Rédemption

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Résumé

Liam, un loup solitaire endurci par une trahison douloureuse. Ses cicatrices sont si profondes qu’il n’arrive plus à faire confiance. Il s’est forgé une carapace que personne n’arrive à percer. Désormais, seule sa carrière dans l’armée compte pour lui, malgré les horreurs qu’il a vécues. Mais tout bascule le jour où, témoin d’un accident de la route, il plonge d’un pont pour sauver la jeune femme à l’intérieur du véhicule. L’univers a décidé de bousculer la vie de Roxane. Après un accident de voiture où elle est sauvée par un mystérieux inconnu, son monde, tout ce qu’elle s’est efforcée de construire vole en éclat. Roxane devra s’armer de patience pour comprendre Liam, ainsi que ses cicatrices physiques et émotionnelles.

Genre :
Romance
Auteur :
Laura
Statut :
Terminé
Chapitres :
37
Rating
4.9 9 avis
Classification par âge :
18+

Prologue Roxane


Février

Vous êtes-vous déjà demandé comment vous alliez mourir ? Moi oui, une bonne dizaine de fois.

Je fais partie de ces gens qui aimeraient connaître le jour ou la mort viendra les chercher. Pas pour l’éviter. Non, au contraire si je connaissais la date exacte, je pourrais vivre sans retenue.

J’oserais faire ce qui me fait le plus peur à l’heure actuelle, comme partir découvrir le monde, par exemple. À la place, je m’épanouis dans une petite vie bien rangée, enfin ça c’est ce que je croyais, parce qu’à cet instant précis j’ai des regrets.

Jusqu’à présent, j’aimais ma routine, les imprévus m’ont toujours angoissé même si je ne le montre pas. J’ai la vie dont tout le monde rêve, un petit ami génial, un appartement en ville, un travail, des amis... Je me suis créé cette vie sur mesure qui semble parfaite d’un point de vue extérieur, mais qui ne me rend pas vraiment heureuse. Est-ce que j’ai fait tous ses efforts pour combler ce que je n’ai pas eu petite ?

Si Kevin, l’homme avec qui je partage ma vie depuis deux ans maintenant, était là, il dirait que je suis une éternelle insatisfaite. Il aurait sûrement raison.

Mais à cet instant précis, ce qu’il pense est le cadet de mes soucis.

Le choc est si brutal qu’il me faut plusieurs secondes pour comprendre ce qu’il m’arrive. J’ai vu le camion qui arrive en face, faire un écart au dernier moment. La violence de l’impact me projette contre les barrières de sécurité. Un cri d’effroi s’échappe de ma gorge quand je sens la voiture basculer du pont, m’entraînant dans le vide. L’atterrissage est brutal, ma tête tape durement contre le montant de la voiture. La douleur est vive, mais ce n’est pas ce qui me préoccupe le plus dans l’immédiat.

Je constate avec horreur que le pare-brise vient de se briser sous le choc et que l’eau remplit l’habitacle à une vitesse effrayante. La panique me saisit et je tente de me dégager, mais c’est peine perdue, la ceinture de sécurité me retient fermement plaquée contre mon siège. J’essaie d’actionner le bouton pour la débloquer, mais cette saloperie ne veut pas céder. L’eau glacée dans laquelle je suis immergée fait accélérer si fort mon rythme cardiaque, que je sens à présent mon pouls battre contre mes tempes. Je prends de grandes inspirations tant que je le peux encore. Je sais pertinemment qu’il ne faut pas céder à la panique, mais c’est plus fort que moi, je suis submergée par une peur irrépressible.

C’est la pire mort qui pouvait m’arriver.

J’aurais dû m’en douter, j’ai déjà déjoué le sort une fois, l’univers veut sa revanche. J’ignore ce que j’ai pu faire de si horrible dans une autre vie, pour que celle-ci se termine ainsi. Pourtant je ne pense pas être une mauvaise personne. Je réponds toujours présente quand on a besoin de moi et je fais des heures supplémentaires non payées pour mon tyran de patron.

Alors pourquoi ?

À présent, l’eau s’est totalement infiltrée dans l’habitacle et je sens la voiture descendre jusqu’à toucher le fond. Tout s’est passé si vite, j’ai conscience que les secours n’arriveront pas à temps.

