Prologue
23 janvier 2016 — Minnesota
Nous sommes le 23 janvier 2016. Une nuit d'hiver particulièrement froide s'est abattue sur le Minnesota. Depuis plusieurs jours, les températures peinent à dépasser les -5 °C et la forêt est recouverte d'une fine couche de givre. Pourtant, cela n'a pas découragé une adolescente de seize ans.
Alba avait une idée bien précise en tête : elle voulait aller à une fête. À cet âge, les parents deviennent facilement « trop autoritaires », « trop protecteurs » ou, selon le vocabulaire des adolescents, tout simplement « relous ». C'était probablement ce qui aurait pu expliquer sa présence, à dix heures du soir, sur une route forestière déserte et plongée dans l'obscurité.
Mais la véritable raison était bien plus simple. Alba avait été invitée à la fête de la fille la plus populaire du lycée. Et surtout, cette fille était sa meilleure amie depuis la maternelle.
Alors, après le dîner, Alba avait fait semblant d'aller se coucher. Elle avait verrouillé la porte de sa chambre, puis s'était préparée en silence. Maquillage, robe blanche à fleurs, cheveux soigneusement coiffés.
Elle avait glissé une paire d'escarpins blancs dans un sac avant d'enfiler ses baskets. Marcher trois kilomètres avec des talons en pleine nuit et par un froid pareil n'était évidemment pas envisageable.
Sa chambre se trouvait au rez-de-chaussée. Elle n'eut donc aucun mal à passer par la fenêtre et à s'éclipser de la maison sans être entendue.
La route qui menait chez son amie, Alba la connaissait par cœur. Elle l'empruntait régulièrement. Trois kilomètres au total, dont deux traversaient un chemin forestier. Après une trentaine de minutes de marche, elle aperçut enfin la maison. Avant de frapper à la porte, Alba s'assit sur le perron et échangea ses baskets contre ses escarpins. Ils allaient parfaitement avec sa robe. Elle était enfin prête à faire la fête.
Elle frappa. La porte s'ouvrit presque immédiatement. Comme si son amie l'attendait derrière.
— Oh, je n'y crois pas ! Te voilà enfin ! Tu en as mis du temps pour venir ! s'exclama-t-elle en la prenant brutalement dans ses bras.
Alba ne tarda pas à comprendre pourquoi. Son amie était complètement ivre. Ses cheveux étaient ébouriffés, ses yeux rouges et son visage affichait cette expression absente qu'Alba ne connaissait que trop bien. Elle parlait fort, riait pour rien et avait visiblement déjà consommé autre chose que de l'alcool. De la drogue. Encore. Alba soupira intérieurement. Elle détestait la voir dans cet état.
Elle seule connaissait la véritable raison pour laquelle son amie cherchait à se détruire à chaque soirée. Et même si elle aurait voulu pouvoir l'aider, elle savait qu'elle ne pouvait pas la sauver à sa place. Elle aurait tellement aimé retrouver son amie d'autrefois. Celle avec qui elle pouvait passer une soirée entière à rire sans avoir besoin de rien d'autre. Mais cette fille-là semblait avoir disparu depuis longtemps. Sans commenter son état, Alba la poussa doucement sur le côté et entra. À peine eut-elle franchi le seuil qu'une odeur écœurante lui monta au nez. Elle la connaissait malheureusement très bien. Un mélange de vomi, de sueur, d'alcool et de parfums trop forts. Alba retint une grimace et se dirigea vers le salon.
Ce soir, celui-ci avait été transformé en piste de danse. La musique était assourdissante. Des dizaines de lycéens dansaient, criaient et riaient au milieu d'une chaleur étouffante. Alba se laissa rapidement emporter par le rythme. Elle adorait danser. Lorsqu'elle dansait, plus rien n'existait. Ni ses parents. Ni le lycée. Ni ses problèmes. Elle était simplement libre. Deux heures passèrent ainsi. Lorsqu'elle s'arrêta enfin, elle était épuisée et avait terriblement soif. Elle décida d'aller chercher quelque chose à boire.
