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Bad girls die first

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Résumé

À Blackthorne University, **Scarlett Kensington règne sur le campus comme une reine en talons hauts**. Belle, brillante, terriblement populaire et présidente de Delta Mu Rose, elle sait exactement comment obtenir ce qu’elle veut — et surtout comment faire comprendre aux autres qu’ils feraient mieux de ne pas se mettre sur son chemin. Mais en pleine semaine de recrutement, **Vanessa est retrouvée morte**. Soudain, les sourires parfaits de la sororité commencent à se fissurer. Rivalités, mensonges, secrets soigneusement enterrés… et bientôt, des messages anonymes qui semblent destinés à Scarlett elle-même. Quelqu’un connaît les secrets de Delta Mu Rose. Quelqu’un semble décidé à les révéler. Et tandis que Scarlett tente de découvrir qui se cache derrière ce jeu macabre, une vérité devient dangereusement évidente : **à Blackthorne, les filles populaires ne sont pas intouchables.** Parfois, elles meurent en premier.

Genre :
Thriller
Auteur :
Lara Dry
Statut :
En cours
Chapitres :
5
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1

Il y a trois catégories de filles à Delta Mu Rose : celles qui sont nées pour porter nos lettres, celles qui pourraient éventuellement les mériter après une intervention divine, deux semaines de Pilates et la disparition définitive de leurs chaussures compensées, et celles qui devraient être escortées hors du campus avant de contaminer quelqu’un.

La candidate assise devant moi appartient incontestablement à la troisième catégorie. Elle porte un serre-tête à perles avec une robe à fleurs. En septembre. Je prends quelques secondes pour contempler l’ensemble avant de tourner lentement la tête vers Blaire.

— Est-ce que tu peux m’expliquer pourquoi cette fille est toujours assise devant moi alors que nous avons déjà éliminé des candidates pour beaucoup moins que ça ?

Blaire baisse les yeux vers la feuille posée sur ses genoux avec l’expression résignée d’une avocate chargée de défendre quelqu’un retrouvé avec le cadavre et l’arme.

— Parce qu’elle a une moyenne de 3,9, parle trois langues, préside deux associations étudiantes et que son père vient de financer une nouvelle aile à la bibliothèque.

Je reporte mon attention sur la candidate. Elle me sourit avec beaucoup trop d’enthousiasme, ce qui me laisse suffisamment de temps pour découvrir que je déteste également ses dents.

— Tu parles vraiment trois langues ou c’est le genre de compétence qu’on ajoute sur un dossier parce qu’on sait commander un mojito à Cancún ?

Elle rit nerveusement.

— Italien couramment, espagnol presque couramment et j’ai étudié le français pendant quatre ans. Ma mère est italienne, alors j’ai passé mes étés à Florence.

Je laisse échapper un soupir.

— C’est franchement dommage. J’espérais pouvoir parler de toi en italien devant toi sans que tu comprennes.

À ma gauche, Poppy dissimule son rire derrière son verre.

— Je suppose que c’était une blague.

— J’espère que non. Si mes blagues deviennent aussi mauvaises, Blaire aura l’obligation morale de m’étouffer dans mon sommeil.

Blaire relève les yeux.

— Je garde cette option disponible depuis ta deuxième année. Ça pourrait devenir un service rendu à la communauté.

— Voilà pourquoi notre amitié fonctionne.

La candidate tente encore de sourire.

— J’ai aussi organisé plusieurs collectes de fonds au lycée. On a récolté presque vingt mille dollars.

— Donc tu sais organiser un événement, parler à des gens riches et sourire quand ils t’ennuient. Là, tu commences enfin à parler notre langue.

Je baisse les yeux vers sa fiche. Mackenzie Hartwell. Malgré ses trois langues et son père philanthrope, je coche une croix avant d’écrire NON. Son sourire se crispe.

— Est-ce que ça veut dire que je suis éliminée ?

— Ça veut surtout dire que tu ne devrais jamais lire les notes de quelqu’un avant qu’il ait fini de les prendre. Maintenant, tu vas passer la soirée à y penser et ruiner ton eyeliner.

Elle récupère son sac.

— Je m’appelle Mackenzie, au fait. Pas Madison.

Poppy tourne la tête vers elle. Moi, je souris.

— Je sais. Je voulais voir si tu allais me corriger.

— Tu avais oublié son prénom, intervient Blaire. N’invente pas une méthode pédagogique pour sauver ton ego.

Je lui adresse un regard glacial.

— Tu es censée soutenir la présidente devant les candidates.

— Je suis surtout censée empêcher la présidente de créer un environnement juridiquement exploitable.

Mackenzie se lève.

— Je saurai quand pour la suite ?

— Nous envoyons les résultats dimanche, répond Blaire avant moi.

