Chapitre 1
NAYANA
J’ai chaud. Terriblement chaud. Non, ce n’est pas dû à la météo. Bon, allez, je vous le dis. Je suis une adepte des histoires un peu olé olé, si vous voyez ce que je veux dire. Que ce soit roman ou BD, je suis dingue de ces trucs ! Le problème ? Bah, c’est que quand je lis ça, je deviens toute chose. Et tel un début d’incendie, il me faut une lance pour m’éteindre. Les esprits mal placés verront de quoi je parle.
Vous allez me dire, et alors ? Tu as bien le droit de faire ce que tu veux. Oui, mais non, enfin, tout le monde ne pense pas pareil. Surtout au lycée. Non, parce qu’il faut que je vous explique que pour ma “lance”, je me fournis directement au plus proche, c’est-à-dire au bahut. Et une fille qui se tape plusieurs mecs différents passe forcément pour une salope.
Il faudra d’ailleurs qu’on m’explique pourquoi, lorsqu’il s’agit d’un mec qui se tape tout ce qui bouge, les gens trouvent ça normal. Mais lorsqu’il s’agit d’une fille, c’est l’inverse. On passe pour des salopes, des traînées, des filles faciles ! À quel moment on a pas le droit de profiter nous aussi ?! Aaaah, ça me fout en rogne !
Bref, du coup, vous l’aurez compris, je suis ce genre de fille. Ce qui me vaut la réputation d’être une chaudasse au lycée. Les mecs ne s’en plaignent pas, hormis ceux à qui j’ai mis des râteaux. Les filles, bah, elles me détestent bien évidemment. Mais vous savez quoi ? Je m’en fous comme de l’an quarante ! Je fais ce que je veux, si ça plaît tant mieux, si ça ne plaît pas, je m’en tamponne le coquillard.
Pour en revenir à mon problème actuel. Je n’aurais pas dû lire le manhwa “Predator Marriage”, surtout quand je n’ai aucune “lance” à me mettre sous la dent. Me voilà en train de faire défiler mes contacts pour trouver un mec potable qui ne me laissera pas sur ma faim.
Oh, j’ai oublié de préciser que je me lasse vite, très vite. Si tu n’es pas un Dieu du cul, eh bien tu n’auras pas le droit à un second rodéo. Ce qui me vaut aussi la réputation d’une salope frigide et sans cœur. Mais j’accepte, enfin, j’en ai rien à cirer en réalité. Ce n’est quand même pas ma faute s’ils sont nuls, hein ?!
Mon pouce survole le nom de “Kyle” et j’hésite un instant. Il me semble qu’avec lui, on n’avait pas eu le temps d’aller jusqu’au bout. Je crois qu’on avait été interrompus par ses parents. Peut-être que le saint graal se trouve ici. Allez, je lui envoie un SMS.
Salut Kyle ! C’est Nayana, t’es dispo ?
Je rajoute un abricot et une langue en émoji. S’il ne saisit pas la perche, je ne peux rien pour lui. Sa réponse ne tarde pas à arriver.
Salut Nayana ! Chez toi ou chez moi ?
Bien, au moins il a saisi le message. Je regarde l’heure, mes parents ne devraient pas rentrer avant 18h, ça nous laisse amplement le temps de s’amuser.
Chez moi. Dans dix minutes ?
Ok ! ;)
Et voilà, j’ai trouvé de quoi éteindre le feu.
Lundi. Pff, je déteste les cours, je n’ai vraiment aucune motivation. J’ai passé un bon week-end, surtout un samedi après-midi agréable. Kyle a été plutôt pas mal, je dirais qu’il serait dans mon top cinq, ce qui est vraiment pas mal. J’ai ajouté une étoile à côté de son nom, comme ça je me souviens que c’était plutôt chouette. Plus facile si je veux remettre le couvert. Rooooh oui, je sais, je suis folle. Mais une fille un peu tarée, ça rajoute du piquant.
Je sors des chiottes, où je me suis réfugiée pour sécher le cours d’anglais. En essayant de passer la porte, je me heurte à un type.
— Aïe. Bordel, mais t’es fait en quoi ? dis-je en me frottant le crâne.
Le type ricane, et ce son me fait lever les yeux. Je suis surprise de découvrir Kaïzen.
Kaïzen, c’est le mec le plus populaire du bahut. Il est beau à crever, il a les meilleures notes, et il est le meilleur de l’équipe de natation. Est-ce que je vous ai dit que mon fantasme, c’était de me taper un coréen ? Non ? Parce que Kaïzen est justement coréen. Pour vous décrire comment il est, c’est simple. Vous voyez l’acteur Woo Do-hwan ? Allez voir sur Google ! C’est exactement le même, mais âgé de dix-sept ans.
Vous vous demandez sûrement pourquoi je ne lui ai pas proposé une partie de jambes en l’air. Bah tout simplement parce qu’il est amoureux d’Amandine. Une grande blonde sulfureuse. Ils ne sortent pas ensemble, mais il est raide dingue d’elle. Tout le monde le sait, sauf la principale intéressée. En général, je sais quand j’ai une ouverture avec un mec, et ce n’est clairement pas le cas avec lui.
— Euh, c’est les toilettes des filles ici, dis-je, un peu mal à l’aise.
Il me regarde, sourire en coin.
— Oui, je sais.
