Chapitre 1 : Passer sur le grill

Arc 1. Partie 1 – L’Éveil dans la Brume (Ch. 1 - 5)
« Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. » Voltaire.
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Les deux femmes étaient assises au cœur de la ville animée. Les cris des marchands vantant leurs produits se mêlaient aux rires des passants, tandis que l’air salé de l’océan donnait à cette journée une ambiance paisible, presque trop calme pour celles qui attendaient leur retour à New Marineford. Elles devaient patienter jusqu’à demain, en fin d’après-midi, avant que le navire de la Marine ne vienne les récupérer. Sengoku, le mentor de Béatrice, leur avait accordé cette sortie sans escorte, un luxe rare pour des femmes à leurs positions. Une seule condition : ne pas attirer l’attention.
Ambre soupira, un léger sourire aux lèvres, savourant ce court répit. Bientôt, elles seraient de retour en sécurité, loin des regards indiscrets et des périls qui rôdaient dans l’ombre…
— Eh, vous avez entendu ? s’écria soudain une femme, déboulant dans la rue et se précipitant vers une table voisine.
Ambre et Béatrice échangèrent un regard.
— Quoi donc ?
— Les pirates du grand Shanks le Roux viennent tout juste d’amarrer sur notre île ! répondit l’inconnue, visiblement excitée par l’événement.
À ces mots, le monde sembla soudain se figer autour d’elles. Béatrice cessa de respirer. Elle tourna immédiatement la tête vers Ambre, et vit dans ses yeux qu’elle avait compris tout aussi rapidement l’ampleur de la situation. Shanks, l’un des Quatre Empereurs, ici, sur cette île ? Cela ne pouvait être une coïncidence.
Ambre fronça les sourcils, sa voix à peine audible :
— Ils ne savent pas qui nous sommes, ni que nous sommes ici, murmura-t-elle en secouant la tête, comme pour chasser la tension qui montait en elle.
Béatrice n’était pas aussi sereine. Shanks le Roux aurait dû être à des centaines de kilomètres d’ici, pas sur cette île. Quelque chose clochait.
En un éclair, elle attrapa le poignet d’Ambre, jetant quelques berry’s sur la table sans même compter, et l’entraîna dans l’auberge la plus proche.
— Une chambre pour deux, commanda Béatrice.
— Quel nom ? demanda l’aubergiste, fatigué.
— Flower, est-il possible d’avoir une chambre au rez-de-chaussée pour mon amie enceinte, j’ai peur qu’elle tombe dans vos escaliers.
Flower. Un faux nom parmi tant d’autres. Être une Shine, c’était porter un nom que le monde entier connaissait, et que beaucoup craignaient. Un nom qu’elle ne pouvait se permettre de révéler. Pas ici. Pas maintenant.
L’aubergiste hocha la tête et leur tendit la clé sans autre forme de procès.
— Chambre 102, lâcha-il, indifférent.
— Merci.
Ambre, toujours sous le choc de la situation, tenta de résister.
— Mais… Béa ?
Elle voulait poser des questions, comprendre pourquoi son amie réagissait avec une telle précipitation. Mais en voyant l’expression déterminée de Béatrice, elle abandonna l’idée. Elle devait avoir une bonne raison. Alors, elle la suivit docilement. La tension montait en elle aussi, mais Béatrice savait ce qu’elle faisait.
Une fois la porte de la chambre refermée derrière elles, Béatrice lança leurs sacs sur l’un des deux lits. La pièce, petite et modeste, sentait le renfermé. Des vêtements oubliés traînaient çà et là, ainsi qu’une canne appuyée contre le mur.
— C’est une simple mesure de sécurité. Il vaut mieux ne pas rester dehors tant qu’ils sont là.
Ambre, un peu déconcertée, se laissa tomber sur le lit en face d’elle. Les sourcils froncés, elle chercha à comprendre les raisons qui poussaient Béatrice à être aussi nerveuse.
— Qu’est-ce qui te fait penser que nous sommes leurs cibles ? questionna-t-elle, sans pouvoir retenir l’inquiétude dans sa voix.
Béatrice sortit une carte de son sac et l’étala. Elle n’était pas experte en navigation, mais elle retenait chaque détail qu’on lui confiait.
— Vois-tu, hier, l’équipage de Shanks le Roux était ici, cap au nord-ouest.
Son doigt glissa lentement sur la carte, traçant une ligne droite.
— Ils auraient dû continuer dans cette direction.
Elle marqua une pause, puis planta son doigt sur un tout autre point, au sud-est.
— Et pourtant... ils sont maintenant ici. Un détour de plusieurs centaines de kilomètres. Ça n’a aucun sens. À moins que...
Elle se souvint des mots de son père, la veille : “Ils ont localisé quelqu’un. Une cible importante.” Mais qui ?
— Qu’est-ce qui te fait penser qu’ils nous cherchent spécifiquement ? questionna Ambre.
Béatrice la regarda gravement. Ses doigts glissèrent à nouveau sur la carte, dessinant des lignes qui n’avaient aucun sens géographiquement, mais qui, dans son esprit, commençaient à se connecter.
— Soit ils ont découvert que nous sommes des Marines, et ils veulent nous capturer pour obtenir des informations. Soit cela a un lien avec ma famille…
Elle marqua une pause avant de relever les yeux, un mauvais pressentiment gravé sur son visage. Elle finit tout de même de poser ses hypothèses, mais sans y croire.
— … et ils viennent, juste chercher mon père et rien d’autre. Dans le meilleur des mondes…
Ambre se crispa légèrement à la première idée. Si cet Empereur ou ses hommes étaient là pour capturer Béatrice et elle-même, la situation venait de passer de « tendue » à « dangereuse ». Et avec un équipage de cette envergure dans les parages, il y avait peu de marge pour les erreurs.
