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Nate
Le coach Rawlings a trois veines bien distinctes qui ressortent sur son front.
Je le sais, car elles ne font leur apparition que lorsqu’il me regarde comme si j’étais la raison principale pour laquelle il va mourir d’un anévrisme dû au stress avant ses cinquante ans. Aujourd’hui, les trois pulsent selon un rythme terrifiant et synchronisé.
Ce n'est jamais bon signe.
Je referme la lourde porte du bureau derrière moi, et le clic résonne dans l’espace exigu. La pièce sent le mélange de café froid, de cire à sol industrielle et ce léger parfum persistant de vieil équipement de hockey — l'eau de Cologne officielle du département des sports de Northwood University. Les murs sont couverts de photos encadrées de gloires passées : des gars en maillot bleu marine et rose, les bras sur les épaules les uns des autres, le visage rouge et la bouche grande ouverte en pleine célébration.
Je suis sur quelques-unes de ces photos. J'ai l'air plus heureux dessus. Ou peut-être que j'étais juste plus bourré.
« Assieds-toi, Wilder. »
Rawlings ne hausse pas le ton. Il n’en a pas besoin. Il a cette façon de parler basse et rocailleuse qui donne l’impression que chaque syllabe a été traînée sur un lit de braises ardentes.
Je me laisse tomber dans la chaise en cuir en face de son bureau, étirant mes jambes devant moi et tentant une décontraction que je ne ressens absolument pas. « Bonjour, Coach. Vous avez l'air particulièrement… en forme aujourd'hui. »
Son regard ne bouge pas. Pas mĂŞme un battement de cils.
Je ramène lentement mes jambes et m'assieds droit. Très bien. Donc on fait *ce genre* de réunion.
Le coach se penche en arrière, sa chaise grince sous son poids, et il fait glisser son téléphone sur le bureau en acajou d'un doigt. Je sais déjà ce qu'il y a dessus. Pas besoin de regarder. Je le fais quand même, surtout parce que j'ai apparemment un désir inconscient de marcher sur du verre juste pour voir à quel point ça fait mal.
La photo occupe tout l'écran.
Elle a été prise samedi soir, juste devant la Sigma Chi, après que la fête de victoire de l'équipe de football a débordé dans la rue. Quelqu'un m'a surpris debout sur le capot du pick-up de Carter, la chemise à moitié déboutonnée, une bouteille de champagne à la main droite et une fille en robe rouge riant contre moi. Il y a une trace de rouge à lèvres rose sur ma mâchoire, et mes cheveux ressemblent à une catastrophe naturelle qui aurait décroché une bourse d'études.
Au-dessus de la photo, le compte de ragots *Northwood Tea* avait mis cette légende :
**NATE WILDER : LA MAUVAISE DÉCISION PRÉFÉRÉE DE NORTHWOOD FRAPPE ENCORE.**
En dessous, le nombre de commentaires grimpait vers le millier. Certains étaient des yeux en forme de cœur. Certains disaient « goals ». Un venait d'une fille nommée Brielle qui écrivait : *Il a toujours mes boucles d'oreilles.*
Je ne me souviens pas d'une Brielle. Et je n'ai pas non plus ses boucles d'oreilles. Enfin, probablement pas.
Le coach tapote la vitre. « C'est toi ? »
Je cligne des yeux, essayant ce sourire charmeur qui fonctionne habituellement avec les profs. « Quoi, on joue aux devinettes ? Il y a un prix à gagner ? »
« Nate. »
Le sourire s'éteint. Je ferme ma gueule.
Quand il m'appelle par mon prénom, c'est toujours plus lourd que quand il utilise mon nom de famille. Quand il m'appelle Wilder, il est furieux. Quand il m'appelle Nate, il essaie de ne pas être déçu. Et mon Dieu, je déteste décevoir. Je peux gérer la colère — la colère, c'est juste le banc des pénalités. La déception, elle, me donne l'impression d'être trop à l'étroit dans ma propre peau.
Je me penche en avant, les coudes sur les genoux. « Ouais. C'est moi. »
« Ravi qu'on ait clarifié ça. »
« Pour ma défense », j'ajoute, car une partie dérangée de moi n'a jamais rencontré un silence qu'elle ne voulait pas briser, « je ne conduisais pas. »
La mâchoire du coach se contracte. Ce n'était définitivement pas la bonne défense.
« Et aussi », je continue, « ma chemise était techniquement encore sur moi. La plupart des boutons tenaient bon. »
Rawlings ferme les yeux. Pendant une longue seconde, je me demande si je vais regarder un adulte monter directement au paradis juste pour m'échapper. Quand il les rouvre, l'acier sans humour est de retour.
