Prologue : le départ de Logan Davis
Il y a 14 ans, la meute Black fang
C'est mon anniversaire aujourd'hui. Seize ans... Pourtant aucun regard fier, aucun sourire, ni joie. La fête ne sera pas au programme. Par contre les murmures, les regards malveillants pleins de jugements et de mépris à mon égard, oui. Le poids de cet environnement toxique dans mon coeur ainsi que l'emprise sur mon esprit va bientôt, je l'espère, devenir qu'un mauvais souvenir.
Dans quelques heures, je vais me transformer pour la première fois. J'ai hâte et peur de le faire. Pourquoi ? Eh bien, tout simplement parce que depuis ma naissance, je ne suis pas comme tout le monde. Je suis né hermaphrodite, un garçon et une fille réunit dans un seul corps... Mes parents ne l'accepte pas, ni la meute d'ailleurs. Je suis traité comme un paria mais cela va changer. Quand je serai officiellement adulte, je prendrai mes maigres affaires et je partirai loin de cette meute et de mes liens de sang, ces personnes que je ne peux pas appeler « maman et papa », ils ont perdu ce statut et ne le méritent pas.
Je suis entrain de finaliser mon sac avec de quoi manger, mes papiers, des vêtements et mes économies quand j‘entendant la douce voix de cette femme.
- Logan dépêche toi l'alpha et la luna ne vont pas t'attendre, je t'interdis de nous humilier davantage ! Ne pousse pas ton père à venir te chercher non plus ! M'interpelle Sarah Davis, ma génitrice en rogne.
Je descends anxieux, sans un mot, ça vaut mieux, la provoquer maintenant ne sert à rien.
- Enfin ! Allons-y, James nous rejoint là-bas.
Une fois arrivée à la clairière près de la maison de meute, tout le monde est là. Les autres louveteaux sont apprêtés pour ce passage à l'âge adulte. Ils sont élégants en comparaison avec moi qui porte mon vieux jeans un peu court et mon t-shirt délavé. En m'approchant, je ressens leur regard malsain sur moi. J'écoute leur chuchotement « alors, on pari louve ou loup », leurs moqueries... Les parents tirent leurs petits comme si j'avais la peste.
Au centre du cercle, l'alpha Travis Black lève la main et déploie légèrement son aura d'Alpha pour assoir son autorité. Le silence devient absolu.
- Bienvenue à tous, aujourd'hui nous célébrons la première transformation de nos jeunes loups. Ce soir, ils vont laisser derrière eux, l'enfance pour faire partie a part entière de notre meute. Les garçons vont me suivre et les filles suivent ma luna. Annonce fièrement l'alpha Travis Black. Par la suite, vous, louveteaux me prêterez allégeance ou vous partirez sa voix plus grave pour marquer la menace sous-entendu. Ceux qui voudront partir ne pourront pas revenir et s'ils sont attraper sur le territoire de la meute dans l'heure qui vient subiront les conséquences...
Chaque mot pèse, frappe. Telle une lame menaçante sur ma gorge. Le temps est suspendu, on peut entendre les corbeaux croisser, ce qui me glace le sang, le frisson me traverse et mes poils se dressent.
Puis son regard se tourne vers moi.
- Ah, toi par contre, tu vas avec ma femme je ne voudrais pas avoir à gérer une louve si tu en es une...
J'ouvre la bouche, je veux protester mais un regard assassin de James Davis et je me ravise. Je rejoins les filles, les yeux rivés vers le sol. Les rires fusent.
Je bous et serre les poings.
« Logan, tiens encore un peu dans quelques minutes, nous pourrons courir et après nous seront libre d'aller où bon nous semble »
Baguera est toujours optimiste et joyeux. Mon loup. Sans lui je ne serai pas en vie aujourd'hui, je pense.
Bref, je refoule mes émotions négatives, il a raison.
Je dis « il » mais je ne sais pas à quoi il ressemble, je peux que sentir sa présence et lui parler.
On verra bien mais quelque chose me dit que l'ordinaire n'est pas pour nous...
Nous sommes maintenant au cœur de la forêt, les sapins nous cachent facilement, l'odeur est plus forte. Les animaux sauvages sont plus bruyants.
Je me mets à l'écart. Comme toujours. Là parce que je suis gêné mais souvent parce que je suis gênant.
- Bien il est l'heure, déshabillez-vous et concentrez-vous, laissez un périmètre de sécurité entre vous d'au moins 2 mètres. Et toi, Logan je te demande de te retourner.
