Ma douce folie

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Summary

Une comédie romantique aux saveurs d’été Après une rupture brutale qui l'a laissée sans rien, Lilou 33 ans , accepte de se mettre au vert chez le frère de sa meilleure amie. Elle s'attendait à trouver un petit frère immature ; elle tombe sur Théo, un jeune homme de vingt-deux ans à la musculature qui attire tous les regards et au tempérament de glace. Théo est un puriste. Pour lui, la vie est une question de contrôle, d'image et de discipline. Sa maison est son sanctuaire, son corps est son outil de travail. Accueillir Lilou ? Une faveur qu'il regrette dès la première minute. Elle est le chaos. Il est l'ordre. Elle est impulsive. Il est rigide. Quand leurs deux mondes s'entrechoquent, le calme de la campagne vole en éclats. Pourront-ils résister à leur attraction mutuelle malgré leur écart d’âge ?

Genre
Romance
Author
Aude FZ
Status
Ongoing
Chapters
37
Rating
5.0 2 reviews
Age Rating
18+

Et moi qui pensais être attendue


Lilou


Devant le porche d’entrée, j’attends que l’on m’ouvre. Seule en pleine campagne avec ma pauvre valise pour unique compagnie, je ne suis pas tout à fait à mon aise. J’ai laissé filer le taxi qui m’a conduite jusqu’ici et je le regrette déjà, d’autant que le silence de la bâtisse commence à devenir pesant. Je vais être obligée d’appeler ma meilleure amie, celle-là même qui m’a mise dans ce pétrin. J’appuie sur la touche de numérotation rapide de mon portable ; Sarah décroche à la première sonnerie.

— Sarah, désolée de te déranger, mais personne n’ouvre.

Mon amie, toujours aussi volcanique, hurle instantanément dans le combiné :

— Je jure que je vais buter cet enfoiré ! S’il est encore en train de dormir ou de se taper une petite minette, je le tue.

Pas besoin d’en rajouter, elle va gérer la situation. Enfin, je l’espère. J’échoue sur ma valise en attendant la suite. Sarah m’a souvent dépeint son frère comme un être immature, avide de likes et de reconnaissance sur les réseaux sociaux.

Un type irrécupérable qui ne vit que pour son image. OK, ce n’est pas très joli de juger sur des qu’en-dira-t-on, mais c’est Sarah : nous sommes souvent sur la même longueur d’onde. Je lui fais une confiance aveugle.

Le vibreur de mon téléphone me tire de mes pensées. Un SMS de Sarah :

« Il dort encore. Le temps qu’il se lève le cul du lit et il arrive. Désolée, c’est la malédiction des petits frères... Je n’aurais pas dû t’entraîner là-dedans. »

Je secoue légèrement la tête. C’est vrai, elle n’aurait pas dû me retourner le cerveau pour que je vienne passer mes vacances ici, chez son frangin. Mais voilà : je me suis retrouvée sans emploi du jour au lendemain. J’ai surpris mon mec avec sa nouvelle assistante en plein ébat dans nos draps. J’en ai eu la nausée. Au lieu de se confondre en excuses, il m’a virée de notre appartement et, comme nous bossions ensemble, il m’a simplement licenciée sans préavis. Je suis obligée de saisir les prud’hommes pour lui rappeler qu’il y a des règles et qu’il ne peut pas agir impunément de la sorte.

Je me demande encore ce qui m’a pris de rester avec lui depuis la fac. Je l’ai laissé m’exploiter alors que je me tuais à la tâche pour que sa boîte devienne ce qu’elle est. Résultat des courses : monsieur n’avait plus besoin de mes services, il a préféré se taper une nana plus jeune et surtout plus mince que moi.

En parlant de jeunesse, la porte s’ouvre enfin. Je m’attends presque à voir apparaître un gamin boutonneux en pleine poussée de croissance. Je ricane intérieurement : à force d’entendre ma meilleure amie parler de son frère, j’en oublie qu’il a vingt-deux ans. Onze ans de moins que nous, certes, mais un adulte tout de même.

Et là, c’est le choc.

Devant moi se tient un mec aux cheveux en bataille, vêtu d’un simple boxer noir, torse nu. Et, oh mon Dieu, cette musculature... C’est indécent. Je reste figée, ébahie par le spectacle. Reprends-toi, ma fille. Ce type est un gamin prétentieux qui se prend pour un dieu vivant. Bon, vu le corps, je comprends qu’il se prenne pour un Apollon. Qui pourrait lui en vouloir d’ailleurs. Sarah a-t-elle revu son frère récemment ? Est-elle au courant de la beauté de son petit frère ? Pardonnez-moi mon Dieu, j’ai soudain une envie de pécher et de lui sauter dessus.