— Pourquoi est-ce que tu réponds toujours avant que j’aie le temps de dire quelque chose d’inquiétant ?

— Parce que tes réponses donnent envie aux gens de contacter un avocat.

Mackenzie nous remercie avant de partir.

— Tu vois ? Elle vient de me remercier. Je suis charmante.

Elle se retourne.

— Je vous entends encore.

Je lui souris.

— Et maintenant je t’aime presque bien.

La porte se referme derrière elle.

— Son père a donné huit millions de dollars à l’université, rappelle Blaire.

— Et malgré huit millions, personne n’a pensé à financer un styliste ?

— Scarlett, elle est intelligente, engagée et adorable. On cherche des sœurs, pas des mannequins.

— Tu viens de citer trois qualités qui pourraient parfaitement décrire un Golden Retriever. Je ne propose pas pour autant d’en installer douze au deuxième étage.

Poppy éclate de rire. Elle comprend généralement les choses plus vite que les autres, ce qui explique pourquoi elle est toujours assise à ma gauche pendant les recrutements. Blaire reste à ma droite parce qu’il faut toujours garder ses problèmes dans son champ de vision.

— Tu sais que certaines filles sont déjà terrifiées à l’idée de passer devant toi ? reprend-elle.

— Elles veulent rejoindre Delta Mu Rose. Si trois minutes avec moi suffisent à les traumatiser, elles ne survivront jamais au dîner annuel des anciennes.

— Ce dîner traumatise tout le monde.

— Exactement. Je prépare la jeunesse.

Mon regard accroche alors une candidate installée sur mon canapé crème avec un gobelet de soda à la main, sans le moindre sous-verre.

— Est-ce que vous voyez ce que je vois, ou suis-je la seule à assister à une tentative d’homicide sur mobilier italien ?

Blaire suit mon regard.

— Elle boit un Coca. Ton canapé va survivre.

— C’est exactement ce que les gens disent cinq secondes avant qu’une tache de caramel apparaisse sur du bouclé crème.

Je me tourne vers Poppy.

— Tu peux intervenir avant que je sois obligée d’humilier une freshman devant cinquante personnes ?

— Je vais lui apporter un sous-verre avant que tu ne déclares l’état d’urgence.

— Voilà pourquoi je te confierais mes organes.

Blaire arque un sourcil.

— Elle va simplement chercher un bout de carton.

— Et elle le fait sans discuter. C’est déjà plus que toi.

Poppy traverse le salon et sécurise le gobelet.

— Tu vas finir seule avec des meubles parfaitement conservés, remarque Blaire.

— Je ne vois toujours pas la partie négative.

— Le fait d’être seule.

— Une auréole de soda sur un canapé à onze mille dollars me paraît objectivement plus tragique.

Blaire se fige.

— Il coûte vraiment onze mille dollars ?

— Maintenant que je sais que ça te choque, je regrette de ne pas avoir dit quinze.

Poppy revient.

— Le gobelet est sécurisé. La nation peut dormir.

— Merci pour ton service. Si je meurs jeune, tu seras mentionnée dans mon éloge funèbre.

— Tu parles beaucoup trop de tes funérailles pour quelqu’un de vingt et un ans, observe Blaire.

— Parce que je vous connais. Si je ne laisse pas d’instructions, vous allez me mettre du rose froid sur les lèvres et choisir des lys.

Poppy sourit.

— J’ai déjà noté : rouge à lèvres rouge, aucun lys et personne ne touche à tes sourcils.

Je tourne la tête vers elle.

— C’est probablement la chose la plus romantique qu’on ait jamais faite pour moi.

Blaire nous regarde.

— Votre relation me met parfois profondément mal à l’aise.

— C’est parce que tu n’as jamais connu l’amour véritable.

La musique monte dans le hall. Il est presque vingt-trois heures et le recrutement officiel s’est transformé depuis une quarantaine de minutes en ce que l’administration appelle un « événement social encadré » et que les êtres humains normaux appellent une soirée. Des filles circulent partout avec des robes soigneusement choisies pour donner l’impression qu’elles ne l’ont pas été, tandis que les membres de Delta Mu Rose portent toutes du rose pâle parce que l’uniformité devient élégante lorsqu’elle est imposée par quelqu’un qui a du goût.

Et j’en ai énormément.

Je récupère mon téléphone.

— Je prends dix minutes de pause avant les dernières candidates. Si je dois encore demander à quelqu’un où elle se voit dans cinq ans, je vais répondre moi-même « dans une secte ».

Blaire consulte sa liste.

— Il reste six filles et nous avons déjà vingt minutes de retard.

— Elles peuvent continuer à vouloir mon approbation pendant dix minutes. Ça leur apprendra la patience.

