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Résumé

Mai 1450. De Mayence à Brême, suivez le périple de cinq âmes entraînées dans une épopée où le dan-ger guette à chaque tournant. Entre combats acharnés et passions secrètes, cette Novella est le roman court idéal pour vivre l’aventure au cœur du Saint Empire.

Statut :
il y a un jour
Chapitres :
19
Rating
n/a
Classification par âge :
13+

Prologue

Le serviteur du tout puissant

Au cours de mes recherches dans les archives diplomatiques de Lisbonne, j’ai mis au jour un échange épistolaire jusqu’alors inconnu entre deux figures majeures du XVe siècle : le cardinal déchu von Erlichshausen, acteur controversé de l’Inquisition romaine, et Henri de Portugal, dit le Navigateur, maître de l’Ordre du Christ et architecte des premières grandes explorations atlantiques.

Datées de janvier 1450, ces lettres offrent un éclairage rare sur les tensions entre zèle inquisitorial et diplomatie pontificale, tout en révélant les liens financiers et politiques qui unissaient les deux hommes. Leur contenu, d’un intérêt historique certain, éclaire à la fois la disgrâce brutale du prélat et la prudente realpolitik du monarque portugais.

Lettre du Cardinal von Erlichshausen à Henri, Roi du Portugal :

Janvier 1450.

Les froids ecclésiastiques d’un hiver romain me transpercent plus sûrement que les lames des infidèles que j’ai combattus pour la plus grande gloire de Dieu. La pourpre que j’ai portée si longtemps pèse désormais plus lourd qu’un linceul.

Hier encore, je présidais les offices de la Nativité, auréolé de chants et d’encens ; aujourd’hui, je n’ai pour compagnie que le silence d’une cellule humide où l’on m’a relégué comme un criminel.

Ils ont osé me briser. Moi, le Marteau des hérétiques.

Je revois encore la scène de ma déchéance, survenue il y a quelques heures seulement. Dans la salle glacée du consistoire, sous la lumière blafarde d’un soleil d’hiver, le pontife siégeait entourer de prélats dont les visages, hier encore serviles, se sont soudain durcis comme des masques de pierre.

On me fit avancer seul, dépouillé de mes gardes, de mes assesseurs, de tout ce qui faisait ma dignité. Un greffier lut la sentence : abus de pouvoir, excès dans l’usage de la question, atteintes aux prérogatives des évêques diocésains. Ils évoquèrent les plaintes des familles, les cris des innocents mêlés aux coupables, comme si l’hérésie faisait la différence entre l’un et l’autre.

On me reproche mes grands bûchers purificateurs. Simplement parce qu’un jour près de deux cents âmes corrompues furent livrées au bras séculier en une seule journée de printemps. Mais qui, sinon moi, eut le courage d’agir lorsque les évêques tremblaient derrière leurs murailles ? J’ai nettoyé, terrifié, traqué le vice jusque dans le secret des consciences.

Puis vint le geste de la honte : On m’ordonna de retirer mon chapeau cardinalice. Mes mains tremblaient, non de peur, mais de rage contenue. Aucun d’eux n’osa détourner le regard. Ils savouraient ma chute.

Et pourtant, qu’ai-je fait sinon servir ? J’ai purifié. J’ai traqué le vice jusque dans les consciences. J’ai imposé la dénonciation du mal, car celui qui se tait devient complice. Oui, j’ai ordonné la torture. Instrument de miséricorde destiné à sauver les âmes avant qu’elles ne sombrent dans l’éternité des flammes. J’ai chassé les prêtres concubins, restauré la pauvreté des ordres, brisé les compromissions. Et surtout, que Votre Altesse s’en souvienne, j’ai vendu mes terres pour armer des navires, afin que vos capitaines puissent porter la croix au-delà des colonnes d’Hercule. J’ai soutenu vos projets contre l’infidèle, vos explorations hardies, vos rêves d’un monde élargi où la foi chrétienne s’étendrait comme une aurore nouvelle.

Aujourd’hui, me voici seul, dépouillé, trahi par des évêques jaloux de mon zèle et effrayés par la vigueur de ma foi. Ils ont confondu ma sainte colère avec de la cruauté. Ils veulent effacer mon nom, confisquer mes biens, m’enterrer vivant dans le silence.

C’est pourquoi je vous écris, Très Haut Seigneur Henri, vous dont la mémoire est fidèle, vous dont la parole n’a jamais vacillé. Je ne vous demande ni vengeance ni faveur indue. Je vous demande seulement asile. Car un homme tel que moi, formé à la discipline, à la rigueur, à la lutte contre l’infidèle, ne doit pas finir dans l’ombre d’un cachot. Je puis encore servir. Je puis encore frapper. Je puis encore purifier.

