Personnaliser la lisibilité
Aa

Le chant des clochettes

Tous droits réservés ©

Résumé

Et si le monde derrière le Mur était moins dangereux que celui qu’il protège ? À Aurévia, chacun doit rester à sa place. Les espèces ne se mélangent pas, les hybrides sont considérés comme des monstres et le Mur Miroir protège la population des créatures qui rôdent au-dehors. Du moins, c’est ce qu’Ophélia a toujours appris. Fille de la dirigeante du Conseil des Arcanes, la jeune sorcière devrait se contenter d’obéir. Pourtant, les clochettes qu’elle entend au-delà du Mur, les messages anonymes qui surveillent ses moindres mots et les mensonges trop bien entretenus éveillent ses soupçons. Puis elle rencontre Kaï Voss. Alpha redouté, protecteur farouche et entouré de secrets, il appartient à ce monde extérieur qu’on lui a appris à craindre. Lorsqu’il lui sauve la vie, Ophélia comprend que le danger ne vient peut-être pas de ceux que le Conseil condamne, mais de ceux qui contrôlent la vérité. Ensemble, ils vont découvrir que certains murs ne sont pas construits pour empêcher les monstres d’entrer… Mais pour empêcher la vérité de sortir.

Genre :
Fantasy/Drama
Auteur :
KiraDreki
Statut :
En cours
Chapitres :
1
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 : Derrière les clochettes

Bonjour à toi, lecteur inconnu. Oui, toi.

Tu es tombé ici par hasard… ou tu fouines dans mes affaires. Dans les deux cas, lire le journal des autres n’est pas très poli, mais puisque tu es déjà là, autant continuer. Je suis curieuse de savoir ce que tu penseras de tout ça.

La lumière du Mur traverse ma fenêtre et répand des reflets irisés jusque sur mon bureau. Ils glissent sur la couverture de mon carnet, accrochent la pointe de mon crayon et donnent à ma chambre cette clarté pâle qu’on retrouve partout à Aurévia une fois la nuit tombée.

Même dans l’obscurité, le royaume continue de briller.

Dans l’air flotte encore un reste d’encens. Ma mère en fait brûler presque tous les soirs ; elle prétend que certaines essences purifient l’esprit et facilitent la concentration.

Moi, je trouve surtout que ça sent la surveillance.

Je devrais dormir. Demain, je dois me lever tôt, sourire au bon moment, répondre correctement lorsqu’on m’interroge et éviter de donner à ma mère une nouvelle raison de soupirer en prononçant mon prénom.

À la place, j’écris. En cachette, évidemment.

Dis-moi…

Est-ce que tu t’es déjà senti enfermé dans un mensonge ? Pas forcément un énorme mensonge dramatique, avec des conspirateurs encapuchonnés et des cadavres dans une cave. Quelque chose de plus discret. Un mensonge poli, propre, répété si souvent qu’un jour plus personne ne pense à vérifier s’il est vrai.

Parfois, j’ai l’impression que toute ma vie ressemble à ça.

J’habite derrière un mur. Littéralement.

Le Mur Miroir ceinture Aurévia depuis bien avant ma naissance. De loin, il ressemble à une immense paroi de lumière presque transparente ; de près, sa surface change avec le ciel et renvoie des couleurs qui n’existent nulle part ailleurs.

On nous apprend très jeunes à le trouver beau.

On nous apprend surtout à être reconnaissants.

Grâce à lui, nous sommes en sécurité. Grâce à lui, les créatures de l’extérieur ne peuvent pas entrer. Grâce à lui, Aurévia peut vivre, apprendre, commercer et dormir sans craindre ce qui rôde au-delà.

C’est ce qu’on nous répète.

Et peut-être que c’est vrai.

Seulement… je me demande parfois pourquoi une vérité aussi évidente a besoin d’être répétée aussi souvent.

La journée, les rues sont pleines de monde. Les tramways runiques glissent entre les bâtiments, les enseignes magiques s’allument au passage des clients et les écrans d’information du Conseil rappellent les consignes de sécurité avec leur petite musique insupportablement joyeuse.

Tout fonctionne.

Tout est propre.

Tout est à sa place.

Même les gens, apparemment.

Les espèces se croisent dans les rues, étudient dans les mêmes bâtiments, travaillent côte à côte. On pourrait croire que ça suffit à faire de nous un royaume particulièrement ouvert d’esprit.

Il suffit pourtant de regarder un peu plus longtemps.

On peut être amis avec qui l’on veut. Travailler avec qui l’on veut. Partager une table, un laboratoire, parfois même un appartement.

Mais certaines limites ne sont jamais écrites sur les panneaux.

On les connaît quand même.

Il y a des personnes qu’il vaut mieux ne pas aimer.

Personne ne le formule exactement comme ça, bien sûr. On parle de compatibilité, de stabilité, de préservation des lignées. Des mots propres, encore eux.

Il y a quelques mois, une fille que je croisais parfois dans les couloirs a cessé de venir.