— Tu penses qu’ils savent que nous sommes ici ? demanda Ambre, incertaine.
Béatrice pencha lentement la tête sur le côté.
— Je n’en suis pas sûre. Mais si c’est le cas, nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre simplement que ça se confirme.
Ambre lui adressa un sourire en coin, sa chevelure blonde légèrement ébouriffée par la tension ambiante.
— On a déjà vécu des situations délicates, Béa. Je te rappelle que je sais gérer ça aussi, dit-elle tout en faisant glisser une mèche derrière son oreille.
— Oui, mais là, c’est différent.
Béatrice prit un ton plus sombre.
— Si Shanks le Roux est vraiment ici pour nous, cela pourrait dégénérer très rapidement. Il est un Empereur, et son équipage est redoutable. Nous ne sommes pas des Marines de terrain comme les exécutifs. Si quelque chose se produit, nous devrons compter sur notre intelligence, non sur la force brute.
Ambre croisa les bras sous sa poitrine, l’air plus déterminé qu’elle ne voulait bien le montrer.
— Je comprends, souffla-t-elle, son ton plus sérieux maintenant. Mais n’oublie pas : même si je suis directrice de l’information, j’ai été formée pour affronter ce genre de situation. Nous avons des compétences que d’autres n’ont pas.
Béatrice la regarda un instant, appréciant la force tranquille qui émanait de son amie. Elle savait qu’Ambre était capable, mais cela n’effaçait pas l’inquiétude qui la rongeait. Ambre avait trois enfants, un quatrième en cours, et cette mission pourrait bien être plus dangereuse que toutes celles qu’elles avaient vécues jusqu’ici.
Un bruit sourd résonna depuis la rue. Béatrice se précipita vers la fenêtre. Dehors, un groupe d’enfants jouait, riant. L’un d’eux tenait un calepin, l’agitant fièrement.
Un autographe.
Le cœur de Béatrice manqua un battement. Il n’y avait aucun doute là-dessus : l’autographe était d’un des membres de l’équipage. Elle serra les dents, une vague de stress la submergea.
— Qu’est-ce qui se passe ? demanda Ambre, voyant l’expression figée de son amie.
Béatrice s’éloigna de la fenêtre, croisant les bras.
— Ils sont vraiment là. Je viens de voir un enfant avec un autographe de l’un d’eux. Ces pirates ne sont pas loin.
Elle fit une pause, comme si elle essayait de rassembler ses pensées.
Ambre se leva brusquement, son visage prenant une teinte légèrement pâle.
— Tu es sûre ?
— Oui. Béatrice inspira profondément, essayant de garder son sang-froid. Et cela signifie que nous devons réagir. S’ils sont ici, ils ne sont pas là par hasard.
Un blanc pesant tomba dans la pièce. Si Shanks était ici, ce n’était pas par hasard. Ils n’auraient pas pris le risque de vouloir semer les traqueurs de la Marine pour faire soudainement demi-tour.
Ambre, malgré son calme apparent, perçut une vague d’angoisse monter en elle. Elle passa instinctivement une main sur son ventre arrondi, comme pour protéger son enfant à naître. Béatrice, bien qu’essayant de rester professionnelle, ne put s’empêcher de ressentir une pointe de culpabilité. Elle détestait l’idée d’impliquer sa sœur de cœur, une mère, dans une situation aussi dangereuse.
— Peut-être qu’ils ne nous cherchent pas, Béa, murmura Ambre d’une voix peu rassurée. Ils peuvent être ici pour autre chose.
Béatrice ne répondit pas immédiatement. Elle scrutait la rue à travers la petite fente du rideau, ses pensées tourbillonnant.
— Je ne veux pas prendre ce risque, dit-elle enfin, ses mots lourds de sens. Nous devons être prêtes.
Elle sortit un escargophone de son sac et composa un numéro. Après quelques tonalités, la voix de son père résonna à l’autre bout.
— Béa ?
— Papa, est-ce que tu sais si ton équipage est au courant de notre présence ici ? interrogea-t-elle d’une voix ferme. Ils sont sur l’île des Landes.
Un silence. Puis la voix de William, plus grave :
— Je vais les appeler. S’ils vous cherchent, je le saurai.
Il marqua une pause.
— Mais écoute-moi bien, Béa : ces hommes ne font pas de mal sans vrai motif. S’ils vous cherchent, c’est qu’ils ont une bonne raison.
— C’est justement ce qui m’inquiète, répliqua Béatrice. S’ils nous cherchent, c’est qu’ils savent quelque chose.
Un autre silence pesant s’installa.
— Préviens la famille, papa. Je vais gérer ça de mon côté.
L’escargophone émit un petit bruit triste, comme un soupir.
— Je ne veux pas que vous soyez en danger, les filles. Je vais clarifier tout ça.
— Si je n’ai pas de nouvelles dans dix minutes, préviens tout le monde.
Elle raccrocha et se tourna vers Ambre, dont le regard trahissait l’inquiétude.
Être anxieuse à l’idée de faire face à un Empereur ennemi l’effrayait au plus haut point.
Enfin, cette terrible sensation d’un Haki des Conquérants puissant qui semblait serpenter autour de son cœur, prêt à la mordre à pleines dents.
Boum. Boum.
Son cœur s’emballa. Une présence écrasante s’imposa à elle, familière mais différente. Du Haki des Rois. Mais plus puissant que d’habitude.
Le ventre de la jeune femme se noua. Elle remarqua des petits pics électriques la parcourir, son âme fuser de puissance, de Haki, elle aurait été prête à tuer pour protéger son amie, ainsi que son enfant à naître.
— Tu sais... peut-être qu’ils ne sont que de passage, murmura-t-elle, peu convaincue. Pourquoi un Empereur viendrait spécifiquement pour nous ?
