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La guerre de l'Alpha - Tome 3

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Résumé

Après avoir survécu à la folie qui menaçait de lui faire perdre le contrôle, Ryan a enfin retrouvé son équilibre. Avery porte désormais sa marque, leur lien est officiel et Manhattan reconnaît une humaine comme compagne de son Alpha. Mais ce choix bouleverse un monde construit sur des traditions vieilles de plusieurs générations. Pour les meutes voisines, Avery n’est pas seulement une humaine. Elle est une anomalie, une faiblesse potentielle et, pour certains, une menace contre l’ordre établi. Lorsque Malcolm Vale, l’Alpha de Westchester, commence à remettre ouvertement en cause la légitimité de Ryan, les tensions politiques deviennent rapidement territoriales. Cette fois, Ryan refuse de laisser son loup décider à sa place. Et Avery refuse de devenir la raison qu’on utilise pour le faire tomber. Entre alliances fragiles, trahisons internes et attaques de plus en plus violentes, Manhattan se prépare à une guerre qui ne pourra plus être évitée. Parce qu’après la tentation et la folie, il ne reste plus qu’une chose à défendre : leur territoire, leur meute… et le choix qu’ils ont fait l’un de l’autre.

Genre :
Romance
Auteur :
Lara Dry
Statut :
il y a 6 heures
Chapitres :
15
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Chapitre 1

AVERY.

La première chose que je remarque en ouvrant les yeux n’est pas la douleur à mon épaule. C’est Ryan.

Pas sa chaleur contre mon dos, même si son bras repose autour de ma taille et que son souffle effleure ma nuque. Pas son odeur restée sur les draps ni le poids familier de sa présence dans le lit. C’est autre chose, une sensation diffuse qui n’appartient à aucun de mes cinq sens et qui me permet de savoir qu’il dort profondément avant même que je tourne la tête pour le vérifier.

Je reste immobile quelques secondes et cherche une explication rationnelle. Sa respiration est lente, son bras lourd autour de moi et son corps bouge à peine. Mon cerveau possède donc suffisamment d’informations ordinaires pour conclure qu’il dort sans inventer une connexion surnaturelle apparue pendant la nuit.

Parfait. Voilà une explication que je peux accepter.

Je referme les yeux, mais Ryan bouge derrière moi. Une impression de calme traverse ma poitrine, chaude et profonde, puis se modifie au moment précis où sa respiration change. Mes yeux se rouvrent avant que j’aie le temps d’y réfléchir et, lorsque je tourne la tête, je découvre qu’il me regarde.

— Ne dis rien tout de suite. J’essaie de comprendre quelque chose.

Ses sourcils se froncent tandis qu’une pointe d’amusement apparaît dans son regard.

— Bonjour à toi aussi. Je suis ravi de constater que la tendresse matinale reste une priorité dans notre couple.

— Je mène une expérience et j’ai besoin que tu coopères avant de commencer à faire des commentaires inutiles.

— Une expérience dans mon lit, au réveil ? Je reconnais que le protocole manque de clarté.

— Notre situation offre peu de laboratoires indépendants, alors tu vas devoir faire avec les moyens disponibles.

Un sourire apparaît sur son visage et j’ai l’impression de sentir son amusement avant même de le voir.

— Très bien, docteur. Qu’est-ce que tu essaies de tester ?

Je me retourne vers lui, ce qui tire sur mon épaule. La douleur reste supportable, mais suffisamment présente pour me rappeler ce qui s’est passé quelques heures plus tôt.

— Le lien entre nous. Je veux savoir ce que je perçois réellement et ce que mon cerveau invente parce que je sais qu’il existe.

Son amusement disparaît et son regard se fixe sur moi.

— Depuis que tu es réveillée, tu sens quelque chose qui ne te paraît pas normal ?

— C’est précisément ce que j’essaie de déterminer. Pour l’instant, je refuse de conclure quoi que ce soit sans vérifier.

Je pose une main contre mon sternum, consciente du ridicule de la situation mais trop curieuse pour m’arrêter.

— Pense à quelque chose qui t’agace. Quelque chose qui provoque une réaction assez nette pour que je puisse essayer de la reconnaître.

Ryan me regarde comme si j’avais perdu l’esprit pendant la nuit.

— C’est réellement ton protocole scientifique ? Tu me demandes de m’énerver avant le petit déjeuner ?

— Pour l’instant, oui. J’améliorerai la méthodologie lorsque Naomi m’aura fourni la documentation qu’elle aurait dû préparer avant de laisser une humaine devenir le premier cas pratique.

— Voilà qui est particulièrement rassurant. Je suis heureux de participer à une étude aussi rigoureuse.

Je plisse les yeux.

— Ryan, concentre-toi et pense à quelque chose d’agaçant.

Il laisse échapper un soupir avant d’acquiescer.

— Très bien, je vais jouer le jeu. Ferme les yeux et essaie de ne pas tricher en regardant ma tête.

Je ferme les yeux. Pendant quelques secondes, rien ne se passe et je commence à me demander si la première sensation était une coïncidence. Puis quelque chose se resserre en moi. Ce n’est pas une douleur ni même une émotion complète, plutôt une tension sèche, une irritation sans origine identifiable qui n’était pas là une seconde plus tôt.

