Départ
Je suis en train de somnoler dans l'avion qui m'emmène vers une nouvelle vie.
Nouveau job, nouveau pays, nouvelle langue, nouvelle culture, tout ça, tout ça.
Je m'appelle Lisa Hurick, je suis une Française passionnée par l'Asie, leur langue, leur culture, leur mode, leur nourriture, tout ça, tout ça... Depuis la fin de mes études, je travaille pour une société de jeux vidéo, comme traductrice, je traduis les jeux en japonais. J'adore les jeux vidéo, j'en suis même accro, j'ai quelques bases en chinois, apprises grâce à une collègue chinoise qui s'occupe de cette traduction.
Mais je vais peut-être un peu vite. Revenons un peu en arrière.
Je n'ai pas de petit ami, mes amis sont mes collègues de travail, j'ai un garçon, mais il a 15 ans et est parti au Japon pour un an, pour ses études. Je suis ravie de lui avoir transmis ma passion pour le Japon, au moins ça. Je suis tombée enceinte à 14 ans, avec mon amoureux de la maternelle, lors de notre premier rapport. Il a un peu gâché mon adolescence, mais ce n'est pas de sa faute, je ne lui en veux pas et je l'aime de tout mon coeur, mais j'ai l'impression d'avoir raté quelque chose dans ma jeunesse.
14 ans, bloquée à la maison, pour m'occuper de lui. Heureusement que mes parents m'ont aidé financièrement, ceux de mon ex, Tony, aussi, sinon je ne sais pas ce que nous serions devenus.
Nous nous sommes séparés rapidement, évidemment. Mais les journées à passer avec un nourrisson sont longues. Heureusement j'avais ma passion pour l'Asie, ses mangas et ses animés, j'en ai dévoré des centaines de milliers je crois, et j'ai commencé à comprendre le japonais, j'ai naturellement cherché à m'améliorer.
J'ai acheté des livres, j'ai essayé des tonnes d'applications et quand Kit, mon fils, a eu l'âge d'aller à l'école, j'ai passé mon bac en candidature libre, puis, j'ai commencé des études à la fac de langues, j'avais alors 18 ans, je n'étais pas plus âgée que les autres étudiants, mais j'avais raté mes “années collège”, j'étais loin de leurs états d'esprit, trop mature et sérieuse pour eux, quand je m'en suis rendue compte, je me suis lâchée… fiesta sur fiesta, soirée arrosée et vie d'étudiante. Mais ma mère m'a vite calmé en me rappelant ma condition de mère.
Je me suis faite un premier tatouage, un ange cyborg au milieu du ventre avec les ailes sur les côtes, représentant mon fils. Quelques années plus tard, une guerrière orc qui s'arrache une flèche de la poitrine sur fond de guerre sur la moitié du dos.
Malgré mon immersion dans la vie d'étudiante, je n'ai pas réussi à me mêler aux autres. Comme une impression de ne pas être à ma place.
J'y ai quand même rencontré mon meilleur ami, un coréen, qui suivait les mêmes cours d'anglais-japonais, nous nous sommes liés d'amitié, car nous étions à part, tous les deux, nous parlions anglais ou japonais, ce n'était pas simple, mais ça a renforcé notre amitié, il m'a appris le coréen, je lui ai appris le français, nous avons fini par travailler ensemble, dans la même boîte de jeux vidéos.
Ma vie amoureuse est restée en stand-by, être père à 20 ans n'intéresse pas beaucoup de jeunes hommes, ça les fait même carrément fuir, pour une nuit ou deux ça va mais quand ils se rendent compte de la charge que c'est, ils prennent leurs jambes à leur cou. Depuis je me suis habituée à faire sans amoureux. Passionnée par mon travail et soutenue par mon meilleur ami Yuri, je n'ai besoin de rien d'autre.
Quand mon fils a grandi, nous avons commencé nos voyages. Au Japon d'abord, puis Yuri nous a invité en Corée du Sud, par la suite nous avons visité plusieurs pays asiatiques, mais le Japon reste mon premier amour. La seconde fois où nous y sommes allés, j'en ai profité pour me faire un autre tatouage, au marteau traditionnel : deux magnifiques carpes koï, une blanche et rouge, l'autre noir et bleu, sur la hanche et la cuisse. Kit étant un garçon sérieux dans ses études, nous avons ralenti nos expéditions.
Cette tranquillité a duré presque 10 ans. La société de jeux vidéo pour laquelle je travaille, vient de se faire racheter par une grosse boîte américaine, ils m'ont gentiment expliqué qu'ils n'avaient pas besoin de moi, mais m'ont quand même proposé d'envoyer mon curriculum vitæ dans une société d'interprètes de leur connaissance. N'ayant pas d'autres choix, je me suis empressée d'imprimer un CV, ainsi qu'une lettre de motivation.
Donc pour en revenir à mon avion. Un mois après le rachat de mon ancienne boîte, j'ai été contactée par une société de faiseurs “d’idols” coréen, j'ai été très surprise, en premier lieu, j'ai reçu un mail dans un anglais très approximatif, me demandant s'il était possible de prévoir un entretien téléphonique pour discuter d'une future collaboration.
Un soir, j'ai donc reçu l'appel d'un certain Lee Jeon-young, manager du groupe les “Golden Bullets”, l'appel le plus étrange de toute ma vie.
Dans un anglais à trancher au couteau, il m'a d'abord demandé si on pouvait parler coréen, je lui ai assuré que oui.
