Personnaliser la lisibilité
Aa

NIGHT MARK Tome 2 : Redline

Tous droits réservés ©

Résumé

Elle rêvait de vitesse. De liberté. D’une route assez longue pour semer la douleur. Mais certaines chaînes ne marquent pas la peau. Elles s’infiltrent dans les silences, dans les gestes, dans la manière de respirer sans jamais se sentir vraiment libre. Pendant quatre ans, Elena Matcheston a appris à survivre loin de Blackridge. À tenir. À encaisser. À avancer dans une grande ville où l’on peut se fondre dans la foule sans jamais cesser de porter ses fantômes. Et même dans la distance, Adrian Cross n’a jamais totalement disparu. Il a toujours été là. Trop pour être oublié. Froid. Dangereux. Insupportablement lucide. Adrian n’est pas un homme qui sauve. C’est un homme qui agit quand la limite est franchie. Mais en quatre ans, les règles ont changé. Leurs silences aussi. Et ce lien qu’aucun d’eux n’a jamais vraiment rompu est devenu quelque chose de plus instable encore : plus adulte, plus brutal, plus impossible à nier. Entre les fantômes de Blackridge, les moteurs qui rugissent plus fort que les souvenirs et une violence qui refuse de mourir, Elena devra choisir : continuer à fuir ce qu’elle ressent… ou accélérer jusqu’au point de rupture. Parce que parfois, le plus dangereux n’est pas ce qui vous détruit. C’est ce qui vous reconnaît.

Genre :
Romance
Auteur :
LadyDarkSouls
Statut :
Terminé
Chapitres :
44
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 1

Elena

Vendredi 12 avril 2002

Le café est déjà tiède quand j’en avale la dernière gorgée. Il a perdu la brûlure qui me plaît, celle qui râpe la gorge et donne l’illusion de réveiller quelque chose de vivant à l’intérieur, mais je le termine quand même, par réflexe, comme on achève une tâche pour ne pas laisser derrière soi une chose incomplète de plus.

Dehors, Baskerville pulse sous la nuit. La ville se déploie en contrebas de l’immeuble comme un circuit électrique ouvert à ciel ouvert, une constellation artificielle faite de feux rouges, d’enseignes blafardes, de lignes de phares qui glissent sans s’arrêter. Ici, tout semble en mouvement, et pourtant, rien ne bouge vraiment. Les immeubles restent droits. Les silhouettes passent. Les fenêtres s’allument et s’éteignent. Les gens montent, descendent, vivent, disparaissent. Personne ne s’attarde assez longtemps pour regarder quelqu’un tomber. C’est sans doute pour ça qu’Adrian a choisi cette ville.

Baskerville a la beauté sale des endroits qui permettent de se fondre dans la masse sans jamais avoir à expliquer son nom, son visage, ou les morceaux d’ombre qu’on traîne derrière soi. On peut y respirer sans être vu. On peut y survivre sans être remarqué. On peut aussi y mourir très lentement, dans un appartement trop calme, sans que personne ne s’en étonne.

Je pose la tasse sur le plan de travail et tourne enfin le dos à la baie vitrée. La lumière de la ville reste imprimée quelques secondes sous mes paupières, comme si elles refusaient d’être quittées même lorsqu’on la regarde plus. Mon regard glisse sur l’appartement. Deux ans que j’habite ici, et je n’arrive toujours pas à le considérer autrement que comme une mise en scène froide, et clinique, de ce qu’est censée être une vie sûre.

Les murs sont clairs, sans chaleur. Le parquet ne grince jamais. Les meubles sont beaux sans être accueillants. Rien ne dépasse, rien ne traîne, rien ne raconte. Même l’air a quelque chose de propre qui me dérange, une odeur discrète de lessive neutre, de bois ciré, de métal froid, comme si cet endroit avait été conçu pour empêcher toute empreinte de s’y installer durablement.

Je l’ai rempli de quelques vêtements, de chaussures laissées près de l’entrée, d’un plaid oublié sur le canapé, d’une tasse ébréchée que je refuse de jeter, mais il continue à me regarder comme on tolère une intruse.

Je dors ici. Je mange ici. Je prends ma douche, je m’habille, je pars travailler, je reviens, je recommence. Et malgré ça, je n’y vis pas vraiment. Pas entièrement. Il y a toujours une partie de moi qui reste debout, prête à repartir, comme si mon corps lui-même refusait de croire qu’un lieu puisse devenir autre chose qu’une halte entre deux violences.

