~CHAPITRE 1~
LYDIANA SUN
Installée dans l'habitacle de la voiture, mon regard était fixé sur le paysage qui défilait à vive allure, tandis que les événements des sept derniers jours refusaient de quitter mon esprit.
Oui, je le savais. J’avais commis une énorme erreur.
J'aurais peut-être dû laisser mon père me tuer lorsqu'il avait tenté de le faire pour la seconde fois. J'aurais dû éviter de me laisser emporter dans une rage intense lorsque cette première flèche avait touché mon compagnon plutôt que moi.
Le problème était que je n'avais même pas conscience de mes propres facultés. Je me voyais simplement comme une personne ordinaire, à l'instar de mon entourage.
Je sais que vous êtes totalement perdus face à la situation. Ne vous inquiétez pas, je vais tout vous expliquer clairement.
Mon nom de famille est Sun...
Chose qui m'intriguait car ni mon père, ni ma mère ne s'appelaient ainsi. Mais, je n'avais jamais posé de question car si je l’avais fait, je l’aurais payé très cher.
J'avais 19 ans et un frère cadet âgé de 17 ans, et bientôt de 18 ans, avec lequel je m'entendais super bien.
Mon père avait commencé à me battre lorsque j'avais 9 ans, parfois me conduisant même jusqu'à l'évanouissement. Et ce, sans que je puisse comprendre la raison derrière de tels actes. Avec ma mère et mon frère, il était un époux et un père formidable, tandis qu'avec moi, il était un véritable monstre.
Ma mère ne m'avait jamais défendue. Peut-être parce qu'elle avait une affection démesurée pour cet homme qui me servait de père ou peut-être parce qu'elle s'en fichait carrément de moi.
Depuis l'âge de 10 ans, j'avais pris l'habitude de me promener seule dans la forêt. Cette balade solitaire me permettait de m'échapper de ma triste vie et de retrouver un semblant de sérénité.
C'est ainsi que j'avais fait la rencontre de Jay, mon premier amour. J'avais 15 ans lors de notre rencontre, et si ma mémoire ne me trahissait pas, c'était vers l'âge de 16 ans que j'avais commencé à nourrir des sentiments, autres qu'amicaux, pour lui. Même avant cela, sa remarquable apparence physique ne m'avait pas échappée.
Ses yeux étaient d'un bleu clair et illuminaient son visage. Il avait une stature élancée et une musculature équilibrée. Une chevelure bouclée dorée semblable aux blés mûrs. Ses cheveux étaient délicatement rasés sur les côtés et ornés de boucles soigneusement entretenues au centre qui lui tombaient sur le visage.
Nous avions construit une amitié solide. Il était conscient de ma situation familiale, et il me soutenait de toutes ses forces et faisait de son mieux pour être présent pour moi. Il m'avait appris à patiner dans le but de m'aider à me détendre, disant que c'était mieux que le yoga.
Et malgré la distance qui séparait nos villes respectives, il trouvait le moyen de venir me voir chaque mois.
Comment aurais-je pu ne pas être folle amoureuse de lui ?
Malheureusement, la crainte de le perdre m'avait toujours empêchée de lui avouer mes sentiments. Malgré tout, mon esprit était exclusivement captivé par lui. Aucun garçon de mon école ou d'ailleurs n'était parvenu à le chasser de mon esprit, du moins jusqu'à il y a une semaine.
Mon parcours scolaire était marqué par un retard, j'ai obtenu mon bac à 19 ans, un an après l'âge habituel de 18 ans ; à causes d'absences répétées en classe, lesquelles étaient les conséquences des tortures infligées par mon père.
Le jour de l'obtention de mon baccalauréat, il y a de cela deux mois, au lieu de recevoir les félicitations habituelles d'un parent, cet homme avait usé d'une brutalité inouïe. Il m'avait violemment battue, provoquant des blessures graves et me plongeant dans un coma de deux mois.
Une fois sortie de l'hôpital, j'avais décidé de me rendre dans la forêt pour une promenade, et c'est pile à ce moment-là que j'avais senti ce parfum. Je ne parvenais toujours pas à décrire l'odeur, mais elle avait quelque chose d'irrésistiblement envoûtant. J'avais déambulé un moment en quête de son origine, jusqu'à ce que mes yeux se posent sur lui.
