la fille qui frappe fort
Mon cœur prend des coups
Chapitre 1 — La fille qui frappe trop fort
Noah avait une théorie.
Les mauvaises journées ne commençaient jamais par quelque chose de vraiment mauvais.
Elles commençaient toujours par un petit détail.
Un réveil qui ne sonnait pas.
Un lacet défait.
Un bus qui partait juste devant vous.
Ou, dans son cas, un message de sa mère envoyé à 7 h 12 du matin :
« N’oublie pas de passer prendre du pain en rentrant. ❤️ »
Noah fixa l’écran de son téléphone.
Il soupira.
Puis regarda l’heure.
7 h 43.
— Merde.
Il attrapa son sac et sortit de chez lui.
1. Un garçon beaucoup trop sensible
Noah courait dans la rue.
Son sac rebondissait contre son dos.
Il avait encore trois minutes pour atteindre son lycée.
Enfin…
Trois minutes selon sa montre.
Selon son corps, il était déjà mort.
Il traversa la rue en courant et aperçut son bus.
À vingt mètres.
Le bus démarra.
Noah ralentit.
— Non…
Le bus continua.
— Non, non, non.
Il accéléra.
— ATTENDEZ !
Le chauffeur ne l’entendit évidemment pas.
Le bus disparut au coin de la rue.
Noah s’arrêta.
Essoufflé.
Il resta quelques secondes à regarder la route vide.
Puis il baissa les yeux.
— Tu sais quoi ?
Un homme qui promenait son chien le regarda.
Noah continua :
— Je pense que cette journée pourrait encore être sauvée.
Le chien le fixa.
Noah hocha la tête.
— Merci. J’avais besoin d’entendre ça.
Le propriétaire du chien le regarda bizarrement et continua son chemin.
Noah soupira.
Voilà.
C’était exactement son problème.
Il parlait parfois à des animaux.
Mais ce n’était pas parce qu’il était bizarre.
Enfin…
Pas uniquement.
Noah était simplement quelqu’un qui ressentait beaucoup de choses.
Trop, selon Lucas.
Son meilleur ami disait souvent qu’il était incapable de regarder un film triste sans avoir les yeux rouges.
C’était faux.
Noah pouvait parfaitement regarder un film triste sans pleurer.
Il avait seulement besoin de connaître la fin avant.
Et de savoir si le chien allait mourir.
2. La rencontre
Après les cours, Noah n’avait aucune envie de rentrer directement chez lui.
Il prit donc un détour.
Derrière le lycée se trouvait un petit parc qu’il traversait parfois.
L’endroit était presque vide à cette heure.
Le soleil descendait lentement derrière les immeubles.
Noah mit ses écouteurs.
Puis il entendit un bruit.
PAF !
Il s’arrêta.
Il retira un écouteur.
PAF !
Noah fronça les sourcils.
Quelqu’un frappait quelque chose.
Il suivit le bruit.
Et la vit.
Une fille se tenait au milieu d’une petite zone d’entraînement.
Cheveux attachés.
T-shirt sombre.
Pantalon de sport.
Pieds nus.
Elle était devant un mannequin d’entraînement.
Et elle frappait.
Poing.
Coude.
Coup de pied.
Rotation.
Elle enchaînait les mouvements avec une précision impressionnante.
Noah resta immobile.
Il ne connaissait pas grand-chose aux arts martiaux.
Mais même lui pouvait comprendre une chose :
Cette fille savait ce qu’elle faisait.
Elle effectua une dernière rotation.
Son pied frappa le mannequin.
PAF !
Le mannequin trembla.
Noah murmura :
— Aïe.
La fille s’immobilisa.
Noah se figea.
Elle tourna lentement la tête.
Leurs regards se croisèrent.
Silence.
Noah aurait pu simplement repartir.
Il aurait dû repartir.
Mais son cerveau choisit cette seconde précise pour fonctionner de la pire manière possible.
Il regarda la main de la fille.
Puis le mannequin.
Puis sa main.
Et demanda :
— Ça ne fait pas mal ?
La fille fronça les sourcils.
— Quoi ?
Noah désigna le mannequin.
— De frapper ça.
Elle regarda le mannequin.
Puis Noah.
— Tu crois que c’est moi qui ai mal ?
Noah réfléchit.
— Techniquement, non.
Elle plissa les yeux.