J’ouvre les yeux et étudie son visage.

— Tu es agacé. Pas au point de vouloir étrangler quelqu’un, mais suffisamment pour que je sente une tension.

Ryan relève les sourcils, intéressé.

— C’est assez exact. Je suis agacé, mais pas au point de perdre patience.

— À quoi est-ce que tu pensais ?

— À Richard. Ce qui, je te l’accorde, n’était probablement pas le meilleur choix pour une expérience censée éliminer les variables communes.

Je grimace parce qu’il vient d’identifier le problème.

— Mauvais test. Richard m’agace aussi, donc je pourrais avoir envie de l’étrangler par simple association d’idées.

Un rire lui échappe et l’irritation disparaît de ma poitrine.

— Tu veux recommencer avec quelque chose que tu ne risques pas d’anticiper ?

— Oui. Choisis quelque chose que je ne peux pas deviner et ne change pas d’idée au dernier moment uniquement pour fausser les résultats.

Je referme les yeux. Cette fois, la sensation arrive plus vite. Une chaleur tranquille, presque tendre, se diffuse dans ma poitrine et me donne l’impression étrange d’être observée alors que mes paupières sont fermées. Il n’y a pas de pensée, pas d’image ni de mot, seulement cette émotion qui semble s’être glissée sous ma peau.

Lorsque je rouvre les yeux, Ryan sourit.

Je plisse les yeux.

— Tu fais exprès de rendre cette expérience inutilisable.

— Qu’est-ce que j’ai fait ? J’ai pensé à quelque chose, comme tu me l’avais demandé.

— Tu pensais à moi. C’est beaucoup trop évident pour constituer un test valable.

— Est-ce que c’était interdit dans ton protocole scientifique particulièrement sophistiqué ?

— Scientifiquement, c’est suspect. Tu introduis un biais émotionnel évident dans l’expérience.

Son sourire s’accentue.

— Je suis prêt à prendre le risque si c’est le seul problème que tu trouves.

Je secoue la tête avant de baisser les yeux vers mon épaule. La marque reste sensible sous le tissu de mon débardeur et deux traces plus foncées dessinent quelque chose qui ressemble moins à une blessure qu’à une cicatrice en train de s’installer. Je touche la peau autour du bout des doigts, incapable de regarder ces marques sans repenser à la nuit précédente.

— C’est perturbant. Je pensais comprendre à peu près ce qui nous arriverait après la marque, mais le ressentir est complètement différent.

Ryan se redresse contre les oreillers.

— C’est le lien qui te perturbe le plus ou le fait que tu commences à distinguer ce qui vient de moi ?

— Le lien, surtout. Je n’entends rien, je n’ai pas tes pensées et je ne saurais pas expliquer ce que tu ressens avec précision. Pourtant, par moments, j’ai l’impression de le savoir avant même de regarder ton visage.

— Avec le temps, ça devrait devenir plus facile à distinguer. Tu apprendras probablement à reconnaître ce qui t’appartient et ce qui passe par le lien.

Je relève les yeux sur lui.

— J’adore la précision du mot « devrait ». Ça inspire une confiance absolue.

Il serre les lèvres.

— Naomi va adorer le nombre de questions que tu vas lui poser aujourd’hui. Je crois même qu’elle pourrait regretter de t’avoir expliqué le fonctionnement de la marque.

— Naomi aurait dû prévoir un manuel avant de laisser une humaine sans aucune connaissance pratique entrer dans votre système.

— Je peux lui suggérer d’en rédiger un pour toi.

— Avec des annexes, des références, des exemples pratiques et, si possible, autre chose que des légendes transmises oralement depuis quatre siècles.

— Évidemment. Je n’oserais pas te proposer une documentation qui ne respecte pas tes standards.

Je bouge pour me redresser et une douleur traverse mon épaule. Mon visage doit changer parce que Ryan le remarque aussitôt. Toute trace d’amusement disparaît de son expression.

— Laisse-moi regarder la marque. Je veux vérifier que la cicatrisation suit son cours normal.

— Je suis parfaitement capable d’examiner ma propre peau et de te prévenir si elle décide de tomber.

— Je sais que tu en es capable. Je ne prétends pas le contraire.

Je relève un sourcil.

— Ton ton disait exactement le contraire.

Ryan lève les mains dans un geste de reddition.

— Dans ce cas, je reformule. Est-ce que tu m’autorises à regarder ton épaule sans que cela soit interprété comme une tentative de contrôle ?

Je retiens un sourire puis décale le tissu de mon débardeur. Ryan ne bouge pas. Il attend, comme s’il voulait une confirmation supplémentaire, alors je hoche la tête.

Ses doigts effleurent la peau autour de la marque et une sensation brutale traverse mon corps. Elle n’a rien à voir avec la douleur. C’est plus vaste, plus intense, comme si le contact s’était propagé sous ma peau au lieu de rester concentré sous ses doigts.

Je me raidis et Ryan retire sa main.