Nous faisons ce qu'elle nous ordonne, je n'ose pas un regard vers l'arrière malgré cette sensation d'être analysé. Je souffle un bon coup et je ferme les yeux.
« Bag, c'est le moment, à toi de jouer ! »
Soudain, je tombe à quatre pattes, la douleur me prends.
-AAAH !
Je hurle, les filles aussi. Le son de craquement envahit la nature qui semble s'arrêtée l'espace d'un instant. Des os qui se brisent et se reforment, le sang avec son goût du fer. Enfin la fourrure du loup apparaît. La première est toujours douloureuse mais après nous, les métamorphes ne la ressente plus.
J'ouvre mes paupières et là... Wouah. Le monde a travers Baguera est si différent. Tous nos sens sont plus aiguisés, les odeurs forment des « fils » pour nous guider. Les couleurs sont moins vives... Nos premiers pas sont lents et tremblants comme les faons fraîchement nés.
« Hé partenaire, prêt ? »
« Oui ? »
Baguera s'élance d'un bond, au grand galop vers le lac en contre bas. Je ressens son excitation, son bonheur de courir librement et de partager ce moment avec moi, son humain. Il me fait rire ! Même si notre mutation marque nos débuts en tant qu'adulte, il se comporte comme un chiot. Nous sommes heureux, nos émotions en harmonie l'un avec l'autre pour une fois. Le vent contre notre pelage amène l'odeur de l'herbe humide et celle des sapins, la teinte du monde sauvage, nous faisant oublier le monde qui nous entoure et les problèmes.
Baguera stoppe sa course et se désaltère me permettant de nous observer, de savoir à quoi nous ressemblons. Il est magnifique, mon loup a un poker face. A la fois noir d'un côté et sable tacheté de l'autre, les yeux vairons bleu et vert, il semble également que le reste de la fourrure soit noir.
Le charme est rompu.
L'alpha et la Luna nous ordonne de revenir.
Le moment fatidique est arrivé.
Le choix final approche.
Je reprends ma forme humaine et me rhabille rapidement car on ne m'attend pas.
Une fois de retour devant la maison de la meute ou plutôt la demeure sombre, tout sauf accueillante et chaleureuse. L'alpha et la Luna se tiennent droit, le regard perçant. Chacun passe devant eux et coupe leur paume avec une dague en argent, l'alpha fait de même et tous rejoignent les rangs de la meute.
Puis vient mon tour. Mes yeux glissèrent vers eux, mes géniteurs une dernière fois. James Davis ne me regarde pas. Sa mâchoire est crispée, ses bras croisés comme s'il contient quelque chose... ou quelqu'un. Sarah, elle, évite carrément ma présence, comme si je n'existe pas.
Un rictus amer étire mes lèvres. A quoi je m'attendais ?
Ce soir, tout change pour moi.
Je saisie mon sac et je me dirige vers les Black. Mes battements de cœur s'affolent, je suis sûr qu'ils peuvent sentir ma peur, mon angoisse.
J'inspire goulûment l'air qui me manque.
- Logan Davis est un oméga à la fois mâle et femelle. Quel est ton choix ? Demande t-il d'une voix froide et autre chose que je ne souhaite pas citer.
- Je n'aurais jamais dû le mettre au monde !
Ces paroles me gèle sur place, me poignarde une fois de plus le coeur toujours saignant. Cela ne devrait plus m'atteindre depuis que j'ai compris la définition et la différence entre parents et géniteurs. Mais inconsciemment, j'espérais encore quelque chose...
Les autres ricanent lorsque mon rang et ma nature sont dévoilés. Une odeur que je ne pensais pas trouver aujourd'hui, me happe. L'excitation. Plus précisément l'excitation sexuelle. Je sais maintenant que j'ai pris la bonne décision. Quand mon regard fait face à l'alpha et sa Luna, ma détermination est totale.
- Moi Logan Davis renonce au lien de la meute Black fang et quitte ces terres a jamais ! Dis-je d'une voix assurée et forte.
- Grrrr, très bien, alors sale renégat déguerpis ! Dans 20 minutes nous lancerons ta traque menace Travis Black le sourire au lèvres.
Certains se joignent à lui en se léchant les lèvres et me donnant un regard en biais.
Enfin. Libre ! Presque, plus qu’une étape à franchir.
