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Deux Ombres pour une Étoile

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Résumé

Dystopie romance torride à forte intensité charnelle. Dans un monde où la fertilité s'est effondrée et les femmes sont rares, la monogamie est bannie. L'État organise des trouples où les femmes (destinées à peupler la Terre) ont plusieurs époux qui ont l'obligation légale de les chérir sous peine de prison. ⚠️ Scenes explicites

Genre :
Romance
Auteur :
JCG
Statut :
En cours
Chapitres :
8
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapitre 0-Les Graines du Devoir

Dans la maison des Vance, le parfum du pain chaud se mêlait toujours à l'odeur entêtante de la lavande que leur mère, Évelyne, faisait brûler pour purifier l'air. C’était un foyer étrangement bruyant pour cette époque de silence, une exception qui faisait la fierté absolue de la famille. Sur les six enfants qui couraient dans les couloirs, trois étaient des filles. Dans un monde agonisant, posséder trois matrices potentielles sous un même toit tenait du miracle. C’était une richesse que leur mère affichait comme une médaille d'honneur.

Hélène, l’aînée, observait souvent son père depuis le haut de l'escalier. C’était un homme doux, mais dont le regard portait une mélancolie constante. Il aimait Évelyne d'un amour total, exclusif, mais il savait que leurs filles ne connaîtraient jamais cette chance. Elles appartiendraient à la communauté. Au collectif.

Chaque soir, après le souper, Évelyne brossait les longs cheveux d'Hélène avec une ferveur presque religieuse.

— Tu es notre plus grand trésor, ma chérie, lui murmurait-elle à l'oreille, ses mains lissant les boucles naissantes de sa fille de dix ans. Regarde ton corps, il se prépare. Ta peau est douce, ta lignée est pure. Un jour, l'Office te choisira des hommes forts, des protecteurs. Ta mission sera la plus sacrée de toutes : redonner la vie à ce monde. Tu seras chérie, honorée comme une reine. C’est ton devoir de femme, et tu t'y donneras tout entière, n'est-ce pas ?

— Oui, Maman, répondait sagement Hélène, bercée par le rythme de la brosse.

Elle grandissait dans cette certitude. On lui apprenait à être douce, à anticiper les désirs, à modeler son caractère pour devenir l’ancre apaisante d'une future cellule conjugale. Sa mère lui expliquait les règles de la séduction utile, l'art d'éveiller le désir des hommes pour assurer la descendance, décrivant la couche nuptiale non pas comme un péché, mais comme l'autel du renouveau humain.

Mais le soir, quand la maison s'endormait enfin et que les patrouilles gouvernementales passaient dans la rue, une autre voix venait troubler ces certitudes.

Hélène se glissait alors en douce dans la petite chambre du fond, celle de sa grand-mère, Rose. La vieille femme l’attendait souvent assise près de la fenêtre, observant les étoiles. Rose n'avait pas la ferveur d'Évelyne. Ses yeux à elle brillaient d'une lueur sauvage, nostalgique.

— Approche, ma petite fleur, chuchotait Rose en soulevant sa couverture en laine pour y abriter sa petite-fille.

Sous l'oreiller, Rose cachait parfois un vieux magazine aux pages jaunies, rescapé des purges culturelles. Elle y montrait à Hélène des photos d'un autre temps : des plages bondées, des couples marchant main dans la main dans les rues, des sourires insouciants.

— Ta mère te parle de devoir, Hélène... mais le monde d'avant ne fonctionnait pas comme ça, murmurait la grand-mère, la voix tremblante d'émotion. À mon époque, on ne partageait pas. Quand on aimait, on choisissait un seul homme. Un homme qui n'avait d'yeux que pour toi. On l'appelait un petit ami, puis un mari. On découvrait le plaisir ensemble, par choix, par passion, pas pour remplir des statistiques ou obéir à un algorithme. Le frisson d'un premier baiser secret, Hélène... c'est cela qui faisait battre nos cœurs, pas la survie de l'espèce.

— Un seul homme ? demandait Hélène, les yeux écarquillés, fascinée et presque effrayée par cette idée subversive. Mais... comment la jalousie ne détruisait-elle pas tout ?

Rose souriait doucement, caressant la joue de la fillette.

— La jalousie existait, oui. Mais l'amour exclusif rendait l'intimité magique. Promets-moi une chose, ma petite. Quoi que l'État décide pour toi, n'oublie jamais que ton corps t'appartient. Le plaisir n'est pas qu'une formule mathématique. Cherche le frisson, même là où on t'impose d'aller.