J'étais restée immobile, captivée par sa beauté. C'était un homme d'une beauté éblouissante. Il s'était approché de moi, alors que mon cœur tambourinait dans ma poitrine. Il avait intensément fixé mes yeux, puis il avait murmuré le mot « Compagne » avant de fermer les yeux. Lorsqu'il les avait rouverts, ses iris avaient changé de couleur. La peur s'était emparée de moi, mais je refusais de m'enfuir, car chaque fibre de mon être semblait liée à lui. Sa main m'avait caressé la joue, provoquant un frisson qui avait parcouru l'intégralité de mon échine. À ce moment précis, j'avais réalisé que je ne voudrais plus jamais qu'il s'éloigne de moi. Alors qu'il s'approchait pour me prendre dans ses bras, mon père qui se trouvait non loin derrière lui avait attiré mon attention. Il tenait un arc et une flèche, prêt à lâcher la flèche. Bien que derrière mon compagnon, il ne la pointait pas vers lui... mais vers moi.
« Baisse-toi ! » avais-je hurlé en me penchant.
Mais il n'avait pas réagi assez rapidement et s'était pris la flèche en plein cœur. Mon compagnon s'était effondré devant moi, tandis que mon monstre de père s'apprêtait à décocher une seconde flèche. J'avais posé son tronc sur mes jambes et tenu sa tête à l'aide de mes mains. Je l'avais supplié de ne pas me quitter, mais il m'avait répondu que c'était impossible, car la flèche contenait une substance nuisible à toutes les créatures surnaturelles. Au moment où je m'apprêtais à lui demander ce qu'il voulait dire, mon odieux père décocha une autre flèche en ma direction. J'avais relevé mon regard vers lui et tout s'était accéléré...
La flèche en route vers moi s'était embrasée en plein vol et s'était dissipée en une fine cendre une fois touchant le sol. Son arc, ainsi que ses autres flèches, avaient eu le même sort. J'avais reporté mon attention sur mon compagnon qui s'était mis à parler.
« Je suis reconnaissant à la déesse de la lune pour m'avoir permis de croiser ton chemin avant de mourir. Tu es une femme magnifique... J'aurais tant voulu rester en vie pour guérir ton âme blessée. »
Suite à ces mots, il avait fermé doucement les yeux et son souffle s'était éteint.
Je me rappelle avoir fixé mon père qui était figé par l'horreur. Puis j'avais hurlé. Un hurlement déchirant avait traversé mes lèvres, si puissant que j'avais craint pour mes cordes vocales. Avant même que je ne m'en sois rendue compte, des flammes avaient dévoré la moitié de la forêt, emportant mon père.
Le temps que j'eusse passé au cœur de ses flammes m'était inconnu, de même que le moment où le sommeil m'avait envahie. À mon réveil, mon compagnon avait disparu, et la forêt, réduite en cendres... comme mon père.
Dans un élan de panique, je m'étais redressée et avais couru le plus loin possible de cet endroit et de chez moi. J'avais trouvé refuge dans une cabane au cœur de la forêt, où mes larmes s'étaient déversées. Des larmes pour cet homme que je venais de rencontrer et qui était mort dans mes bras. Des larmes pour ma mère et mon frère, à qui je venais de priver mari et père. Des larmes pour mon père, qui n'avait jamais mérité mes pleurs.
Jay m'avait retrouvée, et je lui avais tout expliqué. Il m'avait expliqué le lien de compagnon, m'informant que cet homme, dont j'ignorais le nom, était le mien. Quand je lui avais demandé comment il savait tout ça, il m'avait simplement dit qu'il avait fait de nombreuses recherches sur les créatures surnaturelles. En ce qui concernait ce que j'avais fait à mon père et l'absence de mon compagnon à mon réveil, il avait promis de m'apporter des explications plus tard.
Pendant une semaine, j'avais vécu dans cette cabane, avec Jay à mes côtés. Il m'avait apporté son soutien en m'assurant que ce n'était pas ma faute, et que j'avais bien agi.
À la fin de cette période, il m'avait convaincue de retourner chez moi et d'expliquer à ma mère que j'avais besoin de prendre du recul, justifiant ainsi ma disparition.
Et j'avais obéi.
