L'échiquier De Sels Et D'ombres par C. Ryan Black chez Inkitt
Personnaliser la lisibilité
Aa

L'échiquier de sels et d'ombres

Tous droits réservés ©

Résumé

À Aethelgard, le sel retient les dieux. Mais il ne peut rien contre leurs mots. Iris Vance, vingt-huit ans, psychologue brillante et ambitieuse, accepte une mission que sept professionnels avant elle ont échoué à mener à terme : évaluer Vaelen, ancien Dieu Souverain de la Guerre et de la Rébellion, enfermé depuis douze ans au cœur d’un pénitencier perdu dans un désert de sel. Elle n’est pas venue pour le sauver. Elle compte réussir, bâtir sa carrière sur ce succès et ressortir d’Aethelgard sans lui abandonner quoi que ce soit d’elle-même. Vaelen, lui, n’a besoin ni de liberté ni de magie pour être dangereux. Quelques mots lui suffisent pour trouver une faille. Une peur. Un désir. Une ambition. Et celle d’Iris est magnifique. Leur duel commence derrière une vitre renforcée. Puis Vaelen franchit une frontière qu’aucun protocole ne peut protéger : ses rêves. À mesure que l’évaluation devient un jeu de pouvoir, la méfiance se change en fascination, la fascination en désir, et Iris découvre que le véritable danger n’est peut-être pas de tomber sous l’influence d’un dieu manipulateur. C’est de ne plus savoir où s’arrête son influence et où commencent ses propres sentiments. Car Vaelen lui-même n’est bientôt plus certain de la réponse. Dans un lieu où chacun utilise l’autre comme une pièce sur un échiquier, Iris et Vaelen devront décider ce qu’ils sont prêts à sacrifier pour gagner. Et si, pour la première fois, gagner signifiait refuser de jouer selon les règles ?

Genre :
Romance
Auteur :
C. Ryan Black
Statut :
il y a 28 minutes
Chapitres :
4
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

La Cicatrice Blanche

Iris

À Aethelgard, le sel tuait avant même que les hommes en aient l’occasion.

Depuis le hublot du véhicule blindé, Iris Vance regardait le désert se déployer comme une plaie blanche, si aveuglante sous le soleil de midi qu’elle avait dû, une heure plus tôt, renoncer à le fixer directement. La croûte saline craquelait à perte de vue, striée de veines grises où l’ancienne terre affleurait encore, comme un corps qu’on aurait vidé de tout son sang et laissé sécher au grand jour. Aucun arbre. Aucun oiseau. Seulement cette blancheur minérale et le tremblement de chaleur qui déformait l’air au loin, donnant à la ligne d’horizon des allures de mirage permanent.

Elle avait lu les dossiers. Elle connaissait les chiffres : température moyenne de quarante-trois degrés en journée, tempêtes de sable capables d’isoler le complexe pendant des semaines entières, dernier village habité à plus de trois cents kilomètres. Aethelgard n’avait pas été construit dans ce désert par accident. On avait choisi ce lieu précisément parce qu’il tuait, lentement et sans pitié, quiconque tentait de s’en échapper à pied. Le sel n’était pas un décor. C’était un geôlier de plus, silencieux et increvable.

Iris ajusta le col de sa blouse, déjà trempée de sueur malgré la climatisation poussive du véhicule. Elle n’était pas du genre à se laisser impressionner par un paysage, aussi hostile fût-il. Ce qui l’intéressait, ce n’était pas la beauté terrible de ce désert, mais ce qu’il protégeait : le complexe pénitentiaire le plus secret de tout le pays, un enfer administratif où l’on enfermait ce que le monde préférait oublier. Des dieux déchus. Des démons capturés. Des créatures dont les noms, autrefois, faisaient trembler des civilisations entières.

Et son ticket, quelque part là-dedans, vers une vie qu’elle méritait enfin.

Le véhicule ralentit. À travers la poussière soulevée par les pneus, la silhouette d’Aethelgard apparut enfin : une cicatrice noire posée au milieu de la blancheur, des murs bas et massifs en béton gris, presque sans fenêtres, hérissés d’antennes et de tourelles qui semblaient regarder le ciel avec autant de méfiance que le sol. Aucune fioriture architecturale. Rien qui ressemblât, de près ou de loin, à un lieu où l’on pourrait se sentir humain. C’était une machine, pensée pour contenir, et rien d’autre.