Mes yeux s’arrêtent sur le téléphone posé à côté de mes clés. Noir. Lisse. Intact. Je le regarde sans le toucher pendant quelques secondes, et cette simple vision suffit à faire remonter dans ma gorge un goût plus amer encore que le café. L’ancien n’a pas survécu à Eric.

Ce soir-là, ce n’était pas juste un téléphone qu’il avait fracassé. C’était ce que représentait l’objet entre mes mains : quelque chose qui m’appartenait, qui ouvrait sur un dehors auquel il n’avait pas entièrement accès, quelque chose qui me permettait, ne serait-ce qu’un peu, de penser sans lui. Eric ne détruisait jamais seulement la matière. Il détruisait ce qu’elle rendait possible.

Adrian ne m’a rien demandé. Il n’a pas posé cette expression insupportable qu’ont certaines personnes quand elles comprennent qu’une femme a été abîmée par un homme et qu’elles croient devoir transformer leur regard en caresse. Il n’a pas essayé d’adoucir le geste. Il m’a offert ce téléphone comme on remplace une pièce vitale sur un moteur arrêté, sans cérémonie, sans commentaire inutile, avec cette froideur fonctionnelle qui lui donne parfois l’air de considérer le monde entier comme une succession de problèmes à résoudre. J’ai failli refuser, bien sûr. Par orgueil. Par réflexe. Parce que recevoir quelque chose de lui revenait à reconnaître que j’avais besoin de lui sur un terrain où je me jurais encore de n’avoir besoin de personne. Mais il ne m’a pas laissé le choix. Il l’a simplement déposé sur la table devant moi, avec le chargeur déjà enroulé, la carte insérée, les paramètres terminés. Puis il m’a regardée de cette manière sèche qu’il a quand il estime avoir assez attendu et il a dit, de sa voix basse, presque ennuyée :

— L’ancien est mort. Celui-là non.

C’était sa façon à lui de dire qu’il ne me laisserait pas sans moyen de communication. Pas après Eric. Pas après tout le reste.

Je m’approche du comptoir et saisis enfin l’appareil. L’écran s’allume aussitôt, net, froid, sans la moindre fissure pour accrocher la lumière. Mes doigts glissent dessus avec une lenteur méfiante. Je n’ai pas besoin d’ouvrir les notes pour savoir ce qui s’y trouve.

Les mots sont là depuis des années, et pourtant, je les relis chaque soir comme on vient appuyer volontairement sur un bleu pour vérifier s’il fait toujours mal. Ils n’ont rien d’une déclaration. Adrian ne parle pas ce langage-là. Ses phrases ont toujours l’air d’avoir été taillées au couteau, débarrassé de tout ce qui dépasse. Pourtant, celles-ci se sont accrochées à moi plus violemment que bien des promesses qu’on m’a un jour murmurées avec douceur.

Tu ne dors pas quand les rideaux restent ouverts.

Tu changes trois fois l’angle de la tasse quand tu mens.

Tu retiens ton souffle avant de répondre à un homme en colère.

J’ai réglé le téléphone pour qu’il ne sonne pas la nuit.

Je relis les quatre lignes une fois. Puis une deuxième. Puis une troisième. Chaque fois, la même sensation glisse sous ma peau : quelque chose entre le vertige, l’agacement et une panique trop subtile pour avoir l’air d’en être une. Parce que ce n’est pas ce qu’il a écrit qui me trouble le plus. C’est le fait qu’il l’ait su.

Je repose brusquement le téléphone comme s’il venait de me brûler. Mon reflet se dessine dans la vitre noire du four, découpé par la lumière douce de la cuisine. J’ai mis l’uniforme du bar un peu plus tôt sans même y penser, par habitude. Le tissu sombre colle à ma taille, épouse mes hanches, me donne la silhouette efficace d’une femme qui sait ce qu’elle fait, où elle va, ce qu’elle vend au regard des autres et ce qu’elle garde pour elle. C’est une armure comme une autre. Plus élégante que les bleus. Plus propre que la peur. Dans moins d’une heure, je descendrai dans les rues de Baskerville, je prendrai mon service, je servirai des verres à des hommes fatigués, pressés, arrogants, seuls ou trop entourés, et personne ne devinera que la seule chose qui m’a réellement coupé le souffle aujourd’hui tient dans quatre phrases écrites à la hâte dans un téléphone neuf.

Je déteste cette idée. Je déteste l’espace qu’elle ouvre en moi. Adrian savait déjà. Depuis combien de temps ? Depuis quand observe-t-il assez pour remarquer la position des rideaux dans ma chambre à Blackridge, la manière dont mes doigts déplacent une tasse pour gagner quelques secondes quand je mens, cette seconde précise où mon corps oublie de respirer avant qu’un homme hausse la voix ?

