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Les Fils de Talik

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Résumé

Elle se réveille dans un monde inconnu. Il est aux portes de la mort. Leur rencontre n’est pas un hasard, mais le commencement d’un destin fascinant. Plongez au cœur d’un désert aux mille merveilles, où les oasis sacrées se meurent et où la magie murmure sous les dunes. Accompagnez Assa, fille de la Lune, et Malek, guerrier tourmenté, deux âmes sincères et profondément touchantes liées par un amour aussi intense que leur quête. Entre aventures épiques, rituels ancestraux et passion brûlante, laissez-vous emporter par cette histoire de romance, de rédemption et de découverte de soi. Une odyssée douce et envoûtante qui vous transportera jusqu’au dernier souffle du vent sur le sable.

Genre :
Fantasy/Romance
Auteur :
Ashaïna
Statut :
Terminé
Chapitres :
28
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Bellissa

… Bellissa…

Un appel… Une supplique... Un mot portant une prière emplie de tristesse et de désespoir… À en déchirer le cœur.

La conscience reprend doucement ses droits. D’un voile noir naît une douce lueur bleutée, rassurante. L’esprit est amnésique. Qui suis-je ? Où suis-je ?

Puis la lumière des souvenirs afflue. Je me nomme Assa, je suis sélénite. Mes derniers souvenirs ? Le campement Vistani, mes frères et sœurs de voyage. Une belle nuit étoilée. Une célébration vivante et vibrante. Une osmose céleste parfaite.

Le lieu où je me réveille est étrange. Ce qui aurait pu être la lueur de la lune est en fait une constellation de pierres à l’éclat bleuté. Des pierres de lune, dans une géode à taille humaine. A leur lumière fait écho une douce chaleur contre mon buste. J’y porte la main et retrouve la présence rassurante de mon pendentif, simple pierre lunaire maintenue par un lacet et un nœud marin. En voir autant, et briller ainsi dans cette minuscule grotte, est un spectacle rare. Je me laisse à les contempler sans bouger quelques instants.

Puis les questions reviennent. Mais où suis-je ? Je ne connais pas ce lieu. A mes côtés, non loin, coule un filet d’eau chantante. Sous mon être, la terre-roche est là, vibrante, mais d’un chant différent de celui que je connais.

Je cherche à nouveau dans mon esprit. « Bellissa ». Cet appel me revient. Si fugace, mais si empreint d’intensité pourtant. La voix ne me dit rien, et j’ai pourtant la sensation de la connaître. Mais où suis-je ?

Je me redresse lentement. Le plafond est bas, mais permet malgré tout de s’asseoir sans crainte. Je suis en tenue de voyage. Robe sobre, cape, couteau à la ceinture, outre vide en bandoulière. Mes affaires, mais le stricte nécessaire. A la lueur des pierres, ma peau a une drôle de couleur, perdant sa teinte dorée, si caractéristique de mes origines. Il en est de même pour ma chevelure châtain foncé rassemblée en une longue tresse. En portant ma main à mon front, je sens la présence de ma médaille, dissimulant la marque de Sélène, un croissant de Lune couché à la couleur bleutée. Tout est en place dirait-on… Mais pourquoi faire ?

Je remplis mon outre avant de me glisser hors de mon cocon minéral. A mon départ, la lueur bleutée de la géode s’estompe, disparaît. Un boyau creusé naturellement dans la roche serpente devant moi, délivrant un faible filet de lumière quelques mètres plus loin. Je m’y rends prudemment, et débouche sur une vue splendide… mais qui m’est totalement étrangère.

Un léger sourire. J’étais visiblement attendue ailleurs. Nouveau lieu, nouvelle réalité, nouveau voyage. Telle est notre destinée à nous sélénites. Voyager pour notre Mère céleste, la Lune, apporter notre aide ou notre présence là où le destin a besoin de nous. Dommage. J’aimais bien ma dernière contrée. Mais ce n’est rien. Je laisse ainsi derrière moi de bien lourds souvenirs. Une nouvelle existence s’offre à moi.