Ces conversations secrètes agissaient comme un poison délicieux dans l'esprit d'Hélène. Élevée pour être soumise et offerte au renouveau de la Terre, elle gardait enfouie, tout au fond de son être, cette étincelle interdite : le désir brûlant de découvrir ce que transmettaient les yeux de sa grand-mère. Ce frisson unique, cette sensualité mystérieuse qui n'appartenait qu'à elle.

L’École des Matrones et les premiers frissons

À l’âge de douze ans, Hélène quitta le système scolaire classique pour intégrer l’Institut National de Préparation Conjugale, familièrement appelé « l’École des Matrones ». Pour sa mère, ce fut un jour de fête ; elle lui offrit une brosse en os gravée. Pour son père, ce fut un jour de deuil silencieux.

L’Institut était un bâtiment de béton blanc, austère, où l'air sentait le désinfectant et l'encaustique. Ici, le gouvernement ne formait pas des citoyennes, mais l'élite reproductive de la nation. Les cours de mathématiques ou d'histoire étaient réduits au strict minimum, remplacés par une éducation intensive de la chair et de l'esprit.

Le matin, les jeunes filles suivaient les cours de Dynamique Conjugale. Derrière ce terme pompeux se cachait l'art d'éviter les conflits au sein d'un trouple ou d'un quadruple. On leur apprenait à répartir leur attention, à ne jamais montrer de préférence pour ne pas briser la paix sociale entre les co-époux. Mais l'après-midi était réservé aux cours d'Anatomie et de Complaisance.

Dans des amphithéâtres tamisés, des instructrices d’un certain âge, froides et techniques, projetaient des schémas holographiques des corps masculins et féminins. Hélène se rappelait la rougeur qui lui montait aux joues lors des premières leçons sur les zones érogènes et les techniques de stimulation. L'État ne laissait rien au hasard : le plaisir de la femme était enseigné comme un outil scientifique, une clé biologique indispensable pour détendre l’utérus et maximiser les chances de fécondation.

— Le plaisir n'est pas une distraction, répétait l'instructrice en chef d'une voix monocorde, sa baguette pointée sur un hologramme de bassin. C'est un lubrifiant social et biologique. Vous devez apprendre à le donner, et à le recevoir, pour le bien de l'État.

C’est dans ces dortoirs austères qu’Hélène se lia d’amitié avec Clara, une fille aux cheveux courts et au rire trop fort pour les couloirs de l'Institut. Clara n'avait pas la docilité d'Hélène. Elle était fascinée par l'interdit.

— C’est d'un ennui mortel, chuchotait Clara un soir, allongée sur le lit d'Hélène, alors que le couvre-feu venait de sonner. Ils nous apprennent à être des machines. Des incubateurs perfectionnés. Tu t'imagines vraiment faire ça sur commande, Hélène ? Avec trois types que tu n'as jamais vus ?

— C'est notre devoir, Clara... murmura Hélène, même si les paroles de sa grand-mère Rose résonnaient dans sa tête.

— Tu es trop sage, Hélène, rit Clara en sortant un petit flacon de sa poche. Regarde ce que j'ai piqué à l'infirmerie. De l'huile de massage stimulante. Les matrones l'utilisent pour les démonstrations du bloc d'obstétrique.

Cette nuit-là, verrouillées dans les cabines de douche communes, Clara et deux autres filles initièrent Hélène à des bêtises que l'Institut aurait punies de longs mois d'isolement. Elles s'appliquaient l'huile sur les bras, sur le cou, découvrant la chaleur diffuse du produit, frissonnant au moindre bruit de pas dans le couloir. Clara, audacieuse, poussa le jeu jusqu'à caresser la cuisse d'Hélène pour « tester » l'effet de l'huile. Un frisson électrique, totalement différent de la froideur des manuels, traversa Hélène. C’était une sensualité brute, interdite, partagée dans le secret et l'urgence.

Quelques mois plus tard, Clara fut surprise dans les jardins de l'Institut avec un jeune garde conscrit. Ils ne faisaient que s'embrasser, mais la sentence fut immédiate : Clara fut déclarée « psychologiquement instable pour l'harmonie conjugale » et envoyée dans les fermes de travail du Nord. Hélène ne la revit jamais. Ce fut sa première leçon : le système ne tolérait aucune sortie de route.

Le béguin brisé

C’est à quinze ans qu’Hélène comprit réellement la cruauté de l’ancien monde dont parlait sa grand-mère, et le prix de l'exclusivité.