Elle se fraya difficilement un chemin à travers la foule. Tous ces corps chauds et en sueur lui donnaient l'impression d'étouffer. Après avoir traversé le salon, elle atteignit le hall d'entrée. Pour rejoindre la cuisine, elle dut enjamber plusieurs personnes allongées sur le sol, certaines dormant déjà profondément. Dans le couloir, une longue file s'était formée devant les toilettes. Alba passa tant bien que mal à côté d'eux.
— Je ne vais pas aux toilettes, précisa-t-elle plusieurs fois afin d'éviter les remarques.
Elle atteignit finalement la cuisine. Elle avait besoin de quelque chose de froid. Elle attrapa un petit verre à shot et le remplit de Jet 27. Elle adorait cette boisson. La fraîcheur de la menthe lui donnait immédiatement l'impression de reprendre vie. Elle avala le premier verre d'une traite.
Puis un deuxième.
Un troisième.
Un quatrième.
Et enfin un cinquième. Elle posa le verre sur le comptoir.
— Eh bien ! Je vois que la demoiselle a soif !
La voix masculine derrière elle la fit sursauter. Alba se retourna. Un jeune homme se tenait devant elle. Il était beaucoup trop proche à son goût. Elle l'observa malgré elle.
Il devait avoir plus de seize ans, mais certainement moins de vingt-cinq. Son visage était d'une finesse presque irréelle. Ses yeux d'un bleu profond semblaient impossibles à détourner. Ses cheveux noirs, presque couleur corbeau, étaient parfaitement coiffés. Il était grand. Très grand. Alba lui donnait facilement près d'un mètre quatre-vingt-dix.
Son corps était mince, mais son tee-shirt moulant laissait deviner une musculature étonnamment développée. Elle se rendit compte qu'elle le fixait depuis un moment. L'inconnu le remarqua également.
Un léger sourire apparut sur ses lèvres. Il se rapprocha encore. Alba sentit son cœur accélérer. Elle n'avait pratiquement aucune expérience avec les garçons. Malgré toutes les soirées auxquelles elle avait participé, elle n'avait jamais vraiment su comment réagir lorsqu'un garçon s'intéressait à elle. L'inconnu se pencha vers son oreille.
— Si tu continues à me fixer comme ça, je vais finir par croire que j'ai une chance avec toi.
Alba resta figée. Elle sentit un étrange frisson parcourir son corps. Elle ne comprenait pas ce qui lui arrivait. Ses émotions se mélangeaient dans sa tête. Gênée, elle attrapa rapidement un nouveau verre. Elle avait besoin de penser à autre chose. Elle remplit le shot. Mais avant même d'avoir pu boire, le jeune homme reprit :
— Mademoiselle ne semble pas indifférente à mon contact...
Du bout des doigts, il effleura son bras. Alba frissonna Et recracha aussitôt la boisson qu'elle venait d'avaler. Le liquide éclaboussa le tee-shirt de l'inconnu. Il resta immobile quelques secondes. Puis il prononça quelques mots dans une langue qu'Alba ne reconnut pas.
— Oh mon Dieu ! Je suis désolée !
Elle attrapa précipitamment du papier absorbant pour tenter de nettoyer son tee-shirt. Mais l'inconnu saisit doucement son poignet. Alba s'arrêta. Elle releva les yeux. Ils se regardèrent. Pendant quelques secondes, tout sembla disparaître autour d'eux. La musique. Les conversations. La fête. Il n'y avait plus qu'eux.
— Je suis vraiment désolée pour ton tee-shirt, murmura-t-elle finalement.
Il se pencha à nouveau vers elle.
— Ce n'est pas grave. À une jolie fille comme toi, on pardonne tout.
Alba détourna légèrement les yeux. Elle devait changer de sujet. N'importe quoi. Elle se rendit soudain compte d'une chose. Elle ne connaissait pas ce garçon. Et surtout, elle ne l'avait jamais vu auparavant. Pourtant, Darklight était une petite ville. Tout le monde connaissait au moins le visage de tout le monde. Alors comment pouvait-elle avoir oublié un garçon pareil ?