Mon dieu, cette voix ! J’en ai des frissons dans ma culotte ! Reprends-toi, Nayana !
— Oh, ok.
J’essaie de passer, mais Kaïzen se déplace pour me bloquer le passage.
— Hum. Euh, excuse-moi, j’aimerais passer.
Son sourire s’élargit.
— Tu es bien Nayana ?
Je plisse les yeux, suspicieuse.
— Possible. Ça dépend de ce que tu lui veux.
Il ricane, et je jure qu’il est encore plus beau.
— Juste te parler.
Je hausse les sourcils, surprise.
— Oh. Eh bien, vas-y, je t’écoute.
— Entre là-dedans.
Dans les chiottes ?! Pourquoi ?!
— Euh, tu ne veux pas plutôt aller discuter ailleurs ? Ce serait carrément trop bizarre sinon.
— Nayana.
Brrrr, ça me fait frissonner quand il dit mon nom.
— Oui ?
— Entre juste là-dedans, ok ?
— Ok.
Je fais ce qu’il me dit, et il entre à ma suite puis verrouille la porte, ce qui est clairement pas rassurant du tout.
— Est-ce que tu es un psychopathe ou un truc du genre ? Non, parce que je préfère te prévenir, je ne fais pas une victime idéale. Je ne compte pas te supplier de m’épargner ou quoi, tu vas clairement te faire chier en m’assassinant. Il vaudrait mieux choisir quelqu’un d’autre, quelqu’un qui...
— Nayana, ricane-t-il.
— Oui ?
— Respire. Je ne vais rien te faire.
— Ouah, ok. Ouf.
Je souffle un bon coup et me tais. Après un silence gênant, je demande :
— Bon, que veux-tu ?
Il s’adosse à la porte, m’observe de haut en bas.
— C’est vrai ce qu’on dit sur toi ?
Je fronce les sourcils. Oh, alors ma réputation est arrivée jusqu’à ses oreilles.
— Hum, je ne sais pas. Qu’est-ce qu’on dit ?
Il se gratte l’arrière de la tête, mal à l’aise.
— Il se murmure que tu as le feu au cul.
Je ricane. Les mots exacts sont chaudasse et salope. Mais je lui suis reconnaissante d’y mettre les formes.
— Oh. Eh bien oui, c’est vrai. Et alors ?
Il s’adosse à la porte et croise les bras.
— J’ai un service à te demander.
— Un service ?
Il hoche la tête.
— J’ai besoin que tu m’aides à devenir une bête de sexe.
J’explose de rire. Je ne m’attendais pas à ça.
— Pardon ?!
— Tu m’as très bien compris.
— Désolée, mais je ne suis pas intéressée.
Intéressée pour coucher avec lui, oui. Mais pas pour devenir son prof. C’est quoi cette idée à la con ?
— Bien. Alors plan B.
— Plan B ?
— Accepte ma demande... sinon, je publie des vidéos compromettantes de toi sur les réseaux.
J’ouvre la bouche, choquée. Quel petit enfoiré !
— Des vidéos de moi ? Je ricane. Comme si c’était possible. À moins que tu m’aies stalkée et suivie chez moi ou chez les gars avec qui j’ai couché. Tu ne peux pas avoir ce genre de vidéo.
Kaïzen regarde ses ongles.
— Oh, tu sais, maintenant avec l’IA, on fait ce qu’on veut.
— Les gens verront immédiatement que c’est faux.
— Oh, tu crois ?
Il sort son portable, le lève et me prend en photo. Il se met ensuite à pianoter sur son portable. Je fronce les sourcils.
— Qu’est-ce que tu fais ? Pourquoi tu m’as pris en photo ?
Il m’ignore complètement et continue de pianoter sur son téléphone.
— Hé ho ! Qu’est-ce que tu es en train de faire ?
Il finit par lever ses yeux vers moi et sourit en tournant son téléphone vers moi. Une vidéo démarre, c’est moi, nue, en train de me faire prendre par derrière. Enfin, ce n’est pas réellement moi, c’est généré par l’IA, mais bordel, c’est tellement réel.
— Putain de merde ! Tu es vachement doué !
L’espace d’une seconde, j’en ai oublié qu’il voulait me faire chanter.
— Mais tu es complètement malade !
Il range son téléphone dans sa poche et hausse les épaules.
— Tu vois, c’est extrêmement simple. Et tout le monde n’y verra que du feu.
— Moi aussi, je peux très bien faire ça avec ta tête ! Et alors, ton chantage n’aura plus aucune raison d’être !
— Oh oui, tu peux. Sauf que moi, tout le monde m’adulera. Alors que si ces vidéos de toi circule... ta vie deviendra un enfer. Surtout que je ne m’arrêterai pas simplement aux réseaux. Je les enverrai à tes amis, ta famille et aux universités. Du coup, quand tu enverras ton dossier pour la fac, aucune université ne te voudra.
— T’es un sacré connard !
— Tu aurais dû accepter ma première demande.
— Pourquoi tu ne demandes pas à Amandine ? Il me semblait que tu étais amoureux d’elle.
La sonnerie retentit, Kaïzen déverrouille la porte des toilettes.
— Je t’expliquerai après les cours. Je t’attendrai sur le parking. À tout à l’heure.
Il sort avant que j’aie pu lui dire d’aller se faire foutre. Quel putain d’enfoiré ! Pourquoi les plus beaux sont souvent les plus gros connards?!