Poppy se lève avec moi.

— J’en ai entendu une répéter dans les toilettes qu’elle voulait « créer des liens authentiques avec des femmes inspirantes ».

— Et personne n’a appelé les secours ?

Blaire secoue la tête.

— Tu es impossible.

— Pourtant tu me suis depuis trois ans.

— Parce que quelqu’un doit prévenir les autorités si tu deviens dangereuse.

— C’est ce que toutes les meilleures amitiés devraient offrir.

Je traverse le salon et les conversations se modifient légèrement sur mon passage. Certaines candidates se redressent, d’autres vérifient leur tenue. Ce n’est pas parce que les gens ont peur de moi. Enfin, pas uniquement.

Je suis Scarlett Kensington, présidente de Delta Mu Rose et fille de Charles Kensington, dont le nom est inscrit sur suffisamment de bâtiments pour qu’un étudiant puisse passer quatre ans ici sans véritablement quitter ma famille. Je suis aussi, selon un article particulièrement jaloux du journal du campus, « l’incarnation problématique des privilèges générationnels ».

Je l’ai fait encadrer dans les toilettes, juste au-dessus de la chasse d’eau.

Je récupère une coupe de champagne lorsqu’une voix parfaitement reconnaissable s’élève derrière moi.

— Tu sais que servir ça pendant le recrutement pourrait nous attirer des ennuis si quelqu’un décidait d’en parler à l’administration.

Vanessa est adossée contre l’encadrement de la porte dans la même robe rose que nous toutes, à ceci près qu’elle a raccourci la sienne d’au moins huit centimètres. J’ai mesuré mentalement.

— Si tu veux dresser la liste de toutes les choses interdites que nous faisons dans cette maison, prévois une nuit complète et quelque chose à grignoter.

— Tu pourrais au moins faire semblant de respecter les règles pendant la semaine où l’université nous surveille.

— Je fais semblant de respecter énormément de choses. Les règles, certaines traditions et plusieurs membres de cette sororité.

Son sourire n’a rien de gentil. Vanessa ne me sourit plus autrement depuis plusieurs mois. Je serais incapable de dire précisément quand nous avons cessé d’être amies pour devenir deux puissances nucléaires contraintes de partager le même territoire. J’ai choisi de gérer cette évolution avec beaucoup de maturité, c’est-à-dire en la détestant en silence et parfois à voix haute.

— Un jour, ton père ne pourra pas simplement faire un chèque chaque fois que tu dépasses les limites, reprend-elle.

— Tu penses beaucoup à mon père et à son argent. Si ça continue, je vais finir par croire que tu veux épouser l’un des deux.

— Tu transformes toujours tout en spectacle.

— Et toi, tu n’as toujours rien dit d’assez intéressant pour que je repose mon champagne.

Son regard descend vers ma coupe.

— Tu as refusé Mackenzie Hartwell.

— Mes fiches d’évaluation sont devenues une lecture publique ?

— Son dossier est excellent. Tu ne sélectionnes pas les meilleures filles, Scarlett. Tu sélectionnes celles qui correspondent à ton image.

— Magnifiques ?

— Celles qui t’admirent. Celles qui rient à tes blagues, copient tes vêtements et te demandent ton avis avant de changer de couleur de cheveux. Tu n’as pas besoin de sœurs. Tu as besoin d’un public.

Je fais lentement tourner ma coupe entre mes doigts.

— Tu sembles surtout très contrariée de ne plus être au premier rang.

Son sourire se tend.

— Je n’ai jamais fait partie de ton fan-club.

— Non. Tu étais beaucoup trop ambitieuse pour te contenter d’être fan. Tu aimais être à côté de moi tant que tu pensais pouvoir prendre ma place.

— Même quand quelqu’un te déteste, tu réussis à transformer ça en preuve qu’il est obsédé par toi.

— Tu connais mes décisions de recrutement, tu surveilles mes verres et tu analyses mon caractère. Ça commence quand même à ressembler à de l’investissement émotionnel.

Elle laisse échapper un rire sec.

— Tu crois réellement que tout tourne autour de toi.

Je regarde la pièce autour de nous.

— Ici, ce soir ? Les statistiques jouent plutôt en ma faveur.

Son expression se durcit.

— Tu passes ta vie à traiter les gens comme s’ils étaient interchangeables. Un jour, quelqu’un te fera comprendre que ce n’est pas le cas.

— Essaie d’être plus précise quand tu me menaces, Vanessa. J’aime savoir quelle tenue prévoir.

— Je ne te menace pas. Je te préviens.

— C’est encore moins intéressant.

Elle me fixe.

— Continue à rire, Scarlett. On verra combien de temps ça dure.

Je hausse ma coupe.