— Tu es nouveau ici ? demanda-t-elle. Je ne me souviens pas t'avoir déjà vu en ville.
L'inconnu sembla légèrement surpris par sa question. Mais il ne se démonta pas.
— Effectivement. Je suis simplement de passage dans le coin. Tu es une fine observatrice.
— Oui. C'est l'une de mes qualités. On me le dit souvent.
Elle marqua une pause.
— Mais qu'est-ce qui t'amène dans une ville aussi petite et paumée que Darklight ?
Il éclata de rire.
— Je vois que tu es également très curieuse.
— Peut-être.
Il la fixa longuement.
— Je suis venu chercher quelque chose pour mes affaires.
Il marqua une pause. Son sourire s'élargit.
— Mais je pense que je l'ai trouvé.
Alba fronça légèrement les sourcils. Elle ne comprit pas ce qu'il voulait dire. Pourtant, elle ne parvenait pas à détourner les yeux. Quelque chose chez lui lui semblait étrangement familier. Comme si elle l'avait déjà rencontré. Comme si elle le connaissait. Mais c'était impossible. Leur échange fut brutalement interrompu.
— Alba !
Son amie venait de la rejoindre. Sans même se soucier de l'inconnu, elle attrapa son poignet et l'entraîna vers le salon. Alba se laissa tirer quelques mètres avant de se retourner. Elle venait de réaliser qu'elle ne connaissait même pas son prénom.
— Hé ! Comment tu t'app...
Elle s'arrêta. L'homme avait disparu. Alba regarda autour d'elle. La cuisine était vide. Le couloir aussi. Elle chercha du regard dans le salon. Rien. Il s'était volatilisé. Elle retourna finalement danser, mais son esprit n'était plus vraiment à la fête.
Pendant près d'une heure, elle chercha l'inconnu des yeux. Sans succès.
À deux heures trente du matin, elle abandonna. Elle avait encore trois kilomètres à parcourir. Il était temps de rentrer. Elle récupéra son manteau dans le hall et sortit. Elle ne prit même pas le temps de dire au revoir à son amie. Elle savait qu'elle l'aurait probablement envoyée balader dans son état.
Le froid la saisit immédiatement. Alba s'engagea sur le chemin forestier.
Cela faisait environ cinq minutes qu'elle marchait lorsqu'elle réalisa quelque chose. Son sac. Elle ne l'avait pas. Elle s'arrêta. Elle venait de comprendre qu'elle l'avait oublié chez son amie. Ses baskets étaient à l'intérieur.
— Génial...
Elle allait donc devoir parcourir les deux kilomètres restants avec ses escarpins. Ses pieds lui faisaient déjà mal. L'alcool qu'elle avait consommé n'arrangeait rien et sa démarche devenait de plus en plus instable. Elle continua malgré tout. Pendant plusieurs minutes, elle marcha en silence. Son esprit revenait sans cesse à la soirée. Mais surtout à lui. Cet inconnu. Elle repensa à ce qu'il lui avait dit. Il était venu chercher quelque chose. Et il pensait l'avoir trouvé. Cela signifiait probablement qu'il repartirait bientôt. Demain, peut-être. Elle ne le reverrait sans doute jamais. Cette pensée lui fit ressentir une étrange déception. Elle aurait aimé apprendre à le connaître. Elle ne savait pas pourquoi, mais quelque chose s'était réveillé en elle lorsqu'elle l'avait rencontré. Quelque chose qui avait toujours été là. Quelque chose qui dormait. Et que lui venait de réveiller. Alba ignorait encore ce que c'était. Elle ne le découvrirait que bien plus tard.
Elle marchait depuis une quinzaine de minutes lorsqu'elle entendit un bruit. Elle s'immobilisa. Quelque chose venait des profondeurs de la forêt. Puis des rires. Des rires masculins. Alba se détendit légèrement. Deux silhouettes apparurent entre les arbres. Deux garçons. Ils semblaient avoir à peu près son âge et étaient visiblement ivres. Ils titubaient en riant. Lorsqu'ils aperçurent Alba, leurs visages changèrent.
— Hé ! Attends !
