Chapitre 1 - Le regard qui traverse
⚠️ Dark Romance. Ici, l’héroïne n’est pas une victime. C’est une reine, une peste, une manipulatrice. Elle va tomber, elle va souffrir, et peut-être apprendre à se remettre en question. Mais elle ne sera jamais une victime.
PROLOGUE
La fac, c’est le meilleur endroit sur terre. Tu fais la fête entourée de beaux mecs, tu dragues, tu baises, c’est le paradis du sexe, de l’insouciance, de la nuit sans fin. Les corps se frôlent, les regards s’accrochent, les promesses se chuchotent entre deux gorgées d’alcool. Ici, tout est facile, tout est superficiel, tout est à prendre. Et surtout quand t’es une reine comme moi, t’as tout ça sans même avoir à lever le petit doigt.
Je suis là pour régner, et tout le monde est à mes pieds. Les mecs s’entredéchirent pour moi, les filles me jalousent en secret, et moi je joue, je souris, je garde la main. Une danse que je maîtrise par cœur. Ils croient me posséder, mais c’est moi qui les tiens par les couilles. Qui rêverait pas d’être à ma place ? J’avais une vie de rêve...
À une exception près. Je jouais beaucoup. Trop, peut-être. Je promettais sans jamais donner. Je laissais les mecs s’approcher, effleurer ma peau, frôler mes lèvres, mais dès que ça devenait trop réel, je fuyais. Parce que derrière la reine, il y a une fille qui a peur d’être vraiment vue, vraiment touchée, vraiment connue.
Puis cet homme a débarqué. Raphaël. Plus vieux. Taciturne. Pas comme les autres. Il me regarde comme si j’étais un puzzle à résoudre, pas une reine à admirer. Son regard traverse mon masque, perce mon armure, et pour la première fois, je me suis sentie dévoilée. Assumer n’était plus une option, c’était une obligation.
Il était prêt à tout pour détruire ce que j’avais construit. Il a brisé ma meute, un par un. Retourné mes alliés contre moi. Jusqu’à ce que je n’aie plus que lui. Alors quand interdit, désir et vengeance se mêlent... ça ne finit jamais comme on l’avais prévu.
Je vous l’assure.
On peut donc se demander qui détient réellement les reines...et qui, au fond,est à genoux ?
Point de vue Inès
Ça fait un mois déjà qu’on est rentrés des vacances. La deuxième année de fac, c’est la meilleure. Les amitiés sont déjà solides, les rivalités bien installées, et la chaîne alimentaire est claire pour tout le monde. Et moi, je suis au sommet. J’en suis pas peu fière, crois-moi.
Quand je passe, tout le monde chuchote et se décale. Les filles baissent les yeux, les mecs retiennent leur souffle. C’est agréable de sentir qu’on maîtrise tout, que t’as juste à apparaître pour que l’atmosphère change. Un petit sourire par-ci, un regard par-là, et je fais ce que je veux d’eux. Ils sont tous à mes pieds, et ils adorent ça.
Je vois Lola qui s’approche de moi, son sourire un peu trop large, ses yeux un peu trop brillants. Elle veut mon attention, comme toujours.
— Salut Inès ! dit-elle.
Je lui souris, mais je prends pas la peine de lui répondre. Je lui adresse pas beaucoup la parole en général, mais on est bonnes copines. Enfin, surtout pour les gossips. Elle est utile pour ça, Lola. Elle sait tout, elle entend tout, elle répète tout. Et moi, j’écoute, je trie, j’utilise.
— Elle est où Camille ? je demande.
Camille, c’est ma meilleure amie. La seule fille à qui je fais vraiment confiance. On a tous nos délires ensemble, nos secrets, nos nuits à se raconter des trucs qu’on dirait à personne d’autre. Elle me comprend, elle me juge pas, elle est là. Point.
— Je sais pas, répond Lola. Mais apparemment, y a un nouvel entraîneur pour l’équipe de basket.
