Chapitre 1 - Malédiction
Ce soir-là, sur un sommet que même les dieux évitaient, une décision irréversible fut prise…
— Rassurez-vous, ce sceau ne vous menace pas de mort. Une fois votre confiance réduite à néant, nous reprendrons le contrôle de l’Olympe, vous en serez soulagé…
— Tu sais très bien qu’il te faudrait des décennies pour contrôler l’Olympe, idiote, cracha Rhéa
— Oh mais aurais-tu oublié où nous sommes ? Ce sommet représente la vengeance et la justice divine, parfait pour renforcer le sceau.
Artémis, pleine d’espoir lui dit :
— Écoute, personne n’a choisi, certes, mais seuls les Olympiens ou les Titans peuvent....
— Tais-toi, Artémis. Ta fausse empathie me donne la gerbe !
— Toujours aussi capricieuse... Fais ce que bon te semble, mais tu sais qu’il nous reste un moyen de nous sortir de là, lui dit Rhéa sans lâcher son orgueil.
— Quoi ? Les héros ? Je t’en prie, aucun de vous ne couche plus avec les humains. Vous êtes trop fiers, et cela a mené à bien trop de désastres. Même les dieux mineurs obéissent à cette règle.
— Tu as raison. Mais on peut leur confier notre espoir.
— Votre espoir ?
— Oui. Notre espoir qu’eux seront meilleurs, que leur humanité nous sauvera et rétablira l’ordre comme il se doit. On les a mis à l’écart beaucoup trop longtemps.
— Oh, tu penses aux incarnations ? Tu perds vraiment la boule, ma pauvre. Je viens de sceller notre sort à toutes les trois. Dites bonne nuit.
Rhéa, convaincu dévoila :
— Oui, Némésis. Qu’importe son nom... Un jour, il viendra.
***
Quelque part, aux abords de Thessalonique, en Grèce…
C’était une belle nuit d’été. Le ciel était dégagé, sans un seul nuage. Les étoiles brillaient fort, dans un ciel au bleu abyssal, comme si elles voulaient que je les regarde, ou que je le regarde.
Une mèche de mes cheveux me tomba sur le front, comme toujours. Je ne prenais même plus la peine de les recoiffer. Mes yeux me piquaient, mais je ne voulais pas pleurer. Pas tout de suite.
— Douze ans aujourd’hui que tu es parti mais je n’ai toujours pas l’impression d’avoir grandi...
Ma voix tremblait un peu. Je ne savais pas à qui je parlais vraiment. À lui, au vent, ou juste à moi. Je séchai mes larmes du revers de la main, puis je me tournai vers la mer. L’eau brillait sous la lune et reflétait les constellations. Je n’arrivais plus à les regarder. Chaque fois que je voyais les étoiles dessiner ces histoires, je me rappelais ces soirs où mon père me les racontait.
Heureusement, mes pensées furent interrompues lorsqu’un vent étrange souffla. Un courant d’air froid, presque glacé. J’en eus des frissons.
— Fais chier c’est quoi ce vent ? On peut pas déprimer tranquillement ?
Mais à ma grande surprise… le vent me répondit.
— Je prends note de ta plainte, mais malheureusement, je vais rester un peu, mon garçon. Tu as été choisi.
Je reculai d’un pas. Mon cœur battait vite. Mes yeux s’écarquillèrent. C’était quoi, ça ? Une hallucination ?
— Laissez-moi tranquille. Je sais pas qui vous êtes ni ce que vous me voulez mais revenez demain, si vous voulez. Même endroit, même heure. Mais pas ce soir.
— Bien. Puisque tu veux me tourner le dos, je ne vais pas te suivre partout. Laisse-moi juste te montrer.
Avant que je comprenne ce qui se passait, le vent tourna autour de moi. Je fermai les yeux… mais je vis quand même quelque chose. Une silhouette. Floue. Un homme, peut-être. Impossible de distinguer son visage.
— Nathanaël. Je m’appelle Astréos. Titan des astres et des vents. Tu es désormais mon incarnation, grâce à un espoir que quelques humains placent encore en moi.
— Quoi ? C’est quoi ces histoires ? Lâchez-moi ! Où est-ce qu’on est là ?!