— Travaille un peu la formulation avant la prochaine fois. Là, on dirait une mauvaise bande-annonce.

Quelqu’un l’appelle depuis le couloir et Vanessa s’éloigne.

— Tu ne devrais pas lui parler comme ça.

Poppy vient de réapparaître avec un verre d’eau.

— Si tu essaies de me faire boire de l’eau alors que Vanessa vient de me prédire une chute tragique, je trouve ça terriblement peu solidaire.

— Je préfère simplement que tu sois hydratée pendant ta chute tragique. Tu auras meilleure mine sur les photos.

Elle échange mon champagne contre l’eau.

— Elle cherche la bagarre depuis des semaines, ajoute-t-elle. Tu devrais arrêter de lui donner ce qu’elle veut.

— Vanessa cherche de l’attention depuis sa naissance.

Poppy ne rit pas.

— Elle sait exactement quoi dire pour te faire mal.

— Elle peut essayer. J’ai une excellente peau et très peu de culpabilité.

— Tu plaisantes toujours quand quelqu’un te fait du mal.

Je tourne la tête vers elle.

— Tu deviens étrangement profonde pour une fille qui vient de me voler mon champagne.

Ses doigts se resserrent autour de ma coupe.

— Je suis sérieuse. Je déteste la façon dont elle te parle.

— Tu la détestes vraiment beaucoup.

Pendant une seconde, son expression devient presque trop dure pour elle.

— Elle n’a pas le droit de te traiter comme ça. Je veux juste qu’elle te laisse tranquille.

Je hausse une épaule.

— Beaucoup de gens devraient me laisser tranquille. Malheureusement, je suis fascinante.

Son sourire revient.

— C’est vrai. C’est probablement ton plus gros problème.

Je pointe mon verre vers elle.

— Voilà pourquoi tu es ma préférée aujourd’hui.

— J’apprécie énormément le « aujourd’hui ».

— Ne deviens pas arrogante. Blaire pourrait soudain développer de l’humour.

— Je t’entends parfaitement, lance cette dernière en nous rejoignant, et je commence à envisager de te laisser gérer seule la fille qui pleure dans les toilettes.

Je me tourne vers elle.

— Cette phrase nécessite beaucoup plus de contexte.

— Sophie pleure parce que quelqu’un lui a répété que tu avais qualifié sa robe de « crime contre le polyester ».

— D’abord, c’était du viscose. Ensuite, j’ai dit que la robe était un crime, pas Sophie.

Blaire me fixe.

— Tu réalises que ta défense est littéralement : « j’ai insulté correctement le tissu » ?

— Parce que c’est la vérité.

— Tu peux simplement venir la rassurer sans commenter sa robe pendant cinq minutes ?

— Je peux faire un effort, mais je refuse de promettre quelque chose d’irréaliste.

Je repose mon verre avant de me tourner vers Poppy.

— Tu surveilles l’escalier pendant qu’on gère cette urgence textile ? Les chambres sont interdites aux candidates.

— Je m’en charge. Et je vais essayer de ne tuer personne avec un sous-verre pendant ton absence.

Je souris.

— Voilà pourquoi je te fais confiance.

Blaire m’entraîne vers le couloir.

— Est-ce que tu comptes vraiment présenter des excuses à Sophia ?

— Je vais lui expliquer que son estime personnelle ne devrait jamais dépendre de mon opinion sur une robe.

— C’est étonnamment sain.

— Puis je lui donnerai l’adresse de ma couturière.

— Évidemment.

La musique s’interrompt brutalement avant que je puisse répondre. Pas à la fin d’une chanson ni dans un fondu maladroit, mais comme si quelqu’un venait d’arracher le câble. Les conversations meurent avec elle et le silence qui tombe sur Delta Mu Rose semble soudain beaucoup trop grand.

Blaire s’arrête à côté de moi.

— Personne n’était censé toucher à la sono.

— Peut-être qu’un dieu bienveillant a enfin décidé de nous épargner cette playlist.

Puis un cri retentit à l’étage et tout humour disparaît.

Ce n’est pas le genre de cri qu’une fille pousse après avoir renversé du vin sur une robe Reformation. Celui-ci est brut, terrifié, suffisamment violent pour immobiliser toute la maison. Blaire agrippe mon bras tandis que toutes les têtes se lèvent vers l’escalier.

À quelques mètres de moi, Poppy a perdu toute couleur.

Un second cri éclate, puis un prénom traverse la maison.

VANESSA !

Pendant une fraction de seconde, personne ne bouge. Puis je me précipite vers l’escalier avec Blaire derrière moi et, pour la première fois depuis que je suis devenue présidente de Delta Mu Rose, je monte les marches sans me soucier de savoir qui marche sur mon tapis.

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