On nous a dit qu’elle était partie poursuivre ses études ailleurs.

Peut-être.

Sa chambre avait pourtant été vidée avant même que la plupart de ses camarades apprennent son départ, et personne ne semblait savoir dans quelle Académie elle avait été transférée. Lorsque j’ai posé la question, on m’a répondu qu’il n’était pas convenable de fouiller dans les affaires privées des autres.

J’ai laissé tomber.

Enfin…

En apparence.

Il y a beaucoup de choses comme ça à Aurévia. De petites incohérences qu’on peut facilement oublier tant qu’on les regarde séparément.

Alors j’essaie de ne pas les regarder séparément.

Mon crayon ralentit.

Au-dessus de ma porte, le sceau de protection posé par ma mère semble parfaitement éteint. Officiellement, il est là pour sécuriser ma chambre et détecter certaines fluctuations magiques dangereuses.

Il ne fait jamais de bruit.

Il lui arrive pourtant de devenir tiède lorsque j’écris longtemps.

Je ne sais pas pourquoi.

Et j’évite soigneusement de demander.

Il y a aussi les hybrides.

Le mot suffit généralement à faire baisser les voix.

À l’école, on nous apprend qu’ils sont instables, que le mélange de plusieurs natures magiques provoque des dérèglements dangereux et que les lois les concernant existent pour protéger tout le monde.

C’est peut-être vrai.

Je n’en sais rien.

Je n’ai jamais rencontré d’hybride.

À ma connaissance, aucun de mes camarades non plus.

Alors, parfois, une question très simple refuse de me laisser tranquille :

comment peut-on être aussi certains de ce qu’ils sont si presque personne n’en a jamais vu ?

J’ai demandé une fois à consulter certaines études.

On m’a conseillé des ouvrages généraux.

J’ai demandé les rapports originaux.

On m’a répondu qu’ils n’étaient pas accessibles aux étudiants.

J’ai demandé pourquoi.

Ma mère m’a demandé pourquoi j’avais besoin de poser autant de questions.

Nous avons décidé d’un commun accord, surtout elle, que la conversation était terminée.

Je fais tourner mon crayon entre mes doigts.

« C’est ridicule… »

Le mot se perd dans ma chambre.

Je jette un regard vers le sceau.

« …et probablement une très mauvaise idée. »

Je n’efface rien.

Évidemment.

Je ne sais pas si Aurévia ment.

Je ne sais même pas si quelqu’un ment volontairement. Peut-être que nous répétons simplement des histoires vieilles de plusieurs générations parce qu’elles nous rassurent. Peut-être que les monstres sont réellement des monstres, que le Mur nous protège et que les hybrides sont aussi dangereux qu’on le prétend.

Mais si tout cela est vrai, pourquoi ai-je l’impression qu’on préfère toujours m’empêcher de poser la question plutôt que de me donner la réponse ?

Je m’arrête.

Dehors, le vent se lève.

Les feuilles des arbres du jardin frémissent sous ma fenêtre et, très loin, la surface du Mur change légèrement de couleur.

Je tends instinctivement l’oreille.

Un tintement traverse la nuit. Puis un autre.

Des clochettes.

Je les entends parfois lorsque le vent vient de l’extérieur. Jamais longtemps, jamais assez clairement pour savoir d’où elles viennent.

La première fois, j’ai cru rêver. La deuxième, j’en ai parlé à ma mère. Elle m’avait regardée quelques secondes avant de répondre avec ce calme particulier qu’elle utilise lorsqu’une discussion est déjà terminée.

« Tu imagines des choses, Ophélia. »

Je n’en ai plus parlé.

Mais ce soir encore, les clochettes existent. Faiblement.

Quelque part derrière le Mur.

Papa disait que le monde était plus vaste que ce qu’on voulait bien me montrer.

Je me souviens encore de sa voix lorsqu’il disait ce genre de choses, comme s’il partageait avec moi un secret parfaitement innocent.

Officiellement, il est parti.

Une autre femme. Une autre vie.

C’est l’histoire que ma mère raconte lorsqu’elle accepte d’en parler.

Peut-être qu’elle dit vrai.

Seulement, j’ai connu mon père.

Pas assez longtemps.

Mais assez pour me souvenir qu’il ne partait jamais sans dire au revoir.

Je baisse les yeux vers mon carnet.

Je crois que c’est pour ça que les clochettes m’intriguent autant. Parce qu’elles viennent d’un endroit où, d’après ce qu’on nous raconte, il ne devrait presque plus rien rester. Et pourtant quelqu’un, quelque part, semble avoir une raison de faire sonner des cloches.

Je referme mon carnet.

Voilà.

Assez de paranoïa pour ce soir.

Je tends la main vers ma lampe de chevet lorsque l’écran de mon téléphone s’allume brusquement dans la pénombre.

Je m’immobilise.

Pas de sonnerie. Pas de vibration.

Seulement cette lumière blanche et un message provenant d’un numéro inconnu.