Son regard fixé sur les alentours, elle répondait sans détourner l’attention des toits, bien qu’elles se trouvent au rez-de-chaussée.
— Nous avons accès à des informations sensibles. Si quelqu’un veut des secrets sur la Marine, nous sommes les cibles parfaites. C’est pour ça que Sengoku ne nous laisse jamais sortir sans escorte.
Elle jeta un regard à l’escargophone posé sur la table. Le silence était mauvais signe. Elles devaient agir maintenant.
— En attendant les renforts, on se déguise. Qui sait ce qu’ils savent sur nous ?
Ambre acquiesça, serrant légèrement la lanière de son sac. L’adrénaline montait, froide et vive, bien qu’elle s’efforçât de garder son calme.
— Et si on les entend chercher nos noms ?
— On sort par l’arrière. Vite.
— Et s’ils...
— On improvisera.
Elle enfila les lunettes teintées et ajusta le chapeau. Son reflet dans le miroir : un homme ordinaire. Parfait. En tant que Shine, ses yeux étaient un trait distinctif, les lunettes étaient essentielles.
— L’aubergiste se souviendra de deux femmes. Mais un couple marié ? Ça ira.
Ambre lui rendit son sourire et l’aida à ajuster son costume.
— N’oublie pas ta canne, lança Ambre avec une pointe d’humour. Ça complétera le déguisement.
Elle saisit la canne abandonnée dans la chambre avec un léger rire. Même maintenant, Ambre trouvait le moyen de plaisanter.
Ambre jeta un dernier regard à l’horloge et soupira.
— Peut-être que ce n’est pas nous qu’ils cherchent. Avec un peu de chance, ils ne font que passer.
Le sourire de Béatrice se crispa légèrement, puis elle haussa les épaules.
— Espérons.
Mais le temps qu’elles s’étaient donné était écoulé.
Béatrice se retourna sur le seuil de la porte.
— Une dernière chose. Même si nous nous faisons prendre, nous ne risquons rien. Nous sommes des Shine. Ils n’oseront pas nous faire du mal, Empereur ou non.
Ambre n’eut pas le temps de répondre que la jeune femme était déjà partie.
Habillée en homme, elle s’assit sur un sofa du salon de l’auberge, sa canne à portée de main. D’où elle se trouvait, elle avait une vue dégagée sur l’entrée de leur chambre, le comptoir, et les fenêtres donnant sur l’avenue principale. L’aubergiste était absent, un avantage.
Elle attrapa le journal du jour et le déplia devant son visage. Tout en simulant une lecture attentive, elle jeta un coup d’œil à l’horloge. Quinze minutes. Quinze longues minutes sans nouvelles. William n’avait pas pu les joindre, ou pire, ils refusaient de parler.
Encore une heure et quarante minutes avant l’arrivée des renforts. Elle devait juste tenir jusque-là.
Pourquoi la cherchaient-ils ? Qu’est-ce qu’ils voulaient ?
Boum, boum.
Son cœur s’emballa. Une présence écrasante. Toute proche.
Boum, boum, boum.
Elle porta la main à sa poitrine. Ses yeux auraient brillé d’électricité si elle n’avait pas ses lunettes. Ses mains se resserrèrent sur le journal.
Shanks. Il était là.
Une goutte de sueur coula le long de sa nuque. Elle ne ferait jamais le poids face à lui.
Une heure et quinze minutes. Il fallait juste tenir jusque-là.
Quand elle baissa les yeux vers les fenêtres, elle les vit : un groupe de cinq personnes, pirates sans aucun doute, se dirigeant vers l’entrée de l’auberge.
Fais chier.
Elle redressa discrètement son journal quand la clochette tinta.
— Bonjour, c’est pourquoi ? demanda le propriétaire d’une voix bourrue.
Le cœur de Béatrice se mit à battre plus fort lorsqu’elle entendit la réponse.
— On cherche deux femmes : Ambre Jouviance et, Lisa Cassipan des Marines. L’une est brune, l’autre blonde, dit l’un des hommes avec un ton assuré. Si tu nous aides à les retrouver, tu auras une belle récompense : cinq mille berry’s, mon pote.
— Flower et Brans, c’est ce que j’ai pour les réservations. Pas de Lisa ou d’Ambre ici, souffla-t-il sans sourciller.
Béatrice se figea. Son cœur rata un battement.
Ok. Elles étaient bel et bien recherchées.
Le nom d’Ambre était le même parce qu’elle n’avait pas besoin de cacher son existence à la Marine, mais au moins, cela permettait de savoir qu’ils étaient vraiment en quête de l’identité cachée de Béatrice.
Fuir. Il fallait fuir.
Elle entendit l’un des pirates soupirer.
— Elles ne sont pas là, tant pis, soupira l’un d’eux.
Le groupe avait l’air frustré et s’apprêtait à partir.
— Si vous nous laissez fouiller les chambres, on triple la récompense.
Putain. Pas lui.
Ben Beckman venait d’entrer.
Boum, boum, boum.
Son Capitaine ne devait pas être loin. Elle serra son journal. Refuse. Refuse.
— Ça risque de ne pas plaire aux clients, mais quinze mille berry’s, ça compense bien, répondit le propriétaire après une courte réflexion.
Merde.
Béatrice se leva, plia le journal et le coinça sous son bras. Elle s’appuya sur sa canne, imitant la démarche d’une personne âgée. Les quelques clients présents ne semblèrent rien remarquer.
Ainsi, elle rejoignit sa meilleure amie sans problème.
Aussitôt la porte fermée, Ambre tilta immédiatement et se releva sur le lit.
— Ils arrivent, Beckman est également là, ils sont six en tout et je sens que le Roux n’est pas loin.
La mâchoire de sa sœur de cœur se décrocha.