Mes yeux parcourent les environs. La sortie de ma cavité donne sur un canyon savamment découpé par les aléas de la nature, aux couleurs allant de l’ocre au marron, en passant par le jaune sablonneux et le rouge vif. Quasiment située en haut d’un promontoire rocheux, je dispose d’une vue imprenable… et désertique… Mais je ne m’en fais pas. Je sais que je n’ai pas été laissée là par hasard.

Comme répondant à ma pensée, un éclat bref survient vers l’horizon, suivi d’un deuxième et troisième, comme si l’on faisait se refléter un miroir ou une armure dans le soleil levant de ce début de matinée. Un sourire se dessine. Bien… Voilà donc la direction à prendre.

Le temps de repérer un chemin y menant et un autre relativement sûr pour rejoindre le canyon, et me voici en route dans cette nouvelle contrée.

Il me faut presque une heure de marche avant d’arriver à une palissade solide. Un étendard y est présent. Ses formes ondulantes symbolisent des dunes aux teintes jaunes sur un ciel bordé d’une lumière couchante en sa base, et partant vers une nuit étoilée en son haut. Et dans l’espace de ce ciel nocturne, deux armes blanches à la lame courbe s’entrecroisent harmonieusement.

Ici, le soleil reste encore bas sur l’horizon, mais déjà, la chaleur se fait sentir. Il doit faire affreusement chaud en plein milieu de la journée. Le chemin que j’emprunte est visiblement utilisé de manière régulière par des chariots ou autres voyageurs. Celui-ci bifurque naturellement sur la gauche et se perd dans le canyon, mais la palissade se situe un peu plus loin face à moi, bloquant complètement l’accès à une voie naturelle. Ne connaissant rien de la géographie locale et n’ayant croisé personne jusqu’à présent, je me rends vers la palissade, capuche rabattue.

Arrivant à quelques mètres, je perçois deux personnes en faction de l’autre côté. L’une d’elle me hèle dans un dialecte connu, mais à l’accent très particulier et à la tonalité rude.

-Halte-là ! Passez votre chemin, le campement est en quarantaine !

Je m’arrête donc pour lui répondre, retirant ma capuche afin d’être visible.

-Je me suis égarée et je suis guérisseuse. Peut-être pourrais-je vous aider ?!

Les deux hommes semblent se concerter un instant, puis je perçois l’un d’entre eux filer à l’arrière. Celui m’ayant déjà hélé reprend.

-Attendez !

Cela a au moins le mérite d’être clair et direct. Je patiente donc, observant le défilé dans lequel le campement a été dressé. Position stratégique intéressante. Les portes se situent face à un chemin qui monte doucement. De chaque côté, des falaises assez raides, aux flancs irréguliers, montent vers le ciel. Certains endroits sont creusés, sans doute naturellement. Ils abritent alors des abris ou installations utiles. L’accès aux hauteurs est peu probable en dehors du chemin principal bordé de tentes à l’aspect martial, sans fioriture. Une position très facilement défendable.

Je vois alors redescendre d’un bon pas la deuxième sentinelle. Elle vient du haut du campement que l’on ne voit pas entièrement. Arrivé en bas, l’homme ne tarde pas à transmettre la réponse, et un passage s’ouvre devant moi.

Zone en quarantaine donc. Je fais une courte prière, portant ma main à mon front. Se dessine alors sur le dos de celle-ci une marque caractéristique de la protection que je viens de m’accorder. Tant qu’elle restera visible, je devrais être protégée de la plupart des maux naturels que peut porter cette terre.

J’entre donc comme on m’invite à le faire. La sentinelle messagère me précède à travers le camp, d’un pas plus calme. J’observe alors ces hommes, ces femmes, à l’allure plus carrée et massive que ceux que j’avais déjà rencontrés auparavant lors de mes précédents voyages. Je dois paraître bien frêle et fragile à côté d’eux. Ils ont la peau burinée par le soleil sans pour autant avoir ces reflets dorés qu’ont les sélénites. Leurs cheveux sont d’un noir intense. Il s’agit de guerriers à n’en pas douter. Ils ne portent pas d’uniforme, sont assez hétéroclites. Sans doute des mercenaires.