Il m'a demandé de confirmer tout ce que j'avais écrit dans mon CV et demander d'approfondir certains points de ma lettre de motivation, je lui ai expliqué ma situation, sans trop savoir ce qu'il attendait de moi, je lui en ai fait part.
:” Je vous dis beaucoup de chose sur moi, mais je ne sais pas ce que vous attendez de moi.”
En s'excusant et en rigolant il m'explique qu'il cherche un interprète pour un de leurs boys band, qui reçoit un succès fou auprès des Japonaises et des Françaises. Ils ont l'intention de partir en tournée pour ces deux pays. Parlant les deux langues (en plus du coréen, merci Yuri) mon rôle sera de les suivre dans tous leurs déplacements, interviews, concerts etc… Étant disponible pour l'année à venir nous étions fait pour collaborer.
Je n'en croyais pas mes oreilles… Est-ce que j'étais en train de rêver ? Le job de rêve qui sonne à ma porte !
En quinze jours, après plusieurs mails, tous les papiers en règle, je suis en route pour Séoul, pour un contrat d'un an. Je laisse mon appartement au soin de mon ex, car Yuri est déjà parti pour les USA (il fait partie des développeurs) et “Paradise entertainment” prend en charge mon loyer.
Je n'y connais pas grand chose à la k-pop, mais à ce que m'en a dit Yuri (qui soit dit en passant, a fait la grimace quand je lui ai appris la nouvelle) la k-pop c'est un monde à part, à ce que j'ai compris ça les arrange que je sois étrangère, obligée de vivre avec eux, dans leur dortoir. Ils vivent tous ensemble la plupart du temps, il m'a expliqué que je ne serai pas qu'interprète, je serai sûrement aussi cameraman (car ils communiquent beaucoup par les réseaux sociaux) ,baby-sitter, cuisinière, femme de ménage… (Mr Lee jeon-young s'est bien gardé de m'en parler.)
Le fait que je sois mère de famille a dû le motiver pour gérer une bande de garçons, sans savoir que mon fils est plus mature que moi, mais ça ce n'était pas précisé dans mon CV.
Malgré le sale tableau que m'en a fait Yuri et l'air perplexe de mon fils (que j'ai tenu au courant bien sûr), je ne me suis pas dégonflée.
Dans l'avion, je suis tellement excitée et nerveuse que je n'arrive pas à jouer correctement à mon jeu préféré sur mon téléphone, ni à suivre les films proposés, au milieu du troisième je remonte la capuche de mon sweat et mets ma playlist à fond dans mes oreilles.
Je sors les pages du contrat que j'ai reçu par mail pour les relire, même si j'ai appris à lire le coréen cela reste du charabia pour moi, je remarque que l'adresse de l'hébergement est la même que celle d'enregistrements et d'entraînements, je relis les noms des membres.
Mais comment n'y ai-je pas pensé avant ? Yuri m'a dit que la communauté kpop communique beaucoup, je dois pouvoir trouver des vidéos sur YouTube. Curieuse, je lance une recherche, il y a peu de vidéos sur le groupe que je vais suivre. Je pensais que je devrais faire l'interprète pour un groupe de jeunes, mais les membres ont entre 21 et 26 ans, cela fait 4 ans qu'ils ont débuté, mais ce n'est que maintenant qu'ils décollent, je me demande pourquoi.
Je trouve quelques renseignements sur le profil de chaque membre.
Kim Jin-pyo, nationalité Coréenne, né le 5 mai (26 ans). Leader, chanteur secondaire, chorégraphe, parolier. Surnom K-pyo, Pyu-pyu, papa. (et là, le mot “papa” est écrit en français.)
Wang-tse Ken, nationalité Chinoise, né le 18 juin (26 ans). Chanteur secondaire, danseur secondaire, visuel. Surnom Ken-ken, Mr muscle.
Kang Seewon, nationalité Coréenne, né le 30 septembre (25 ans), danseur secondaire, arrangement musical, parolier. Surnom Winnie, sleepy.
Park Minhyuk, nationalité Coréenne, né le 12 mai (24 ans), danseur centre, chanteur, visuel. Pas de surnom.
Choi Sang-ok, nationalité Coréenne, né le 3 décembre (23 ans), chanteur, danseur, rappeur principal, parolier. Surnom Happy, Sangoku, goku.
Kim Hyun-su, nationalité Coréenne, né le 22 janvier (22 ans), danseur, rappeur secondaire, parolier. Surnom H.S.
Yoon Chul-hei, nationalité Coréenne, né le 3 septembre (21 ans), danseur, chanteur principal, parolier. Maknae. Surnom Hey-hey, Chuu.
Il y a quelques vidéos d'entraînement et trois clips, mais pas plus.
Je me rabat donc sur d'autres groupes, après quelques vidéos je suis convaincu par ce que m'a dit Yuri, effectivement la k-pop c'est un monde à part, mais ils sont tellement drôles, beaux et bons danseurs.
Je ne suis pas fan de leur musique mais les personnages me plaisent, moi-même je change souvent de coupe et couleur de cheveux. Je me retrouve dans leur jeux idiots et humour à part, ils sont sportifs et ça me plaît. Prenant facilement du poids (il faut aussi dire que j'aime aussi la junk food et manger en général) je mets un point d'honneur à faire des exercices tous les jours de la semaine et j'adore le sport.
Je fais de la boxe thaï avec Yuri, et de la natation, avec Lin ma collègue chinoise.
La voix des hôtesses nous demandant d'accrocher nos ceintures me réveille.