Iris sentit son pouls s’accélérer, non de peur, mais d’une excitation froide qu’elle avait appris depuis longtemps à ne jamais laisser transparaître sur son visage. Elle connaissait cette sensation. C’était celle qu’elle éprouvait chaque fois qu’elle s’approchait d’un obstacle suffisamment grand pour valoir la peine d’être franchi.

Les portes blindées du complexe s’ouvrirent avec un grincement métallique qui parut, l’espace d’une seconde, avaler tout le silence du désert. Le véhicule s’engouffra dans un sas, puis un second, avant de s’arrêter enfin dans une cour intérieure aussi froide que l’extérieur était brûlant. Le contraste la saisit à la gorge dès qu’elle posa le pied au sol : l’air conditionné, aseptisé, presque clinique, remplaçait d’un coup la chaleur écrasante du dehors, comme si le pénitencier tout entier retenait sa respiration.

Un homme en uniforme gris l’attendait déjà, une tablette à la main. Il ne sourit pas.

— Docteur Vance ?

— C’est moi.

— Bienvenue à Aethelgard.

Aucune chaleur dans ces trois mots. Seulement la formalité rodée de quelqu’un qui les avait prononcés des centaines de fois pour des centaines d’arrivants, la plupart sans doute repartis bien avant elle.

— Je suis chargé de vous conduire à votre logement, puis au bureau du directeur. Le Conseil veut vous voir aujourd’hui même.

— Aujourd’hui même, répéta-t-elle. On ne perd pas de temps, ici.

— On n’en a pas à perdre. Pas avec lui.

Elle ne demanda pas de qui il parlait. Elle le savait déjà.

— Vous êtes jeune, pour ce poste, ajouta-t-il, glissant sur elle un regard presque évaluateur.

— Et vous, pour ce grade, répliqua-t-elle sans se retourner.

Il ne répondit rien. Elle nota, avec une satisfaction discrète, le silence qui suivit. Elle avait entendu cette remarque sur son âge sous une forme ou une autre dans chacun des postes qu’elle avait occupés depuis la fin de ses études, et elle avait cessé, depuis longtemps, de se donner la peine de la contredire poliment. Les résultats parlaient pour elle. Les résultats ne demandaient jamais leur âge à personne.

Le couloir qu’ils empruntèrent ensuite semblait conçu pour décourager toute forme d’émotion. Murs blancs, sol carrelé d’un gris terne, néons qui bourdonnaient faiblement au-dessus de leurs têtes. De loin en loin, des portes renforcées, chacune munie d’un panneau lumineux indiquant un niveau de sécurité. Iris remarqua que le sel était partout, incrusté dans les joints du carrelage, saupoudré le long des chambranles, comme une seconde peau appliquée sur chaque surface du bâtiment. Elle passa un doigt discret sur le mur, sentit sous son ongle la texture rugueuse et cristalline.

— Ça scelle les cellules, dit l’homme, remarquant son geste sans qu’elle ait eu besoin de poser la question. Empêche toute fuite d’énergie.

— Toute ?

Une pause. Trop longue pour être anodine.

— La plupart du temps.

Elle nota le petit décalage entre les deux réponses, cette réserve calculée, ou simplement l’aveu fatigué d’un homme qui travaillait ici depuis trop longtemps pour croire encore aux certitudes qu’on lui avait vendues à son arrivée. Elle se promit de creuser la question plus tard. Pour l’instant, elle se contenta d’engranger l’information, comme elle engrangeait tout : sans en rien montrer.

Son logement de fonction, quand elle y entra enfin, se révéla à l’image du reste du complexe : fonctionnel, impersonnel, dépourvu de toute chaleur. Un lit étroit, un bureau, une fenêtre minuscule donnant sur un pan de mur gris plutôt que sur le désert. Elle posa sa valise sans même prendre le temps de la défaire et se planta devant le miroir accroché au-dessus du lavabo.

Le visage qui lui renvoya son regard portait déjà les marques de trop de nuits sans sommeil, de trop d’années passées à gravir un système qui ne pardonnait aucune faiblesse. Des cernes qu’aucun fond de teint ne masquait plus vraiment. Des yeux clairs, presque gris, qui lui avaient valu son prénom bien avant qu’elle comprenne l’ironie de porter le nom d’une déesse messagère dans un endroit qui emprisonnait précisément ce genre d’entités. Un regard qu’on lui avait décrit, plus d’une fois, comme une lame. Elle ne détestait pas la comparaison.