— Alors pourquoi tu demandes ?
— Je voulais être poli.
— Tu es bizarre.
Noah hocha doucement la tête.
— On me le dit souvent.
Elle détourna les yeux.
— Alors arrête de regarder.
Noah cligna des yeux.
— D’accord.
Il se retourna.
Deux secondes passèrent.
Il entendit un bruit.
CLAC.
Puis un petit :
— Aïe…
Noah se retourna.
La fille tenait sa main.
Elle venait de se couper sur le bord métallique du mannequin.
— Tu saignes.
— Je sais.
— Il faut désinfecter.
— Je sais.
— Tu veux que je—
— NON.
Noah leva les mains.
— D’accord.
Elle le fixa.
Noah la fixa.
Puis elle regarda sa propre main.
Une petite goutte de sang tomba au sol.
Son visage changea immédiatement.
— Oh.
— Quoi ?
— C’est beaucoup de sang.
Noah regarda la coupure.
— C’est littéralement une goutte.
— Je SAIGNE.
— Oui.
— Beaucoup.
— Mina !
La fille se tourna brusquement.
Noah réalisa qu’il venait de prononcer son prénom alors qu’il ne la connaissait pas.
Elle aussi.
— Comment tu connais mon prénom ?
Noah pointa du doigt son sac.
Une petite étiquette était accrochée à la fermeture éclair.
MINA KAZE.
Mina regarda l’étiquette.
Puis Noah.
— Ah.
Elle semblait presque déçue.
— Je pensais que tu étais bizarre.
— Je suis peut-être quand même bizarre.
— Ça, je n’en doute pas.
Noah sourit.
Mina détourna immédiatement le regard.
— Pourquoi tu souris ?
— Rien.
— Tu souris.
— Je souris souvent.
— Arrête.
— Pourquoi ?
— Ça m’énerve.
Noah sourit davantage.
Mina le fixa.
— Tu le fais exprès ?
— Un peu.
Elle fit un pas vers lui.
Noah recula.
— Je plaisantais.
— Moi aussi.
Elle leva légèrement le poing.
Noah regarda son poing.
Puis son visage.
— Tu plaisantes vraiment ?
Mina éclata de rire.
Noah resta surpris.
C’était la première fois qu’il la voyait sourire.
Et il ne sut pas pourquoi, mais quelque chose changea dans sa poitrine.
Un petit battement.
Presque imperceptible.
Mais suffisamment étrange pour qu’il le remarque.
Mina cessa de rire.
— Quoi ?
— Rien.
— Tu me regardes encore.
— Désolé.
Noah détourna les yeux.
Mina le regarda quelques secondes.
Puis elle sentit soudain ses joues chauffer.
Elle se retourna immédiatement.
— Bon. Tu peux partir maintenant.
— Ah.
Noah ramassa son sac.
— D’accord.
Il fit quelques pas.
— Attends.
Il se retourna.
Mina fouillait dans son sac.
Elle en sortit une petite bouteille d’eau et la lui lança.
Noah l’attrapa.
— C’est quoi ?
— Tu as couru tout à l’heure.
Noah fronça les sourcils.
— Comment tu sais ?
Mina haussa les épaules.
— Je t’ai vu arriver.
Noah regarda la bouteille.
Puis Mina.
— Tu fais attention aux gens, toi aussi.
Elle resta silencieuse.
— Pas du tout.
Noah sourit.
— Bien sûr.
— Arrête de sourire !
3. La catastrophe
Noah repartit.
Cette fois, il était vraiment décidé à rentrer.
Il fit une dizaine de mètres.
Puis entendit derrière lui :
— Aïe !
Il se retourna.
Mina était au sol.
Noah resta bouche bée.
— Qu’est-ce que tu fais ?
— Rien.
— Tu es tombée.
— Je sais.
— Pourquoi ?
— Mon sac.
Noah regarda le sac.
Puis le pied de Mina.
Puis le sac.
— Tu t’es pris le pied dans ton propre sac ?
Mina se releva immédiatement.
— Non.
— Je viens de le voir.
— Tu as mal vu.
— Mina, ton pied est encore accroché dedans.
Elle regarda.
Son pied était effectivement coincé.
Elle devint rouge.
— Ne dis rien.
Noah mordit l’intérieur de sa joue.
— Je ne dis rien.
— Tu souris.