— S’ils veulent quelqu’un, ils ne lâchent pas l’affaire. Écoute-moi bien : si on se fait prendre, on essaie d’abord de leur soutirer des infos. Je ne révélerai qui je suis qu’en dernier recours.
Ambre hocha silencieusement la tête sentant son ventre se nouer, elle passa d’ailleurs sa main sur celui-ci.
— Pour le moment, on sort par la porte de derrière et il ne nous reste plus qu’à prier.
— Ça ne sera pas nécessaire.
Les jeunes femmes se regardèrent dans les yeux en même temps que la porte derrière Béatrice s’ouvrait lentement. Cette dernière se retourna et se plaça devant son amie.
Ben Beckman entra, cigarette aux lèvres, ses hommes derrière lui.
— Je suis presque sûre qu’il est interdit de fumer à l’intérieur, murmura Ambre, le ton sarcastique malgré la tension.
Béatrice lui lança un regard d’avertissement, mais ne put s’empêcher de rouler des yeux à son tour.
— Que se passe-t-il ici, qui êtes-vous ?! s’outragea Ambre en se redressant, jouant son rôle à la perfection. Elle s’accrocha au bras de Béatrice, qui, sous son déguisement, passait pour son époux.
Beckman ne semblait pas dupe. Il les regarda, un sourire amusé sur les lèvres.
— Nous sommes venus chercher Lisa Cassipan et Ambre Jouviance, c’est assez prévisible pour des têtes comme vous de se rapprocher de la porte de sortie, leur sourit-il narquoisement. Soit, vous nous suivez gentiment, soit, ce sera par la force et ce serait moche de faire ça contre une femme enceinte.
Le ton de Beckman était ferme, mais pas hostile. Pourtant, Béatrice savait qu’il n’hésiterait pas à recourir à la force s’il le fallait. Ambre serra un peu plus fort le bras de Béatrice, sentant que la situation échappait à leur contrôle. Elle fut intérieurement impressionnée par la suffisance et la confiance de l’homme ainsi que l’aura qu’il dégageait. Ce n’était pas le second de l’équipage d’un Empereur pour rien. Elle empêcha sa sœur de cœur de continuer son char, il était assez facile de cerner le personnage devant elle.
— Nous allons vous suivre, déclara Béatrice calmement. Nous savons quand nous sommes battues.
Beckman inspira dans sa cigarette, satisfait de leur reddition volontaire. Il fit un signe. Deux hommes entrèrent pour les fouiller. Ambre jeta un regard anxieux vers son sac : son pistolet y était caché.
Sans plus attendre, Beckman ouvrit la marche. Les deux femmes furent escortées hors de l’auberge. Les regards curieux des quelques clients les suivirent alors qu’elles franchissaient la porte. Béatrice sentait chaque pas la rapprocher de ce fichu pirate.
Boum, boum, boum.
Comme un toucher léger sur sa peau.
Elle le sentit.
Elle se tourna.
Et elle le vit.
Un homme immense se tenait là. Presque deux mètres, cheveux roux, trois cicatrices. Une aura écrasante.
Shanks le Roux.
Il respirait le haki des Conquérants. Plus qu’elle. Il avait tout pour être l’un des plus grands hommes dans ce monde. Béatrice savait désormais pourquoi il était craint par une partie du monde et respecté par l’autre. Dans un autre contexte, elle aurait ri. Elle avait stratégiquement planifié contre lui des dizaines de fois sans jamais ressentir ça.
Leurs regards se croisèrent.
Son cœur manqua un battement.
Là, il était à deux mètres d’elle et Béatrice cherchait à réapprendre à respirer.
Ben Beckman remarqua le ralentissement d’une de ses prisonnières et comprit en voyant son Capitaine, accompagné des renommés Yassop, Lucky Roo, ainsi que Rockstar en retrait. Il s’arrêta pour les attendre.
Arrivés à leur hauteur, les pirates marquèrent un temps d’arrêt. Une femme enceinte et... un homme ? Beckman esquissa un sourire en coin. Le déguisement était bon, costume ajusté, démarche travaillée, lunettes opaques, mais pas assez pour tromper le second d’un Empereur. Pas avec ce parfum fleuri qui flottait encore autour d’elle, ni cette silhouette trop fine malgré les épaules rembourrées. Shanks ne leur accorda qu’un bref coup d’œil avant de détourner la tête, comme si elles n’existaient déjà plus.
— C’est elles ? demanda-t-il d’un ton indifférent.
— Oui, confirma Beckman. Elles ne nous ont pas donné trop de fil à retordre.
— C’était plutôt rapide, continua-t-il.
On pouvait presque sentir l’ennui dans sa voix.
Puis, soudain, tout s’apaisa. Comme si sa simple présence avait calmé le chaos.
Les instincts protecteurs s’éveillèrent comme un doux réconfort ensommeillé. Son âme n’avait jamais été aussi instable. Toutefois, dès lors que l’Empereur l’avait dépassée, Béatrice avait l’impression que toute cette agitation s’évaporait.
— Avancez, finissons-en vite, déclara Yassop en s’avançant vers Ambre pour lui faire reprendre la marche.
Elle se plaça aussitôt entre Ambre et Yassop, une main sur le dos de son amie. Son regard défiant le pirate de s’approcher.
Cela eut pour effet de faire rire les pirates, sauf le second et le Capitaine.
Ils reprirent leur marche. Shanks et Beckman discutaient tranquillement, comme si de rien n’était.
Ils passèrent à côté d’une horloge.
Plus que trente minutes à survivre avant qu’elles ne soient sauvées, si leur plan échouait.
En montant sur le navire, Béatrice comprit qu’elles étaient en territoire ennemi.
Les regards de haine les suivirent tout du long, certains les insultèrent, d’autres essayèrent même de leur jeter des débris.
