Illusory Love (update troisième partie)
C’était un mercredi après-midi comme un autre. La radio diffusait son habituel brouhaha d’actualités. Des copines m’avaient invité pour l’enterrement de jeune fille d’une collègue tandis que Liam complétait tranquillement un puzzle, confortablement installé sur l’îlot de la cuisine. Quant à Nathan, il ne tarderait pas à rentrer. J’étais en train de débattre mentalement sur la tenue que j’allais porter :Vibe traditionnelle en blanc tel une demoiselle d’honneur.. ou couleur bien plus flashy pour apporter un peu de peps à une machine à fric déguisée en étape de vie obligatoire...C’est ainsi que le discret claquement de la porte d’entrée me sortit de mes pensées. Reposant les deux tenues sur le lit de la chambre d’ami, je me hâtais d’aller faire remarquer à Nathan que je sortais rejoindre des amies. Je le pris dans une profonde étreinte quelques minutes, fis une bise sur la joue de Liam - après m’être assuré que le petit était d’accord et parti finalement en direction de ma voiture, la tenue à la main, pour rejoindre le lieu du rendez-vous. Ainsi, la tenue dédiée à la soirée serait une robe couleur cyan mi-longue asymétrique satinée.
Il était environ une heure du matin. L’élue du jour avait convenues pour une unique et dernière destination : Une boîte de nuit uniquement réservée aux femmes - bien mieux encore, sans vente sur place de boissons alcoolisées! Le titre « What you Want » passait justement dans les haut-parleurs de l’établissement lorsque la porte se refermait derrière notre passage. Les corps bougeaient... se déhanchaient... avec une légèreté que vous n’auriez vu nul part ailleurs.
Notre future mariée, nous invitait déjà à rejoindre la piste de danse. Certes, j’avais déjà pu me rendre dans des coins similaires bien avant de rencontrer Nathan, mais je pouvais bien avouer que cet endroit avait un truc en particulier.Ce... je ne sais quoi qui faisait toute la différence vous voyez ? Le genre de lieu que vous n’oubliez pas facilement.Les réseaux colorés de LED et des lasers stroboscopiques ajoutaient un côté exaltant à cette foule féminine venue se lâcher sans aucune crainte.
Les heures passèrent à une vitesse vertigineuse. Les titres s’enchaînent. La température de la pièce centrale augmente sous le déluge de nouvelles têtes venues au fur et à mesure s’ajouter à la foule. Nous ne savions plus trop où nous mettre. Emportée de droite à gauche dans des duos féminins improvisés comme une vague humaine. Les rires devinrent peu à peu lointains tandis que mes sens perdaient peu à peu leurs fonctions premières : m’orienter. Des étoiles commencèrent à jouer à cache-cache derrière mes paupières. Je crû au début à un signe de fatigue. J’allais donc m’asseoir quelques minutes au calme.
Mais les sens ne revinrent pas. Au contraire, les étoiles devinrent de plus en plus nombreuses tandis que l’environnement autour de moi semblait se déformer sur lui-même. Les rires devinrent des cris... la musique... des détonations. Quant aux étoiles... Des visions d’horreurs... Je crûs entendre plusieurs fois appeler mon nom.
Puis... Le silence. Un silence pesant. Un silence pesant jusqu’à ce qu’une main sur mon épaule ne me ramène à la réalité : On était venu me faire savoir que nous allions bientôt partir pour rentrer chacune de notre côté après cette soirée inoubliable.
Les nuits suivantes furent particulièrement difficiles. Nathan avait fini par remarquer mon agitation... plus importante que d’habitude. Quant à moi-même, je ne pouvais guère me sortir de la tête les cris. Des cris répétés tel un mantra. Des cris auxquels je ne pu plus me dérober quelque soit l’heure. Des cris qui semblaient sortis d’un monde lointain et proche de nous en même temps. Je ne savais définitivement plus où me mettre, à quoi me raccrocher, avec l’espoir que les cris m’abandonnent... au moins quelques minutes. Le moindre bruit semblait les ramener encore et toujours sans aucune interruption.
Puis il y a eu...la porte.Ma crise mentale s’était tu, alors que le temps me semblait avoir été, soudainement, mis au ralenti. Comme si cette porte.. apparue en plein milieu du jardin... était la libération que j’attendais. Je crû à une hallucination.Après tout, rien dans tout ceci n’était logique... réel. N’est-ce pas ? Et pourtant, elle était là. Comme si elle m’encourageait à l’approcher...A prendre et à utiliser sa poignée pour atteindre l’autre côté.
La porte semblait être à l’origine des micro-vibrations qui étaient ainsi présentes dans l’air, peut-être même à l’origine de la mise en pause de l’instant. Elle restait là, comme dans un rêve éveillé. Toujours en attente.