Reprends-toi Lilou. Je suis obligée de me parler intérieurement pour éviter de tout déballer devant lui.

Sarah, ton frère est si appétissant. Me ruerait-elle dessus si je n’en mangeais qu’une bouchée ? Mes yeux dérivent vers son boxer. Je me mords l’intérieur de la lèvre. Je réalise avec horreur mon comportement, je relève le regard vers lui en prenant le temps de bien tout regarder sans me priver. J’ai certes honte, mais j’aime profiter des plaisirs de la vie. C’était ma nouvelle résolution dans le train en tout cas.

— Hey !

Je secoue la tête, tentant de retrouver un semblant de dignité.

— Arrête de mater ce que tu ne pourras jamais toucher.

J’explose de rire, autant par défi que par nervosité. Sauf que nos yeux se télescopent et son regard “menthe à l’eau” m’hypnotise instantanément. Est-il seulement permis d’être aussi beau ? J’entends encore Sarah me dire : « Mon frère ? Je ne comprends pas son succès, il n’a rien pour lui. » On n’a définitivement pas la même vision de ce qui est canon. Je vais devoir lui prendre rendez-vous chez l’ophtalmo d’urgence.

— Tu restes les fesses sur ta valise ou tu rentres ?

Il bâille, se gratte le crâne, fait une grimace qui devrait l’enlaidir, pourtant paradoxalement ça le rend encore plus craquant. La vache, il est juste sublime.

— Tu te bouges ! insiste-t-il.

Oui, bon, là d’un coup, il vient de faire baisser ma libido. Il ferait mieux de se taire, ça gâche tout. Quoique, non, c’est parfait : son arrogance me remet les pieds sur terre. Je me lève enfin pour franchir le seuil. Le frangin canon m’emboîte le pas, il se cogne le pied contre le battant de la porte. Je manque de me moquer, mais je me retiens de justesse.

— Ça va ?

— Ouais. Entre. Dépêche. Je pensais que t’arrivais demain.

Il ne me regarde pas certainement trop honteux de montrer à une femme ses failles. Ça me va très bien. Son assurance vient de se faire la belle, ça la rend légèrement moins attirant. Il retient depuis tout à l’heure un cri, sa manière de se retenir m’amuse. Bien fait pour lui et toc, ne puis-je m’empêcher de penser.

Nous pénétrons dans la magnifique bâtisse que je regardais depuis le devant de la grille. L’intérieur a été intégralement refait dans un style cosy, mêlant boiseries et pierres apparentes. Les poutres d’antan ont été préservées, donnant un cachet fou à la pièce de vie.

— Ta chambre et ta salle de bain sont là-bas, lance-t-il en désignant une porte près du jardin. Tu auras ton espace à toi. Ne mets jamais les pieds à l’étage, c’est mon domaine.

Son ton condescendant commence déjà à me taper sur le système. Il a beau être gaulé comme un dieu, je déteste sa manière de me parler.

— Et surtout ne fais aucun bruit, ajoute-t-il.

Je roule des yeux.

— Je te laisse, j’ai besoin de dormir. À plus.

— Vas-y, va roupiller, mon petit.

Il se tourne d’un coup vers moi, son regard vert clair croise mes yeux bien plus sombres que les siens.

— Mon petit ?

Je lui sers un magnifique sourire enjôleur.

— Tu as l’âge de mon petit frère. Tu n’es encore qu’un gosse qui se prend pour un adulte.

Vexé, il me regarde de haut en bas, lève un sourcil.

Fière de moi, je sautille légèrement et l’abandonne pour me diriger vers mes quartiers. En ouvrant la porte, je manque de lâcher ma valise. C’est une merveille. Une chambre spacieuse, digne d’un conte de fées, avec un lit à baldaquin drapé de voilages légers. La déco est délicate, un rose poudré apaisant, complétée par une commode et un miroir monumental de style baroque. Je remarque une immense armoire qui semble tout droit sortie du monde de Narnia.

Je pose mes affaires et m’approche de la baie vitrée. Elle s’ouvre sur une terrasse privée qui surplombe une piscine olympique. Au-delà, le jardin s’étend, sauvage et beau, avec un hamac tendu entre deux chênes. Bien entendu, mon hôte s’y vautre déjà.

