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Nightmare

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Résumé

Michigan-2005 Pour échapper à sa mère toxique à Détroit et à une vie où chaque dollar compte, Mei obtient une bourse pour intégrer Blackwood, un prestigieux pensionnat du Michigan. Elle pensait y trouver un nouveau départ, loin de tout ce qu’elle connaissait. Puis elle rencontre Jayden Carter. Joueur de hockey admiré de tous, Jayden semble avoir tout ce que Mei n’a jamais eu : une place où appartenir, des amis qui l’aime. Pourtant, derrière son sourire et les lumières de la patinoire, il porte lui aussi des blessures qu’il garde soigneusement cachées. Et comme si leur rencontre ne suffisait pas, une erreur les oblige à partager la même chambre. Devenir amis n’était certainement pas dans leurs projets. À vrai dire, c’était même probablement une mauvaise idée. Pourtant, entre les nuits passées sous le même toit, les confidences et les moments qu’ils n’auraient jamais dû partager, ils vont peu à peu se rapprocher. Et ce qui devait rester une simple cohabitation risque bien de devenir beaucoup plus compliqué que prévu. Parce qu’il y a des personnes qui arrivent dans nos vies pour nous sauver.

Genre :
Romance
Auteur :
Anael Lane
Statut :
il y a 10 jours
Chapitres :
5
Rating
n/a
Classification par âge :
16+

Prologue Mei

Je suis une erreur.

Et ce n’est même pas moi qui le dis.

C’est la femme affalée dans son fauteuil, le bras pendant mollement au-dessus de l’accoudoir, devant un mur vide parce que, clairement, nous n’avons pas les moyens de nous payer une télévision.

Du bout des doigts, elle tient une canette de bière bas de gamme. À ses pieds, cinq autres jonchent déjà le sol, certaines écrasées, d’autres encore à moitié pleines.

La lumière grisâtre qui traverse les rideaux sales éclaire à peine le salon. Il n’y a pas de télévision allumée, pas de chaîne hi-fi crachant une vieille chanson des années 2000, pas même le bruit d’un ordinateur. Seulement le bourdonnement du vieux réfrigérateur dans la cuisine et le tic-tac irrégulier de l’horloge accrochée au mur.

Cette femme, c’est ma mère.

Celle qui m’a mise au monde sans vraiment le vouloir.

Je suis le fruit d’un viol.

Voilà ce que je suis.

Et rien que d’y penser, je me sens sale.

Pas d’une saleté qui part sous le jet brûlant de la douche. Pas quelque chose qu’un morceau de savon ou une bouteille de shampoing bon marché pourrait faire disparaître.

Non.

C’est une saleté qui reste.

Qui s’encre sous la peau.

Qui s’accroche à vous comme une ombre.

Une saleté dont je n’ai jamais demandé à hériter.

Je commence à me gratter frénétiquement la peau. D’habitude, ça a au moins le mérite de me distraire. De détourner mes pensées, ne serait-ce que quelques secondes.

Mais aujourd’hui, rien n’y fait.

Je baisse les yeux vers mes mains.

Elles tremblent légèrement.

La psy scolaire m’a dit que je souffrais de dysmorphophobie. Selon elle, j’ai une vision déformée de mon corps. Quand je me regarde dans le miroir, je me vois énorme alors qu’en réalité, je suis terriblement maigre.

Elle m’a aussi dit que je devais manger.

Comme si c’était aussi simple que de prendre une assiette et de s’asseoir à table.

Je ne prends même plus l’initiative de manger. Je sais que ce qui passe par ma bouche n’y restera pas longtemps, alors à quoi bon ?

Je ne me sens pas légitime d’avaler quoi que ce soit.

Je détourne les yeux.

Je ne veux plus penser à mon corps.

Pas maintenant.

Je remonte dans ma chambre avant que maman ne se réveille complètement et ne recommence à me faire des remarques sur mon poids.

Les marches grincent sous mes pieds.

À chaque pas, j’entends le vieux bois se plaindre.

Notre maison est à l’image de ma vie : elle tient encore debout uniquement parce qu’elle n’a pas encore trouvé de raison de s’écrouler.

Le papier peint jaune se décolle dans certains coins de l’escalier. Une ampoule clignote au-dessus de ma tête. La moquette est tellement vieille qu’elle a perdu sa couleur d’origine.

Je n’y peux rien.

Cette maison tombe en ruine.

À Detroit, beaucoup de familles essaient déjà tant bien que mal de survivre. Alors moi, Mei Lin, je ne vais certainement pas prétendre que nous vivons dans le luxe.

Je suis pauvre.

C’est aussi simple que ça.

Je pousse la porte de la cuisine et ouvre le placard.

Une tranche de fromage.

Je la regarde quelques secondes.

