Chapitre 1 : La cage dorée & la ruelle

Les hurlements de milliers de fans résonnaient encore dans les oreilles de Ji-hoo, comme un acouphène permanent. Sur la scène de l’Olympic Main Stadium de Séoul, sous les projecteurs qui lui brûlaient la rétine, il venait de terminer son rappel. Il avait souri, dansé avec une précision surhumaine, et envoyé des cœurs avec ses doigts. Le public l’aimait à la folie. Un amour magnétique, presque anormal, qui semblait flotter dans l’air comme une brume invisible.
Pourtant, une fois de retour dans sa loge isolée, Ji-hoo s’effondra sur son canapé, la tête entre les mains.
À l’intérieur, c’était le vide absolu. Aucun souvenir avant ses dix ans. Rien qu’une immense cicatrice invisible et l’impression d’avoir troqué son âme contre cette gloire étouffante. Sa vie n’était qu’une prison de verre gérée par son agence.
À deux heures du matin, incapable de dormir et étouffé par les murs de son appartement de fonction, Ji-hoo décida de transgresser les règles. Il enfila un sweat-shirt noir oversize, remonta sa capuche et ajusta un masque sanitaire noir sur son visage. Il se glissa hors de la résidence par la sortie de secours pour aller courir.
C’était son seul moment de liberté, là où il n’était plus une idole, juste un fantôme dans la nuit de Séoul.
Il courait depuis une trentaine de minutes, le cœur battant au rythme de ses foulées, lorsqu’il bifurqua dans une ruelle sombre du quartier de Mapo. Soudain, un cri aigu déchira le silence de la nuit.
Ji-hoo s’arrêta net. À une vingtaine de mètres, dans la pénombre d’une impasse, une jeune femme était acculée contre un mur de briques. Face à elle, trois silhouettes d’hommes avançaient. Mais quelque chose ne tournait pas rond. Leurs mouvements étaient saccadés, presque mécaniques, et une lueur violette, surnaturelle, flottait au fond de leurs yeux.
— Laissez-moi tranquille ! hurla la jeune femme en brandissant son sac à main pour se défendre.
L’un des agresseurs l’attrapa violemment par le poignet. Sans réfléchir, guidé par un instinct plus vieux que ses propres souvenirs, Ji-hoo s’élança.
La distance qui le séparait du groupe aurait dû lui prendre plusieurs secondes à franchir. Pourtant, lorsqu’il prit son impulsion, le temps sembla se dilater. En un éclair de seconde, Ji-hoo se retrouva devant l’agresseur. Sa vitesse était inhumaine. D’un geste sec, il projeta l’homme contre les conteneurs d’ordures avec une force qui fit trembler le métal.
Les deux autres complices se jetèrent sur lui. Ji-hoo esquiva leurs coups avec une fluidité parfaite, ses sens aiguisés par une adrénaline magique qu’il ne comprenait pas lui-même. Il asséna un coup de pied circulaire qui envoya le deuxième homme au sol. Le troisième agresseur, voyant ses camarades terrassés par un homme masqué aux capacités terrifiantes, poussa un grognement féroce — un bruit qui n’avait rien d’humain — avant de battre en retraite, entraînant les deux autres dans l’obscurité.Le silence retomba sur la ruelle, seulement troublé par la respiration haletante de Ji-hoo. Il se retourna vers la jeune femme, qui s’était laissée glisser contre le mur, tremblante de peur.
— Est-ce que ça va ? demanda-t-il d’une voix basse, essoufflée.
Il s’accroupit devant elle et tendit une main tremblante. La jeune femme leva les yeux vers lui, cherchant à rassurer son cœur qui battait à tout rompre. Hésitante, elle avança ses doigts et prit la main de son sauveur pour se relever.
Au moment précis où leurs paumes se touchèrent, une étincelle invisible et brûlante traversa leur peau. Ji-hoo ressentit une violente secousse électrique traverser tout son être. En une fraction de seconde, des images instantanées percutèrent son esprit : le rire cristallin d’une petite fille qui résonnait dans un parc, suivi immédiatement d’un autre flash, celui d’une petite main d’enfant serrant fermement la sienne, des années plus tôt.
Ji-hoo retint son souffle, le regard fixé sur elle à travers l’ouverture de sa capuche. Min-ah, de son côté, vacilla. Ce contact venait de déclencher en elle un écho douloureux, une sensation de familiarité perdue au fond de sa mémoire. Elle le regarda, les yeux grands ouverts, bouleversée sans comprendre pourquoi.
— Qui... qui êtes-vous ? murmura-t-elle, la voix nouée par l’émotion.
Pris de panique face à ces sensations inconnues et craignant d’être reconnu par des passants si la police arrivait, Ji-hoo lâcha doucement sa main, recula d’un pas et disparut en courant dans l’obscurité, la laissant seule et intriguée dans la nuit.