Mais ce qui me frappe le plus est cette ambiance lourde et pesante alors que je traverse le camp. La chaleur du pays n’y est pour rien, j’en suis certaine. Les regards croisés sont mornes, parfois résignés. L’atmosphère est chargée de l’empreinte morbide d’une fin latente et pourtant inéluctable. Cela me déchire le cœur.

Pourtant, à les regarder, je sens leur lien profond à la terre et au feu de cette contrée. Ils sont forts et puissants, combattants aguerris et très probablement craints par leurs pairs. Mais ici, ils mènent visiblement un combat inégal contre la nature et le destin, un combat qu’ils ne peuvent apparemment pas gagner d’eux-mêmes.

Je suis toute à mes réflexions lorsque nous arrivons à une tente plus grande, plus travaillée. Nous avons traversé presque intégralement le campement, et de là, nous surplombons le canyon et une bonne partie des environs. En effet, l’endroit est très judicieusement choisi.

La sentinelle qui me précède ouvre un pan de la tente et entre, me laissant ensuite le passage. L’endroit est spartiate, mais dispose d’agencements nécessaires au commandement. Je vois alors un homme à la carrure puissante, comme ses compatriotes, en train de finir d’abaisser la manche retroussée de sa tunique, un bandage fraîchement noué au-dessus de son poignet. A ses côtés, un autre homme, plus fin, plus petit, range quelques ustensiles médicaux tandis qu’une bassine emplie d’un liquide rouge carmin est posée par terre entre eux deux.

Je ne vois pas tout de suite la couleur légèrement grisée de sa peau, signe de pâleur chez les gens du soleil, ni les marques de fatigue avérée qui commencent à creuser son visage. Non. Je suis instantanément figée, happée par ses yeux, son regard si profond et particulier, qui me renvoie le reflet douloureux d’un passé que je tente d’oublier sans jamais vraiment le vouloir ni y arriver.

La stupeur est visiblement mutuelle. Lorsqu’il croise mon regard aux reflets d’or, il se lève vivement. Il n’a que le temps de murmurer un « Bellissa ? » incrédule avant de chanceler, et de s’effondrer sur son lit de camp. Je mets quelques secondes à réaliser la situation, alors que déjà, celui qui devait être un soigneur et la sentinelle se précipitent sur lui en exclamant un « Malek ! ». Mais il vient de perdre connaissance. Emotion, maladie et saignée ont eu raison de son endurance.

Je m’approche vivement à mon tour alors qu’ils finissent de l’étendre. J’impose ma présence, portant directement ma main à son cou. Son pouls est rapide, irrégulier. Son souffle est saccadé, difficile. Son corps est moite d’une fièvre brûlante. Sa peau tourne davantage au gris, maladive. J’invoque silencieusement la bénédiction de Sélène, ne connaissant le rapport des autochtones avec la magie et le sacré. Son souffle se calme doucement tandis que je le guide lentement vers un sommeil réparateur. Puis je demande à celui qui semble être visiblement soigneur.

-De quoi souffre-t-il ? Que se passe-t-il exactement ici ?

Ma question semble l’embarrasser. La moue générale dont fait preuve son corps appuie ses paroles d’impuissance.

-Je n’en sais rien. Personne ne sait vraiment… Ça fait trois semaines qu’ils sont ici, et tout le monde est atteint, mais plus ou moins gravement. Il n’y avait au départ que deux ou trois souffreteux. Mais quand ils ont commencé à tous le devenir, on leur a demandé de se tenir à l’écart. Personne n’est tombé malade au sein de la cité malgré les premiers contacts, ça n’a pas l’air contagieux.

Je regarde le médecin, l’étudiant rapidement.

-Et vous ? Vous êtes atteint ?

