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Sketches Of (Fake) Desire

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Résumé

Olivia Hayes n’avait pas prévu de vivre avec Logan Bennett. Encore moins de le dessiner. Et certainement pas de tomber amoureuse de lui. Quand son frère part à Seattle, Olivia accepte de reprendre sa chambre dans l’appartement de son meilleur ami hockeyeur. Le campus est plus proche, le loyer plus supportable, et Logan a l’air assez raisonnable pour ne pas devenir un problème. En théorie. Puis son projet d’art lui impose de suivre l’équipe masculine de hockey. Très vite, Logan devient impossible à éviter : dans l’appartement, sur la glace, dans ses carnets… et dans toutes les pensées qu’elle refuse d’avoir. Olivia sait pourtant qu’elle devrait garder ses distances. Parce que certains sujets sont trop dangereux à regarder de trop près. Et Logan Bennett en fait clairement partie.

Genre :
Romance
Auteur :
emmhrv
Statut :
Terminé
Chapitres :
36
Rating
5.0 1 avis
Classification par âge :
16+

Chapitre 01 : Perspective forcée - Coloc imposée

Olivia


J’ai accepté cette colocation pour trois raisons très rationnelles : elle est à moins de dix minutes à pied du campus, Cole paie une partie du loyer en guise de compensation pour son abandon fraternel, et mon ancien trajet en bus jusqu’à Willow Creek University ressemblait à une punition administrative inventée par un bureaucrate sadique.

Aucune de ces raisons ne mentionne Logan Bennett.

Ce qui est objectivement très dommage, parce que Logan Bennett ouvre la porte exactement au moment où j’essaie encore de prétendre à mon cerveau qu’il n’est qu’un détail secondaire de l’équation.

— Liv.

Sa voix est basse, posée. Pas la voix d’un type surpris de me trouver là. Il savait très bien que c’était moi derrière la porte, à me battre avec un carton mal scotché qui menace de vomir mes carnets de croquis sur le paillasson.

— Olivia, je corrige en redressant la boîte avec le genou.

Il garde une main sur la poignée, son corps bloquant à moitié le cadre de l’entrée. Il porte un t-shirt gris tout simple, et je note presque malgré moi que ses épaules occupent beaucoup trop de l’espace négatif du couloir.

— Cole t’appelle Liv, fait-il remarquer, l’air de rien.

— Cole a aussi cru qu’une moustache lui irait bien lors de sa première année. On ne suit pas toujours ses exemples.

Un demi-sourire étire le coin de ses lèvres. C’est furtif, à peine une ligne qui se courbe, mais ça m’agace déjà.

— Laisse-moi t’aider avec ça, propose-t-il en esquissant un geste vers mon carton.

Je recule d’un demi-pas. Un mouvement réflexe.

— Non. C’est bon. Je gère.

Je m’attends à ce qu’il insiste. Les sportifs insistent toujours. Ils aiment prouver que leurs bras servent à quelque chose, surtout face à une fille qui fait vingt centimètres de moins qu’eux et qui a l’air de lutter contre la gravité. Je suis prête à lui lancer une remarque cinglante sur la galanterie de façade, mais Logan s’arrête net. Ses mains retombent le long de son corps, ses gestes parfaitement contrôlés.

— D’accord, dit-il simplement, en s’effaçant pour me laisser passer. La chambre de Cole est la deuxième porte au fond.

L’appartement est… irritant. Irritant parce qu’il ne correspond pas au cliché du taudis d’étudiants que j’avais mentalement composé. C’est rangé. Les surfaces sont propres, la lumière est correcte, et l’odeur ambiante tient plus du café froid et du propre que de la bière rance. Logan referme la porte d’entrée derrière moi sans faire de bruit.

Je traverse le salon et pousse la porte de ma nouvelle chambre. Ou plutôt, l’ancienne chambre de mon frère.

Je m’arrête sur le seuil. Je la connais, cette pièce. J’y ai passé des heures assise en tailleur sur le lit à écouter Cole me donner des conseils non sollicités sur ma vie sociale. Mais aujourd’hui, la lumière de fin d’après-midi frappe le parquet vide différemment. Le lit est dénudé, le bureau est dégagé. L’espace a perdu ses proportions habituelles.

Et pourtant, mon œil est immédiatement attiré par le mur au-dessus du bureau. Une trace d’usure grise, là où il collait sa chaise, et accroché à la poignée de la fenêtre, un câble de chargeur de téléphone tordu et parfaitement inutile.

Je lâche mon carton sur le matelas nu avec un bruit sourd.

Même à Seattle, Cole trouve le moyen de laisser traîner quelque chose dans une pièce où il ne vit plus. C’est presque un talent. Un talent visuel et pénible, mais un talent quand même.