“La curiosité n’est pas un défaut. C’est une porte. Certaines s’ouvrent des deux côtés. Choisis bien ce que tu laisses entrer.”

Je fronce les sourcils.

« Très drôle. »

Je relis le message.

Quelqu’un de l’Académie, probablement. Une plaisanterie stupide.

Mes doigts restent suspendus au-dessus de l’écran.

Une nouvelle ligne apparaît.

Les lettres se dessinent une à une sous mes yeux.

“Tu viens d’écrire : « Je ne sais pas si Aurévia ment. ». Ne le nie pas.”

Mon cœur s’arrête.

Une seconde.

Peut-être deux.

Puis il repart beaucoup trop vite.

Je regarde mon carnet fermé.

Les mots sont là, quelques pages plus tôt, griffonnés au milieu de mes réflexions.

Je ne les ai pas prononcés. Personne n’est entré dans ma chambre.

Je me lève si brusquement que ma chaise racle le sol et vérifie la porte, la fenêtre, puis le sceau au-dessus de moi.

Rien.

Lorsque je reprends le téléphone, le message a disparu.

Je cherche dans l’historique.

Aucune conversation. Aucun numéro. Aucune notification. Comme si rien ne s’était passé.

« Non… »

Une vibration sourde traverse soudain mes doigts.

Je manque de lâcher l’appareil.

Ce n’est pas celle du téléphone.

Le frémissement vient du bureau.

Je tourne lentement la tête vers l’artefact de stabilisation posé près de mon carnet.

La petite pierre plate cerclée d’argent pulse faiblement.

Une fois.

Je retiens mon souffle.

Une deuxième pulsation traverse sa surface.

Lente. Profonde. Régulière. Comme un battement de cœur.

Je ne bouge plus.

Cet artefact est conçu pour absorber les petites fluctuations magiques d’une pièce.

Il ne devrait pas faire ça.

Il n’a jamais fait ça.

Une troisième pulsation soulève presque imperceptiblement la lumière enfermée sous la pierre.

Puis plus rien.

Le silence retombe.

Je reste debout devant mon bureau, le téléphone serré entre mes doigts, tandis que le Mur projette toujours ses reflets tranquilles contre mes murs.

Dehors, Aurévia dort. Propre. Ordonnée. En sécurité.

Et pour la première fois, je me demande sérieusement si quelque chose vient de me regarder depuis l’autre côté.

Dites à KiraDreki ce que vous avez pensé de ce chapitre !
J'adore ça

0

J'adore ça

Drôle

0

Drôle

Épicé

0

Épicé

Plein de suspense

0

Plein de suspense

Émouvant

0

Émouvant

Profond

0

Profond

Réconfortant

0

Réconfortant

Choquant

0

Choquant

Bien écrit

0

Bien écrit

Intrigue captivante

0

Intrigue captivante

Super personnage

0

Super personnage

Dialogues forts

0

Dialogues forts

Autres recommandations

La jumelle perdu et ses fréres maffieux

kafrine974: Histoire bien avec beaucoup de rebondissement de tristesse

Lire maintenant
Broken by the mafia

sarah07112014: J'ai adorer même si je trouve quel lui pardonne trop facilement de l'avoir étrangler sur la fin jaurer aimer quil en bave plus pour la récupérer mais ceter un tres bon livre

Lire maintenant
Azarias & Zoé

Cerise 🍒 : Histoire classique traitée avec une trame très originale !Pour le coup, envie de savoir ce qui va se passer par la suite pour toute cette petite équipe de surnaturels 😅Bravo

Lire maintenant
Mes chaussettes dépareillées

Christine: J'ai pas les mots...j'ai tellement adorée ce livre pleins de sentiments ! J'ai beaucoup pleurée énormément même... un véritable bijoux je recommande à tous les lecteurs et félicite vivement l'auteur... bravo!!!

Lire maintenant
Une nouvelle chance

user-OTNeRptjHm: Une histoire très agréable qui se lit d'une traite et fait passer un bon moment. L'écriture est fluide. L'intrigue captivante est pleine de rebondissements. Merci à l'auteur.

Lire maintenant
Les voies du destin

Mjey West: Une très belle histoire d'amour, aussi addictive que bouleversante 💖À découvrir.

Lire maintenant
Beresford Empire - Tome 1 - Un Autre Monde

Selima: J'ai adoré. Bien écrit, à la fois drôle et palpitant. Merci

Lire maintenant
Destin caché

Latifa: Ce qui m'a déplu c'est cette coupure brusque, brutale. Si j'avais su qu'il y aurait cette semi- fin qui défigure cette belle histoire, je ne l'aurais jamais lue.

Lire maintenant
L'Alpha

Sarah: J'aime beaucoup cette histoire qui est assez addictive. Le scénario et les actions sont bien imaginés. Il y a juste un problème au niveau de la conjugaison des verbes : l'auteur n'a pas su choisir entre le passé simple et le présent. Le résultat est assez perturbant. Il y a également pas mal de faut...

Lire maintenant