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Les 100 Jours du Coffre (En réécriture)

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Résumé

Et si cent jours suffisaient pour réparer une vie ? À la mort de leur mère, Léo et Camille héritent d'une maison aux volets bleus et d'un mystérieux compte à rebours. Cent jours pour fouiller les souvenirs, cent jours pour assembler les pièces d'une phrase énigmatique laissée fragment par fragment dans les recoins de la maison. Entre silences familiaux et secrets d'enfance, ce grand compte à rebours intime les force à regarder en face ce que les années ont brisé. Un roman choral d'une infinie délicatesse, où chaque page se tourne comme une page de journal intime.

Genre :
Young Adult
Auteur :
Rania Adora
Statut :
il y a un jour
Chapitres :
32
Rating
5.0 (1 avis)
Classification par âge :
13+

Prologue 1

I. Le jour où la terre est froide

Il pleuvait sur Saint-Aubin-la-Rivière, d'une pluie fine et obstinée qui ne tombait pas vraiment, qui flottait. Léo avait remarqué qu'elle mouillait quand même tout : le col de son manteau noir, les fleurs du cercueil, les lunettes de la vieille Mme Prévost, qui les essuyait toutes les trente secondes avec un mouchoir en tissu brodé. Il s'accrochait à ces détails comme à des rampes. Tant qu'il regardait la pluie, il ne regardait pas le cercueil.

Le cercueil était clair, en chêne, plus simple que ce que le croque-mort leur avait proposé. Hélène l'avait choisi elle-même, trois mois plus tôt, sur catalogue, un après-midi où elle avait dit à Camille au téléphone qu'elle « faisait un peu de rangement ». Camille avait cru à une expression. C'était un inventaire.

Elle avait soixante ans. Elle était morte un mardi, à six heures du matin, dans la chambre du haut, avec la fenêtre entrouverte parce qu'elle voulait entendre les merles. C'est ce que l'infirmière avait dit, à la fin, en rangeant ses affaires, avec cette douceur professionnelle qui n'est pas de l'indifférence mais son contraire, une pudeur : « Elle a demandé la fenêtre. Elle a dit qu'elle voulait entendre les merles. » Léo avait hoché la tête. Il avait été incapable de répondre. Il était arrivé quarante minutes trop tard.

Il y avait une quarantaine de personnes autour de la tombe. Des voisins, des anciens collègues de l'école où Hélène avait enseigné trente-deux ans, deux cousines venues de Dijon qui ne se souvenaient plus très bien de quel côté de la famille elles étaient. Des visages que Léo reconnaissait avec un léger retard, comme des mots d'une langue apprise jeune et jamais pratiquée depuis. M. Aubier, le boulanger, avait fermé sa boutique pour la matinée, ce qu'il n'avait pas fait depuis la mort de sa propre femme. Le curé, un jeune homme à l'accent d'ailleurs, disait des choses justes avec des mots un peu trop lisses. Hélène aurait souri en coin.

Camille se tenait à sa droite.

Ils étaient jumeaux, mais on ne les aurait pas dit tels au premier regard. Camille avait hérité de leur mère la finesse des poignets, le front large, cette manière de tenir le menton légèrement relevé qui donnait à toutes ses expressions un air de défi, même quand elle ne défiait rien. Léo avait pris du père, qu'ils avaient à peine connu, les épaules tombantes, les mains trop grandes, une façon de se pencher en avant pour écouter. Ils avaient trente-quatre ans depuis le mois de mars. Ils ne s'étaient pas parlé ce jour-là. Ils ne s'étaient pas parlé le jour de la naissance de la fille de Camille, non plus, ni l'année d'avant.

Ce n'était pas une brouille. Une brouille a une date, un mot de trop, quelque chose qu'on peut raconter à table en levant les yeux au ciel. Non, c'était une distance de l'ordre de la géologie : un décalage lent, sans événement, deux plaques qui s'écartent d'un centimètre par an jusqu'au jour où l'on s'aperçoit qu'il y a un océan. Léo vivait à Lyon, dans un appartement dont il ne connaissait pas les voisins. Camille vivait à Lille avec Ismaël et la petite, dans une maison dont elle parlait toujours en s'excusant. Ils s'envoyaient des messages aux anniversaires. Des messages exacts, polis, comme entre deux collègues d'un ancien service.

Et puis Hélène était tombée malade, et il avait fallu se parler. Ils s'étaient parlé, oui, par téléphone, à cinq reprises en huit mois. Cinq conversations sur la même question : jusqu'où dire à leur mère qu'elle allait mourir. Léo voulait qu'on lui dise tout. Camille voulait qu'on la laisse espérer. Ils avaient tous les deux tort, d'ailleurs, parce qu'Hélène savait tout depuis le premier jour et n'avait laissé personne la protéger de rien. Elle avait écouté leurs hésitations, gentiment, comme on écoute des enfants qui se disputent la manière de tenir une fourchette.

— Tu veux dire quelque chose ? avait chuchoté Camille avant la cérémonie, dans la voiture, sans le regarder.

— Non. Toi ?

— Non.

C'était tout ce qu'ils s'étaient dit depuis la gare.

Le curé fit signe. Les employés des pompes funèbres, en gants gris, s'avancèrent avec ces gestes qu'on leur apprend, ni trop lents ni trop vifs, qui font du deuil des autres un travail bien fait. Le cercueil descendit. Léo entendit, à côté de lui, une inspiration brève, retenue, et il comprit que Camille pleurait sans bruit. Il aurait pu bouger. Il aurait pu lui prendre le coude, l'épaule, n'importe quoi. Son corps lui donnait l'ordre, et son corps n'obéissait pas. Il resta là, les mains croisées devant lui, à regarder la corde qui glissait, et il se détesta un peu, précisément et sans drame, comme on se remarque une tache sur une manche.

C'est Camille qui fit le premier geste. Elle prit une poignée de terre dans le petit seau tendu par le fossoyeur, la serra dans son poing, la laissa tomber. Puis elle en prit une seconde, se tourna vers Léo, et la lui tendit sans rien dire, à plat, dans sa paume ouverte.

Il la prit. La terre était froide et un peu grasse, elle collait aux doigts. Il eut, absurdement, le souvenir d'un jardin, de genoux écorchés, d'une voix qui disait ce n'est que de la terre, mon grand, ça ne fait pas mal, ça lave. Il ouvrit la main au-dessus de la fosse.

Ça fit un bruit très petit sur le bois. Un bruit de rien. Il n'y eut plus que la pluie.





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author

trop coll

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