Il secoue la tête.

-Non, je viens de la cité. Depuis les trois semaines, je n’ai aucun mal. Je fais attention, mais ça n’a pas l’air volatil.

-De quoi souffrent-ils ?

-Au départ, il s’agit de faibles douleurs localisées un peu partout, des courbatures, puis des crampes. Certains vomissent, d’autres non. Puis la fièvre les prend, la douleur augmente, comme brûlante. Aucun n’est mort pour le moment, mais plusieurs sont inconscients. J’ai essayé de nombreuses potions ou remèdes sans résultat. Donc j’essaye d’extraire le mal, mais c’est sans succès également… Je ne peux qu’essayer d’apaiser les symptômes. Je ne sais pas quel mal les ronge.

Je reprends alors une approche plus globale de mon examen, essayant de sentir ce qui peut les avoir atteints. Me concentrant à nouveau sur Malek, je ressens encore une fois la force de la terre et du feu qui les lient, lui et les siens, à ce pays, mais rien d’anormal au niveau magique ou divin. Le mal est d’origine naturelle. J’offre alors un peu de ma force à ce corps affaibli. Cela devrait lui permettre de tenir un peu plus longtemps et de faire baisser la fièvre, au moins le temps que je découvre de quoi il en retourne. Lentement, il semble retrouver quelques couleurs.

Je me tourne ensuite vers la sentinelle qui s’est un peu écartée en nous observant.

-Laissez-le dormir, cela l’aidera à reprendre des forces. A son réveil, il faut le faire boire beaucoup d’eau. Faites aussi préparer des haricots, du sésame ou des céréales. Prévoyez-en aussi pour les autres malades qui ont eu des saignées.

La sentinelle incrédule jette un œil furtif vers le soigneur qui, un peu perdu, finit par acquiescer. L’homme ressort alors. Je me tourne maintenant vers le petit homme.

-Où sont les autres malades, je vais voir ce que je peux faire en attendant d’identifier leur mal. Mais par pitié… Arrêtez les saignées, elles n’extraient rien et ne font que les affaiblir…

La moue dont il fait preuve montre que le niveau des connaissances médicales du pays est encore loin de celui de certaines autres civilisations. Tant pis, le moment n’est pas au débat. Je me relève à la suite du soigneur et lui emboite le pas. Avant de passer le pan de la tente, je jette un dernier regard vers Malek. Il semble simplement endormi. Mon cœur se serre, et je poursuis mon chemin.

Je suis emmenée dans une série de tentes qui font visiblement office d’hôpital de campagne. Y sont allongés une vingtaine d’hommes et de femmes dans des états plus ou moins graves. Une simple femme à la corpulence plus frêle est présente, répondant comme elle le peut aux demandes des malades.

Je me fais conduire auprès des cas les plus critiques. Il me faut intervenir pour une demi-douzaine d’entre eux. Tombés dans le coma ou souffrant terriblement, je m’assure qu’ils s’accrochent encore un peu et tiennent le temps nécessaire à une recherche plus poussée.

Je questionne les uns et les autres, essayant de savoir ce qu’il s’est passé. Rien de primordial n’en ressort. Ils n’ont traversé aucune contrée dangereuse ou malade, n’ont pas d’entailles ou de piqûres particulières, n’ont rien mangé ou bu d’inhabituel. Le mal semble s’attaquer au corps dans son ensemble, sans cibler particulièrement une partie de l’être plus qu’une autre. La différence des états semble due aux constitutions des uns vis-à-vis des autres, aux résistances naturelles, ou peut-être au niveau d’exposition à la source du problème.

Une bonne partie de la matinée passe ainsi. Je ne découvre rien que je ne puisse diagnostiquer simplement. Ils semblent atteints par une toxine, mais laquelle ? Il en existe tellement dans la nature, sans compter que je ne connais très certainement pas toutes celles de ce pays.