Je n’en revenais pas, j’avais l’impression de retourner à mes huit ans et d’être au planétarium, le ciel étoilé avait changé, les constellations se faisaient plus brillantes, certaines étaient plus grosses et de couleurs chaudes, comme lorsque mercure ou saturne sont visibles. Le bleu du ciel s’était fait plus profond, j’avais l’impression d’être complètement immergé dans le ciel.
— Dans ton inconscient. Tu t’es évanoui, mais tu vas te réveiller bientôt. Écoute bien.
Il continua, sans me laisser souffler :
— Rhéa et Artémis sont prisonnières avec leur bourreau, Némésis. Elle veut briser l’ordre des choses et prendre le pouvoir avec d’autres dieux oubliés. Tu dois trouver leur reine. Elle sera capable de briser ce sceau, enfin à condition de briser ses principes. Mon pouvoir s’affaiblit. Je dois partir, mais on se reverra. Bon courage mon garçon.
Et tout devint flou. Comme si je tombais.
Quand j’ouvris les yeux, j’étais à genoux, les mains contre le sable. Mon cœur battait fort. J’avais du mal à respirer. Mes os étaient glacés.
— Qu’est-ce qui vient de se passer… ? C’était quoi, ça… Astréos ?
Je n’eus pas le temps de réfléchir. Un cri retentit non loin de là.
Quelqu’un appelait à l’aide.
J’arrivai au bord de la route, le cœur serré, mais soulagé : aucun monstre à l’horizon, rien d’apocalyptique. Juste un camion renversé, et un cycliste au sol, sans doute tombé en paniquant.
— Monsieur, vous allez bien ? criai-je en courant vers lui.
— Oui, oui, tout va bien, répondit-il en se relevant. Merci, jeune homme.
— C’est normal. Qu’est-ce qui s’est passé ?
— C’est cette bonne femme qui sait pas conduire, faut être taré pour lui filer un volant !
Je le regardai, un peu choqué. Sérieux ? En plus de s’être planté, il fallait qu’il balance ce genre de connerie ? Je n’eus pas le temps de répondre qu’une femme lui colla son poing en pleine arcade.
— Pauvre macho de mes deux ! Si t’avais lu la signalisation, on n’en serait pas là !
J’éclatai de rire malgré moi. Franchement, il l’avait cherché. Mais bon, pas envie de rester mêlé à une embrouille. Je préférai aller voir les autres passants pour vérifier qu’il n’y avait pas d’autre blessé.
Alors que je posais quelques questions, un drôle de frisson me traversa. J’avais l’impression qu’on m’observait. Je me retournais mais rien. Personne.
— Je deviens fou, soufflai-je. Entre le vent qui me parle et maintenant je me sens observé… faut être sérieusement tordu pour halluciner comme ça. Vivement que je dorme.
Je saluais quelques personnes sur le trottoir, mais personne ne me répondit. Super l’ambiance. Je repris la marche… et elle revient. Cette sensation dans mon dos. Comme si des yeux étaient braqués sur moi. J’accélérai le pas. Puis je me retournai brusquement.
— Merde… Qu’est-ce que je fous ce soir ?
Je me sentais à cran. Trop d’émotions. Trop de trucs étranges.
— Ça fait des années que papa est mort, alors pourquoi ça me fout dans un état pareil aujourd’hui ?
Je poussai la porte de la maison. La lumière était allumée. Melyssa était là, m’attendant avec un grand sourire.
— Salut Nat’ ! Ça va mieux ce soir ?
— Ça pourrait être pire, répondis-je avec un demi-sourire. Tu me connais, j’irais mieux demain. Ça va toi ?
— Oui ça va, j’ai eu l’esprit bien occupé aujourd’hui et ce soir on est ensemble alors ça va aller, je suis habitué avec les années, me dit-elle d’un sourire attendrissant.
— Tant mieux, il y a eu un accident en face du fleuriste, d’ailleurs.
— Oh non ! Personne n’est blessé ? demanda-t-elle, inquiète.
— Non. Dommage que ce cycliste macho ait pas au moins une entorse. Il aurait sûrement pas supporté qu’une “bonne femme” le mette à terre… sans même le toucher, ajoutai-je avec un sourire en coin.
— Malheureusement, y a des idiots partout… Tu veux faire des cookies avec moi ? Maman nous a laissé du poulet au curry pour manger au fait.
— Avec plaisir, soeurette.
Et pour la première fois depuis des heures, je souris pour de vrai.








