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l'Erreur Divine

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Résumé

Il n'a jamais rien fait comme tout le monde. Même mourir. Un café, une chaise à roulettes, une photocopieuse et un défibrillateur, et c'est fini. Au paradis, on ne l'appelle même plus une âme : on l'appelle un cas d'école. Sa malchance légendaire finit par choisir sa prochaine vie à sa place. Résultat : un bug cosmique, et Éliott atterrit en pleine salle du trône d'un royaume de démons, avant d'éternuer sur un rituel d'union sacré vieux de huit décennies. Il n'a rien demandé. Il n'a rien compris. Et il n'a certainement pas prévu d'y trouver l'amour, encore moins là où il l'attendait le moins.

Genre :
Humor/Lgbtq
Auteur :
Genaydre
Statut :
Terminé
Chapitres :
25
Rating
5.0 1 avis
Classification par âge :
18+

Chapitre 1


Je m’appelle Éliott.

Oui, encore. Apparemment, même mon prénom n’a jamais réussi à se renouveler.

Je ne suis pas malheureux. Je ne suis pas heureux non plus. Je suis… statistiquement improbable.

Si la vie était un grand jeu de société, je serais ce joueur qui ne tire jamais les bonnes cartes, mais qui tombe toujours sur les cases les plus absurdes. Pas “perte de tout ton argent”, non. Plutôt “tu perds un tour parce qu’un pigeon a décidé que ton épaule était un concept intéressant”.

Et ça, c’est toute ma vie.


Physiquement, je suis le genre de type qui inspire confiance… jusqu’à ce qu’il parle. Taille moyenne, visage expressif malgré moi, cheveux qui refusent obstinément de rester en place. Comme s’ils avaient compris que lutter était inutile, alors autant se rebeller avec style.

On m’a déjà dit que j’avais “une tête sympathique”. On m’a aussi dit que j’avais “une tête à qui il arrive des trucs”.

C’est vrai.

Je suis un aimant à situations ridicules. Pas dangereuses. Pas spectaculaires. Ridicules.


Quand j’étais enfant, je me suis déjà retrouvé coincé dans un toboggan. Pas parce que j’étais trop gros. Parce que j’avais voulu aider un autre enfant à descendre en même temps.

Résultat : deux enfants bloqués, un animateur paniqué, et moi qui m’excusais pendant que les pompiers arrivaient.

À douze ans, j’ai perdu une dent en éternuant trop fort. Le dentiste n’avait jamais vu ça. Il a ri. Beaucoup.

À seize ans, lors d’un exposé oral, j’ai déclenché l’alarme incendie en branchant un rétroprojecteur. Il n’y avait pas de feu. Mais toute l’école a évacué. Et moi, j’avais encore ma feuille à la main.


Avec le recul, c’est drôle.

Sur le moment, beaucoup moins.


Ma vie d’adulte n’a fait que confirmer cette tendance inquiétante à vivre des scènes secondaires.

Je travaille dans une entreprise de services numériques. Un de ces endroits où personne ne sait vraiment ce qu’il fait, mais où tout le monde fait semblant avec un sérieux admirable.

Officiellement, je suis “chargé de support client niveau 2”. Concrètement, je suis celui à qui on transfère les problèmes quand plus personne ne veut s’en occuper.

Mon bureau est toujours celui qui grince. Ma chaise fait un bruit de pet discret quand je m’assieds. Et mon ordinateur redémarre sans prévenir, mais uniquement quand je suis en train de dire quelque chose d’intelligent.

Une fois, en pleine réunion, mon micro est resté allumé pendant que je murmurais : — Non mais c’est n’importe quoi…

Le silence qui a suivi était d’une pureté presque artistique.


Je ne suis pas mauvais dans mon boulot. Je suis juste… le type à qui il arrive des choses.

Comme le jour où j’ai voulu être gentil et apporter des croissants au bureau. J’ai trébuché à l’entrée. Les croissants ont volé. L’un d’eux a atterri directement dans le sac de la directrice.

Elle m’a regardé. J’ai regardé le croissant.

— …Petit déjeuner collaboratif ? ai-je tenté.

Elle a soupiré. Mais elle a mangé le croissant.

Victoire morale.


Ma relation avec les transports en commun mérite un chapitre à elle seule.

Je me suis déjà assis sur :

de la peinture fraîche (pantalon blanc),

un chewing-gum industriellement collant,

un chat en laisse (le chat m’en veut encore),

et une fois… sur un inconnu.

Oui. Un inconnu.

Il était assis par terre. Je ne l’avais pas vu. Il ne m’en veut pas. Nous avons partagé un moment d’incompréhension très intense.


Côté relations sociales, je suis apprécié. Pas admiré. Apprécié.

Je suis le gars qu’on aime bien avoir dans une soirée parce que :

je fais rire sans le vouloir,

je détourne l’attention quand quelque chose se passe mal,

et il y a toujours une chance non négligeable que je renverse un verre sur moi-même.

On ne s’ennuie jamais avec moi. On ne me choisit juste jamais en premier.


L’amour, parlons-en.

Je tombe amoureux comme on glisse sur une flaque : sans prévenir, avec beaucoup de dignité perdue, et un temps de récupération variable.

Je suis sorti avec :

une fille allergique aux chats alors que j’en avais deux,

une autre qui m’a quitté pour devenir nonne (je ne plaisante pas),

et une qui m’a dit :

“Tu es parfait, mais j’ai l’impression que ta vie est un sketch permanent.”

Je n’ai jamais su si c’était un compliment.


