 20 minutes, je me cherche une place pas trop proche et pas trop éloignée avec deux sièges à côté pour mes parents.
Une fois les places trouvées, je sors mon téléphone pour appeler ma mère.
Elle répond dès la deuxième sonnerie :
« Allô, chérie ? Tu es arrivée ? »
« Oui maman, je suis assise trois rangées après l’estrade juste à côté du stand où il y aura la pêche aux canards. Je vous ai gardé deux places. »
« On arrive ma chérie, désolé, on est sur le parking, on cherche une place, mais tu connais ton père, il veut trouver une place où il ne peut rentrer personne à côté, ça fait déjà trois fois qu’on fait le tour. »
Je ris. « Oui, j’imagine bien et bien bon courage à toi, je vous attends, bisous ! »
Mon père et son amour pour sa voiture... Je viens de voir quelques enfants courir derrière les rideaux sur les côtés de l’estrade visiblement stressés et excités de présenter leur spectacle à leur famille. C’est beau tout ça, les enfants et les parents impatients de cette journée qui a été épuisante à préparer pour tout le monde aussi bien les parents que les enfants et les professeurs.
J’aperçois un groupe de cinq personnes, deux femmes et trois hommes et vu leurs tailles, j’ai compris que c’étaient les surveillants de la classe de jumelage. Ils sont effectivement tous plus grands que la moyenne, et d’une prestance impressionnante, ils attirent les regards de tout le monde tout de suite, comme s’il était la face puissante d’un aimant et que le reste du monde s’aimanter naturellement vers eux. Deux d’entre eux sont restés devant l’estrade et les trois autres sont partis à l’intérieur de l’école derrière nous. C’est à ce moment-là que papa et maman ont décidé de faire leurs apparitions.
« Désolé Léo ! On est pile à l’heure ça commence dans trois minutes. On y est arrivé. Béa est en sécurité. »
Je ris de mon père et du nom qu’il donne à sa voiture des fois, je me dis qu’il l'aime plus que mon frère ou moi.
« Je me demande pourquoi je suis encore mariée à cette imbécile. » Je tape légèrement sur l’épaule de ma mère en signe de compassion et je les laisse s’asseoir à côté de moi.
La musique commença à résonner dans les enceintes, et nous avons tout commencé à applaudir pour encourager nos petits monstres.
J’ai affiché inconsciemment mon plus beau sourire, j’ai vraiment hâte, et c’est imminent, on est à quelques secondes du début des festivités.
Dès que des jeunes habillés en abeilles et en coccinelles rentrent sur l'estrade en se tenant la main, je commence à avoir assez chaud beaucoup et d'un coup, et je ressens des sortes de picotement dans tout mon corps et surtout dans ma nuque, entre la nuque et le cou plus précisément, là où l’épaule et le cou se rejoignent.
Tu sens cette délicieuse odeur ? Je la veux tout de suite !
Je sens une odeur extrêmement légère de poivre, de sucre et d’épine de pin aussi peut-être, mais c’est infime. Si la voix ne me l’avait pas fait remarquer, je serais passé à côté. Pendant ce temps sur la scène, les petits font leurs meilleures rondes et pirouettes. Mais je n’arrive pas à me concentrer sur autre chose que cette sensation de picotement et cette chaleur qui enfle dans mon corps.
Je me sens excitée ? Mais je ne vais vraiment pas bien, moi ! Devant mes parents, et à un spectacle d’enfants !! Je crois bien que c’est l’asile qui m’attend à la sortie.
Je ressens une sensation de plénitude tout au fond de moi dans mon corps et dans mon esprit, étrangement, comme si je n’avais été qu’à moitié pleine avant aujourd’hui.
Je sens mes os me brûler, c’est même douloureux, j’ai l’impression qu'on verse du fer en ébullition dessus, et qu’on tire dessus pour les casser, mais qu’on s’arrête juste avant.
Je finis par me ventiler légèrement avec une main, et par me tenir à ma chaise avec l'autre, ce qui a dû alerter ma mère qui perd son sourire dès qu'elle pose les yeux sur moi.
« Léo, ça va ? Tu es en nage et toute rouge, on dirait que tu as un peu de fièvre. Tiens » elle sort un médicament pour la fièvre.
« Ça va oui, je pense que j’ai un coup chaud ou une petite crise de sucre, je vais sortir aux toilettes quelques instants et prendre le cachet. Je reviens dans deux minutes désolé. »
« Prends ton temps ma chérie et si ça ne va pas, tu m’appelles, je garde mon téléphone. »
Je me lève aussi vite que possible sans vaciller et je me dirige à l’intérieur de l’école en passant devant la foule de monde occupé à regarder devant eux. Je sens pourtant un regard sur moi.
C’est n'est pas vraiment le moment, j’ai besoin de me rafraîchir, cependant, je me sens tout de suite étrangement apaisée. La chaleur devient supportable et la sensation de plénitude est de retour, elle danse en moi.
Ça, c’est une envie de baiser ma belle. Bien joué, laisse-toi aller.
Ferme ta gueule... euhh, moi ? Enfin bref, une fois à l’intérieur, je cherche les toilettes, et je me sens suivi.