— Est-ce que je t’ai fait mal ? Dis-moi ce que tu as senti.

— Ce n’était pas de la douleur. C’était beaucoup plus fort que lorsque je touche la marque moi-même.

Je fronce les sourcils en observant mon épaule tandis que Ryan regarde les deux traces.

— Le contact près du lien peut amplifier certaines perceptions. Chez certains couples, la zone reste très sensible pendant plusieurs jours.

Je tourne la tête vers lui.

— Et tu savais que ça pouvait arriver sans penser qu’il serait utile de me prévenir avant de poser les doigts dessus ?

— Je savais que ça pouvait arriver dans les couples de loups. Je ne savais pas comment ton corps réagirait.

— Et avec une humaine, j’imagine qu’aucun de vos merveilleux manuels inexistants ne possède la réponse.

— Tu es la première humaine que j’ai marquée, donc je n’avais aucun précédent personnel auquel me référer.

Je plisse les yeux.

— Heureusement pour toi. Une collection aurait rendu cette conversation beaucoup plus difficile.

Son sourire revient tandis que je remonte le tissu sur mon épaule. Je devrais passer à autre chose, mais mon attention s’attarde sur lui.

Ses yeux sont bruns, ses mains ne tremblent pas et son visage ne porte plus cette tension permanente qui avait fini par transformer chacun de ses mouvements en lutte. Même son odeur semble différente, ou peut-être est-ce moi qui la perçois autrement maintenant que mon corps a cessé d’associer sa présence à une menace imminente.

— Et toi, comment est-ce que tu te sens depuis que tu es réveillé ?

Ryan comprend ce que je demande.

— Je vais bien, Avery. Vraiment bien, pas seulement assez pour que tu arrêtes de t’inquiéter.

— C’est une réponse plus précise. Continue dans cette direction.

Il me regarde quelques secondes avant de reprendre avec plus de sérieux.

— Je me sens calme. Je sais où tu es sans avoir besoin de suivre chacun de tes déplacements et je ne ressens aucune urgence lorsque tu t’éloignes de quelques mètres. C’est présent, mais ce n’est plus une obsession qui prend toute la place.

Je serre les lèvres. Entendre les mots ne suffit pas.

— Dans ce cas, on va le tester.

Je me lève et Ryan fronce les sourcils.

— Tu veux vraiment commencer maintenant, avant même qu’on ait quitté la chambre ?

— Oui. Autant vérifier tant que nous savons dans quel état tu es.

Je traverse la chambre puis le couloir avant de m’arrêter dans le salon. J’attends quelques secondes, attentive au moindre bruit derrière moi, mais rien ne se passe. Aucun pas précipité, aucun Ryan qui apparaît dans l’encadrement de la porte parce que son loup ne supporte plus de me perdre de vue.

Je reste un peu plus longtemps avant de retourner dans la chambre.

Ryan est toujours assis dans le lit, exactement où je l’ai laissé.

— Alors, qu’est-ce que tu as ressenti pendant que j’étais dans le salon ?

Ryan prend le temps de réfléchir.

— Je savais que tu étais là. Ta présence ne disparaît pas du lien quand tu quittes la pièce.

— Est-ce que tu saurais dire où je me trouvais précisément ?

— Pas sans y réfléchir. Je pourrais probablement te localiser si je me concentrais sur le lien, mais je n’en ai pas ressenti le besoin.

Je l’observe.

— Et tu n’as pas eu envie de te lever pour venir vérifier que j’étais toujours là.

Ryan secoue la tête.

— Je savais que tu étais là et ça me suffisait. Il n’y avait aucune urgence à te rejoindre.

Quelque chose se détend enfin en moi.

— C’est déjà beaucoup mieux que tout ce qu’on a vécu ces derniers jours.

Son regard change et j’ai l’impression de sentir la compréhension passer par le lien avant qu’il parle.

— Tu avais peur que la marque n’ait pas fonctionné. Pas seulement que je reste instable, mais que tu aies fait ce choix pour rien.

Je croise les bras par réflexe.

— Je préfère dire que je vérifiais les résultats avant de tirer des conclusions.

— Avery, tu viens de traverser l’appartement comme si tu effectuais un test de résistance sur un pont.

Je soupire.

— Très bien. J’avais peur. Je savais que ça avait fonctionné hier soir, mais j’avais besoin de le voir ce matin, quand nous serions seuls et que personne ne serait là pour me dire que tout allait bien.

Ryan se lève et vient jusqu’à moi sans précipitation. Il s’arrête devant moi sans me toucher, une habitude récente que je remarque désormais chaque fois. Après les derniers jours, cette attente possède presque autant d’importance que le reste.

C’est moi qui réduis la distance.

Ses bras se referment autour de moi et je pose ma joue contre son torse. Pour la première fois depuis que tout a commencé, je ne ressens pas son besoin comme une urgence susceptible de l’engloutir. Il n’y a ni panique ni tension sous sa peau, seulement cette présence chaude et solide autour de moi.

Pour la première fois, le calme ne ressemble pas à une accalmie entre deux crises. Il ressemble à Ryan.

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