Les larmes de nos vies - Jordane & Lucas -
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Les larmes de nos vies - Jordane & Lucas -

Cette histoire contient des thèmes de : harceleur, mort violente, images explicites, agression

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Notes d'histoire

Après un passé marqué par un accident et l’abandon, Jordane tente de se reconstruire. Lucas, professeur séducteur et insouciant, bouleverse sa vie. Entre attirance, blessures du passé et secrets, ils devront affronter leurs peurs et les interdits pour apprendre à s’aimer.

Résumé

Jordane Carpentier, 20 ans, tente de reconstruire sa vie après un passé marqué par un grave accident et l'abandon de sa mère. Étudiante en design à Grenoble, elle jongle entre ses études, son travail précaire et les souvenirs douloureux qui la hantent, essayant de rester invisible dans un monde qui la juge trop vite. Lorsque Lucas Bellucci, 27 ans, professeur charismatique et séducteur, entre dans sa vie, une tension inattendue naît. Intrigué par sa discrétion et sa fragilité, il la pousse à se dépasser. Mais entre attirance irrésistible, malentendus, jalousie et peurs anciennes, leurs cœurs se heurtent autant qu'ils se rapprochent. Au fil des épreuves, Jordane et Lucas devront apprendre à affronter leurs blessures et à se faire confiance. Entre douleur et espoir, leur histoire dévoile la force de l'amour face aux blessures du passé et la possibilité de renaître ensemble, malgré les interdits.

Statut :
Terminé
Chapitres :
39
Rating
5.0 (1 avis)
Classification par âge :
18+

Chapitre 1 - Joyeux Noël

--- Sept ans plus tôt ---

(JORDANE)

Il fait nuit.

Un froid glacial s’infiltre par les interstices des fenêtres. Sur le verre, la condensation forme de lentes gouttes qui glissent sans bruit, trahissant la morsure de l’hiver dehors.

La neige tombe, silencieuse, étouffant peu à peu les bruits du monde.

Je tire les rideaux. La lourdeur du tissu me paraît plus pesante encore ce soir.

Mes doigts frissonnent.

Je m’assois dans le vieux fauteuil usé. Le cuir craquèle sous mes mains comme un parchemin fatigué. L’odeur âcre de poussière, mêlée au bois brûlé, envahit la pièce.

Dans la cheminée, les flammes lèchent les bûches dans un murmure chaud, rassurant, fragile ; un battement de vie dans la nuit.

Le parfum doux-amer du bois ne suffit pourtant pas à réchauffer l’atmosphère lourde.

Ma mère est assise à table. Ses gestes désordonnés trahissent l’ivresse : elle alterne entre gorgées d’alcool et verre d’eau, comme si elle tentait d’éteindre un feu qui la consume de l’intérieur.

Je la regarde, incapable de détourner les yeux. Son visage est blême, ses yeux rouges brillent d’une colère sourde, mêlée à une tristesse que je connais trop bien.

Chaque Noël, la même scène. Le même chaos qui abîme tout ce qui pourrait être beau.

— Rassemble tes affaires pour la nuit, ordonne-t-elle d’une voix rauque. N’oublie surtout pas la bouteille de vin.

Mon cœur se serre.

J’avais tant espéré ce repas chez mamie. Sa maison est une forteresse de douceur : chaque plat une caresse, chaque sourire une promesse de réconfort.

Mais ce soir, je sens déjà la fracture se creuser.

— Maman… peut-être qu’on ne devrait pas y aller ce soir…

— Pourquoi ? répond-elle, la voix ferme malgré l’alcool.

Je baisse les yeux, mes mains crispées sur mon jean.

— Parce que tu as trop bu… et puis il fait noir. La route est glissante… On pourrait appeler mamie, lui dire qu’on viendra demain.

Je n’ose pas dire que j’ai peur.

Peur de chaque virage.

Peur que le volant lui échappe.

Peur de ce qui nous attend au bout de la route.

Elle se lève brusquement. Titube. Ses yeux lancent des éclairs.

— Non. Hors de question. J’ai promis. Mamie est seule. Elle a besoin de nous. Et mentir ? Jamais. On finit en enfer quand on triche.

Elle s’approche. Attrape mon menton d’une main tremblante, glacée comme la nuit.

— Je vais rouler doucement, ma puce. Promis. On est immortelles, tu sais bien. Rien ne peut nous arriver.

Je hoche la tête.

À l’intérieur, quelque chose se fissure.

Immortelles ? Non.

Nous sommes fragiles. Trop.

Des corps suspendus à un fil invisible, prêts à céder au moindre choc.

Une sueur froide perle à mes tempes. Un goût amer me remonte dans la gorge.

Elle se détourne. Vacille. Manque de tomber.