Je reviens sur mes pas pour découvrir la salle de bain. C’est le grand luxe : une pièce lumineuse, ouverte sur l’extérieur... et sans rideaux. Je grince des dents ; on peut me voir comme à travers une vitrine. La baignoire balnéo et la douche monumentale avec son petit banc de pierre me font déjà de l’œil.

Sarah avait omis de préciser que son “petit mât familial” était un véritable joyau au milieu de nulle part, certes, mais ça me change de la ville et c’est tant mieux.

Finalement, je la remercie intérieurement de m’avoir poussée à venir. Les vacances s’annoncent... mouvementées, surtout avec la présence de ce petit con bien trop beau pour ma santé mentale.

Mes affaires sont enfin déballées, mon ventre gargouille ; normal, je n’ai pas mangé depuis ce matin. Je sors de ma chambre pour m’aventurer un peu plus dans la maison, quasiment sur la pointe des pieds, pour ne pas réveiller l’ours de la maisonnée. Je repère la cuisine, grande, spacieuse, ouverte sur le salon et donnant sur un petit potager. Comme c’est adorable. Vivre ici doit être un véritable bonheur ; je ferme les yeux, imaginant m’installer ici, loin du bruit, de la ville, de mes tourments.

J’ouvre les yeux, déstabilisée par la pensée de solitude qui vient de me traverser.

En couple depuis plus de dix ans, je me retrouve célibataire. Échec complet de ma vie, le néant, tout comme le frigidaire que j’ouvre. Je grimace en voyant le contenu. Je zieute rapidement autour de moi : il n’y a que des boîtes de compléments alimentaires, beurk, rien de réellement comestible pour moi.

— Tu fais quoi, là ?

La voix bourrue de mon colocataire me fait sursauter. Quel imbécile !

— Tu ne dormais pas ?

Agacé, il me dévisage, les bras croisés sur son torse nu. Bien entendu, mes yeux traîtres sont irrésistiblement attirés par ses muscles. Par pitié, achevez-moi.

— Vu que je suis en train de te parler, j’imagine que la réponse est non, tu ne crois pas ?

Super. Bienvenue au club des boulets, Lilou.

— Tu pourrais me filer les clés de la voiture de ta mère ?

Légèrement surpris par ma demande, il se reprend aussitôt et fronce les sourcils.

— Pour ?

— Pour conduire ?

Je lui réponds par une autre question tout aussi ridicule que la sienne. J’aime jouer les cruches de service, c’est mon côté provocateur.

— Mais encore ?

Ce petit jeu entre nous pourrait durer des heures. Mais j’ai beaucoup trop faim pour continuer. Je décide de couper court.

— J’ai besoin de faire des courses. Je lui montre le frigo vide. Il n’y a rien à manger.

Il fixe le réfrigérateur sans réagir. Alors je le provoque.

— J’ai besoin de Coca, de chips, d’un énorme sandwich et surtout, de sucre. Des tonnes de sucre.

Il reste stoïque, le regard assombri. J’entends les mots de Sarah : « surtout ne critique jamais son régime alimentaire ». Oups, trop tard.

— Et tu penses vraiment que je vais laisser toute cette malbouffe entrer chez moi ?

— Oh, tout de suite les grands mots ! Malbouffe... Comme tu y vas ! Ce sont simplement des vivres de survie pour une femme déprimée et officiellement en vacances.

Il secoue la tête, visiblement affligé par mes arguments.

— Surtout une femme sans emploi, précise-t-il froidement.

Je retrousse le nez, piquée au vif.

— Appuyer là où ça fait mal, c’est beaucoup trop facile, mon chou.

Je tends la main vers lui, paume ouverte, attendant les clés avec un aplomb que je ne possède pas vraiment. Il grogne.

— Je vais t’y conduire, ça ira plus vite.

Je reste abasourdie, la main suspendue dans le vide.

— Tu vas... réellement m’accompagner ?

J’ai besoin d’une confirmation. Avec Théo, rien n’est jamais sûr à cent pour cent, paroles de Sarah : « Mon frère peut paraître gentil et serviable, mais méfie-toi... ». Bon, pour le côté gentil, j’attends encore de voir, même s’il m’accueille dans sa maison, enfin, la maison familiale, d’après ce que je sais. Il n’a probablement pas eu d’autre choix que de m’accueillir. Je reste sur mes gardes.

— Oui, pourquoi ? s’étonne-t-il devant ma mine déconfite.

Dois-je lui avouer que sa propre sœur m’a dressé un tableau peu flatteur à son sujet ? Non. Ça n’est définitivement pas une bonne idée.