Aucun débris ne toucha Ambre. Béatrice s’était placée entre elle et la foule.
Arrivées sur le navire, les deux femmes furent fouillées rapidement. Un des hommes tomba sur le pistolet caché dans le sac d’Ambre et le brandit avec un sourire moqueur.
— Vraiment ? lança-t-il en ricanant. Tu comptes te défendre avec ça ?
Ambre serra les dents, mais ne répliqua pas. Béatrice, de son côté, resta impassible, gardant son calme habituel malgré l’humiliation de la situation.
— Qui nous dit qu’elle est vraiment enceinte ? s’exclama une femme blonde en s’avançant vers Ambre d’un air menaçant.
Béatrice se raidit instinctivement, se préparant à intervenir si nécessaire, cependant Ben Beckman intervint avant qu’elle n’ait à agir.
— Fumya, calme-toi. On peut clairement sentir la présence du fœtus, dit-il, son ton autoritaire mettant fin à l’agitation.
Fumya s’approcha malgré tout et arracha les lunettes d’Ambre, son regard chargé de mépris. Ambre, surprise, eut un léger sursaut, mais ne montra aucun signe de peur.
— Plus pour très longtemps. Des pourritures comme toi ne devraient pas avoir le droit de concevoir.
La pirate les laissa passer et finalement, les deux Marines se retrouvèrent au milieu du pont, entourées de pirates qui n’attendaient qu’une chose : leur mort.
Ambre se colla à sa sœur de cœur, une nouvelle vague de rires moqueurs s’éleva, traitant la jeune femme de lâche et d’autres insultes qui tournaient, surtout, vers un métier de la nuit. Pourtant très honorable.
La blonde serra sa mâchoire, mais resta silencieuse. Elle n’avait ni la force ni la volonté de se défendre contre des accusations aussi futiles. Elle devait gérer son stress, surtout enceinte.
Une pendule trônait au-dessus d’une porte. Vingt-cinq minutes. Il fallait tenir et soutirer un maximum d’informations.
Béatrice, elle, demeurait parfaitement stoïque, ce qui attira sur elle des regards méfiants et haineux. Personne n’osa cependant l’approcher. La femme avec ses lunettes opaques n’avait pas lâché le Capitaine du regard. Celui-ci daigna les regarder lorsqu’il s’assit, ses compagnons faisant de même.
— Asseyez-vous, ordonna finalement Beckman, d’un ton sec.
En voyant la Shine ne pas obéir, Ambre resta debout à côté d’elle. La femme avait des sueurs à l’idée de ne pas écouter les ordres, mais sa confiance en Béatrice et l’aura déterminée de celle-ci balaya toutes ses craintes.
Shanks le Roux ancra, lui aussi, son regard dans le sien à travers les lunettes.
— Bien, Marines, vous allez répondre sagement à nos questions et nous vous exécuterons, dit-il, sa voix grave résonnant dans l’air. Sachez que si vous refusez de parler, nous nous ferons une joie de vous faire vivre l’enfer que vous avez fait vivre aux nôtres.
Le silence retomba lourdement après sa déclaration. Béatrice et Ambre échangèrent un regard rapide. Elles savaient que c’était maintenant ou jamais. Elles devaient se montrer habiles avec leurs mots.
— Lisa Cassipan, commença Shanks en désignant Béatrice. Directrice de l’unité des stratèges, et ta collègue, Ambre Jouviance, Directrice de l’unité d’information.
La mère de famille se mordit discrètement la lèvre. Ils en savaient déjà beaucoup sur elles. Trop.
— C’est vous qui avez orchestré l’attaque sur le village où vivaient certaines de nos familles, intervint une autre femme pirate, la voix pleine de colère. Des femmes, des enfants ont été tués.
Visiblement confuse, Ambre tourna la tête vers une pirate aux cheveux verts.
— Quand cela s’est-il passé ? questionna-t-elle, essayant de comprendre.
— Il y a trois ans, répondit la pirate, la voix tremblante de rage, avant de se faire consoler par une femme aux cheveux ébène. Vous êtes responsables de la mort de gens innocents !
— Putain, même morte, Xara continue de nous foutre dans la merde…, grogna Ambre, celle qui avait pris sa place.
— La tuer n’a pas servi à rien au moins.
— Nous n’étions pas à nos postes à ce moment-là, précisa Béatrice d’un ton neutre, presque blasé : pourquoi elles se justifiaient ?
— Nous ne sommes pas responsables de cette attaque.
La femme les insulta, ne voulant rien savoir avant que Yassop ne fasse signe à la femme qui l’accompagnait de la faire sortir. Béatrice devait faire vite, elle devait percer leur plan et savoir dans quel camp ils étaient. Et, malheureusement, elles n’avaient plus beaucoup de temps pour prendre le contrôle de la situation.
— Que voulez-vous savoir ? questionna Béatrice, pressant les choses.
Shanks les observa un moment, puis sourit lentement.
— Dites-moi ce que vous savez sur Marshall D. Teach, alias Barbe Noire. Son sourire disparut aussitôt, et la tension monta d’un cran. Détaillez tout.
Béatrice soupira intérieurement. Bien sûr. Barbe Noire.
— Ça va nous prendre du temps si vous voulez tous les détails, répondit Béatrice d’un ton faussement désinvolte, laissant sous-entendre avoir beaucoup d’informations. Teach a laissé beaucoup de traces derrière lui.
Ambre croisa les bras, entrant dans le jeu de Béatrice. Elles devaient donner l’impression de détenir des informations précieuses, sans en révéler trop d’un coup. Elles avaient désormais une carte à jouer.
— Et encore, si tu parles assez vite, vu tout ce qu’il y a à raconter, rajouta Ambre.
Les Lieutenants se concertèrent un moment. Ambre croisa le regard de Fumya, qui faisait tournoyer des menottes avec un sourire sadique.