Il a vu. Il a noté. Il a mémorisé. Et le pire, c’est qu’il n’a pas utilisé ce savoir comme les autres. Il l’a utilisé pour enlever ce qui pouvait me heurter davantage. Régler le téléphone pour qu’aucune sonnerie ne vienne déchirer mes nuits. M’offrir un objet prêt à l’emploi comme si, à travers cette préparation minutieuse, il essayait de négocier avec des fantômes que je n’avais jamais nommés devant lui.

Je me détourne du comptoir et traverse le salon. Mes pas sont avalés par le parquet impeccable. Tout ici absorbe le bruit. Même ça me met mal à l’aise. Dans les maisons où j’ai grandi, où j’ai subi, où j’ai appris à écouter avant de bouger, tout faisait du son. Une marche. Une porte. Un souffle derrière un mur. Le silence absolu n’existait pas. Ici, Adrian a choisi des matériaux qui lissent tout. Rien ne trahit une présence si elle ne veut pas être entendue.

Quand je l’ai compris, au début, ça m’a donné envie de rire. Il appelait ça un endroit sûr. Moi, j’y voyais une forteresse parfaite pour quelqu’un comme lui. Contrôle des accès. Double verrouillage. Caméras sur le palier. Ascenseur sécurisé. Parking privé en sous-sol. Code changé tous les mois. Portes blindées. Vitres épaisses. Aucun voisin assez curieux pour poser des questions. Une cage, oui. Spacieuse. Élégante. Chère. Mais une cage quand même.

Et pourtant, je suis restée.

Cette pensée me gifle toujours un peu plus fort que les autres. Pas parce que je ne sais pas pourquoi. Je le sais très bien. Je suis restée parce qu’après cette nuit-là, après l’implosion, après le sang, après les cris, après les visages d’Adrian et Travis déformés par quelque chose qu’aucun de nous ne parviendrait plus jamais à nommer correctement, il ne restait plus grand-chose à quoi s’accrocher.

Les Night Mark se sont éteintes dans cette horreur. Le Cercle n’a plus été qu’un cadavre qu’ils ont laissé à d’autres mains. Elias, Noah, Lucas. Des noms qui flottent encore parfois dans certaines conversations, comme des morceaux d’une vie antérieure qu’on évoque sans la toucher. Chacun a pris ses distances.

Travis s’est raccroché à Felicia avec la férocité d’un homme qui a failli la perdre et qui sait ce que ça coûte de regarder ailleurs une seule seconde. Mason s’est fracassé autrement. Adrian, lui, a déménagé la guerre à l’intérieur de lui-même. Il a changé de ville, de rythme, de décor. Pas de nature. On ne change pas ce qu’on est quand on a été fabriqué dans la nuit. On apprend juste à rendre la chose supportable en pleine lumière.

Je m’arrête devant la grande bibliothèque qui occupe un mur entier du salon. Elle est remplie de livres que je ne l’ai jamais vu lire, d’objets ramenés de nulle part, de dossiers trop parfaitement alignés, de quelques cadres sans photo. Là encore, tout ressemble à une présence calculée plutôt qu’à une vie.

Adrian habite les espaces comme il habite son propre corps, avec retenue, précision, méfiance. Rien de superflu. Rien d’abandonné. Rien qui puisse être saisi contre lui. La première fois que j’ai dormi ici, je me suis réveillée trois fois au milieu de la nuit pour vérifier que la porte d’entrée était bien fermée. La deuxième, j’ai déplacé une chaise contre la poignée avant de me recoucher. La troisième, j’ai découvert qu’il l’avait laissée là au matin sans un mot, comme s’il avait compris que je ne supportais pas l’idée de n’avoir aucun obstacle entre moi et le couloir. Le soir suivant, une barre de sécurité avait été installée à l’intérieur de la porte.

Il a tout prévu à l’avance.

Pas seulement les choses évidentes. Les grandes. Les visibles. Pas seulement les codes, les serrures, les clés, les voitures, les rues à éviter, les noms à ne pas prononcer, les numéros enregistrés sous des pseudonymes. Il a prévu le reste. Le minuscule. Le ridicule. L’intime. La veilleuse discrète dans le couloir, parce qu’il a remarqué que je ne supportais pas l’obscurité totale, mais que je refusais de l’admettre. Les rideaux occultant doublés d’un voilage plus léger, pour que je puisse choisir entre disparaître et respirer. Les assiettes rangées toujours au même endroit. Les bouteilles jamais en verre teinté, parce que je déteste ne pas voir le niveau d’un liquide. Les couverts alignés. Les produits sans parfum agressif dans la salle de bain. Le thermostat bloque quelques degrés plus haut l’hiver, parce que mon corps se raidit quand j’ai froid et que je dors encore moins bien.

