Millicent

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Summary

**Elle obéit. Il commande. Jusqu’à ce que l’un d’eux franchisse la ligne.** À dix-neuf ans, **Millicent** entre comme servante dans un manoir où chaque règle est gravée dans le marbre. Elle pensait connaître l’obéissance… jusqu’à croiser **Théodore**, maître des lieux, homme au regard impitoyable et aux désirs soigneusement dissimulés. Il la veut. Il se l’interdit. Elle le craint. Elle le provoque. Entre châtiments et confidences volées, leur attirance devient une tempête silencieuse. Mais dans un monde où la moindre rumeur peut tout détruire, céder à la passion pourrait être leur plus grande erreur… ou leur seul salut.

Genre
Romance
Author
liliane
Status
Complete
Chapters
42
Rating
4.4 8 reviews
Age Rating
18+

Chapitre sans titre 1

Millicent

Il pleuvait ce matin-là. Une pluie fine, traîtresse, qui s’infiltrait dans mon manteau trop grand et collait mes boucles rousses à ma nuque. Je serrais ma petite valise contre moi, comme si elle pouvait me protéger de ce qui m’attendait au-delà de la grille en fer forgé.

Je levai les yeux vers le manoir. Immense. Sombre. Un peu flou derrière le voile du brouillard. Mon cœur battait fort, trop fort. Il y avait cette impression étrange, comme si je m’apprêtais à entrer dans quelque chose que je ne pourrais plus quitter.

J’avais dix-neuf ans, pas vraiment une enfant, mais pas encore une femme. Orpheline depuis mes treize ans, j’avais connu des maisons tristes, des familles sévères, des dortoirs froids. Mais jamais rien d’aussi impressionnant que cette bâtisse.

On m’avait dit très peu de choses sur mon employeur.

Monsieur Théodore Belmont. La trentaine. Riche. Solitaire. Exigeant. Personne ne le décrivait vraiment. On m’avait seulement glissé, à voix basse, qu’il aimait l’ordre. Et la discipline.

Je n’ai jamais su si cela devait me rassurer ou m’inquiéter.

Avant même que je n’aie le temps de frapper à la porte, elle s’ouvrit avec un grincement précis, presque volontaire. Une femme aux cheveux tirés en chignon m’apparut. Foncée, droite comme un piquet, habillée de noir.

— Mademoiselle Millicent ? Entrez. Vite, vous mouillez le parquet.

Je n’eus pas droit à un sourire. Pas même un regard de bienvenue. Je franchis le seuil en silence.

L’intérieur du manoir sentait la cire, l’ancien, le silence trop bien tenu. Les pas de la gouvernante résonnaient dans les couloirs vides tandis que je la suivais comme une élève en retard.

— Monsieur Belmont ne reçoit pas les nouvelles. Il vous observera. Il attend de voir si vous comprenez les règles avant de se présenter à vous.

Je hochai la tête, bien que son ton me donnait envie de faire demi-tour.

Elle me mena jusqu’à une chambre étroite mais propre. Sur le lit, une couverture pliée. Sur le bureau, une feuille. Je reconnus l’écriture masculine dès que je m’approchai. L’encre noire. Les lettres fermes.

Vingt-trois règles.

Chacune commençait par “Il est strictement interdit de...“, ou “Il est exigé que...”

Mais c’est la dernière qui m’a glacée.

**“Règle n°23 : Toujours regarder Monsieur dans les yeux lorsqu’il vous parle. Sinon, il vous apprendra à le faire.“**

Je restai là, debout, la feuille entre les mains. Le silence de la chambre bourdonnait autour de moi. Quelque part, une horloge sonnait dix-huit heures.

Je ne savais pas encore à quel point cette dernière règle allait changer ma vie.

Je n’ai presque pas dormi cette nuit-là. La pluie s’était arrêtée mais le manoir grinçait comme s’il respirait lentement dans l’obscurité. J’entendais le vent siffler sous la porte, les boiseries craquer, et parfois… des pas. Des pas que je ne pouvais situer, ni au-dessus, ni au-dessous. Juste là, quelque part dans les murs.

À l’aube, la gouvernante — que j’avais appris à appeler Madame Evans — m’a tirée du lit en frappant deux coups secs à la porte. Pas une minute de plus que six heures.

— Debout. Vous commencez par les escaliers de l’aile ouest.

Je n’ai pas osé poser de questions. Juste enfilé l’uniforme qu’on m’avait laissé : une robe grise, simple, boutonnée jusqu’au col. Elle me donnait l’air d’avoir quinze ans.

Les premiers jours ont été rudes. J’apprenais à marcher sans faire de bruit, à cirer le parquet sans laisser de traces, à plier les draps avec des angles parfaits. Tout devait être fait avant que Monsieur ne se lève.

Sauf que… je ne l’ai pas vu.

Je savais qu’il était là. Parfois, je trouvais une tasse vide sur un guéridon, ou une porte entrouverte alors que je l’avais fermée. Une présence silencieuse, qui m’observait sans se montrer. Et ce détail, ce mystère, me troublait plus que je ne voulais l’admettre.

Un matin, alors que je nettoyais la bibliothèque, j’ai entendu des pas derrière moi. Différents. Plus calmes. Plus sûrs. Mon cœur s’est figé.

— Tournez-vous.

Sa voix. Grave. Froide. Incroyablement maîtrisée.

Je me suis figée. Mes mains tremblaient, mais je me suis retournée comme il l’avait demandé. Lentement.

Et je l’ai vu.

Il se tenait à l’ombre, à quelques mètres à peine. Grand. Vêtu d’un costume noir parfaitement taillé. Les cheveux bruns, lisses, coiffés en arrière. Il avait les traits d’un homme que je n’aurais jamais osé approcher dans une autre vie. Mais ce qui m’a marquée, ce sont ses yeux. Clairs. Inquisiteurs. Comme s’il lisait tout, d’un seul regard.

— Vous n’avez pas obéi à la règle vingt-trois, mademoiselle Millicent.

J’ai cligné des yeux, prise de court.

— Je... Pardon ?

— Vous avez baissé les yeux quand je vous ai parlé.

Je ne savais pas quoi répondre. Mon instinct me criait de ne pas croiser ce regard trop longtemps. Mais quelque chose en moi, une sorte de fierté têtue, a pris le dessus.

Je l’ai regardé droit dans les yeux.

Et il a souri.

Pas un vrai sourire. Pas un sourire gentil.

Un sourire dangereux.

— Voilà qui est mieux.

Puis il est parti. Aussi silencieusement qu’il était venu.

Je suis restée là, immobile, les joues brûlantes. Ce n’était pas de la honte. Ni même de la peur. C’était autre chose. Quelque chose que je n’osais pas encore nommer.

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Le reste de la journée, je l’ai passée à marcher comme sur des braises. Ce bref échange avec Monsieur Belmont avait laissé une marque invisible sur ma peau. Et cette voix… elle me résonnait encore dans la tête.

Mais le plus étrange, c’est que personne n’en parlait.

Comme s’il n’avait jamais été là.