Ma mère, ayant conscience que j'avais tué son mari, par je ne sais quel moyen, m'avait ordonnée de quitter la maison, menaçant de me tuer si je n'obéissais pas. Dans un accès de colère, elle avait maudit le jour où elle avait porté en elle un monstre comme moi.
Jay, arrêté non loin de chez moi, avait compris immédiatement en me voyant sortir, les larmes aux yeux. Sans hésitation, il m'avait invitée dans sa voiture et m'avait dit qu'on irait dans sa ville. Malgré ses efforts pour m'expliquer que là-bas, je pourrais aller à l'université et apprendre à contrôler mes pouvoirs, je ne comprenais pas pourquoi il s'investissait autant.
Car je lui avais bien dit : « Tout ce que je veux, c'est mourir. »
— Tu devrais dormir un peu. Le trajet est encore long.
Je détournai mon regard de la fenêtre pour le fixer, dans le but de lui répéter ce que je lui avais déjà dit plus tôt.
— Jay, pour être franche, je souffre et j'ai une très forte envie de mourir.
— Ne dis pas de bêtises ! Un meilleur avenir t'attend.
— J'ai tout perdu, Jay.
— Tu n'as pas tout perdu. Tu m'as toujours et tu pourras t'entourer de nouveaux amis. La vie mérite d'être vécue.
— Pas la mienne.
— Si et plus que n'importe laquelle. Maintenant, dors ! dit-il énervé.
Je poussai un faible soupir et sombrai dans le sommeil sans m'en rende compte.
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— Réveille-toi, Lydia. Nous sommes arrivés.
Je me réveillai au son de sa voix, comme si elle exerçait une influence sur mon esprit. Je me frottai les yeux et esquissai un bâillement avant de quitter le véhicule, toute fatiguée. La nuit était déjà tombée alors que nous nous trouvions sur une aire de stationnement.
Mon regard explora les environs et s'arrêta sur l'imposant édifice sophistiqué qui se dressait devant moi. Mon regard resta figé sur celui-ci, pendant que Jay s'approchait de moi, portant son sac sur son épaule.
— Mon appartement est au troisième étage. Suis-moi.
Je le suivis en silence à l'intérieur. Alors qu'il adressait des salutations aux personnes qu'il croisait, je me tenais discrètement derrière lui, perturbée par les regards curieux que tout le monde me lançait. Nous prîmes l'ascenseur en compagnie de quelques personnes qui échangeaient des regards en me remarquant. Arrivés à son étage, nous nous dirigeâmes vers la troisième porte. Il sortit ses clés pour déverrouiller la porte et me demanda d'entrer en premier, ce que je fis. Je m'attendais à un petit appartement mais je découvris plutôt un somptueux penthouse. Il s'approcha et me demanda de le suivre pour une petite visite. Mais, je refusai d'un mouvement de tête.
— Peut-être demain. En ce moment, je veux juste prendre un bain et essayer de dormir.
— Très bien. Je comprends. Viens, je vais te montrer ta chambre.
Je le suivis, ne prenant pas le temps d'apprécier les lieux, même si l'appartement était véritablement époustouflant. Nous montâmes les marches de l'escalier, et une fois dans la vaste et superbe pièce qui était supposée être ma chambre, il se positionna en face de moi.
— Tout ce dont tu auras besoin pour ta toilette se trouve dans la salle de bain. Vu que tu n'as pas pu apporter d'affaires, je te prêterai l'un de mes t-shirts pour que tu puisses le porter aujourd'hui. Demain, très tôt, j'irai t'acheter des vêtements car je dois te faire visiter la ville.
Je fis un signe de tête et il en fit de même avant de se diriger vers la sortie. Mais, je l'arrêtai avant qu'il ne sorte de mon champ de vision.
— Jay ?
Il se figea, puis se retourna vers moi pour me fixer.
— Merci.
Il esquissa un sourire, visiblement heureux que je lui sois reconnaissante.
— Je t'en prie ! Prends un bain pendant que je commande le dîner. Après le repas, tu te reposeras. Ça te fera du bien.
Suite à cela, il quitta la pièce, me laissant seule avec mes tourments intérieurs.
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NOTE DE L'AUTRICE : Et voilà pour ce premier chapitre ! J'espère qu'il vous a plu, et je suis impatiente de connaître vos impressions.