Chapitre 1
Lycée des Églantines, Quetigny, Grand-Dijon, FRANCE
12h05, 4 sept. 2002
À en croire les gloussements de certaines filles dans le réfectoire depuis quelques minutes, Brad Pitt venait de débarquer au lycée.
— Je te jure, Ambre, il est vraiment trop beau, souffla Brenda en étouffant un rire derrière sa main. Il s’appelle Lenny… si tu voyais ses yeux ! C’est un étudiant apparemment, mais il travaille ici pour pouvoir payer ses études.
Je me contentai de hocher la tête. Pas le moins du monde intéressée.
Avec Brenda, c’était toujours la même chose. Elle avait toujours un potin ou un mec qui lui tapait dans l’œil.
— Par contre, moi, ce que j’ai remarqué, ce sont ses épaules… on aurait dit un boxeur, ajouta Dorine. Vous avez vu un peu ses épaules ?
Je regardai alors Dorine d’un air dévasté. Dans notre bande d’amies, Dorine et moi étions toutes les deux en Première Littéraire, elle était aussi ma meilleure amie. Nous nous connaissions depuis la 5e.
Brenda, quant à elle, était en Première Économique et Sociale et enfin nous avions Emmy, qui était en Première Scientifique. La petite intello du groupe, quoi !
— Moi, c’est plutôt sa taille qui m’a impressionnée, lança Emmy sans lever le nez de son carnet de liaison.
— Nooon ! m’écriai-je. Toi aussi tu t’y mets !
Face à ma consternation, tout le monde éclata de rire.
— Quand tu le verras, tu comprendras ! fit Brenda d’un ton sibyllin.
— Pff… ça m’étonnerait… cette année je n’ai pas le temps pour ça. Dorine et moi, on a notre Bac de Français, de Maths et de Sciences à préparer ! expliquai-je.
Le discours de la rentrée de notre professeur principal m’avait un peu stressée.
— Oh ! Quelle rabat-joie ! rigola Dorine en m’attrapant par les épaules. On n’est qu’au début de l’année ! Relax !
Dorine avait totalement raison, mais j’étais plutôt du genre anxieuse. Pour lui faire plaisir je lui fis un grand sourire.
Je n’étais pas vraiment une personne qu’on pouvait qualifier d’extravertie, ni même d’introvertie à dire vrai. Mes amies savaient que lorsque je m’y mettais, personne ne pouvait me faire arrêter de parler.
Je me qualifierais plus comme une ambivertie… à mi-chemin entre les deux.
Une fois nos plateaux en main, nous nous dirigeâmes vers une table à quatre, quand soudain le brouhaha habituel s’intensifia.
— Lenny ! hurla une personne à l’autre bout de la salle. Viens manger avec nous !
Brenda me toucha alors avec le coude :
— Regarde ! Quand on parle du loup…
— …On en voit la queue ! acheva Dorine en pouffant.
Je décidai de ne pas me retourner. Ce Lenny avait assez d’admirateurs comme ça !
— Je suis là pour vous surveiller, pas pour manger les mioches ! répliqua-t-il d’une voix très grave et enjouée.
Je serrai les dents.
“Typique d’une voix de séducteur de seconde zone !”, pensai-je.
J’avais une faim de loup ! Je reportai mon attention sur mon plateau.
Je pris une grosse bouchée de la crêpe aux champignons qui était en entrée.
Qu’est-ce que j’adorais les champignons !
Les filles avaient maintenant changé de conversation (enfin !) et elles s’étaient attaquées à l’épineux sujet du pantalon patte d’eph. Était-ce encore ou pas à la mode ? Comment le recycler s’il ne l’était plus ?
Que des questions existentielles en quelque sorte !
J’étais toujours plongée dans ma nourriture quand je sentis une présence à mes côtés. Les filles avaient également cessé de parler.
La bouche toujours pleine, je levai lentement la tête. Vu la hauteur du personnage, j’avais le cou complètement cassé.