Alba continua de marcher. Quelque chose lui disait de ne pas s'arrêter. Les garçons accélérèrent. Quelques secondes plus tard, ils la rattrapèrent. Alba se retrouva prise entre eux. Elle tenta de les dépasser. L'un d'eux lui attrapa le bras.
— Lâche-moi !
Il la saisit ensuite par la taille. Alba se débattit immédiatement.
— Arrête !
Mais le deuxième garçon se plaça derrière elle. Elle tenta de se dégager. Elle cria. Personne ne répondit. La forêt absorba son appel. La suite se transforma en cauchemar.
Les deux garçons l'entraînèrent loin du chemin, à l'écart de toute habitation. Alba se débattit jusqu'à ne plus avoir de force. Puis tout devint confus. La peur. Le froid. La douleur. L'impossibilité de fuir.
Elle sentit son esprit se détacher progressivement de ce qui lui arrivait, comme si son corps cherchait à la protéger de l'horreur.
Elle ne pleurait plus. Elle ne criait plus. Elle était simplement là. Prisonnière de son propre corps.
Lorsqu'ils décidèrent finalement de la faire taire définitivement, Alba n'avait plus la force de lutter. L'un d'eux ramassa une pierre. Il la leva au-dessus de sa tête. Et c'est à cet instant qu'Alba ressentit quelque chose. Une chaleur. Au centre de sa poitrine. D'abord faible. Puis de plus en plus intense. Elle ouvrit les yeux. Une lumière semblait naître sous sa peau. Les deux garçons reculèrent brusquement. Leurs visages se remplirent de terreur. Alba ne comprenait pas.
La chaleur devenait insupportable. Mais, étrangement, elle lui procurait également une sensation de soulagement. Puis la lumière explosa. Un puissant faisceau jaillit de sa poitrine et traversa la forêt.
La déflagration projeta les deux garçons à plusieurs mètres. Alba perdit connaissance. Lorsqu'elle rouvrit les yeux, tout était silencieux. Les deux garçons avaient disparu. Elle voulut bouger. Impossible. Son corps ne lui répondait plus. Elle pouvait voir. Entendre. Mais pas bouger. Pas parler.
Elle regarda autour d'elle. Elle était au centre d'un cercle formé par une dizaine d'arbres. Puis elle aperçut une silhouette. Un homme. Il avançait lentement vers elle. Il faisait nuit noire et Alba ne parvenait pas à distinguer son visage. L'homme s'approcha. Puis il la souleva avec précaution, passant un bras sous ses jambes et l'autre derrière son dos. Alba sentit ses paupières devenir lourdes. La dernière chose qu'elle vit fut la silhouette qui l'emportait en direction du sentier forestier. Puis tout devint noir.
24 janvier 2016 — 10 h 30
Alba se réveilla avec un violent mal de tête. Elle porta instinctivement ses mains à son visage. Ses yeux s'ouvrirent difficilement. Elle était dans son lit. Chez elle. Pendant quelques secondes, elle ne comprit pas. Puis elle sentit la douleur. Chaque partie de son corps semblait meurtrie.
Elle souleva lentement la couverture. Et tout lui revint. La forêt. Les deux garçons. La peur. La douleur. La lumière. Un haut-le-cœur lui monta à la gorge. Elle se précipita hors du lit et vomit sur le sol.
Elle ne savait pas si les nausées étaient dues à l'alcool de la veille ou aux souvenirs qui venaient de ressurgir. Probablement aux deux. Elle se dirigea vers la salle de bain. Elle voulait se laver. Effacer cette nuit. Effacer leurs traces. Effacer leurs mains sur elle.
Elle retira sa chemise de nuit et se plaça devant le miroir. Son reflet lui arracha un frisson. Son corps était couvert d'hématomes et de coupures. Certaines blessures avaient été soigneusement bandées. Alba resta immobile. Une question apparut dans son esprit. Qui l'avait ramenée ? Une autre suivit. Comment connaissait-il son adresse ? Avait-il soigné ses blessures ?
Et surtout...
Comment était-il entré chez elle sans réveiller ses parents ?