Elle ajusta sa blouse blanche, passa une main sur le tissu impeccablement repassé. Ce n’était pas un vêtement. C’était une armure, la seule qu’elle se soit jamais autorisée à porter. Tant qu’elle la gardait sur elle, personne ne pouvait voir au-delà, ni la fatigue, ni le manque de sommeil, ni la faille secrète que dix ans de carrière acharnée avaient laissée en elle, quelque part sous la surface.

Elle n’était pas venue à Aethelgard pour soigner qui que ce soit. Les précédents psychologues du complexe, à en croire les dossiers qu’elle avait dévorés dans l’avion, s’étaient succédé avec une régularité à la limite du comique, chacun ayant fini par démissionner, par craquer, ou pire, par disparaître dans les strates opaques de l’administration sans laisser de trace exploitable. Elle ne comptait pas suivre leur exemple. Elle comptait devenir la première à réussir là où tous les autres avaient échoué, à percer l’esprit de l’entité la plus dangereuse jamais détenue dans ce complexe, et à transformer ce succès en tremplin politique.

Le dossier numéro 001 l’attendait déjà sur son bureau, posé là par quelqu’un avant son arrivée. Une simple chemise cartonnée, épaisse, frappée d’un tampon rouge qu’elle n’avait vu, jusque-là, que dans les manuels de sécurité les plus stricts. Elle ne l’ouvrit pas tout de suite. Elle se contenta de la regarder, posée sur le bois clair du bureau, comme on regarde un adversaire avant le début d’une partie dont on sait déjà qu’elle sera longue.

Un coup discret résonna contre la porte entrouverte.

— Docteur Vance ? Le Conseil vous attend.

Elle referma la fermeture de sa valise, redressa les épaules, et laissa derrière elle, sur le bureau, le dossier encore scellé. Il aurait tout le temps d’attendre. Elle, en revanche, n’en avait plus à perdre.

— J’arrive.

Sa voix, dans le calme aseptisé du couloir, ne trembla pas.

Dites à C. Ryan Black ce que vous avez pensé de ce chapitre !
J'adore ça

0

J'adore ça

Drôle

0

Drôle

Épicé

0

Épicé

Plein de suspense

0

Plein de suspense

Émouvant

0

Émouvant

Profond

0

Profond

Réconfortant

0

Réconfortant

Choquant

0

Choquant

Bien écrit

0

Bien écrit

Intrigue captivante

0

Intrigue captivante

Super personnage

0

Super personnage

Dialogues forts

0

Dialogues forts

Autres recommandations

Surprenante

user-tqUT2Qsa53: Au début c'est une histoire qui démarre un peu timidement je pourrais même dire encore une histoire de différence de classe sociale, puis de rebondissements en rebondissements on plonge dans l'intrigue. Histoire de résilience et de reconstruction pour Sarah qui a trouvé l'amour là où elle s'y attend...

Lire maintenant
My Angel

contesse: Tout ma plus sauf le chapitre avec la barbie refaite .Un amour sincère et tout de suite ,il se sont reconnus.bravo

Lire maintenant
Nos Retrouvailles

val: J'ai adoré ce livre très bien écrit et super personnages

Lire maintenant
Désir Sucré

Genaydre: Histoire parfaite . A lire absolument

Lire maintenant
La Luna Blanche aux yeux clairs

Cecile: Belle histoire cohérente et pleine d'amour. Pas l'amour guimauve mais celui qui est juste et qui fait rêver.Continuez et ne laissez personne vous dire que vous manquez d'imagination ou que vous nêtes pas douée. Il ont tord.

Lire maintenant
Beresford Empire - Tome 1 - Un Autre Monde

Selima: J'ai adoré. Bien écrit, à la fois drôle et palpitant. Merci

Lire maintenant
L'Alpha

Sarah: J'aime beaucoup cette histoire qui est assez addictive. Le scénario et les actions sont bien imaginés. Il y a juste un problème au niveau de la conjugaison des verbes : l'auteur n'a pas su choisir entre le passé simple et le présent. Le résultat est assez perturbant. Il y a également pas mal de faut...

Lire maintenant
Je te Rejette

gaelle: L'histoire est vraiment top et l'intrigue donne envie de découvrir la suite que l'on n'aura malheureusement pas ici...

Lire maintenant
Kalista

Colette Causse: Globalement bien

Lire maintenant