Je reviens finalement auprès de Malek. De l’eau et de la nourriture comme demandé ont été apportées à son chevet. Mais il n’a pas encore repris connaissance. Je viens donc m’asseoir à ses côtés, sur un petit siège de campagne. Il respire toujours calmement. Je me prends à l’observer en silence, force tranquille de la nature… du moins, en cet instant. Il n’a physiquement quasi rien de commun avec « lui ». Les paupières fermées, il lui est totalement étranger. Et pourtant… Ce regard, quelques heures plus tôt, cette expression de stupeur sur son visage. Cela a été rapide et fugace, mais un sentiment profond commence à me tenailler… Et si… C’était bien lui … Il m’a bien été dit que deux âmes qui se lient finissent toujours par se retrouver… Mais c’était dit pour me consoler, pour m’apaiser… Est-ce vraiment possible qu’à travers les réalités… ?

Je prends une inspiration profonde et interromps mes divagations. J’aurai bien le temps de trouver mes réponses plus tard… La fatigue des différents soins et la chaleur montante de la journée commencent à se faire sentir et à peser sur moi. Tarder plus pourrait mettre en danger plusieurs vies. Je dois me ressaisir.

Je prends délicatement sa main détendue, mêlant ses doigts aux miens. Avec précaution, je les amène au contact de mon front, de ma marque. Ils sont chauds, cela m’arrache un sourire presque triste. Puis je ferme les yeux et commence doucement à fredonner.

Me laissant porter par la mélodie, je fais appel à mon pouvoir et commence l’exploration consciente de son être en une autre réalité. Lentement, se dessine devant moi une protubérance rocheuse imposante, faite d’ocres, de jaunes et de rouge, comme la roche de ce pays. Elle est seule parmi une terre sans relief, balayée par un léger vent qui soulève un peu de sable. Il s’en dégage une impression de force imposante, de droiture, de sérénité rassurante, mais aussi de … tristesse et de solitude. M’en approchant, je suis surprise de découvrir que la roche qui paraissait si dense de loin s’effrite facilement sous mes doigts. Un petit morceau de pierre tombe à mes pieds, dévoilant un veinage sombre et palpitant. Rien de maléfique ne s’en dégage, mais l’on aurait dit une veine, ou un filament.

M’y intéressant davantage, j’y découvre la vie, la vitalité. Elle est trop faible pour être d’origine animale, mais trop présente pour être minérale. Elle ne peut donc qu’être végétale. Une racine…

Je me recule pour observer davantage l’édifice rocheux. Et je découvre en effet, qu’en de nombreux lieux, ces racines pointent légèrement. C’est comme si toute la structure avait été fragilisée par un végétal envahissant, la menaçant d’effondrement.

J’avance dans mon enquête, mais ce n’est pas suffisant. Je dois en connaître l’origine exacte afin de pouvoir être efficace. Je m’approche donc de la racine dévoilée et intensifie mon voyage. Je me fonds à présent en elle, forte et vigoureuse, pleine de vie, trop pleine de vie, vibrante… étrange… Je remonte le réseau sinueux, tortueux, au centre de cette terre qui s’effrite petit à petit, cédant sous la puissante palpitation végétale. J’avance à la recherche de la source, de la tige et plus je m’en approche, plus je sens que cette vibration me semble familière sans parvenir pour autant à l’identifier. Le cheminement se fait plus rapide, plus intense alors que j’atteins mon but, et que je la vois là, magnifique, majestueuse, impérieuse. Il s’agit d’une fleur que je ne connais pas. De noir parée, elle ressemble à une orchidée ténébreuse, pulsante, mais si belle. Il est toujours aussi impressionnant de voir comment les plus belles choses de la nature peuvent parfois aussi être les plus dangereuses… mortelles.

Maintenant que je l’ai trouvée, identifiée, je dois l’extraire de ce lieu avant qu’elle ne cause des dommages irrémédiables. Je ne peux malheureusement pas m’attarder sur cette sensation familière qui me tenaille, le temps me manque. Je prends la fleur entre mes mains, avec douceur, et la dissocie consciemment de ses racines. Ces dernières, séparées de la vitalité du cœur, ne tarderont pas à s’assécher et à être éliminées par le corps-roche. Il faut maintenant laisser œuvrer la nature, laisser la régénération faire son travail.