Elle entra sous la douche. L'eau chaude coula sur sa peau. Elle prit son gant de toilette et commença à frotter. Doucement d'abord. Puis de plus en plus fort. Les larmes apparurent. Elle frotta davantage. Comme si elle pouvait effacer la nuit précédente. Comme si elle pouvait faire disparaître ce qui s'était passé. Mais rien ne disparaissait. Au contraire. La douleur devint colère. Une colère immense.
Elle continua jusqu'à ce que ses anciennes blessures recommencent à saigner. Elle finit par s'arrêter. Épuisée.
Elle sortit de la douche, s'enroula dans une serviette et retourna dans sa chambre avec de nouveaux bandages. Elle s'assit au bord du lit. C'est alors qu'elle remarqua quelque chose.
Une enveloppe.
Posée contre sa lampe de chevet. Son prénom était inscrit dessus. Alba. Elle la prit. À l'intérieur se trouvaient une lettre et un pendentif en argent. Alba déplia la lettre.
Cher Alba,
Je t'écris ces quelques mots afin de répondre aux questions que tu dois probablement te poser en ce moment même.
Je t'ai trouvée hier, inconsciente et seule dans la forêt. Je sais ce qui t'est arrivé. Et je sais que tu as ressenti cette lumière en toi. Cette puissance. Je le sais parce que je l'ai ressentie moi aussi. C'est elle qui m'a attiré jusqu'à toi. Nous sommes liés d'une certaine façon. Et maintenant, je sais pourquoi. Tu comprendras tout un jour. Mais ce n'est pas encore le moment.
Tu n'es pas prête. Je t'ai enfin retrouvée et je ne compte pas te perdre une seconde fois.
Dans cette enveloppe, tu trouveras un pendentif très ancien qui, autrefois, t'appartenait. Garde-le avec toi. Ne l'enlève jamais. Il te protégera de toi-même, mais aussi des autres. Je ne peux pas t'expliquer pourquoi maintenant. Mais un jour, tu sauras tout. Je t'en fais la promesse.
Ton fidèle acolyte depuis des décennies.
Alba relut la lettre. Une fois. Puis deux. Puis trois. Des décennies ? Elle ne comprenait rien. Qui était cet homme ? Comment pouvait-il la connaître ? Et pourquoi prétendait-il la connaître depuis aussi longtemps ?
Elle prit le pendentif entre ses doigts. L'argent était froid. Pourtant, lorsqu'elle le toucha, une étrange sensation traversa son corps. Une impression de déjà-vu. Sans vraiment savoir pourquoi, elle passa la chaîne autour de son cou. Elle aurait dû avoir peur. Elle ne savait rien de cet homme. Pourtant, quelque chose en elle lui faisait confiance.
Il l'avait sauvée. Il l'avait soignée. Et cette sensation étrange... C'était comme si elle le connaissait depuis toujours.
Alba termina de panser ses blessures et enfila des vêtements suffisamment larges pour dissimuler les marques sur son corps. Puis elle descendit au rez-de-chaussée.
Ses parents étaient là. Elle ne leur dit rien. Elle ne parlerait à personne de cette nuit. Elle avait honte. Elle avait peur. Peur qu'on ne la croie pas. Peur qu'on la traite de menteuse. Peur qu'on la regarde avec pitié.
Alors elle prit une décision.
Une décision qui allait changer le cours de son existence. À partir de ce jour, tout allait changer. Fini, la fille sage. Fini, la fille gentille. Fini, la fille timide et peu sûre d'elle. Elle deviendrait forte. Froide. Difficile à atteindre. Elle ne laisserait plus jamais personne la considérer comme faible.
Parce qu'elle venait de comprendre quelque chose. Dans ce monde, les faibles souffrent. Et elle ne serait plus jamais faible.
Alba ignorait encore que la nuit précédente n'avait pas seulement changé sa vie. Elle venait de réveiller quelque chose qui dormait en elle depuis bien plus longtemps qu'elle ne pouvait l'imaginer. Et malheureusement pour elle... ce n'était que le début.