Je ne m'attarde pas car je sais que les règles peuvent à tout instant être abrogées...
Ma course est interminable et effrénée. La sueur perle mon visage, ma poitrine me lance. Je me prends une racine et tombe, je m'en fiche. Mon objectif est de quitter cet endroit, atteindre l'arrêt de bus et partir dans le nord, où l'espoir de la cohabitation avec les humains et l'acceptation des différences existe. La ville expérimentale Utopia, d'où son nom.
Baguera m'encourage. Je me relève et reprend mon chemin. Je regarde mon portable, 10 minutes sont passées et déjà...
- AOUUH !
Le chant sinistre des loups partant à la chasse résonne. Les ténèbres n'en ont pas finit avec nous...
« Aller, accélère on est presque arrivé ! »
Je l'écoute.
Mon passé m'a appris une chose précieuse aujourd'hui... C'est de courir. De plus en plus vite.
Je ne peux pas me battre alors il me reste que la fuite.
Pour vivre.
Soudain, comme la lumière au bout du tunnel, le lampadaire indiquant l'arrêt du bus apparaît. Je m'écroule sur le banc, essoufflé serrant mon sac contre moi. Je reprends mon souffle.
« On a réussi Baguera ! On a réussi ! »
Je rigole, les nerfs lâchent. Je scrute la forêt. J'observe le reflet des pupilles des prédateurs. La peur m'assaillit et tous les scénarios macabres où ils me ramènent défilent devant mes yeux. Heureusement quelques temps plus tard, le bus arrive et le chauffeur m'accueille avec bienveillance.
- Bonsoir, quel est votre destination, jeune homme ?
Un homme avec une carrure imposante me sourit. Pas aussi terrifiante d'un alpha mais d'un guerrier peut être. Ces yeux sont noir, il est brun.
- Utopia, monsieur.
- Ah, je vis là-bas, tu peux m'appeler Miles, petit loup. On a plusieurs heures de trajet à partager et on fera des arrêts pour faire le plein et manger un bout et si tu le souhaites je peux te parler de la ville, t'en penses quoi ? Dit-il chaleureusement.
- Je ne veux pas vous déranger.
- N'ai pas peur, gamin. Je mords pas a moins qu'on me cherche.Pardon de te dire cela mais tu es jeune pour partir seul.
- ...
Je ne réponds pas, un peu méfiant devant cet inconnu, un peu trop gentil. C'est la première fois que quelqu'un me tend la main.
« Tu peux lui faire confiance Log, il est sincère, il ne dégage pas l'odeur du mensonge »
« D'accord, si tu le dis »
Miles rigole discrètement devant mon expression perplexe et défensive, par habitude peut être ?
- Pardon mais c'est une première pour moi que quelqu'un me montre de la gentillesse alors je me méfie. Je... Je m'appelle Logan et je viens d'avoir 16 ans.
- Pff, tu as raison de te méfier. Tu rentres dans aucun moule que la meute exige, c'est ça ? Demande t-il en secouant la tête.
- Oui et je dirai même qu'il n'y en a aucun pour moi lui répondant avec un petit sourire.
- Je crois que j'ai croisé ta route pour une bonne raison alors ! je pense qu'on va bien s'entendre, petit. Je m'appelle Miles Dereck.
Je rigole avec lui, à l'aise et pour une fois ma différence n'est pas rejetée.
Le lendemain on arrive à destination. Durant nos diverses conversations avec Miles, il m'a proposé de m'héberger et j'ai accepté après la 5e fois. On se stannionne sur un parking de transport. Il donne la clef du véhicule à son collègue appelé Jacques qui commence sa journée. Miles lui a terminé. Une fois revenu en tenu de civile, Lui et moi, nous nous dirigeons vers sa maison qui est à deux rues d'ici. Il est quatre heures du matin, mes neurones sont légèrement absents, la fatigue se fait sentir.
Après deux kilomètres de marche, nous arrivons devant une petite maison avec le toit rouille et son jardin. Monsieur Dereck prend sa clef et ouvre la porte donnant sur une entrée où est stocké une montagne de chaussures. Voyant mon regard surpris, Miles me tapote l'épaule et me dit :
- Si un jour tu te maries avec une femme avec une passion pour les chaussures, voilà ce qui t'attend et encore ! elles ne sont pas toutes ici...
- Nonnn
- Siiii
On pouffe de rire et la lumière du séjour s'allume, on s'arrête. Une femme rousse au yeux noisettes, en pyjama nous surprends. Elle se jette au cou de Miles et ils s'embrassent, gêné je détourne le regard. Mes joues rougissent.