Mais qui donc était ce géant ?
— Mesdemoiselles, tout se passe bien pour vous ?
En entendant la voix, je compris aussitôt de qui il s’agissait. Je baissai à nouveau ma tête dans mon assiette.
Les autres filles répondirent en choeur “Ouiiii Monsieur !”.
Ce qui fit apparemment rire l’intéressé.
— Ne vous inquiétez pas ! Vous pouvez m’appeler Lenny. Je suis votre nouveau surveillant et si jamais vous avez besoin de quelque chose, n’hésitez surtout pas, expliqua-t-il de cette même voix de playboy. Vous me trouverez au bureau des surveillants ou dans la cour.
— Merci Lenny !
La réponse toujours en chœur.
Alors qu’il s’éloignait de notre table pour une autre, je levai lentement les yeux pour le regarder.
Un grand brun avec un jean un peu taille basse et un t-shirt noir tout simple qui dessinait effectivement des épaules carrées.
Je n’avais pas vraiment eu le temps de voir son visage, mais sa voix, sa démarche suffisaient à définir l’homme : un Don Juan de pacotille.
Contrairement à bon nombre de filles (pas toutes, bien sûr !), je n’étais jamais tombée amoureuse au premier regard. Même le plus beau des mecs ne me faisait aucun effet en le regardant uniquement.
J’avais besoin de plus pour être attirée. Un charme plus profond que le simple physique.
Je voyais bien la beauté physique… je n’étais pas aveugle ! Mais cela restait tout de même le critère numéro deux lorsque je tombais amoureuse d’une personne.
— Alors ? Tu l’as trouvé comment ? demanda Brenda, une fois que Lenny fut hors de portée.
Je haussai légèrement les épaules en signe de désintérêt.
— Comme je l’avais imaginé : imbu de lui-même et superficiel. À part un physique peut-être avantageux, c’est juste un œuf de Pâques complètement creux, répliquai-je.
— Comme tu y vas après l’avoir vu pendant à peine deux minutes ! s’indigna Dorine.
— C’était plutôt toi qui l’as snobé en ne lui répondant pas, remarqua calmement Emmy.
Je souris intérieurement. Toujours aussi perspicace, elle !
La sonnerie de fin de pause retentit. Nous nous levâmes du banc où nous nous étions posées après le déjeuner.
— Ambre ! Attends !
Je me retournai et vis Sacha courir vers nous.
Grand, blond, les cheveux un peu en bataille, il avait presque toujours le sourire des gens de Terminale S qui ne stressent jamais.
Il arriva à ma hauteur et passa naturellement un bras autour de mes épaules.
— Salut beauté ! J’ai essayé de t’appeler hier soir, mais ton fixe était occupé et je n’avais plus de crédit sur mon portable. Mon père n’a pas voulu me payer une nouvelle carte, expliqua-t-il en riant.
— Désolée, Sacha. Mon frère a squatté la ligne pour internet toute la soirée, répondis-je en soupirant.
— Bon, on vous laisse alors ! On se retrouve à la pause ! lança Dorine.
Les deux autres filles lui emboîtèrent également le pas.
— Je voulais te demander si ça te dirait qu’on aille au cinéma ce week-end ? Avec tes copines et tout. J’emmènerai aussi des potes à moi, me proposa-t-il.
Je fis mine de réfléchir quand soudain j’entendis une voix dans notre dos.
— Premier jour de l’année et on fait déjà le joli cœur ? demanda Lenny.









Tu te mets beaucoup de pression, 2 fois par semaine ! Bon, ce qu'il nous reste à faire c'est t'encourager. En tout cas, c'st un bon début. Tout de suitge dans le b ain. Nostalgie. J'entendais le brouhaha du réfectoire, je voyais le mec radiner, vers la table d'Ambre. Merci.
ça me rappelle mes années lycée, qu'est ce que ça me manque :( lol