Pendant longtemps, j’ai mis ça sur le compte de sa maniaquerie. Son besoin maladif de contrôler l’environnement. Sa façon à lui de répondre au chaos. Et c’est vrai. En partie. Adrian contrôle ce qu’il peut pour ne pas être emporté par ce qu’il ne peut pas sauver. Mais ce soir, avec ce téléphone et ces quatre phrases qui cognent dans ma tête, je comprends que ce n’est pas seulement ça.

C’est de l’attention. Une attention tranchante, dérangeante, qui s’est posée sur moi assez longtemps pour apprendre mes angles morts. Je déteste le frisson qui me traverse à cette idée. Parce qu’il est dangereux, ce frisson. Plus dangereux que la peur brute.

La peur, je sais quoi en faire. Je la range. Je l’avale. Je la transforme en silence, en ironie, en distance. Mais ça… ça ressemble à autre chose. À cette seconde où une ligne se fissure en vous sans qu’on sache encore si c’est pour laisser entrer de l’air ou pour vous achever.

Mon téléphone vibre soudain contre le plan de travail.

Le son est inexistant, étouffé, discret. Réglé exactement comme je peux le supporter.

Je reste immobile, puis me retourne lentement et regarde l’écran qui vient de s’allumer.

Un message.

Aucun prénom.

Juste un point noir comme identifiant, parce qu’Adrian déteste les choses trop évidentes.

Voiture en bas dans dix minutes. Ne prends pas l’ascenseur seule.

Je fixe la phrase, mes doigts crispés contre le bord du meuble.

Puis mes yeux remontent, malgré moi, vers les notes encore ouvertes juste derrière la notification.

Tu ne dors pas quand les rideaux restent ouverts.

Tu changes trois fois l’angle de la tasse quand tu mens.

Tu retiens ton souffle avant de répondre à un homme en colère

J’ai réglé le téléphone pour qu’il ne sonne pas la nuit.

L’air me manque tout à coup, Adrian ne m’a pas simplement mise à l’abri. Il m’a étudiée.

Et le pire, c’est que je ne sais plus depuis combien de temps.

Dites à LadyDarkSouls ce que vous avez pensé de ce chapitre !
J'adore ça

1

J'adore ça

Drôle

0

Drôle

Épicé

0

Épicé

Plein de suspense

0

Plein de suspense

Émouvant

0

Émouvant

Profond

0

Profond

Réconfortant

0

Réconfortant

Choquant

0

Choquant

Bien écrit

0

Bien écrit

Intrigue captivante

0

Intrigue captivante

Super personnage

0

Super personnage

Dialogues forts

0

Dialogues forts

Autres recommandations

Destino Secreto

Karin Rogowski: Gut geschrieben und beschrieben. Die Charaktere und Situationen sind stimmig und nehmen einen gefangen. Mich hat das Buch ab der ersten Zeile fasziniert, genau wie die anderen Bücher davor. Sehr guter Schreibstil und eine sehr gute Übersetzung, nebenbei bemerkt. Dankeschön, dass Du Deine Bücher ...

Lire maintenant
Luna de Verano - Die Gefährtin des Alphas (Band 1)

Alischa: Einfach super! Ich liebe das Alpha Setting sowieso, ich konnte gar nicht aufhören zu lesen, wirklich richtig gut 💗💗💗🌹

Lire maintenant
Luna auf der Flucht

Grazia: Wirklich tolle Geschichte mit Klasse Charakter 👍🏻

Lire maintenant
A Blessing in Disguise

C.: Well written, good story and some spice, tons of personal growth!

Lire maintenant
Bear Roberts

C.: This is not the run of the mill story. Great attention to detail and wonderful weaving of words. A complete and total story, young adult and adult interests. Well done Sophia 👏 thank you!

Lire maintenant
Broken Halos MC

April: Absolutely loved it! Thanks for a great story!

Lire maintenant
Ruthless Lord

franny_panchis: Su padre la separó de ella por que no soportaba verla ya que se parece a su madre.Su padre, un lord, le arregla un matrimonio con el mejor soldado del rey .

Lire maintenant
My Blacksmith Savior

Ma. Perpetua Porras: the story is quite entertaining to begin with especially the main characters ways to survive

Lire maintenant
Mystic Wolf

Narimna: This is a great novel. Some long sentences and exasperating events lead to an eagerness to read on.

Lire maintenant