— Je ne souris pas.
— TU SOURIS.
— C’est nerveux.
Mina tira brutalement sur son pied.
Le sac vola.
Noah essaya de le rattraper.
Il réussit.
Mais son équilibre bascula.
— Oh—
Mina tendit instinctivement la main.
Noah aussi.
Leurs mains se saisirent.
Silence.
Noah regarda leurs mains.
Mina aussi.
Elle devint rouge.
Puis elle lâcha brutalement sa main.
— Voilà.
Noah cligna des yeux.
— Voilà quoi ?
— Rien.
— D’accord.
— Pourquoi tu dis « d’accord » comme ça ?
— Comme quoi ?
— Comme si tu savais quelque chose.
— Je ne sais rien.
— Très bien.
— Très bien.
Silence.
Mina plissa les yeux.
— Tu m’énerves.
— On se connaît depuis dix minutes.
— Justement.
Noah éclata de rire.
Mina le regarda.
Puis, malgré elle…
Elle sourit aussi.
4. Le lendemain
Le lendemain matin, Noah arriva au lycée.
Lucas l’attendait devant la salle.
— T’es en retard.
— De deux minutes.
— Donc en retard.
Noah posa son sac.
Lucas le regarda.
— Pourquoi tu souris ?
Noah s’arrêta.
— Je souris ?
— Oui.
— Non.
— Tu souris comme un idiot.
— Je ne souris pas.
Lucas s’approcha.
— T’as rencontré quelqu’un.
Noah le regarda.
— Quoi ?
— Tu as cette tête.
— Quelle tête ?
— La tête du mec qui s’est passé quelque chose.
Noah secoua la tête.
— J’ai juste rencontré une fille.
Lucas resta silencieux.
Puis :
— AH.
— Quoi ?
— Une fille.
— Oui.
— UNE fille.
— Lucas…
— Son prénom ?
— Mina.
Lucas sourit.
— Ahhh.
— Arrête.
— Elle est jolie ?
Noah ouvrit la bouche.
La referma.
Lucas pointa immédiatement son doigt vers lui.
— TU AS HÉSITÉ.
— J’ai juste réfléchi.
— Tu as hésité !
— Elle est…
Noah chercha ses mots.
— Différente.
Lucas éclata de rire.
— C’est terminé pour toi.
— Quoi ?
— Tu es foutu.
— Je ne suis pas amoureux d’une fille que je connais depuis dix minutes.
— Je n’ai pas dit amoureux.
Noah se tut.
Lucas sourit.
— C’est toi qui y as pensé.
— Je te déteste.
— Moi aussi je t’aime.
Noah allait répondre lorsqu’une voix retentit derrière lui.
— Noah ?
Il se retourna.
Mina.
Uniforme scolaire.
Cheveux attachés.
Sac sur l’épaule.
Elle semblait différente de la veille.
Plus douce.
Plus ordinaire.
Puis elle le vit.
Son expression changea.
— Ah.
Noah sourit.
— Salut.
Mina regarda Lucas.
Puis Noah.
Puis Lucas.
— C’est ton ami ?
— Oui.
Lucas tendit immédiatement la main.
— Lucas.
Mina serra sa main.
— Mina.
Lucas regarda Noah.
Noah regarda Lucas.
Lucas sourit.
Noah sut immédiatement qu’il allait dire quelque chose de stupide.
— Alors c’est toi, la fille du kung-fu ?
Mina se figea.
Noah ferma les yeux.
— Lucas…
Trop tard.
Mina posa lentement son sac.
— Qu’est-ce que tu viens de dire ?
Lucas recula.
— Je…
Noah attrapa son bras.
— Cours.
— Pourquoi ?
— COURS.
Ils partirent dans le couloir.
Mina les poursuivit.
— NOAH !
— JE SUIS DÉSOLÉ !
— JE VAIS TE TUER !
— TU VOIS ?!
Lucas courait à côté de Noah.
— Elle est incroyable !
— TAIS-TOI !
— Elle te plaît vraiment !
— JE VAIS TE LAISSER MOURIR !
Derrière eux :
— JE VOUS ENTENDS !
Noah accéléra.
Et, pour la première fois depuis longtemps, il se surprit à penser :
Peut-être que les mauvaises journées n’étaient pas toujours mauvaises.
Fin du chapitre 1