« Nate, tu as une idée du nombre d'appels que j'ai reçus ce matin ? »
Je me recule lentement. « Quatre ? »
« Sept. »
« J'ai toujours été quelqu'un de populaire. »
« Des anciens élèves », dit-il, en les énumérant sur ses doigts. « Du doyen des sports. De ton conseiller pédagogique. De deux mécènes qui ont apparemment assez de temps libre pour surveiller des comptes de ragots gérés par des premières années. » Il marque une pause, son regard perçant le mien. « Et de ta mère. »
Mon estomac se noue. J'essaie de garder un visage neutre, mais Rawlings remarque tout.
« Ma mère vous a appelé ? »
« Elle voulait savoir pourquoi son fils était à moitié nu sur internet avec du champagne qui coulait sur son torse. Elle semblait… inquiète. »
Je passe une main sur ma bouche. Super. Fantastique. J'adore. Maman ne crie pas quand elle est en colère ; elle devient silencieuse. Elle envoie des textos d'un seul mot avec une ponctuation agressive. Le dernier que j'ai reçu était à 8h00.
*Nathaniel.* Juste mon nom complet officiel et un point, comme un couteau appuyé doucement contre mes côtes.
« J'allais l'appeler », je marmonne.
« Quand ? »
« Après les cours. »
« Tu n'as pas cours le lundi avant midi. »
Je jette un coup d'œil à l'horloge sur son mur. Il est 10h08. « Après m'être préparé émotionnellement pour le cours. »
Rien. Pas même l'ombre d'un sourire. Cet homme est en train de tuer mes meilleures réparties. Il ramasse son téléphone et le pose face contre bureau, comme si la photo elle-même était trop stupide pour continuer à la regarder.
« Ce n'est pas drôle, Nate. »
« Je sais. »
« Vraiment ? »
La pièce se calme autour de nous, semblant soudainement deux fois plus petite. En dehors du bureau, je peux entendre le grincement lointain des patins sur le béton — probablement un première année qui va vers la patinoire avec ses protège-lames, l'air d'un faon dans une peinture de guerre.
Le coach croise ses mains sur le bureau. « Tu es l'un des joueurs les plus talentueux que j'aie jamais entraînés. Tu le sais. »
D'habitude, ça sonnerait comme un compliment. Aujourd'hui, ça ressemble à une éloge funèbre.
« Merci. »
« Ne fais pas ça », lance-t-il sèchement. « Tu es rapide, tu lis le jeu mieux que quiconque dans cette équipe quand tu utilises ton cerveau, et tu as des mains pour lesquelles la plupart des gars sacrifieraient un rein. Et pour une raison que j'ignore, tu sembles déterminé à faire parler les gens de tout ce qui te concerne, sauf de ton jeu. »
Je regarde mes articulations. Il y a un bleu qui s'estompe sur celle de droite depuis le week-end dernier. Pas la fête, le week-end d'avant. Un gars de l'équipe de crosse a décidé qu'il avait des sentiments concernant le fait que je parlais à son ex-petite amie, et moi, j'ai décidé que j'avais des sentiments concernant le fait qu'il pose ses mains sur mon torse. Tout le monde avait des sentiments. La sécurité du campus a eu de la paperasse.
« Les recruteurs t'observent cette année », dit le coach, sa voix descendant dans un registre qui me hérisse le poil. « Tu comprends ça ? C'est ta fenêtre d'éligibilité pour la draft. C'est l'année qui décide si tu es un pro ou un "et si". »
« Je sais », dis-je, ma voix perdant enfin son tranchant désinvolte.
« Je ne pense pas que tu te rendes compte. Tu veux jouer après Northwood ? »
Ma gorge se serre. Il connaît la réponse. Je veux la LNH depuis que j'ai six ans, quand je dormais avec un mini-bâton dans mon lit parce que mon père disait que les vrais joueurs traitaient leur équipement comme un membre de leur corps. Je voulais ça avant même de comprendre à quel point c'était rare, ou qu'une mauvaise réputation pouvait vous coller à la peau plus solidement qu'une saison à vingt buts.
« Vous savez que oui », dis-je.
« Alors commence à agir comme tel. Tu te fais passer pour un risque, Nate. Pas seulement pour cette équipe, mais pour quiconque pourrait vouloir tenter sa chance avec toi dans les ligues majeures. Le talent t'ouvre la porte, mais le caractère te permet de rester dans la pièce. »
« Je ne suis pas un risque sur la glace. »
« Non », convient-il, et la manière dont il le dit est la coupe la plus tranchante de toutes. « Sur la glace, tu es un atout. En dehors, tu es un problème. Et je me fiche du nombre de buts que tu marques — les problèmes, ça se gère. »
Mes doigts se crispent sur les accoudoirs de la chaise. « Gérer comment ? »
Son regard soutient le mien. Sans ciller. « Si un seul incident public de plus arrive sur mon bureau, je te mets sur le banc. »
Je ne bouge pas. Quelque chose de froid glisse sous mes côtes. « Vous me mettez sur le banc ? »
« Je te préviens. Considère que tu es sur une glace des plus fines. »
Je laisse échapper un rire amer. « Allez, Coach. C'était une fête. »
« C'était un schéma », réplique-t-il. « La fête, la bagarre avec l'équipe de crosse, la vidéo de toi faisant la course avec des chariots de supermarché dans le centre étudiant à minuit, la fille en pleurs devant ton appartement, les plaintes pour tapage nocturne. J'en ai assez, Nate. »
Je presse ma langue contre l'intérieur de ma joue. Il a raison, et c'est ce qui fait mal. J'ai traité l'université comme un tour d'honneur de quatre ans au lieu d'un entretien d'embauche.