Il ne me restait seulement que quelques pas à faire pour franchir cette porte :
La porte.
— Sophia ? Prononçait tout à coup une voix familière, à quelques mètres de mon dos. Qu’est-ce que tu fais ?
Le paysage figé retomba instantanément tandis que le jardin se retrouvait vide de tout élément qui aurait pu faire tache dans notre décor. La sortie venait de m’échapper lorsque je sentais les mains de Nathan rejoindre, avec douceur, mes épaules. Sa chaleur venait rappeler à l’ordre mes pensées.
— Rien. Tout va bien... Répondis-je. Perturbée par l’arrivée soudaine de mon partenaire. Légèrement fébrile dans mon intonation.Savait-il lui aussi pour la porte ?
— Encore une hallucination... Murmurait-il presque pour lui-même en resserrant son étreinte sur mon dos et le début de mes clavicules.
Je restais immobile telle une statue de marbre. Mon regard restait fixé sur le point où s’était tenue plus tôt la porte, encore sous le choc du phénomène dont mes yeux avaient pu être témoins.
— Tu as pris tes médicaments ? Demandait-il, la mine traversée d’un semblant d’inquiétude.
Un silence traversa le vent frais de la fin d’après-midi de notre été.
— Mes... médicaments ? Je balbutiais, alertée.Depuis quand... est-ce que...-
— Sophia... Mon cœur. Ça fait déjà 9 mois que tes crises ont débuté.
Mes crises... Pourquoi n’en avais-je aucun souvenir tout à coup ? Désignait-il les cris ? Ou tout autre chose qui m’échappait encore ?
Un soupir se fit entendre. Las. Comme si j’avais oublié une chose cruciale qui semblait être absente de ma vie il y a encore une dizaine de secondes.
Je ne visualisais pas non plus de quelconque rendez-vous chez un spécialiste...
— Écoute. Si le traitement ne fonctionne pas.. ou plus du tout...
— Non.. Non c’est bon. Je rajoutais, faisant mine de m’en rappeler. Ça va.. C’est juste mon premier oubli.
— Tu sais autant que moi que prendre un tel dispositif médicamenteux sans respecter correctement les délais.
Je sentais une certaine urgence dans sa voix, sans pour autant arriver à mettre un mot clair sur dessus. Je soupire, cherchant sa joue pour y poser le bout de mon nez. Comme pour me recentrer sur le moment présent.
— Je sais... Je ferai attention la prochaine fois.Vraiment. Depuis quand... ? Ne t’inquiètes pas.
Nos regards respectifs se croisent alors quelques instants, cherchant à démêler le vrai du faux dans les prunelles de l’un comme de l’autre. Nous rentrons finalement à la maison, main dans la main — notre jardin maintenant libre de tout phénomène. Vidé de son étrange porte.
La prescription deNuroquel, le nom du Dr. Étienne Delisle, ainsi que le mien écrit noir sur blanc — Sophia Vérany — était là, dans ma main. Mon esprit ne pouvait y croire complètement. Je n’ai jamais vu cette ordonnance.Et pourtant... elle était bien réelle, matérielle entre mes doigts fins.Était-ce mon corps qui avait décompensé en raison de mon imprudence dans la prise ? Ou était-ce au contraire le signe d’une potentielle forme de sevrage après avoir été drogué à mon insu depuis un temps inexact ?
Le doute restait. Ça me rongeait.
La gélule présente au bord du lavabo me donnait l’impression d’une provocation. Cela faisait 3h que Nathan avait quitté notre domicile et emmené par extension, Liam à sa classe pour sa dernière année de primaire. Je n’avais rien dit à mon partenaire, mais je me refusais à prendre cette chose dont j’ignorais complètement les effets tandis que le petit objet, blanc, innocent dans son apparence, continuait à me narguer sans aucun scrupule.
Puis dans un élan anxieux, il disparut finalement dans le réseau de notre tuyauterie. Je venais d’ouvrir le robinet — mes yeux étaient restés fixer sur le tourbillon d’eau, qui venait d’emporter en une fraction de seconde le médicament — comme si mon corps avait eu peur de se laisser tenter par des effets, censés m’apporter un confort clinique.
Les mots restaient toujours autant bloqués dans ma gorge lorsque je réalisais l’action. Incertaine de sa pertinence.Était-ce une erreur de ma part ? Ou était-ce, au contraire, l’unique et seule solution pour reprendre le contrôle ?
Ma respiration, silencieuse, en disait long.
Je ne savais plus qui ou quoi croire : Si le dysfonctionnement de ma mémoire et les hallucinations étaient en raison d’un trouble avéré ou à cause du médicament.