Chaque mois, les élèves de l’Institut croisaient les jeunes hommes des Écoles Techniques lors des « Banquets d’Harmonisation », des bals ultra-surveillés où les jeunes gens apprenaient à interagir. C’est là qu’elle remarqua Gabriel.

Gabriel n'avait pas la carrure massive des futurs ouvriers ou des soldats. Il avait des mains fines, des yeux sombres et profonds, et un sourire timide qui fit rater un battement au cœur d'Hélène dès leur premier regard. Contrairement aux autres garçons qui tentaient maladroitement d’appliquer les techniques de séduction apprises à l’école, Gabriel lui parla de poésie. Il avait lui aussi une grand-mère qui avait gardé des livres.

Pendant trois mois, à chaque banquet, ils réussirent à s'isoler derrière les grands rideaux de velours de la salle de réception. Un soir, profitant d’un angle mort des caméras de surveillance, Gabriel prit la main d'Hélène. Sa paume était chaude, légèrement moite de nervosité.

— Tu es si belle, Hélène, murmura-custom dans un souffle. Je... j'ai déposé une demande de dérogation à l'Office. J'ai demandé à ce qu'on m'attribue ton dossier. Je ne veux pas d'une cellule Familiale. Je ne veux que toi.

Le cœur d’Hélène s’emballa. Les mots de la grand-mère Rose prirent soudain tout leur sens. L'exclusivité. L'amour unique. Être la seule pour un homme. Elle ferma les yeux et laissa Gabriel poser ses lèvres sur les siennes. Ce premier baiser fut une décharge de douceur et de passion, un goût sucré et interdit qui lui fit monter les larmes aux yeux.

Mais l'Office Central des Unions ne faisait pas de sentiments. L'algorithme n'avait que faire de la poésie.

Deux semaines plus tard, lors du rassemblement du matin, la directrice de l'Institut lut les nouvelles affectations des élèves ingénieurs. Le nom de Gabriel fut prononcé. En raison de ses excellents gènes, il était assigné à une cellule conjugale prioritaire dans la capitale, aux côtés de deux autres hommes, pour épouser une fille de la haute fonction publique.

Hélène ne put même pas lui dire au revoir. Elle aperçut Gabriel une dernière fois à travers la grille de la cour, alors qu'il montait dans un bus gouvernemental. Il avait l'air brisé, les yeux cernés. Le système venait de tuer leur amour dans l'œuf, broyé par la froide nécessité des statistiques.

Ce soir-là, Hélène pleura toutes les larmes de son corps dans les bras de sa grand-mère Rose.

— C’est ça, le monde d'aujourd'hui, ma petite fleur, chuchota la vieille femme en lui caressant les cheveux. Ils vous prennent tout. Même vos cœurs. Mais souviens-toi... ce qu'ils ne peuvent pas contrôler, c'est ce que tu ressens là, au fond de toi. Garde cette capacité d'aimer et de vibrer. Ne deviens pas une machine.

Le jour de l’échéance

Les mois passèrent, transformant la douleur d'Hélène en une résignation mûre. Elle se plongea dans ses études, devenant l'élève la plus brillante, la plus docile en apparence. Sa mère rayonnait lors des visites mensuelles, s'extasiant devant les courbes de sa fille qui s'affinaient, devenant celles d'une femme prête pour sa mission.

Et puis, le jour de ses seize ans arriva. L'âge de la maturité civique.

Ce matin-là, sa mère lui tendit la robe en coton beige réglementaire, repassée avec un soin maniaque. Son père refusa de la regarder dans les yeux, se contentant de lui serrer brièvement les doigts, une poignée de main qui tremblait de rage impuissante. Sa grand-mère Rose, trop faible pour se lever, lui glissa un dernier regard complice depuis son lit, un regard qui disait : Sois forte, cherche le frisson.

Hélène monta seule dans le tramway qui menait au centre de la ville. Le ciel était gris, bas, lourd de promesses de pluie. Elle marcha jusqu'au monumental bâtiment de verre et d'acier qui écrasait la place publique.

Elle passa les portiques de sécurité, laissa les scanners biométriques analyser son iris et son sang une ultime fois, puis on la dirigea vers l'étage supérieur.

C'est ainsi qu'elle se retrouva assise sur cette chaise en polymère gris, lissant nerveusement les plis de sa robe beige, le cœur au bord des lèvres, écoutant le bourdonnement de la climatisation en attendant que la voix synthétique ne prononce son matricule. Le silence de la salle d’attente du Ministère de la Transition Démographique était si dense qu’Hélène pouvait entendre les battements précipités de son propre cœur...

« Numéro 847, Hélène Vance. Veuillez entrer. »

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