- Ma chérie, je te présente Logan notre futur fils s'il le souhaite ! Murmure t-il joyeusement à sa femme.
- Hein ?! Dis-je choqué, il me connaît depuis hier.
Alexandra se trouve vers moi, ses iris pétillent d'amour, elle me voit telle que je suis peu importe ce que je suis. Ça me bouleverse tellement, les larmes coulent, ils écartent leur bras pour m'inviter dans leur étreinte. Moi, celui qu'on ne voulait pas, qui ne connaît pas l'amour familial.
- Bon, peut être pas tout de suite il y a une période d'essai si tu veux, me lance t-il avec un clin d'oeil.
- Pourquoi ?
- Parce que le feeling est passé tout de suite et parfois ça ne s'explique pas on s'attache, point. Je t'apprécie et mon loup Arlo te considère déjà comme son petit et je suis sûr que ma femme chérie après avoir passé du temps avec toi, si ce n'est pas déjà le cas après notre conversation d'hier soir, dit-il en la regardant avec amour et complicité. Ne te laissera pas partir car elle s'attachera très vite à toi comme moi.
Je ne comprends pas, je suis un étranger et pourtant comme me le rappelle mon loup, Miles est sincère. Comment peut-il m'aimer de cette manière en quelques heures alors que ceux qui m'ont donné la vie, me haïssent ?
L'émotion est trop forte, je tombe. Mon visage dans les mains, je pleure sans pouvoir m'arrêter. Le couple se met à ma hauteur et deux paires de bras m'entoure.
- Chut, on est là pour toi si tu le souhaites, c'est soudain, peut être super bizarre, je sais mais c'est comme ça qu'on a toujours fonctionné Miles et moi, au feeling me rassure doucement Alexandra. Mon mari te l'a sûrement dit mais nous n'avons pas pu avoir d'enfants, alors on est plus sensible et attentif. On reconnaît plus facilement les personnes ayant besoin d'aide avant elle-même parfois. Et surtout un jeune loup récemment transformé ne quitte pas sa meute pour rien et c'est très rare.
- Et en toute franchise, tu as une bouille tellement attachante, je ne sais pas trop pourquoi mais ton regard en dit beaucoup. L'envie de te faire un câlin pour te réconforter est pratiquement immédiate !
- Je ne suis pas un bébé non plus Miles.
Je fais une grimace boudeuse et on se met a rire.
« Baguera, j'ai peur mais je veux me laisser aller le temps que cela durera. J''ai attendu toute ma vie qu'on m'accepte. T'en penses quoi ? »
« Je suis d'accord, je les apprécie aussi et ils ne mentent pas, tu penses qu'on pourra courir avec eux ? »
- Baguera, mon loup demande si on pourra plus tard courir ensemble ?
- Bien sûr Arlo est ravi.
- Talia elle est curieuse de voir a quoi ressemble cette petite boule de poils.
- Mais il y a une chose que je dois vous avouer, euh, Baguera et moi sommes à la fois mâle et femelle oméga.
Je les regarde suppliant pour que ce détail ne gâche pas tout. Je trifouille mes ongles quand deux mains chaudes viennent se poser sur les miennes.
- Oh, je comprends mieux pourquoi tu as dis qu'aucun moule était pour toi. Merci pour ta confiance, petit. Ton cas est rarissime, un sur un million. Je doute que tu le sache mais il y a un dispositif pour te permettre de te protéger afin de réguler les périodes de rut et de chaleur, donc quand tu seras prêt, on peut t'emmener à la clinique voir un médecin spécialisé. Et si je te raconte cela, c'est parce qu'on a déjà aidé une louve Anna dans ton cas. Elle est resté ici quelques mois.
- Alors je ne suis pas le seul ? Je pensais que... que j'étais une erreur.
- Vous n'êtes pas beaucoup mais non tu n'es pas seul, Logan et encore moins une erreur me dit Alexandra.
Cela fait beaucoup d'un seul coup...
Mon estomac choisit ce temps pour se manifester. Je rougis embarrassé.
Alexandra rigole puis nous propose d'aller manger. On s'installe a table.
Je mange sans un mot mais je ne quitte pas des yeux ce couple mystérieux, au coeur d'or.
Je les observe et me questionne : Est ce à cela que peut ressembler une famille ?