Je lève un sourcil. Un nouvel entraîneur ? Ça peut être intéressant. Les mecs de la meute, je les connais déjà tous par cœur. Loan, Eliott, Soren... je les ai tous dans ma poche, ils sont prévisibles, ils sont à moi. Un nouveau, ça peut être une proie fraîche. Un nouveau jouet.
Je me dirige vers le gymnase, bien décidée à voir ça. Une nouvelle cible, ça me fait toujours cet effet-là. L’adrénaline, l’excitation, la certitude qu’il va tomber comme les autres.
Je croise Eliott dans le couloir. Il me fait coucou, tout timide, les joues rouges. Ah, lui. Il est fou amoureux de moi, c’est touchant, presque mignon. Il m’écrit des poèmes, il me regarde comme si j’étais la lune, il croit aux histoires d’amour parfaites. Pauvre chou.
— Hey Inès, ça va ? il dit, les yeux brillants.
Je lui fais un petit sourire, juste assez pour qu’il en rêve cette nuit.
— Il est où le nouvel entraîneur ?
je demande sans lui rendre son “ça va”.
Il le pointe du doigt, un peu déçu que je m’intéresse pas à lui. Tant pis pour lui. Je mets mon bras sous le sien, je l’attire contre moi. Il rougit violemment, il bégaye presque. Non mais qu’il se fasse pas des idées non plus. Je veux juste montrer au nouveau coatch à quel point tout le monde m’adore ici. Je veux qu’il comprenne direct qui est la reine, et qu’il devrait être dans mes bonnes grâces.
J’arrive devant lui et ma mâchoire se décroche.
Putain.
Ok, ok, lui, je le veux dans mon lit. Il est super canon.
— Je vais me le faire lui
Musclé, grand, des épaules larges, un regard sombre qui te traverse comme une lame. Il doit avoir la trentaine, et pourtant il est beau comme un dieu grec. Pas le genre beau gosse propre sur lui, non. Un truc plus brut, plus sauvage. Une mâchoire carrée, des mains qui ont servi, une cicatrice au-dessus de l’œil gauche. Et ses yeux, bordel, ses yeux. Ils te regardent comme s’ils lisaient en toi, comme s’ils savaient déjà tout.
Je me rapproche, je lui fais mon sourire le plus charmeur, celui qui fait fondre n’importe quel mec en trois secondes. Je lui tends ma main, bien droite, confiante.
— Salut, moi c’est Inès.
Il me regarde. Il me sourit. Un sourire lent, presque amusé, comme s’il se foutait de moi. Et il ne prend pas ma main.
Il ne la prend pas.
Mon sourire se fige. Mon bras reste en l’air comme un con. Les secondes s’étirent, interminables. J’entends Eliott retenir son souffle à côté de moi. Je sens les regards des autres étudiants qui se tournent vers nous. Et lui, il me regarde toujours, ce sourire un peu trop confiant au coin des lèvres, comme s’il savait exactement ce qu’il faisait.
Quel malaise de zinzin.
Je retire ma main lentement, en gardant mon sourire, parce que je suis une reine et une reine ne s’effondre pas. Mais à l’intérieur, je bouillonne. La rage monte, chaude, brûlante. Personne ne me fait ça. Personne ne me snobe en public. Personne ne me regarde comme si j’étais juste une gamine qui joue à la grande.
Je lui ferai payer au centuple à ce connard arrogant.
Il va regretter de m’avoir humiliée devant tout le monde. Je vais le détruire, lui et son petit sourire de faux cul. Il va apprendre qui je suis. Il va tomber à mes pieds comme les autres. Et quand il sera à genoux, je lui ferai comprendre ce que ça coûte de défier une reine.