« Je n'ai pas besoin de perfection », dit le coach, sa voix s'adoucissant d'une fraction. « J'ai besoin de responsabilité. J'ai besoin que tu arrêtes de faire les gros titres pour les mauvaises raisons. Si les gens parlent de toi, autant que ce soit parce que tu en as mis deux au fond du filet vendredi soir. »
« Je peux faire ça », dis-je doucement.
« Je sais que tu peux. C'est pour ça que je ne t'ai pas encore viré de l'équipe. » Il se penche en avant, l'expression d'un sérieux absolu. « Je ne te demande pas de devenir quelqu'un d'autre. Je te demande d'arrêter de saboter la personne que tu prétends vouloir devenir. »
Il n'y a rien de drôle à dire à ça. Aucune repartie pour rendre la vérité plus légère. Je me contente de hocher la tête.
« Entraînement à quatre heures », dit le coach, me congédiant. « Sois en avance. »
« Je suis toujours en avance. »
« Tu étais en retard mardi. »
« La circulation était… »
« Nate. »
« En avance. Compris. »
Je me lève, les jambes un peu tremblantes. Avant que j'atteigne la porte, il m'appelle une dernière fois.
« Tu es trop bon pour devenir un exemple à ne pas suivre, gamin. Ne laisse pas le bruit étouffer le talent. »
Je ne me retourne pas, mais je hoche la tĂŞte une fois.
Le couloir est plus froid que dans mes souvenirs. Je marche vers le vestiaire, mon téléphone vibrant dans ma poche. Je le sors pour voir un message de Carter Grey, mon meilleur ami, mon coéquipier de ligne, et l'homme qui conduisait réellement le pick-up sur lequel j'étais debout.
**Carter :** *T'es en vie ? Si le coach t'a tué, je peux récupérer ta place de parking ?*
J'expire un souffle qui est à moitié un rire et à moitié un gémissement.
**Nate :** *Pas mort. Mais la place de parking reste Ă moi. Je suis en probation.*
**Carter :** *Merde. Au vestiaire. Maintenant.*
Je trouve Carter assis à son casier, déjà à moitié en tenue d'entraînement. Il ressemble à l'emblème même de « l'énergie du Golden Retriever » — blond, athlétique, et arborant perpétuellement un sourire qui suggère qu'il vient de s'en tirer après un mauvais coup.
« C'était grave ? » demande-t-il alors que je m'affale sur le banc à côté de lui.
« Grave au point d'être mis au banc », je marmonne, en fixant mes patins. « Un autre "incident" et je suis dehors. Il a mentionné les recruteurs. Il a parlé de ma mère. Il a utilisé mon prénom, Carter. Il a utilisé des *intonations*. »
Carter siffle doucement. « Ok, donc fini les douches au champagne sur le toit d'un pick-up pendant un moment. »
« Fini tout court », dis-je, le poids de la réunion retombant enfin sur moi. « Je dois être "responsable". "Stable". "Respectable". »
Carter sourit, ses yeux pétillants. « Le respectable Nate Wilder ? Ça vient avec un pull sans manches et une carte de bibliothèque ? Parce que je ne suis pas sûr que les étudiants soient prêts pour ça. »
« Ferme-la », dis-je, mais je ne peux m'empêcher de sourire un peu. « Je suis sérieux, mec. Je ne peux pas gâcher ça. »
« Je sais », dit Carter, sa voix devenant étrangement sérieuse une fraction de seconde. Il me tape sur l'épaule. « Donc on se fait discrets. On se concentre sur la saison. Pas de fêtes, pas de drames, pas de filles avec du rouge à lèvres et des robes rouges. »
« Ok. Facile. »
« Totalement », convient Carter, bien que nous sachions tous les deux que « facile » ne fait pas vraiment partie de notre vocabulaire. « Maintenant, allons sur la glace avant que Rawlings décide de venir ici et de vérifier nos pouls pour détecter des signes de méfait. »
Je me lève en attrapant mon équipement. La tension dans ma poitrine ne disparaît pas, mais elle se déplace. Je ne peux pas changer ce qui est déjà sur internet, mais je peux changer ce qui arrive ensuite. Plus de gros titres. Plus de déceptions. Juste du hockey.
Enfin, c'est le plan.