Ma conscience revient en mon corps, lentement, comme l’on s’éveille d’un songe profond. Je perçois bientôt une présence à mes côtés, celle du soigneur. Il nous observe alors que je reprends doucement pieds. Penchée en avant que j’étais, je me redresse un peu, me reposant contre le dossier de la chaise miniature, lasse, exténuée. Il me regarde interrogateur.

Je sépare nos mains restées liées. Y apparaît alors au creux la fleur noire, fanant à vue d’œil, matérialisation de mon soin. Il a une expression surprise.

-Vous connaissez ? C’est elle qui est à l’origine du mal, j’ai pu l’en extraire…

-Oui ! Bien sûr ! La Narciegra ! Un poison rare et mortel, difficile à déceler. Mais un remède existe, je le connais. Je vais faire le nécessaire !

J’acquiesce, le laisse partir. La fleur tombe rapidement en poussière, inoffensive. Je garde quelques instants cette main trapue dans la mienne. Elle est presque deux fois plus imposante. Cela me fait sourire. Je sens à travers sa peau le sang battre plus fermement. Le poison est parti, la vie reprend le dessus. C’est une bonne chose, le soulagement m’étreint.

Mais rapidement, le sommeil me gagne, impérieux. J’ai trop donné en peu de temps. Il me faut récupérer. Je repose délicatement sa main sur son ventre et me lève douloureusement. Dehors, le soleil est à la midi. Je repère une assise plus large et plus « confortable » un peu plus loin dans la tente, au-delà de sa tête de lit. Je m’y installe, m’y cale, et m’endors rapidement.

Le sommeil aurait pu être reposant, j’ai l’habitude de m’endormir un peu n’importe où. Mais mes songes sont agités. Je nous revois, ce fameux jour, fatidique. Le ciel est bleu, la mer magnifique, les terres verdoyantes. Ton bateau se tient quelques mètres plus loin, majestueux, comme tu l’as toujours été à mes yeux. Et pourtant, je sens cette appréhension sourde battre au fond de mon être. Ce n’est qu’un aller-retour dans l’archipel voisin, l’histoire de deux jours, pas plus. Et cette cérémonie importante que je ne peux rater, m’empêchant de t’accompagner. Tu es serein et confiant, tu me rassures de tes sourires, de ton étreinte. Et j’essaye d’y croire, de mon cœur, de me persuader qu’il n’y a pas de raison, que tout ira bien.

La tempête a été aussi soudaine que violente. Rarement on en vit une si forte de mémoire locale. Tu devais être sur le retour… Tu ne devais partir que deux jours…

Il y eut des recherches en mer, pour toi, pour d’autres, également pris par surprise dans la tourmente. En vérité, ils furent bien peu des disparus à être retrouvés vivants. Et plus les jours passaient, plus l’espoir s’amenuisait, plus la douleur s’intensifiait…

Je savais, en liant nos cœurs, nos vies à la longévité si différentes, que ce moment arriverait, très certainement. Mais ton âme était si rayonnante, ton cœur était si beau. Tu étais dans la force de l’âge, nous avions des décennies devant nous. J’en étais certaine… J’en suis déchirée…

Toute à mes souvenirs et ma peine ravivée, seule sur ce rocher balayé par les vents, perdue au cœur de l’océan, un murmure me parvient, ardent, intense, m’arrachant un frisson.

… Bellissa …

Je m’éveille lentement. La pénombre est maintenant omniprésente. J’ai dormi tout l’après-midi visiblement. Je me redresse un peu sur l’assise lorsque je le vois. Il est là, assis sur son lit. Ses coudes posés sur ses genoux, ses mains jointes devant sa bouche, son regard si intense me transperçant de part en part, fermé, impassible, profondément inquisiteur.