Finalement, ce fut Beckman qui prit la parole, d’un ton plus détendu, mais tout aussi sérieux :
— Cela nous arrange, vu que nous avons tout notre temps.
Béatrice jeta un regard à la pendule. Le temps pressait.
Mais le temps leur était compté pour extraire le maximum d’informations et négocier une potentielle alliance. L’urgence de la situation se faisait de plus en plus ressentir.
Béatrice soupira, haussant légèrement les épaules avant de répondre, de manière à conserver l’apparence de quelqu’un en contrôle de la situation.
— Malheureusement, non, dit Béatrice en haussant les épaules. Il ne nous en reste plus.
— Oh ? Pourquoi donc ? interrogea Lucky Roo, tout en mâchouillant un morceau de viande.
— Nous avons coupé toutes les communications sur l’île, expliqua Limejuice. Pas moyen de contacter la base Marine la plus proche, ni de transmettre quoi que ce soit. Ça a été fait il y a deux heures déjà.
Ambre murmura quelque chose. Béatrice esquissa un sourire.
— Ça explique ceci, chuchota à nouveau Ambre.
— Alors comment pouvez-vous savoir qu’en ce moment même, William Shine est sur le point de mourir ?
Un silence de plomb tomba sur le pont. Les visages des pirates se figèrent, et la tension monta d’un cran. Shanks se leva lentement de sa chaise, son expression sérieuse et tendue.
— Explique-toi, tout de suite, ordonna-t-il, sa voix résonnant de manière autoritaire, imprégnée de son Haki des Rois.
Une goutte de sueur dévala la nuque de Béatrice. Elle savait que cette situation pouvait tourner très mal très rapidement. Ambre lui donna un léger coup de coude.
— Comment pouvez-vous savoir qu’en ce moment même, William a besoin de vous pour sauver sa fille aînée ?
Ambre se détendit légèrement, comprenant où Béatrice voulait en venir. Elles devaient jouer le tout pour le tout. Faire peur aux pirates comme ils les avaient terrifiées, bien qu’elles ne le diraient jamais.
Shanks, de plus en plus inquiet, se tourna vers Limejuice et lui ordonna d’appeler leur nakama, tout en fixant Béatrice avec une intensité croissante.
— Si tu racontes des conneries, je fais sauter la tête de ta collègue, menaça-t-il, ses yeux remplis de haine.
Yassop pointa son arme en direction d’Ambre, faisant écho à la menace de son Capitaine. Abaissant la sécurité.
Le sang de Béatrice se glaça. Ses mains se crispèrent, mais elle ne bougea pas. Pas encore. Une vague de panique froide la traversa. Elle ne pouvait pas laisser Ambre mourir. Pas à cause d’elle.
L’escargophone se mit à sonner.
— Will… commença à parler la voix du Capitaine de l’équipage.
— Bon sang, Boss ! cria la voix couverte d’inquiétude du père d’une des deux prisonnières. Dites-moi que vous ne l’avez pas fait !
— Comment ça, Will ? interrogea Shanks, visiblement troublé par l’émotion dans la voix de son ami.
— Vous n’avez pas tué ma fille ou la p’tite Ambre ?! continua William, son ton trahissant une véritable terreur.
À ce moment, Béatrice retira lentement ses lunettes, révélant ses iris distinctifs, caractéristiques de la famille Shine. L’effet fut immédiat. Les regards des pirates se figèrent, écarquillés, passant de la méfiance à la surprise. Une murmurante tension s’installa tandis qu’ils comprenaient enfin l’identité de celle qu’ils avaient en face d’eux. Le silence s’alourdit, presque palpable, et même Shanks sembla suspendre son souffle, ses yeux s’attardant un instant sur elle, avant de retrouver leur impassibilité.
— Tout va bien, papa, éleva-t-elle la voix pour que son père l’entende. Je devais juste vérifier quelques trucs.
Un blanc suivit avant que Aaron, son frère, ne prenne la parole.
— Shanks, sa voix était calme, ceux qui le connaissaient savaient qu’elle était, également tendue. Si tu as fait du mal à ma sœur ou à Ambre, ne crois pas t’en tirer aussi facilement.
— Ma nièce, Ambre ! appela la voix forte de son oncle Armand, vous ont-ils fait du mal ? Je t’avais dit de ne pas toucher à ma famille, Shanks. C’est ma seule condition pourtant.
— Tout va bien, pas besoin de débarquer avec la cavalerie finalement, sourit imperceptiblement Béatrice, soulagée d’entendre les voix de sa famille.
— Je serais quand même sur l’île, je vous attendrai, insista fermement Aaron avant de raccrocher.
Un silence gêné s’installa sur le pont. Quelques pirates échangèrent des regards. Certains semblaient encore hostiles, d’autres simplement confus, voire inquiets. Mais tous savaient une chose : on ne touchait pas à la famille Shine. Pas sans déclencher une guerre que même un Empereur préférerait éviter.
— Ça, pour une surprise, dit Shanks, se détendant ainsi que la plupart des membres de l’équipage, bien que stupéfaits. Pourquoi ne pas l’avoir dit plus tôt ?
Béatrice adopta une posture plus décontractée, imitant le Capitaine, pendant que son amie, Ambre, s’assit un peu plus loin. Curieusement, les pirates la laissèrent passer avec plus de curiosité que de haine, et même un soupçon de crainte.
— Cela fait trop d’années que je suis dans la Marine, expliqua-elle. Je ne peux pas me permettre de prendre le risque de dévoiler mon identité à n’importe qui, et sans connaître vos véritables intentions. Cela pourrait mettre en péril ma famille, mes alliés et mes amis. Par chance, j’avais le jugement de mon père et de mon frère concernant ton équipage.
Shanks acquiesça silencieusement, souriant d’un air énigmatique.
