La Cicatrice éternelle

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Résumé

Il se déplace dans la ville comme une ombre, lié à sa douleur et à son désespoir. Immortel, Graven porte des blessures qui ne sont pas les siennes, irrésistiblement attiré par les failles d'un monde au bord du gouffre. Il endure ce que nul autre ne pourrait supporter. Pourtant, même dans cette existence plongée dans les ténèbres, une présence le déstabilise, une chaleur perce l'armure qu'il s'est forgée au fil des siècles. L'amour, le désir et la fragilité des liens humains s'éveillent en lui de manières qu'il croyait impossibles. Alors que des forces qui le dépassent se referment sur lui, Graven doit affronter non seulement le chaos qui l'entoure, mais aussi les vérités enfouies au plus profond de lui-même. Dans une ville où les ombres guettent et où le désir a un prix, chaque choix peut détruire ou sauver. Une dark fantasy urbaine avec des personnages morally grey.

Genre :
Fantasy/Romance
Auteur :
kika088
Statut :
Terminé
Chapitres :
32
Rating
5.0 12 avis
Classification par âge :
18+

Prologue

L'amour.

Pff.

Quel mensonge.

Un court-circuit neurologique. Un signal corrompu dans un cerveau désorienté. Des impulsions électriques qui s'emballent et injectent la folie droit dans le cœur. Et l'idiot y croit. Il devient sauvage, irrationnel. Comme un gosse à qui l'on donne des bonbons avant de le pousser du haut d'une falaise, persuadé qu'il sait voler.

Un mythe maudit, servi au monde depuis des millénaires.

Les âmes sœurs ? Des conneries. Les papillons dans le ventre ? Une arnaque.

Si tu crois à l'amour, c'est que tu es dans le brouillard, drogué comme n'importe quel autre être sur cette planète, heureux d'être lobotomisé jusqu'à la soumission.

Alors, laisse-moi te dire la vérité.

L'amour est une putain de blague. Une arme déguisée en salut. Un cobra qui s'enroule autour de sa proie, lentement, intimement, sans relâche. Les yeux de la victime se ternissent et la douleur devient sa prison.

Et me voilà, au bord d'un toit, à fixer la ville en contrebas.

Les gens se mélangent comme de l'encre sur du papier mouillé. Les voitures hurlent en bas, les klaxons s'étirent en un concert discordant sans fin. Les immeubles s'élèvent, hauts et fiers, leurs fondations fissurées murmurant des secrets que personne ne veut entendre.

Tout ça ressemble à une peinture si immonde que j'ai envie de vomir dessus juste pour la repeindre moi-même.

Je ferme les yeux. Et je saute.

L'air frappe mes joues comme des poings frappant à une porte qui refuse de s'ouvrir. Le bitume remonte à ma rencontre. L'humidité aspire le souffle de mes lèvres.

Puis… mes ailes se déchirent. Noires, violentes, indésirables.

Elles jaillissent de mon dos comme une détonation, se déployant avec une force qui m'arrache à la chute. Je m'élève plutôt, planant au-dessus du verre et du béton, fuyant une fin qui refuse de m'atteindre.

Pour une fois, j'aimerais que ces maudites ailes restent enterrées là où est leur place. Mais elles n'écoutent jamais. Elles attendent, faisant leur toilette, exigeant des applaudissements pour m'avoir sauvé la vie une fois de plus.

Qu'elles aillent se faire foutre.

La chute ne m'aurait pas tué de toute façon. Ça n'arrive jamais. Peut-être que j'aurais eu quelques cicatrices de plus. Qu'il en soit ainsi. Le temps m'a montré pire.

Je m'appelle Graven.

Immortel. Taillé dans le chagrin et la misère. La douleur faite chair. Une conséquence ancienne née de blessures trop profondes pour cicatriser.

Je n'ai pas choisi ça. On m'y a contraint. Ou du moins, c'est ce que je crois.

J'ai vu l'humanité passer des chevaux aux caravanes, des trains aux avions. J'ai vu les guerres pourrir la terre, la famine creuser les villes, les empires s'élever et s'étouffer avec leurs propres os.

Rien de tout cela ne m'a touché.

Pas comme le chagrin l'a fait.

Chaque fracture m'a façonné, trempé, forcée à devenir ce que je continue de devenir. Je suis le contrecoup de la dévotion. Le cri ravalé après un « Je t'ai fait confiance ».

Chaque fois que l'amour blesse quelqu'un, je deviens plus lourd, plus tranchant, plus profond. Et je souffre. La blessure se grave en moi pour qu'elle puisse quitter l'humain, le laissant en sang, secoué, mais vivant. Ils passent à autre chose. Pas moi.

Je reste. Un réceptacle pour ce qu'ils ne peuvent porter, pour ce qu'ils refusent de nommer.

Certaines cicatrices, une fois formées, refusent de s'effacer.

Ce soir, quelque part sous cette ville, un autre cœur est sur le point de briser.

C'est là que je nais à nouveau.

Je suis l'Éternelle Cicatrice.