Je vis dans un petit appartement. Trop petit pour accueillir des projets, mais parfait pour les regrets. Le sol grince. Le frigo fait un bruit inquiétant. Et la porte d’entrée se ferme uniquement si on lui parle gentiment.

Je lui dis bonjour. Je ne prends aucun risque.


Ce qui est étrange, c’est que malgré tout ça… je ris.

Souvent.

Parce que quand on y pense, c’est presque beau, cette constance dans l’absurde. D’autres collectionnent les succès, moi je collectionne les anecdotes.

Je suis le type qui, lors d’un mariage, a attrapé le bouquet… et s’est pris le lustre sur la tête dans le même mouvement.

Je suis celui qui a réussi à déclencher un détecteur de fumée en faisant des pâtes.

Je suis celui qui a déjà été applaudi par tout un bus après être tombé sans se faire mal.


Et parfois, le soir, quand je repense à ma journée, je me dis :

Bon. Ce n’était pas glorieux. Mais c’était… mémorable.

Il y a des gens qui traversent la vie sans laisser de trace. Moi, je laisse des traces. Souvent embarrassantes. Parfois collantes.

Mais réelles.

Je pourrais croire que je m’habitue, à force. Mais non.

Chaque journée trouve toujours un moyen nouveau de me surprendre, comme si la réalité se réveillait le matin en se disant : « Bon… aujourd’hui, on va tester un truc avec Éliott. »

Prenons un mardi au hasard.

Je me lève en retard, évidemment. Pas énormément — juste assez pour créer un stress inutile mais tenace. Je me prépare en vitesse, enfile deux chaussettes différentes sans m’en rendre compte, et je quitte mon appartement en oubliant quelque chose d’essentiel.

Quoi ? Je ne sais pas encore.

Je le découvrirai plus tard, dans un moment public et humiliant.


Dans la rue, je croise mon voisin du dessous. Un type très sérieux, très droit, qui me salue toujours comme s’il validait un rapport officiel.

— Bonjour, dit-il.

— Bonjour, dis-je.

Je trébuche sur le paillasson.

Rien de grave. Juste un déséquilibre élégant. Il me regarde, silencieux.

— …Bonne journée, ajoute-t-il.

Je pense qu’il me plaint. Ou qu’il me respecte. Les deux sont possibles.


Dans le métro, je trouve une place assise.

C’est suffisamment rare pour que je m’en méfie.

Je m’assois quand même. La banquette est légèrement humide. Je fais le choix conscient de ne pas enquêter davantage. Parfois, ignorer la vérité est un acte de survie.

En face de moi, une dame me fixe. Intensément. Comme si elle essayait de résoudre une énigme.

— Vous avez quelque chose sur le visage, dit-elle enfin.

Je passe la main sur ma joue. Rien.

— Non… plus bas.

Je touche mon menton. Toujours rien.

— Non… encore plus bas.

Je baisse les yeux.

Un autocollant. Un énorme autocollant “PROMO -30 %”.

Collé sur mon pull.

Je n’ai aucune idée de comment il est arrivé là. Peut-être le supermarché. Peut-être une forme de marquage urbain. Peut-être un message.

Je le retire.

— Merci, dis-je.

— De rien. Ça vous allait bien, ajoute-t-elle.

Je ne sais pas comment interpréter ça.


Au travail, la matinée commence fort.

Je renverse mon café. Pas sur mon clavier — progrès notable — mais sur une pile de documents importants. Les feuilles s’imbibent lentement, comme si elles savouraient le moment.

— Encore ? soupire Sophie.

— C’est ma marque personnelle, dis-je.

Elle rit. Je suis rassuré. Au moins, je sers à quelque chose.


Vers dix heures, on me confie une mission simple : aller chercher un colis à l’accueil.

Simple, c’est un mot dangereux.

À l’accueil, la personne me tend une énorme boîte.

— C’est pour votre service.

Je regarde la boîte. Puis moi. Puis la boîte.

— Vous êtes sûr que c’est pour nous ? demandé-je.

— C’est écrit “Éliott”, répond-elle.

Je n’insiste pas.

Je transporte la boîte dans l’open space sous les regards curieux. Elle est lourde. Très lourde. Beaucoup trop lourde pour contenir ce que nous commandons habituellement.

Je la pose sur une table. On l’ouvre.

Un barbecue.

Un barbecue entier.

Personne ne sait pourquoi. Personne ne sait comment. Mais il est là.

— Tu comptes faire des grillades ? demande Marc.

— Seulement si le logiciel plante, dis-je.

Le barbecue reste dans un coin pendant trois semaines avant de disparaître aussi mystérieusement qu’il est arrivé.


À midi, je vais déjeuner avec deux collègues. On décide de changer de restaurant.

Mauvaise idée.

Le serveur me renverse de l’eau dessus en arrivant.

— Oh pardon !

— Aucun problème, dis-je, trempé jusqu’à la poitrine.

Le plat arrive. Ce n’est pas ce que j’ai commandé.

— Désolé, erreur de table, dit le serveur en repartant avec mon assiette.

Il ne revient jamais.

Je mange des frites dans l’assiette de quelqu’un d’autre, en silence.


L’après-midi, je fais une présentation.

J’ai répété. Je suis prêt. Je me lance.

À la troisième phrase, le projecteur affiche… mes photos de vacances.

Personne ne sait pourquoi.

Il y a moi, en short, tenant une glace trop grosse pour mes ambitions.

Silence absolu.

— …Alors, euh, dis-je, ça, c’était un test de… transparence.

Applaudissements polis.

Je termine la présentation sans support visuel. Je mime les graphiques. Apparemment, ça passe.



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author

c

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