La jeune femme observa les pirates retourner à leurs tâches sous l’ordre de leur Capitaine, avant que ce dernier ne leur fasse signe de les suivre. Ce fut Yassop qui brisa le silence alors qu’ils marchaient dans le dédale des couloirs.
— Du coup… C’est quand même vous qui nous avez envoyé les Marines, tout ça ? demanda-t-il en observant la réaction des deux femmes.
— En ce moment, on s’occupe plus des cas qui nous intéressent, lâcha Béatrice en secouant la tête, peu enthousiaste à l’idée de discuter de son travail avec eux.
— Oh ? se retourna Shanks avec un sourire mesquin. Et qui est plus intéressant pour vous, mesdames les directrices ?
— Cela dépend de nos priorités, rétorqua-t-elle froidement, sans lui rendre son sourire, l’estomac encore retourné par les dernières heures passées.
Béatrice resta méfiante malgré le changement d’attitude. Quelques minutes plus tôt, ils menaçaient de les tuer.
Ils arrivèrent dans une grande salle, où trônait une table ronde entourée de chaises de toutes tailles.
— Installez-vous, proposa Lucky Roo en leur présentant des sièges.
Tout le monde prit place autour de la table.
Shanks s’installa entre Ben Beckman à sa droite et Yassop à sa gauche, tandis que Béatrice prit place en face de l’homme aux cheveux rouges. Ambre, assise à la gauche de la Shine, souriait poliment à Lucky Roo, mais son teint pâle trahissait son malaise. Hongo, assis à la droite de Béatrice, la fixait d’un regard méfiant.
— Comme expliqué, nous cherchons par tous les moyens des informations fiables sur Barbe Noire, reprit Ben Beckman.
Béatrice posa les coudes sur la table et se concentra. La situation avait radicalement changé. Elles étaient passées du statut « d’otages Marines » à celui de potentielles sources d’information et d’alliées.
— Pour être sûres, nous devons savoir ce qui vous motive à être ennemis de Barbe Noire, répondit Ambre. Il ne faudrait pas qu’un jour, vous deveniez ses alliés et que vous nous poignardiez dans le dos. Même si les images à Marineford étaient assez explicites…
Certains pirates hochèrent la tête et tournèrent leur regard vers leur Capitaine. Celui-ci recula dans son siège et désigna sa cicatrice.
— Voyez-vous cette marque ?
— La fameuse qui inaugure même ton drapeau, oui ?
— C’est Marshall D. Teach qui me l’a faite, expliqua-t-il, sombrement.
La curiosité insatiable de Béatrice revint au galop. Elle avait toujours voulu savoir comment Shanks avait reçu cette blessure, et une autre question brûlait ses lèvres.
— Ton bras aussi ? demanda-t-elle, incapable de retenir sa curiosité.
Elle était surprise que l’homme capable de blesser un monstre comme Shanks soit assez fort pour infliger cela, et cela la terrifiait aussi.
— Non, pas mon bras. Ça, c’est une autre histoire, contredit-il avec un sourire mystérieux. Teach est puissant. Il a attendu des années, tapi dans l’ombre de son Capitaine, avant de le tuer une fois qu’il n’en avait plus besoin.
Les deux jeunes femmes connaissaient bien l’histoire. Elles savaient ce qui s’était passé sur le navire ce soir-là et avaient vu les vidéos de la guerre.
— Aaron nous a parlé de lui, ajouta Béatrice, de ce qu’il a fait quand il est devenu Grand Corsaire après avoir livré Ace aux Poings Ardents.
— Donc vous savez qu’il a tué son propre nakama ? questionna Beckman.
Les Marines acquiescèrent.
— Ce n’est pas tout, reprit Shanks, reposant son regard sur Béatrice. Il constitue une menace encore plus grande. Il a acquis une capacité unique : celle de voler les pouvoirs des Fruits du Démon de leurs détenteurs. C’est par là que nous voulons commencer nos recherches. Il continue à semer la terreur sur les îles qu’il a conquises, et pas seulement sur les siennes.
Ambre échangea un regard avec sa sœur de cœur et celle-ci hocha positivement la tête : se lier avec les pirates de Shanks le Roux pouvait être un excellent atout. Elle savait que ses Hauts Commandants approuveraient cette alliance, puisqu’ils lui avaient eux-mêmes recommandé cet équipage. Béatrice interrompit poliment Shanks, devinant qu’il allait lui demander des renseignements en échange d’une somme d’argent.
— Nous avons quelque chose à vous proposer, vos motivations et les nôtres sont sur la même longueur d’onde. À vrai dire, cela faisait depuis que Barbe Noire avait rejoint la Marine que nous nous intéressons à son cas, puisque nous avons eu l’opportunité, malheureusement, de collaborer avec lui. De ce fait, que diriez-vous d’une alliance temporaire ?
L’ambiance devint tendue. Béatrice remarqua que certains pirates semblaient mal à l’aise. Elle s’interrogea sur la possibilité d’avoir commis une erreur. Hongo se redressa sur son siège et prit la parole pour la première fois.
— Même si tu es la fille de William, c’est trop risqué. Vous restez des Marines. Si vous êtes découvertes, surtout toi qui caches ton identité, ils sauront que nous sommes à la poursuite de Barbe Noire. Et qu’on a collaboré avec la Marine pour y arriver.
Certains pirates, comme Lucky Roo et Yassop, acquiescèrent, partageant les craintes de leur camarade. Ambre se tassa dans sa chaise, laissant la parole à Béatrice.
— Ce n’est pas de mon fait. C’est le Gouvernement Mondial qui a changé mon identité. Si nous nous allions, ce ne serait pas avec des Marines, mais avec la famille Shine. Cela inclut les Hauts Commandants et la personne qui les représente.
