Chapitre 1 — L’Impératrice de l’Astre Argenté
Dans ce monde, le pouvoir ne se gagnait pas toujours avec la force.
Parfois, il se gagnait avec un sourire.
Un sourire capable de cacher une trahison.
Une poignée de main capable de signer une guerre.
Une promesse capable de détruire une vie.
Les familles les plus puissantes n’étaient pas celles qui faisaient le plus de bruit.
C’étaient celles qui savaient attendre.
Observer.
Manipuler.
La famille
Veyrathis faisait partie de ces familles.
Un nom respecté dans les cercles les plus influents.
Un nom que certains admiraient.
Un nom que beaucoup enviaient.
Mais au milieu de cette perfection se trouvait une femme que personne ne parvenait réellement à comprendre.
Aelys Veyrathis.
On racontait beaucoup de choses sur elle.
Certains disaient qu’elle était la plus belle femme de sa génération.
D’autres disaient que son intelligence était une arme plus dangereuse qu’un pistolet.
Son regard froid, ses longs cheveux argentés et son élégance naturelle avaient créé une réputation autour d’elle.
Une réputation qui dépassait même son propre nom.
Dans les murmures de la haute société, elle était connue sous un titre :
L’Impératrice de l’Astre Argenté.
Mais personne ne savait ce qui se cachait derrière cette image parfaite.
Personne ne savait qu’Aelys n’était pas née froide.
Elle l’était devenue.
Dans le manoir Veyrathis, le silence était presque aussi précieux que l’argent.
Aelys était installée près d’une immense fenêtre, observant les jardins.
Tout était magnifique.
Les fleurs parfaitement entretenues.
Les statues anciennes.
Les pièces décorées avec une richesse impossible à ignorer.
Une maison qui ressemblait à un paradis.
Mais pour elle, ce n’était qu’une cage décorée d’or.
Elle entendit des pas derrière elle.
Elle n’eut pas besoin de se retourner.
Elle savait déjà qui venait d’entrer.
— Toujours seule, Aelys ?
La voix de sa sœur résonna dans la pièce.
Isolde Veyrathis.
Une femme élégante, avec un sourire qui semblait toujours cacher quelque chose.
Aelys resta face à la fenêtre.
— La solitude ne m’a jamais dérangée.
Isolde s’approcha lentement.
— Bien sûr. Tu as toujours été différente.
Une personne normale aurait pu croire à un compliment.
Mais Aelys connaissait trop bien sa sœur.
Elle entendait ce que les autres ne disaient pas.
La frustration.
La jalousie.
Le ressentiment.
Elle se retourna enfin.
Son regard argenté rencontra celui d’Isolde.
— Tu avais quelque chose à me dire ?
Pendant quelques secondes, Isolde resta silencieuse.
C’était ce qu’elle détestait chez Aelys.
Elle ne criait jamais.
Elle ne perdait jamais son contrôle.
Elle donnait toujours l’impression d’avoir plusieurs coups d’avance.
— Tu devrais parfois arrêter de croire que tu es au-dessus des autres.
Aelys la fixa calmement.
— Je n’ai jamais dit ça.
Un léger sourire apparut sur ses lèvres.
— Les gens le pensent souvent à ma place.
Cette réponse agaça Isolde.
Parce qu’elle savait qu’elle n’arriverait jamais à atteindre Aelys comme elle le voulait.
Plus tard dans la soirée, Aelys fut appelée dans le bureau de son père.
Cassian Veyrathis.
Le seul homme de cette famille qui n’avait jamais regardé sa fille comme un obstacle.
Lorsqu’elle entra, elle remarqua immédiatement quelque chose.
Son père semblait plus fatigué que d’habitude.
Aelys s’approcha.
— Père.
Cassian leva les yeux vers elle.
Un sourire doux apparut sur son visage.
— Assieds-toi, Aelys.
Elle prit place face à lui.
Un silence lourd s’installa.
Puis son père posa un dossier devant elle.
Elle observa le document.
Puis son père.
Elle comprit immédiatement que ce n’était pas une simple conversation.
— Qu’est-ce que c’est ?
Cassian hésita avant de répondre.
— Une décision que j’ai prise pour protéger ton avenir.
Aelys baissa les yeux vers le dossier.
— Protéger mon avenir… ou choisir à ma place ?
La phrase le toucha.
Parce qu’elle avait raison.
Mais il connaissait ce monde mieux que personne.
Un monde où la beauté attirait les prédateurs.
Où la faiblesse était utilisée contre vous.
— Aelys… il existe un homme que même les personnes les plus puissantes évitent de provoquer.
Elle ouvrit le dossier.
Un nom apparut.
Un nom entouré de rumeurs.
De peur.
De pouvoir.
Alistair Voss.
Le chef de la famille Voss.
Un homme dont le nom suffisait à faire taire une pièce entière.
Cassian prit une inspiration.
— Tu vas l’épouser.
Le silence remplit la pièce.
Mais Aelys ne pleura pas.
Elle ne cria pas.
Elle ne demanda pas pourquoi.
Elle analysa.
Un mariage arrangé.
Une alliance.
Un homme dangereux.
Un nouveau terrain.
Finalement, elle releva les yeux vers son père.
— Très bien.
Cassian sembla surpris.
— Tu acceptes ?
Aelys regarda encore une fois le nom écrit sur le dossier.
Alistair Voss.
Puis elle répondit d’une voix calme :
— Je n’ai jamais dit que j’acceptais.
Un léger sourire apparut sur son visage.
— J’ai simplement dit que j’étais prête à jouer.
Et ce soir-là, sans encore le savoir…
Deux mondes venaient de se rapprocher.
Celui d’une femme qui avait appris à cacher ses émotions.
Et celui d’un homme qui avait appris à ne plus en avoir.
Leur rencontre ne serait pas une histoire d’amour.
Pas au début.
Ce serait une confrontation.
Un jeu de pouvoir.
Une guerre entre deux personnes qui refusaient de perdre.