Je croise les bras, sentant soudain la fatigue de la journée me rattraper. Je fixe ce câble comme s’il s’agissait d’une nature morte particulièrement déprimante.

Une silhouette apparaît dans ma vision périphérique. Logan vient de s’arrêter dans l’encadrement de la porte. Je me raidis, prête à dégainer une phrase sarcastique s’il me demande si je vais pleurer ou si cette chambre me rend nostalgique. Je déteste quand les gens essaient de lire mes émotions avec la subtilité d’un bulldozer.

Mais Logan ne dit rien.

Il s’appuie contre le chambranle, croise les bras à son tour, et suit simplement mon regard vers la fenêtre, puis le ramène vers les cartons empilés. Il observe la scène, note mon silence, et au lieu de le combler avec de la psychologie de comptoir, il le respecte.

C’est déstabilisant.

— La salle de bain est juste en face, finit-il par dire au bout de dix longues secondes. J’ai libéré l’étagère du haut.

— Merci, je réponds, ma voix un peu plus sèche que prévu parce que son calme me désarme.

Il hoche la tête et recule, me rendant mon oxygène et mon espace.

Une heure plus tard, j’ai réussi à transférer l’équivalent de ma vie dans les tiroirs de Cole, et j’organise mes fusains et mes carnets sur le bureau quand mon téléphone vibre contre le bois.

L’écran affiche L’Idiot (Seattle Edition).

Je prends une grande inspiration, lisse les plis imaginaires de mon pull, et décroche en acceptant l’appel vidéo. Le visage de Cole apparaît, flou pendant deux secondes avant de se stabiliser. Il a l’air fatigué mais radieux, l’arrière-plan trahissant une chambre d’hôtel générique.

— Allez, montre-moi, lance-t-il immédiatement, sans même un bonjour. Dis-moi que l’appartement n’a pas brûlé.

— Salut à toi aussi, Cole. Et non, l’appartement est intact. Ce qui est un miracle statistique considérant que je vis désormais avec un hockeyeur.

Je me lève et sors de la chambre en tenant le téléphone devant moi. Je traverse le couloir pour rejoindre la cuisine, cherchant un verre d’eau. Logan est là, appuyé contre l’îlot central, en train d’éplucher une pomme avec une lenteur calculée.

Il lève les yeux quand j’entre.

— C’est Cole ? demande-t-il.

Mon frère entend sa voix à travers le haut-parleur.

— Passe-moi Logan ! exige-t-il.

Je pousse un soupir théâtral et retourne mon écran pour cadrer Logan. Ce dernier esquisse un vrai sourire, le premier que je lui vois depuis mon arrivée, et s’approche.

— Comment ça va, Seattle ? demande Logan.

— Ça va. Il pleut, évidemment. Vous vous en sortez, tous les deux ? Logan, tu l’as aidée avec ses cartons ?

— Elle a refusé, répond Logan avec une neutralité désarmante.

Je tourne le téléphone vers moi pour foudroyer l’objectif.

— J’ai refusé parce que je n’ai pas besoin d’une escorte pour déplacer trois boîtes en carton, Cole. J’ai des bras fonctionnels.

Cole rit, le son grésillant légèrement à cause de la connexion.

— Je sais, Liv. Je m’assure juste que tu t’installes bien. D’ailleurs, tu as la place qu’il te faut ? Et tes horaires pour la rentrée, ça donne quoi ? Tu as prévenu le Perk Up que tu réduisais tes heures ?

Je me fige. Le couteau de Logan s’arrête sur sa pomme pendant une fraction de seconde, un détail que je capte au vol avant de me reconcentrer sur l’écran.

— Je ne réduis pas mes heures au Perk Up, Cole. Je garde mes week-ends là-bas.

L’expression de mon frère devient immédiatement sérieuse, prenant cette teinte de grand frère protecteur qui a le don de m’hérisser le poil.

— Je t’aide pour le loyer, Liv. Tu peux réduire un peu le Perk Up. Tu vas être épuisée avec tes projets d’art.

Je resserre ma prise sur le téléphone. Mon sarcasme remonte, bouclier automatique face à l’ingérence.

— Tu m’aides pour le loyer, pas pour mon droit constitutionnel à acheter des carnets hors de prix et de la peinture à l’huile sans demander l’autorisation à mon grand frère. Le Perk Up, c’est mon argent. On en a déjà parlé.

Il y a un silence sur la ligne. Cole sait que c’est une limite franche. Mon indépendance n’est pas négociable, encore moins depuis qu’il a traversé trois États pour son nouveau job en finance.

— D’accord, d’accord, capitule-t-il doucement. Ne te fâche pas. Je veux juste m’assurer que tout va bien. C’est le cas ? Tout va bien ?