Limejuice et Building Snake se relevèrent sur leur chaise. Béatrice ressentit que les pirates étaient en train de comprendre que ce qu’elles proposaient était bien plus aguichant que ce qu’ils avaient espéré. Leur Capitaine prit enfin la parole.
— As-tu assez de pouvoir pour prendre cette décision ? Il te faudrait l’aval des Hauts Commandants et du chef de la famille, Thoma.
— C’est pourquoi il vaudrait mieux convenir d’un deuxième rendez-vous, après que j’en ai discuté avec les autres. Cela vous laissera, également, le temps de vous concerter.
La majorité des pirates semblaient d’accord, y compris Ben Beckman, qui lança un regard à Shanks. Ce dernier hocha la tête.
— Cela me semble cohérent, il lança un regard à son Capitaine qui hocha la tête. Quand et où voulez-vous fixer le prochain rendez-vous ?
Les deux femmes réfléchirent un instant.
— L’île de Boapa ? Ça peut se faire ? proposa Ambre en regardant Béatrice.
— L’île de Boapa c’est une bonne idée, dans un mois. C’est faisable, approuva Béatrice.
— L’île au centre de l’archipel des Muses ? s’interrogea Building Snake. Il nous faudra l’autorisation du chef de famille pour entrer sur son territoire.
— Vous l’aurez, répondit Béatrice. Ce jour-là, il se peut que tous les Hauts Commandants ne soient pas présents, ne soyez donc pas surpris.
Ben Beckman n’arrivait pas à comprendre comment cette femme, même si elle appartenait à la famille Shine, pouvait être si sûre d’obtenir l’aval des Hauts Commandants pour toutes les décisions qu’elle prenait devant eux. Un regard à sa gauche lui fit comprendre que son Capitaine pensait la même chose.
Shanks observa Béatrice un moment. S’allier à la famille Shine... Passer de deux Marines qu’ils auraient dû torturer et tuer à une alliance avec une famille de cette envergure était plus qu’avantageux. Le risque en valait la peine.
— Très bien, va pour l’île de Boapa dans un mois, trancha finalement l’Empereur.
Les pirates raccompagnèrent les Marines sur le pont, les tensions enfin apaisées. Au fur et à mesure qu’elles marchaient, Béatrice et Ambre purent entrevoir le véritable visage des membres de l’équipage, leur attitude détendue contrastant avec leur comportement initial.
— Du coup, vous repartez comment sur New Marineford ? demanda Yassop, en se plaçant à la hauteur de la blonde.
— Une équipe vient nous chercher demain sur l’île, expliqua Ambre. Ils pensent que nous prenons quelques jours de vacances.
Quand le soleil les accueillit sur le pont, Béatrice ne fut pas surprise de voir son frère Aaron déjà à bord. Il avait dû forcer le passage dès que l’appel avait été coupé, sachant que Shanks ne pourrait pas lui refuser l’accès au navire. Pas après ce qu’ils venaient d’apprendre. Il discutait maintenant gaiement avec ses anciens camarades, comme si de rien n’était.
En voyant sa sœur dans son accoutrement, Aaron explosa de rire. Sa sœur aînée, légèrement agacée, lui flanqua une tape à l’arrière de la tête, ce qui n’arrêta pas son fou rire.
— Eh beh, sacré remue-ménage ! s’exclama Aaron en se frottant la tête.
Aaron croisa le regard d’acier de Shanks. Après l’appel de Béatrice et l’impossibilité de la recontacter, Aaron s’était souvenu des habitudes de son ancien équipage : inutile de s’énerver, mieux valait se rendre sur place pour éviter que Shanks ne commette un acte irréparable, mettant en péril les relations de l’équipage.
William, leur père, venait tout juste de descendre du navire pour saluer ses compagnons encore à quai. Son fils passa un bras autour des épaules de Béatrice, qui faisait une tête de moins que lui, et rit en écoutant la conversation qu’elle entretenait avec Limejuice.
Le changement d’attitude des pirates la déstabilisait toujours.
— Nous allons y aller, dit Béatrice en saluant courtoisement l’équipage. Les villageois sont sous la protection de ma famille, donc ils ne diront rien concernant votre présence ici.
Bien que distante et encore froide, tout le monde avait étrangement changé d’approche envers les deux femmes. Elle devrait remercier Aaron d’avoir plaidé leur cause.
Aaron laissa sa sœur commencer à partir avec Ambre, elle se retourna pour voir son frère et lui lança un regard interrogateur. Il lui sourit en retour, échangeant un regard entendu avec elle. La plus âgée le mit en garde visuellement avant de quitter, avec soulagement, le navire. Elle allait enfin pouvoir respirer.
Shanks se mit à la hauteur du brun : depuis tant d’années qu’ils se connaissaient, ils étaient toujours restés amis.
— Tu ne m’en veux pas ? sourit Shanks.
— Elle ne me le permettrait pas, ricana Aaron, croisant ses bras derrière sa tête tout en s’appuyant contre la balustrade, faisant face aux pirates.
L’Empereur pirate haussa un sourcil, visiblement intrigué par Béatrice. Pourtant, il n’abandonnait pas son objectif.
— A-t-elle le pouvoir nécessaire pour décider si une alliance peut se faire ?
Les regards des Lieutenants se tournèrent vers Aaron. Visiblement, Béatrice ne leur avait pas encore parlé de sa position imminente en tant que cheffe de famille. Il décida de ne pas couper l’herbe sous les pieds de sa sœur.
— Assurément, ricana-t-il, un sourire en coin.
Le membre de la famille Shine prit un malin plaisir à les laisser dans l’expectative.
— Le reste, vous le saurez bien assez tôt. À bientôt, les gars, ça va vous changer, tout ça.
Il fut salué joyeusement par l’équipage, laissant les grands pirates dubitatifs.