Si Rome me rejette, alors peut-être le Portugal saura-t-il reconnaître la valeur d’un bras qui n’a jamais tremblé.

Je vous ai aidé autrefois. Aidez-moi aujou…

Malheureusement, la fin de la lettre ne nous est pas parvenue, mais, comme dit précédemment, nous avons trouvé la réponse du monarque portugais après plusieurs mois de recherches. Nous ignorons si d’autres lettres furent échangées, mais nous poursuivons nos recherches. L’un des faits connus avec certitude, c’est que le Cardinal déchu a totalement disparu après l’année 1450.

Réponse d’Henri, Roi du Portugal, au Cardinal von Erlichshausen [Date exacte inconnue]

Écrite à Lagos, en l’an de grâce 1450

À mon très cher ami, Von Erlichshausen, à jamais cardinal de cœur de la Sainte Église et serviteur de notre seigneur, qui n’est que miséricorde, acceptation et pardon.

J’ai reçu votre lettre, et je ne puis demeurer insensible aux épreuves que vous traversez. Les murs froids de Rome ont parfois moins de charité que les tempêtes de l’Atlantique, et je sais combien la chute est lourde pour ceux qui ont servi avec ardeur.

Votre disgrâce me peine, car je n’ai point oublié les services que vous avez rendus à la chrétienté ni les sacrifices que vous avez consentis pour soutenir nos entreprises maritimes. Les navires que vous avez contribué à armer voguent encore aujourd’hui sous la bannière du Christ, et les capitaines que vous avez aidé à envoyer vers les confins du monde portent votre nom dans leurs prières. Pour cela, je vous demeure redevable. C’est pourquoi j’ai intercédé discrètement en votre faveur auprès de ceux qui pouvaient entendre raison. Votre libération, désormais acquise, est un juste retour pour vos bienfaits passés. Mais je dois vous parler avec la franchise d’un ami et la prudence d’un prince. Les temps sont délicats : Le Saint-Siège observe chacun de mes gestes, et mes entreprises au-delà des mers exigent une paix constante avec Rome. Je ne puis, sans risquer de compromettre mes desseins et l’avenir même de nos explorations, ni vous restaurer dans vos anciennes dignités ni vous accueillir à ma cour comme vous le mériteriez par vos services.

Je ne vous cacherai pas non plus que certains actes que l’on vous reproche, notamment ce bûcher où deux cents âmes furent livrées aux flammes sans procès, ont laissé dans toute la chrétienté une impression de sévérité excessive. Je ne doute point que votre intention fût pure, mais les princes comme les prélats doivent parfois répondre non seulement devant Dieu, mais devant les hommes.

C’est pourquoi, en ami sincère, je vous conseille de regagner les terres qui vous restent dans le Saint-Empire. Là, loin des intrigues romaines, vous pourrez trouver refuge, repos, et peut-être même une forme de réhabilitation par le silence et la discrétion. Les années apaisent les mémoires, et les hommes oublient plus vite qu’ils ne pardonnent. Faites-vous, donc, oublier quelque temps. Laissez les vents tourner. Et lorsque Dieu jugera l’heure venue, peut-être votre nom retrouvera-t-il la place qu’il mérite.

Recevez, mon cher ami, l’assurance de ma fidèle amitié et de mes priè…

Malheureusement, le temps n’a pas préservé la fin de cette lettre non plus. Toutefois, la chance miraculeuse qui a permis à cette correspondance de traverser les siècles jusqu’à nous met en lumière les dynamiques de pouvoir qui se jouent entre les royaumes européens vis-à-vis de la papauté, et surtout le rapport que pouvait entretenir l’Inquisition avec les puissants.

Il nous faudra encore soumettre ces lettres à différents experts, mais la maladie mentale dont semble souffrir le cardinal — le sadisme, peut-être même une certaine forme de psychopathie — devra être analysée par des experts en psychologie historique.

Cela pourra aussi intéresser des sociologues-historiens afin d’étudier comment le pouvoir se réorganise quand certains de ses membres influents développent de telles formes de ce que nous pouvons qualifier, dans le contexte d’une dynamique politique, de faiblesse et de besoin avoué de destruction de l’autre. Comment le pouvoir accepte-t-il cela, comment s’en sert-il, est-ce qu’il s’en sert et, surtout, comment s’en débarrasse-t-il et pourquoi ?

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