— Jordane, chope la bouteille !

Mes mains tremblent. Le poids du verre me semble démesuré.

Je me recroqueville, le ventre noué, incapable de chasser cette peur qui s’infiltre jusque dans mes os.

Le silence s’étire, seulement brisé par le crépitement du feu… et le souffle irrégulier de maman.

Ce soir, la maison sent la mélancolie, l’angoisse… et quelque chose d’irréversible.

— Viens, murmure-t-elle.

Je ne réponds pas. Son regard sur moi est lourd, implorant, peut-être.

Je voudrais la prendre dans mes bras. Lui dire que tout ira bien.

Mais je n’y crois pas assez pour mentir.

Je sors sur la terrasse. Le bois craque sous mes pas.

Le vent me gifle le visage.

La neige tombe plus dense, plus épaisse, comme si elle voulait effacer nos traces.

Le moteur vrombit. Un grondement rauque, venu de loin.

Je monte à contrecœur dans la voiture. Le cuir du siège est froid. Humide.

Je jette un dernier regard vers la maison. Les flammes dansent encore derrière les vitres.

Petites. Fragiles.

Maman accélère.

La route s’ouvre devant nous : noire, luisante, bordée d’ombres épaisses.

Je serre la bouteille contre moi. Talisman inutile.

Mes paupières se ferment parfois. Fatigue. Malaise.

Chaque mètre avalé ressemble à une provocation lancée au destin.

Un virage.

Un autre.

Les pneus crissent.

Maman jure.

Je m’agrippe à la ceinture.

Un éclat.

Une lumière blanche.

Le choc.

Un hurlement métallique.

La voiture heurte la glissière.

Elle ne s’arrête pas.

La pente.

La chute.

Le monde bascule.

L’eau.

Le lac gelé.

Mon front cogne l’habitacle.

Puis le noir.

Respire…

J’inspire brusquement.

Le froid m’enveloppe aussitôt. Le réveil est brutal.

L’eau s’infiltre dans mes chaussures, grimpe le long de mes jambes, mord chaque centimètre de peau.

Ma respiration s’emballe. Mon cœur explose.

Je crie. Ou je crois crier. Ma voix se dissout dans l’écho glacé.

Je tourne la tête.

Maman n’est pas là.

La ceinture m’écrase la poitrine. Je tire. Elle résiste.

Mes doigts s’engourdissent.

L’eau monte. Trop vite.

Je pense à mamie. À son rire. À ses gâteaux.

Je ferme les yeux.

Un bruit.

Un choc contre la vitre.

Une main se plaque sur le verre.

Je rouvre les yeux. Flous.

Un visage. Des yeux.

Bleus.

La portière cède dans un grincement. L’eau s’engouffre.

Il m’attrape, tire.

La ceinture résiste encore. Il appuie. Fort.

Elle cède.

Il me libère, me hisse hors de l’habitacle.

Ses bras me guident vers la surface.

Je bats des jambes, cherchant la lumière, l’air.

Enfin, l’eau me relâche.

Je respire.

Le froid brûle chaque souffle. Chaque mouvement est un effort.

Je tousse. Mon cœur tambourine.

Le jeune homme me soutient.

— Tiens bon, je t’ai.

Entre la glace et la nuit, entre la vie et quelque chose d’autre.

La glace craque, mais tient.

Mes pieds retrouvent un sol rugueux, glacé.

La terre ferme.

Il me dépose sur la berge.

Je grelotte sous la couverture qu’on a posée sur mes épaules, incapable de calmer les tremblements qui secouent mon corps.

Autour, les voix s’entrecroisent, pressées, efficaces. On parle. On agit. On me touche.

Je les entends à peine.

À l’intérieur, quelque chose s’est figé.

Un froid plus profond que celui de l’eau.

Plus tenace que l’hiver.

On m’éloigne doucement de la berge. Mes pieds traînent sur la neige durcie.

Je tourne la tête, sans vraiment savoir pourquoi.

Il est là, un peu en retrait. Trempé. Silencieux.

Ses yeux accrochent les miens.

Bleus.

Une couleur presque irréelle dans cette nuit noire et glacée.

Puis on me détourne. On m’emporte. On me couvre davantage.

Le monde reprend son mouvement.

Mais ce bleu-là reste.

Imprimé derrière mes paupières, mêlé au froid, à l’eau, à cette sensation étrange d’être revenue sans être tout à fait la même.

Je fixe mes mains rougies, encore engourdies, sans les reconnaître vraiment.

Je suis vivante.

Et pourtant, quelque chose de moi est resté là-bas —

sous la surface, à l’endroit précis où j’ai compris que survivre ne voulait pas dire sortir indemne.

Dites à VanDerKatze ce que vous avez pensé de ce chapitre !

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