Dans l’autre placard, il doit rester du pain.

Enfin… du pain qui était probablement du pain avant de devenir suffisamment rassis pour servir d’arme.

Je referme.

Je n’ai pas faim.

Ou peut-être que je refuse simplement de l’être.

Dans le couloir, je m’arrête devant les vieilles photographies accrochées au mur.

Elles sont légèrement jaunies par le temps.

Sur l’une d’elles, ma mère sourit.

Elle est magnifique.

Une belle femme chinoise aux longs cheveux noirs et soyeux, au visage doux et aux formes généreuses. Elle porte une robe qui lui va parfaitement et sourit à l’objectif comme si le monde entier lui appartenait.

Je reste quelques secondes à la regarder.

C’est étrange de voir cette femme-là et de la comparer à celle assise dans le fauteuil quelques minutes plus tôt.

Avant moi, maman était différente.

Ou peut-être que c’est simplement ce que je veux croire.

Elle avait une vie.

Des rêves.

Des projets.

Puis il y a eu le viol.

Puis il y a eu moi.

Et quelque part entre les deux, elle s’est perdue.

Je déteste penser que je suis devenue le rappel vivant de ce qu’elle voudrait probablement oublier.

Je baisse les yeux.

Je ne veux pas être ça.

Je ne veux pas être une erreur.

Je monte les dernières marches et entre dans ma chambre.

Je referme doucement la porte derrière moi avant de m’y adosser.

Enfin seule.

Ma chambre est mon refuge.

La seule pièce de cette maison dans laquelle je me sens réellement à ma place.

Le papier peint rose pâle est légèrement décollé près de la fenêtre, mais je l’aime quand même. Mon bureau croule sous mes cahiers et mes manuels scolaires. Des feuilles sont empilées les unes sur les autres, certaines couvertes de notes écrites à la main.

Je suis une assez bonne élève.

C’est probablement la seule chose dont je sois fière.

Sur mon bureau, mon vieux réveil numérique affiche encore quelques minutes avant que je doive me préparer pour les cours.

À côté, mon petit lecteur CD est posé sur une pile de livres. Il fonctionne une fois sur deux, mais je refuse de le jeter.

J’ai quelques CD gravés que j’écoute en boucle quand personne n’est là.

C’est probablement ridicule, mais j’aime cette sensation.

Mettre mes écouteurs.

Fermer les yeux.

Et pendant trois minutes et trente-sept secondes, faire semblant d’être ailleurs.

Je regarde mon lit.

Pour moi, c’est déjà le grand luxe.

Un matelas qui ne s’enfonce pas complètement au milieu, une couverture chaude et quelques coussins récupérés au fil des années.

Mais je ne compte pas rester ici bien longtemps.

Je m’approche de mon bureau et ouvre le tiroir.

À l’intérieur se trouve la seule chose que je regarde chaque jour depuis que je l’ai reçue.

Une lettre.

Blackwood Academy.

Je la sors délicatement.

Le papier est épais.

Le logo de l’établissement est imprimé en lettres élégantes en haut de la page.

Rien qu’en le regardant, j’ai l’impression qu’il appartient à un autre monde.

Un monde où les élèves ont des voitures, des ordinateurs flambant neufs et des parents capables de payer leurs études sans se demander s’ils auront encore assez d’argent à la fin du mois.

Dans un mois, je partirai pour le prestigieux internat privé Blackwood Academy, à Bloomfield Hills.

Grâce à une bourse.

Je relis la phrase encore une fois.

Une bourse.

Deux mots qui pourraient changer toute ma vie.

Je ne quitte même pas le Michigan.

Et pourtant, j’ai l’impression de partir à l’autre bout du monde.

Bloomfield Hills n’est qu’à quelques heures de Detroit, mais j’ai le sentiment qu’un océan nous sépare.

Là-bas, les rues sont propres.

Les maisons sont immenses.

Les familles ont de l’argent.

Et moi ?

Je serai la fille pauvre.

La boursière.

Celle qui vient de Detroit.

Celle qui n’a rien à faire parmi eux.

Mais peut-être que c’est justement ce dont j’ai besoin.

Un nouveau départ.

Parce que je refuse de rester ici et qu’on me voie seulement comme le fruit d’un viol.

Je refuse de continuer à être le souvenir vivant d’une histoire que je n’ai même pas choisie.

Je refuse de rester enfermée dans cette maison, entre les canettes de bière, les murs qui s’effritent et les silences beaucoup trop lourds.

Je refuse de moisir ici.

Alors, peut-être que Blackwood Academy ne sera pas seulement un internat.

Peut-être que ce sera ma porte de sortie.

Je repose la lettre sur mon bureau.

Je regarde une dernière fois ma chambre.

Puis je souris faiblement.

2005 sera mon renouveau.








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Bien écrit

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