Des larmes de détresse roulent sur mes joues avant d’être emportées par la rivière. Je suis presque déçue de ne pas voir ma vie défiler devant mes yeux, ça m’aurait permis de me déconnecter de la réalité. J’expire très lentement ma dernière goulée d’air quand mon regard est attiré par du mouvement sur ma droite. Un homme nage dans ma direction, ravivant la minuscule étincelle d’espoir qui venait de s’évanouir. Je tente de me dégager de plus belle, mais il me fait signe de me calmer. Je comprends tout de suite que je suis en train de gaspiller mon oxygène, quelle cruche. Malgré la pénombre, je le vois analyser la situation tel un professionnel, ce qui me rassure quelque peu.

L’inconnu me tend un couteau et je comprends immédiatement ce qu’il me reste à faire. Je me concentre sur ma tâche, j’y suis presque, mais ce ne sera peut-être pas suffisant. Le soulagement m’envahi quand je sens la ceinture me relâcher, mais je n’ai pas le temps de m’en réjouir. Ma tête me fait horriblement mal, comme si elle était compressée dans un étau. Le manque d’oxygène se fait ressentir et je me sens partir, malgré ma volonté tenace de garder les yeux ouverts.

Putain je vais y rester.

Dans un ultime effort, je redresse la tête pour croiser le regard de l’inconnu. Après tout, c’est le dernier visage que je vais voir avant de mourir. Je ne distingue aucune trace de peur en lui et quelque part, ça me rassure. Pour l’heure, je n’ai plus la force de me battre, mon corps est trop engourdi par le froid, alors je sombre dans l’inconscience, telle une délivrance.

Une brulure désagréable se fait sentir dans mes poumons, me fournissant l’effort suffisant pour ouvrir les yeux. Je crois entendre une voix, mais mes oreilles bourdonnent tellement fort que je n’en suis pas sûr. Un haut-le-cœur me saisit et je recrache ce qui semble être de l’eau, ou plutôt de l’acide si j’en crois la brulure qu’elle me provoque au passage. Un grognement de douleur m’échappe, ma gorge, mes poumons, tout est en feu.

Je reprends pleinement conscience et tout me revient en mémoire. La peur s’empare de moi et malgré le froid qui engourdi mon corps, je me débats de toutes mes forces pour sortir de l’eau. Mes mouvements sont entravés par des bras puissants qui me retiennent. Mon cœur bat tellement fort dans ma poitrine qu’il me fait un mal de chien.

Toutefois, une voix rauque me parvient par-dessus les bourdonnements qui vrillent mes tympans.

- Ça va aller, restez calme. Les secours arrivent, ils vont vous sortir de là.

Les mots sont prononcés d’une telle façon, qu’ils ne laissent aucune place au doute. Le ton employé est catégorique. Cet homme me fait savoir que c’est la seule issue possible, alors je m’y accroche, car c’est mon unique bouée de sauvetage. Au moment où j’arrête de me débattre, je sens qu’il relâche légèrement la pression de ses bras. Ma tête est bien trop lourde, elle tombe en arrière et heurte ce qui me semble être une épaule. A présent, je n’arrive plus à bouger, tout mon corps est transi de froid.

- J’ai froid, je murmure dans un souffle.

J’ai du mal à m’exprimer, j’ai l’impression de ne plus arriver à articuler.

- Je sais, c’est bientôt fini, tenez encore un peu, d’accord.

- Je n’arrive plus à bouger... J’ai sommeil.

Je devrais paniquer, mais je n’en ai plus la force. La fatigue monopolise mon esprit, c’est comme si j’avais passé des jours sans dormir. Mes paupières sont lourdes et j’ai du mal à garder les yeux ouverts. Je sens mon corps pivoter, mais je n’en suis pas l’auteur, parce que mes membres ne répondent plus.

- Regardez moi !

Le ton employé est sans appel, alors j’obéis. Je pousse de toutes mes forces sur mes paupières, qui finissent par céder. J’arrive à fixer le regard de l’inconnu pendant quelques secondes, seulement. Je suis frappée par la couleur de ses yeux. Ils sont magnifiques, si bien que je m’y accroche un instant de plus. Ses mains me tiennent plus fermement pour éviter à ma tête qui est bien trop lourde de se retrouver sous l’eau.

- Je ne vous lâcherais pas, affirme-t-il avec une telle certitude que je le crois.

L’épuisement que je ressens s’accentue encore et je sens mon corps lâcher prise pour la seconde fois.

Je sombre de nouveau dans l’inconscience, laissant ma vie entre les mains de cet inconnu.