Je suis instantanément désarmée, foudroyée. Les mêmes yeux, la même intensité, mais si distants, si… impénétrables. J’en ai du mal à retrouver un semblant de contenance, lui offrant un sourire qui essaye de se faire assuré, sans vraiment y parvenir.

-Vous êtes réveillé. J’en suis heureuse. Le mal qui vous affectait a été neutralisé, mais vous devez déjà l’avoir senti…

Il ne bouge pas, n’opine pas. Il reste ainsi, presque de marbre. Lorsque je me lève, son regard me suit, toujours aussi intense, analysant le moindre de mes mouvements. J’ai l’impression qu’il voit tout de moi, perçoit tout, alors qu’il me reste totalement inaccessible. J’en deviens tellement mal à l’aise. Je vois qu’il n’a pas encore touché à sa nourriture, juste bu de l’eau.

-Vous… devriez vous restaurer un peu, et boire davantage… Vous avez perdu beaucoup de sang à cause de la saignée… Vous irez mieux bien plus rapidement ainsi…

Rien. J’ai l’impression de parler à un mur. Un sentiment d’angoisse me prend, une envie de fuite soudaine. Je lui balbutie une vague excuse, un vague bonsoir, et m’enfuis presque hors de la tente.

Je reste là plantée, juste derrière le pan de tissu qui me sépare de lui et tente de reprendre mon calme. J’en suis presque tremblante. J’essaye donc de respirer doucement. Je n’ai pas pour habitude d’être ainsi gênée ou intimidée, bien loin de là. La peur a rarement d’emprise sur moi. J’ai confiance en Sélène, confiance en mon destin. La mort ne me fait pas peur, elle n’est qu’une étape, qu’un passage, vers une réalité encore différente. Mais depuis que j’ai lié mon âme, je me suis forgée une brèche, en toute conscience. Je ne crains pas pour moi, mais pour lui. Avec l’intensité de l’amour, j’ai aussi appris la crainte et l’angoisse, l’inquiétude et l’anxiété, la tristesse et le désespoir.

Je pensais m’en être remise, avoir laissé finalement tout cela derrière moi. Mais là, tout s’est rouvert, tout s’est ravivé, si intensément, en un battement de cœur. C’est comme s’il était revenu à la vie, comme si… Il revenait à moi… Sans pour autant être le même. Me connaît-il ? Me reconnaît-il ? Pourquoi ce mur de silence ? Pourquoi cette froide distance… et pourtant cette intensité ?

Je secoue la tête, ne parvenant pas à savoir par quoi commencer. Il n’est visiblement pas prêt à communiquer, et j’ai des patients à aller visiter. Peut-être que le soigneur aura eu le temps de concocter l’antidote. Je peux aller m’en assurer. Je pars donc vers l’hôpital de campagne, le cœur serré.

J’y découvre avec joie des mines ravies et plus décontractées. Le soigneur et son aide s’affairent autour des patients. J’apprends qu’il a pu rassembler de quoi soigner les plus atteints. Le reste arrivera rapidement de la cité, le lendemain sûrement. Tout s’augure pour le mieux, et cela se sent.

La fraîcheur de la nuit tombante commence à envahir le campement. Mais bien plus que cela, la peur et l’angoisse se sont également envolées. Des sourires se dessinent, des rires se font à nouveau entendre. La mort sadique et implacable est partie, laissant le renouveau de la vie reprendre ses droits.

Bientôt, un grand feu est allumé, un feu de joie, un feu de fête. Sur la cinquantaine d’occupants, la bonne trentaine de valides s’y retrouvent. Les discussions vont bon train, des odeurs alléchantes de grillades commencent à se faire sentir. Cela me remet un peu de baume au cœur, mais je reste le ventre noué. Je finis par m’éloigner du lieu de fête, poursuivant en amont la voie le long de laquelle est installé le campement.

