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Sofiane & Aria

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Résumé

Dans sept jours, j’épouserai un homme que je déteste. Je suis la princesse d’Elmyrath. Toute ma vie, j’ai servi mon royaume, obéi aux décisions de mon père et porté le poids d’un titre que je n’ai jamais demandé. Mais cette fois, c’en est trop. Entre un fiancé aussi puissant que répugnant et un avenir qui m’échappe, je ne vois plus qu’une seule issue. Jusqu’à ma rencontre avec Sofiane. Insolent. Libre. Imprévisible. Tout ce que je ne suis plus. Tout ce que je ne devrais pas approcher. Alors qu’il ne me reste que quelques jours avant mon mariage, cette rencontre pourrait bien remettre en question tout ce que je croyais avoir accepté. Car parfois, une seule semaine suffit pour changer le cours d’une vie. 📖 Note de lecture : Cette nouvelle se déroule dans l'univers d'Elmyrath et est liée au Tome 1. Elle a été pensée comme un complément à l'histoire principale, mais peut être lue indépendamment, avant ou après le roman. Les événements racontés ici se déroulent avant ceux du Tome 1 et reviennent sur la rencontre entre Aria et Sofiane.

Genre :
Romance
Auteur :
Jelmyr
Statut :
il y a 5 jours
Chapitres :
15
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1 - Sept jours

La voix des filles résonne dans ma chambre, mêlée au froissement des tissus et au cliquetis des bijoux abandonnés sur les coiffeuses. Depuis plus d’une heure, elles débattent avec un sérieux presque militaire de la couleur que doit porter une future épouse royale.

Je n’entends même plus vraiment leurs arguments.

Tout se mélange dans un brouhaha lointain.

Les immenses fenêtres ouvertes sur les jardins laissent entrer l’air chaud de la fin de journée, chargé d’odeurs de fleurs et d’encens. Au loin, les préparatifs de la réception agitent le palais tout entier. Des domestiques traversent les cours intérieures en silence, des musiciens répètent quelque part sous les arcades et les premières lanternes dorées commencent déjà à illuminer les allées du parc royal.

Dans sept jours, je serai mariée.

Cette pensée me donne l’impression d’étouffer.

— La verte met davantage ses yeux en valeur, proteste Sienna.

— Oui, mais la beige est plus élégante pour une annonce officielle, répond Carmilla avec son calme habituel.

Je ferme les yeux une seconde.

— Stop… Ça suffit. Sortez. Laissez-moi respirer un peu.

Le silence tombe immédiatement.

Quand je rouvre les yeux, les deux jeunes femmes me regardent avec surprise.

Je regrette aussitôt mon ton.

Sienna sourit, compatissante. Son foulard doré glisse légèrement sur ses cheveux sombres lorsqu’elle penche la tête sur le côté. Elle porte cette teinte presque seulement durant les grandes célébrations d’Elmyrath. Les broderies lumineuses font ressortir sa peau ambrée et ses yeux noirs soulignés de khôl.

— Mais, princesse…

— Carmilla…

Le prénom de la jeune femme claque plus sèchement que je ne l’aurais voulu.

Petite et droite comme un i malgré sa robe de soirée, Carmilla garde cette posture impeccable de servante royale que même les années n’ont jamais réussi à lui faire perdre. Son chignon sombre n’a pas bougé d’un millimètre et ses mains restent croisées devant elle avec une rigueur presque comique après tout ce que nous avons traversé ensemble.

Mon regard doit suffire.

Elle baisse aussitôt les yeux.

— Bien sûr, Votre Altesse.

Je grimace intérieurement. Même aujourd’hui, même seules dans ma chambre, elle continue à m’appeler ainsi lorsque quelque chose ne va pas.

Sienna, elle, lève discrètement les yeux au ciel avant de lui emboîter le pas.

— On revient dans quelques minutes, d’accord ? souffle-t-elle plus doucement avant de quitter la pièce.

La porte se referme enfin.

Le calme revient progressivement dans l’immense chambre.

Je relâche un souffle tremblant puis m’avance vers le balcon. Sous moi, les jardins du palais de Mira s’étendent à perte de vue dans une explosion de lumières et de marbre blanc. Les longues fontaines reflètent les dernières couleurs du coucher de soleil tandis que les tentes dressées pour les festivités ondulent doucement dans le vent du soir.

Tout est magnifique.

Tout me donne envie de fuir.