Sauf que... dans le fond, au plus profond de moi, une petite voix me chuchote que ce regard-là, je ne l’avais jamais vu chez personne. Et qu’il me fait peur. Pas la peur qui fait fuir. La peur qui fait trembler. Celle qui te dit que cette fois, peut-être, tu n’es plus la seule à jouer.
Puis je vois Camille qui arrive. Elle court, elle court vers moi. Parfait. Ça va faire bonne impression, comme quoi je suis une amie en or, une reine qui a des amies fidèles, qui sait aimer. Je m’avance, j’ouvre grands les bras, le sourire aux lèvres, prête à recevoir son étreinte. Je me vois déjà, les bras autour d’elle, montrant à ce connard d’entraîneur que moi aussi je sais être aimée, que je ne suis pas seule.
Elle arrive. Je m’attends à sentir son corps contre le mien, sa chaleur, son odeur.
Et elle va dans ses bras.
Dans ses bras à LUI.
Elle l’enlace, serre fort, et crie :
— Papa !
Je reste figée. Les bras encore ouverts. Le sourire encore collé sur le visage. Je suis choquée. Complètement choquée. Mon cerveau met plusieurs secondes à traiter l’information. Camille est sa fille ? Ce dieu grec, ce connard arrogant qui vient de me snober, c’est son père ? Mais pourquoi elle ne m’a jamais dit qu’il était aussi beau ? Pourquoi elle a caché ça ?
Puis la honte m’envahit. C’est le père de ma meilleure amie. Le père de Camille. Merde.
Le salaud me regarde. Il a ce sourire moqueur au coin des lèvres, comme s’il savait exactement ce qui se passe dans ma tête. Ses yeux brillent, amusés, presque cruels. Il savait. Bien sûr qu’il savait. Il m’a laissée faire mon numéro, il a attendu que je m’enfonce toute seule, et maintenant il me regarde avec cette expression de vainqueur qui me donne envie de lui arracher ce sourire de la gueule.
Mon cœur s’emballe. De rage. De frustration. De quelque chose que je refuse de nommer.
Je me tourne. Loan est là, juste derrière moi, les yeux sur moi, disponible comme toujours. Je me mets sur la pointe des pieds, j’attrape son visage entre mes mains, et je l’embrasse. Pas un bisou rapide. Un vrai baiser. Devant tout le monde. Devant lui.
J’ai besoin de sentir l’attention. J’ai besoin qu’on me regarde, qu’on me désire, qu’on me veuille. J’ai besoin de prouver à ce salaud que je peux avoir n’importe quel mec, que je n’ai pas besoin de lui, que je ne suis pas une fille qu’on snobe comme ça.
Loan est à fond dans le baiser. Il m’enserre la taille, il se presse contre moi, il croit que c’est vrai, que c’est pour lui. Je me sens mal de l’utiliser. Vraiment mal. Mais qu’importe. Il est là, il est chaud, il est à moi. Je le garde contre moi quelques secondes de plus, juste assez pour que tout le monde voie, juste assez pour que le coatch comprenne.
Je me détache. Loan a les yeux brillants, le souffle court. Il croit que c’est le début de quelque chose. Pauvre con.
— Les gars, soirée pizza ? dit l’entraîneur d’une voix tranquille. Comme si de rien n’était. Comme s’il n’avait pas vu le baiser. Comme si je n’existais même pas.
Les mecs de la meute hochent la tête. Eliott, Soren, Loan. Ils sont tous partants. Ils sont tous à fond. Trop contents de faire un truc avec le nouveau coatch. Bien sûr qu’ils y vont. Bien sûr qu’ils le laissent me faire ça.
— Je viens aussi, je dis, la voix un peu trop haute, un peu trop pressée.
Il me regarde enfin. Ses yeux plongent dans les miens. Mon cœur bat vite. Trop vite. Il sourit. Penche la tête. Et là, posément, avec une lenteur qui fait monter la tension dans tout mon corps, il dit :
— Non.
CHAPITRE TOUS LES JOURS A 16h








