𝐏𝐫𝐨𝐥𝐨𝐠𝐮𝐞
Nelly
Manchester
23 Mai, 19h30
"On ne va pas réussir à la sauver, mademoiselle. Elle est dans un état critique."
Trois mois.
Trois mois que sa voix tourne en boucle. Le docteur. Ses mots. Le ton qu'il avait. Chaque détail du jour où il me l'a annoncé.
Trois mois que mes notes dégringolent.
Que je repousse mon assiette.
Que le sommeil est un luxe que je n'arrive plus à me permettre.
Trois mois que je vis avec lui.
Le médecin m'avait prévenu. Ce traitement ne ferait que repousser l'inéluctable. Elle meurt à petit feu. Elle ne guérira pas.
J'écrase le bouton indiquant l'étage zéro de l'ascenseur qui s'illumine en rouge.
J'aurais dû me taire.
Une larme solitaire s'échappe de mon œil et suit son propre chemin avant de se perdre sur mes lèvres. Je l'essuie d'un revers de la main.
Quand les portes s'ouvrent, je me retrouve seule au milieu de l'agitation. Une femme aux cheveux grisonnants assise sur une chaise roulante poussée par une infirmière en blouse bleue m'adresse un sourire, je lui rends son sourire, embarrassée.
J'aurais aimé qu'elle soit l'une d'elles. Qu'elle vive de nombreuses années supplémentaires avant de se retrouver dans ces couloirs immaculés.
Maman ne méritait pas ça.
Un pas après l'autre je m'extrait de l'hôpital, de l'odeur d'antiseptique et des grincements de chariot.
Je traîne les pieds sur les graviers poudreux qui entourent l'hôpital.
Des panneaux indiquant l'interdiction de fumer sont disposés sur des colonnes. Pourtant une forte odeur de cigarette persiste dans l'air. Pour cause, un groupe d'hommes d'une cinquantaine d'années ne se gêne absolument pas d'expirer leur fumée épaisse.
Elle se bat pour ces dernières expirations pendant qu'eux les dilapident sans la moindre honte.
J'ai encore une petite heure avant que mon père ne rentre à la maison et ne fasse une crise si je n'y suis pas.
Un long soupir m'échappe à cette pensée.
J'avance lentement jusqu'à l'arrêt de bus, profitant des derniers moments de calme de ma journée. Déjà fissurés par mon esprit qui tisse mille scénarios avant même que la réalité ne s'impose.
Une fois entrée dans l'habitacle, je constate avec un soupçon de contentement qu'il est presque vide hormis une femme assise à l'avant. Je me glisse à l'arrière et repose ma tempe contre la vitre, mon trajet se déroule dans un silence uniquement troublé par le ronronnement du moteur.
Je te hais papa.