Mes doigts se crispent contre la rambarde brûlante.

Mon regard glisse un instant vers le vide, plusieurs mètres plus bas.

Une sortie.

Simple.

Rapide.

Mon ventre se noue violemment et je détourne aussitôt les yeux, écœurée par mes propres pensées.

L’homme qu’on m’a choisi est probablement l’être le plus abject qu’il m’ait été donné de rencontrer. Dieguerito Al Bassem n’est qu’un fils d’émir capricieux, engraissé par l’argent et le pouvoir. Derrière ses sourires polis et ses costumes hors de prix se cache quelque chose de profondément cruel.

Je l’ai vu regarder certaines femmes.

Comme des objets.

Comme des proies.

Une boule monte dans ma gorge.

Jamais.

Jamais je ne laisserai ce mariage être prononcé.

Je trouverai une solution.

Une larme roule malgré moi sur ma joue.

— Ma chérie… ?

La voix de Sienna me tire doucement de mes pensées.

J’essuie rapidement mon visage avant de me retourner. Elle vient de rentrer seule dans la chambre et s’approche déjà de moi avec cette chaleur naturelle qui lui est propre.

— Désolée pour tout à l’heure Sienna…

— Laisse tomber, répond-elle aussitôt avec un petit sourire. Vu la semaine que tu as en perspective, j’aurais probablement étranglé quelqu’un à ta place.

Un léger rire m’échappe malgré moi.

Enfin.

Un vrai.

Satisfaite, elle vient s’installer près de moi contre la rambarde du balcon.

— J’ai des nouvelles.

Mon cœur rate un battement.

Je relève immédiatement les yeux vers elle.

Sienna m’observe une seconde avant de reprendre plus doucement :

— Ils sont arrivés ce matin pour renforcer la sécurité des fiançailles. Je ne l’ai pas vu… mais je sais qu’il sera de garde ce soir.

Mon souffle se coupe.

Pendant une seconde, tout le reste disparaît autour de moi.

Les jardins.

Le mariage.

Le palais.

Alkacem.

Il est là.

Mes yeux se remplissent immédiatement de larmes et, cette fois, je n’ai même plus la force de les retenir. Je me laisse tomber sur la banquette installée sur la terrasse, une main plaquée contre ma bouche pour étouffer le sanglot qui menace de sortir.

Sienna ne dit rien.

Elle s’accroupit simplement devant moi puis passe ses bras autour de mes épaules avant de poser doucement sa joue contre le sommet de ma tête.

Et je craque complètement.

Elle me laisse pleurer sans chercher à parler.

C’est sans doute pour ça qu’elle est restée auprès de moi toutes ces années. Elle sait exactement quand il faut plaisanter… et quand il faut simplement être là.

Le soleil continue de descendre lentement derrière les dunes d’Elmyrath, teintant les jardins d’orange et d’or. Depuis la terrasse, on entend maintenant plus distinctement les musiques des festivités qui débutent au loin. Des éclats de rire montent parfois jusqu’à nous, portés par le vent chaud.

Comme si tout le royaume célébrait déjà quelque chose qui me détruit de l’intérieur.

Après quelques minutes, Sienna finit par se redresser doucement.

— Allez… Il faut qu’on te prépare avant que Carmilla fasse une attaque.

Je laisse échapper un rire étouffé en essuyant mon visage du revers de la main.

— Elle en est capable.

— Oh, clairement. Elle est probablement déjà en train de réaligner des coussins pour calmer son stress.

Je souris franchement.

Satisfaite, Sienna me tend la main pour m’aider à me relever avant de m’entraîner à l’intérieur de la chambre.

Comme prévu, Carmilla est effectivement en train de remettre de l’ordre dans une pièce qui n’en a pas réellement besoin. À notre arrivée, elle se tourne immédiatement vers moi, visiblement soulagée de constater que je me suis un peu calmée.

— Votre Alt—

Elle s’interrompt en voyant mon regard.

— …Aria, corrige-t-elle avec une petite grimace.

Sienna éclate de rire.

— Un jour, elle y arrivera.

— C’est une question de respect, répond Carmilla avec dignité en rejoignant la coiffeuse.

Même après toutes ces années, elle garde cette frontière invisible entre nous. Pourtant, elle a pansé mes blessures plus d’une fois. Elle a veillé mes nuits de fièvre après certaines missions. Elle a même déjà menti au roi pour me couvrir.