La nuit est tombée. La fraîcheur me revigore. La rumeur des rires et des chants se fait plus lointaine, comme appartenant à un autre monde. Bientôt, je me retrouve baignée de la lueur bienfaisante et apaisante de la lune. Merci… Même ici, elle est identique à celle que je connais, seul point d’accroche entre toutes ces réalités. Le ciel étoilé quant à lui m’est totalement inconnu, nouvelle preuve de mon long voyage.

Toute perdue à mes pensées, prise d’une pointe de nostalgie, j’entends finalement la musique, rythmée, joyeuse et entraînante. Je me laisse tout d’abord bercer par elle, puis pénétrer. Naturellement, des pas de danse me viennent, s’emparant de mon être. Mais loin d’être entrainants comme la musique étouffée qui se joue, ils restent doux et délicats, comme une valse, une berceuse, rassurante. Oui, j’ai besoin de cela, de douceur, de tendresse.

Tellement absorbée par mon univers, je ne l’entends pas approcher. Combien de temps reste-t-il ainsi à m’observer, en silence, de ces yeux aussi bleus que la lueur lunaire. Ce n’est que sur une vrille un peu plus ample, que je me retrouve face à lui, si proche. J’en pousse une petite exclamation de surprise. Nos corps se frôlent. Je penche la tête doucement en arrière afin de pouvoir percevoir son regard.

Si proche… Il mesure presque une demie tête de plus que moi… Et je me sens si fragile…

Si proche… Je sens l’odeur particulière de sa peau, tannée par le soleil…

Si proche… Il me recouvre de son ombre, de sa taille… impressionnante et rassurante à la fois…

Ses yeux n’ont pas changé d’expression depuis la tente. Pourtant, dans la clarté diffuse de la lune, ses traits semblent plus doux, moins anguleux. Mon cœur bat à tout va… Cette proximité me gêne, et m’attire à la fois.

Le temps se suspend, chaque seconde semble devenir des minutes, interminables. Il ne bouge pas, ne parle pas, alors je n’y tiens plus. Avec douceur, j’approche ma main de sa joue, la frôlant, m’arrachant un faible sourire presque triste. J’ai l’impression qu’il se tient là, devant moi.

Alors que son expression reste figée, je sens un bras puissant se glisser dans mon dos, venant m’étreindre avec une douceur presque irréelle venant de ce colosse. Le geste est là, le geste est fait, mon cœur s’emballe. Je me glisse sur la pointe des pieds pour combler les quelques centimètres qui séparent nos lèvres. Et je l’embrasse… avec tellement de légèreté… fermant les yeux.

Lorsque je les rouvre, il rouvre doucement les siens à son tour. Et là, je le vois, enfin, derrière cette façade insondable. Je vois cette âme, leur âme, si belle et si chaude à la fois. Je perçois enfin ce qu’il est derrière ce masque implacable. Je sens enfin le mur qui nous séparait s’effriter.

Sa main libre vient rejoindre à son tour mon visage, douce malgré sa peau calleuse. Ses lèvres partent à l’assaut des miennes, tendres et impérieuses à la fois. Il a lâché prise, me serre davantage contre lui. Je lui réponds, m’accroche à son cou.

Tandis que nous nous embrassons, des larmes coulent doucement sur mes joues. Elles ne sont plus de tristesse, mais bien d’un bonheur infini.

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Mated to the Wrong Alpha

Victoria: Hi,I analyzed your work, and I think it has a very unique and engaging storytelling style. The way you present your ideas and emotions really stands out. By the way are you currently working on any other stories or writing projects?

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Bloodlines

Victoria: Hi,I analyzed your work, and I think it has a very unique and engaging storytelling style. The way you present your ideas and emotions really stands out. By the way are you currently working on any other stories or writing projects?

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His Forsaken Fate

monica: Ho trovato questo libro interessante dal punto dl vista della storia,l'autore ha cercato di dare un messaggio ben preciso.Il perdono si deve conquistare ,ma bisogna avere ancora più coraggio per darlo.L'ortografia è un pó da correggere,lo stile di scrittura è acerbo,ma penso che ci sia molto potenzi...

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