Je regarde l’écran. Puis je lève les yeux vers Logan, qui me fixe de l’autre côté de l’îlot. Sans nous concerter, sur le même tempo exact, on ouvre la bouche :

— Oui.

Nos voix se superposent parfaitement. Une synchronicité absurde, fluide.

Le visage de Cole s’éclaire d’un sourire satisfait que j’ai viscéralement envie d’effacer avec une gomme mie de pain.

— Parfait. Je vous laisse vous installer. Bonne soirée, les colocs.

L’écran redevient noir. Je pose le téléphone sur le marbre froid de l’îlot.

Le silence retombe dans la cuisine, plus lourd cette fois.

Je m’attends presque à ce que Logan sorte un tableau blanc pour qu’on établisse des règles. Qui sort les poubelles. Qui paie l’électricité. Qu’on marque nos territoires avec des post-it comme dans n’importe quelle comédie clichée sur la colocation. Je suis prête à dégainer trois arguments pour défendre ma zone du frigo.

Mais Logan pose son couteau, jette les épluchures, et s’essuie les mains avec un torchon. Ses gestes sont précis, économiques.

— Il va s’inquiéter si on lui donne une raison, dit-il finalement, la voix basse, sans me regarder directement.

Je l’observe. La ligne de ses épaules. L’angle de sa mâchoire. C’est une composition intéressante, très contenue. Trop contenue.

— Cole peut s’inquiéter avec un mur blanc et trois secondes de silence, je rétorque en croisant les bras. C’est son réglage par défaut.

Logan s’appuie contre le meuble, croise les chevilles, et plante son regard dans le mien.

— Alors évitons de lui fournir du matériel, suggère-t-il. Il vient de commencer un nouveau boulot. S’il pense qu’on s’entre-tue ici, il va passer ses nuits à nous envoyer des messages pour jouer les médiateurs.

Je plisse les yeux, analysant sa proposition. Il ne cherche pas à être mon ami. Il cherche l’efficacité. Maintenir la paix pour ménager le frère parti loin. C’est d’une logique presque mathématique.

— Donc on ment, je résume froidement.

— On simplifie.

Je laisse échapper un petit rire sans joie. La sémantique, l’arme des lâches.

— J’aime déjà détester ta version des choses.

Il encaisse la pique sans broncher. Pas de sourire narquois, pas de posture de mâle dominant offensé. Juste une acceptation tranquille de ma mauvaise foi.

— Prends tes marques, Olivia, dit-il en poussant doucement mon verre d’eau vers moi sur le plan de travail. On survivra.

Je récupère le verre sans le remercier, pivote sur mes talons et retourne vers le couloir. Ce n’est pas une alliance. Ce n’est même pas un cessez-le-feu. C’est une trêve domestique non formulée, et bizarrement, c’est bien pire que des règles écrites, parce que ça implique qu’il est assez intelligent pour savoir comment me gérer.

Je déteste quand les gens sont gentils au bon moment. Ça complique toute tentative de les ranger dans la catégorie des problèmes simples.

De retour dans ma chambre, je ferme la porte, m’appuie contre le bois frais et laisse échapper un long soupir. Je peux respirer. L’appartement est calme. Logan est probablement en train de méditer sur sa pomme ou de polir une crosse de hockey en silence. La soirée est à moi.

Je m’avance vers mon sac à dos pour sortir mon pyjama.

C’est à cet instant précis que mon téléphone vibre dans ma poche arrière.

Je le tire, déverrouille l’écran. Un message de Cole.

Cole : J’ai oublié de te dire. Les gars passent parfois après l’entraînement. Ils sont cool. Tu vas les aimer aussi.

Je fronce les sourcils. “Les gars” ?

Avant même que mon cerveau ait le temps de traiter l’information, le bruit lourd de la porte d’entrée qu’on ouvre à la volée résonne dans le salon, suivi immédiatement par une explosion de voix masculines.

— BENNETT ! Bouge ton cul, on a ramené des pizzas et Mason a pris la mauvaise sauce ! gueule une voix avec l’enthousiasme d’un golden retriever sous stéroïdes.

— Je t’ai dit que c’était la sauce piquante, espèce de crétin ! rétorque une autre voix.

À travers la cloison, j’entends le bruit mat de sacs sportifs qu’on lâche sur le sol, une bousculade, et un soupir qui ressemble à s’y méprendre à un juron étouffé de Logan.

Mes doigts se resserrent sur mon téléphone. J’inspire lentement. Je ne panique pas. Je réorganise intérieurement mes options de fuite.

Puis, je pose la main sur la poignée, et je rouvre lentement ma porte.

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1. Chapitre 01 : Perspective forcée - Coloc imposée
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