Mais dans sa tête, elle restera toujours une servante royale.

Et moi, sa princesse.

— Assieds-toi, ordonne-t-elle doucement en me désignant le fauteuil devant le miroir.

Je m’exécute sans protester cette fois.

La fatigue m’écrase soudainement.

Pendant que Carmilla s’occupe de mes cheveux avec des gestes précis, Sienna fouille déjà parmi les robes étalées sur le lit.

— J’ai pris une décision, annonce-t-elle avec le plus grand sérieux. Si un jour je dois me marier, ce sera dans un pantalon.

— Sage décision, marmonné-je.

— Merci. Je refuse de mourir étouffée dans quinze kilos de tissu.

Même Carmilla esquisse un léger sourire.

J’observe leur reflet dans le miroir quelques secondes.

Sienna, vive et lumineuse malgré l’inquiétude qui persiste dans ses yeux noirs.

Carmilla, concentrée comme si l’avenir du royaume dépendait réellement de ma coiffure.

Et moi… coincée au milieu.

Mon regard glisse vers les robes.

Je déteste ces tenues.

J’ai toujours préféré les treillis, les bottes militaires et les armes accrochées à ma ceinture aux tissus délicats des cérémonies royales. Dans une autre vie, celle d’avant ma prétendue « retraite », personne n’aurait osé me forcer à porter ce genre de choses.

Mais cette vie-là semble déjà loin.

— La beige, déclare finalement Sienna en brandissant la robe devant elle. Définitivement.

Carmilla hoche immédiatement la tête.

— Elle est plus élégante.

— Vous êtes surtout liguées contre moi.

— Exactement, répond Sienna sans la moindre honte.

Je finis par céder dans un soupir.

Quelques minutes plus tard, la robe épouse parfaitement ma silhouette. Le satin clair capte les dernières lueurs du soleil tandis que les fines bretelles ornées de pierres discrètes scintillent à chacun de mes mouvements.

Je peine presque à me reconnaître dans le miroir.

Le silence qui suit me pousse à relever les yeux vers mes deux amies.

Sienna sourit doucement.

Et même Carmilla semble émue.

— Quoi ? demandé-je, soudain mal à l’aise.

— Rien, souffle Sienna. Tu es juste… magnifique.

Une boule étrange se forme dans ma gorge.

Magnifique pour être offerte à un homme que je hais.

La porte s’ouvre légèrement.

— Votre Altesse ?

Carmilla se redresse immédiatement tandis qu’un garde royal apparaît dans l’entrebâillement.

— Sa Majesté vous attend pour l’entrée officielle.

Mon ventre se noue instantanément.

Voilà.

Nous y sommes.

Sienna vient discrètement saisir ma main quelques secondes avant de la relâcher.

— Respire, d’accord ?

J’acquiesce lentement avant de quitter la chambre avec elles.

Les couloirs du palais semblent différents ce soir. Plus lumineux. Plus vivants. Les immenses colonnes de pierre blanche sont couvertes de voiles brodés aux couleurs d’Elmyrath et des dizaines de lanternes suspendues diffusent une lumière chaude sur les murs.

À mesure que nous avançons, les sons de la réception deviennent plus nets.

La musique.

Les conversations.

Les rires.

Tout ce faste me donne l’impression d’avancer vers ma propre exécution.

— Comment tu te sens ? murmure Sienna en approchant des grands salons.

Je laisse échapper un souffle nerveux.

— J’hésite encore entre fuir le royaume ou sauter directement du balcon.

— Évite devant les invités, si possible.

Un sourire fatigué étire mes lèvres.

Puis les immenses portes s’ouvrent devant nous.

Une légère musique s’élève aussitôt quelque part dans les jardins.

Et mon père apparaît au bout du couloir, déjà vêtu des habits cérémoniels du souverain d’Elmyrath.

Son regard vert s’illumine en me voyant.

Fier.

Satisfait.

Comme s’il contemplait l’aboutissement parfait de toutes ses décisions.

Mon cœur se serre douloureusement.

Il me tend le bras avec élégance.

— Princesse… tu es sublime.

Je fixe sa main une seconde avant d’y glisser finalement la mienne.

Au loin, derrière les immenses baies vitrées ouvertes sur les jardins, les lumières de la réception scintillent déjà dans la nuit tombante.

Puis mon père m’entraîne doucement vers le balcon.

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