Chapter 1 Steven
CHAPITRE I : STEVEN
Je suis encore plus déçu qu’hier.
Je croyais qu’aujourd’hui allait être l’une de mes plus belles journées.
Je devais signer l’un des plus gros contrats de cette année mais… bref. Ou peut-être devrais-je me faire à l’idée que ça ne marchera jamais ? Je pense que je devrais arrêter d’y penser, ça me stresse encore plus.
Euh… désolé, je ne me suis pas présenté.
Je suis Steven Boyce.
Mais vous pouvez simplement m’appeler Steven.
Je suis un jeune entrepreneur. J’ai trois frères d’une autre mère et puis il y a moi… l’enfant auquel on ne s’attendait pas vraiment. On peut dire que je suis le fruit d’un amour qui a peut-être été sincère un jour. Mais ce n’est pas le sujet.
Hier, je devais signer un contrat, mais ça ne s’est pas déroulé comme prévu.
La réunion a été reportée à aujourd’hui et devinez quoi ?
Moi-même, j’essaie encore de comprendre si c’était une blague de mon frère ou autre chose. En fait, l’entrepreneur que je devais rencontrer était l’une des dernières personnes que j’aurais voulu revoir.
Mon pire cauchemar.
Lorsque je l’ai aperçu, je me suis immédiatement senti comme si j’avais reçu un coup de fouet. Je n’arrivais pas à accepter ce que mes yeux voyaient. Tout était devenu noir d’un seul coup… et je ne me souviens plus de ce qui s’est passé ensuite.
À mon réveil, j’étais chez moi.
Allongé sur mon lit comme un enfant de trois ans qui avait été rattrapé par l’ombre qu’il fuyait.
Je me demandais comment la réunion s’était terminée.
Ont-ils signé le contrat ? Ou a-t-il été mis en attente ?
Non… je ne pense pas qu’ils aient finalisé quoi que ce soit. De toute façon, c’est à moi de décider.
D’ailleurs, je ferais mieux d’appeler Nabi pour en savoir plus.
— Moi : Pourquoi elle tarde à décrocher ?
— Nabi : Bonjour monsieur, désolée…
— Moi : Écoute. Je ne t’ai pas embauchée pour que tu me serves des excuses quand je t’appelle, compris ?
— Nabi : Désolée monsieur. Comment puis-je vous aider aujourd’hui ?
— Moi : J’aimerais savoir comment s’est finalement déroulée la réunion. Le contrat a-t-il été signé ?
— Nabi : De quel contrat parlez-vous ?
— Moi : Bon Dieu… s’il te plaît, dis-moi pourquoi je t’ai embauchée.
— Nabi : Monsieur, vous parlez du contrat avec Monsieur Don Simon ?
— Moi : Huf… tu as vingt secondes pour me répondre.
— Nabi : Si c’est celui-là… oui monsieur. Il a été finalisé par votre frère.
— Moi : Prépare une réunion pour 15 h 05 et informe tous les autres membres.
Puis j’ai mis fin à l’appel.
Comme si ça ne suffisait pas, il s’y met lui aussi.
⸻
Quelques minutes plus tard
J’ai à peine eu le temps de déposer mon téléphone qu’on frappe à ma porte.
Et qui vois-je ?
Mon géniteur.
Merci la vie.
— Père : Salut, fils.
— Moi : Salut, mon cher père. Comment ça va ? T’es venu voir si je suis encore en vie ? T’inquiète, je vais bien.
— Père : Gère tes propos.
— Moi : De toute façon, j’ai une réunion tout à l’heure. Donc, s’il n’y a rien d’important… !
— Père : Je te trouve mal en point ?
— Moi : Et c’est seulement aujourd’hui que vous trouvez le temps de venir voir votre cher fils ?
Mon père ne répondit plus et prit la porte.
Je suis habitué depuis maintenant plusieurs années à sa lâcheté.
Vous finissez par vous habituer, de toute façon, surtout lorsque vous venez d’une famille comme la mienne.
Mon père… n’aime pas montrer ses émotions et il m’a inculqué ça. Au début, je ne le comprenais pas, mais après ce qui s’est passé avec Simon… j’aurais bien aimé être sur mes gardes bien avant de l’avoir rencontré.
Mon père, c’est le travail, l’honneur, les responsabilités… et peut-être la famille.
Non, je plaisante.
Il aime sa famille plus que tout.⸻
Quelques heures plus tard
À mon arrivée à l’entreprise, j’étais tellement en colère contre Manuel. Je n’ai toujours pas compris pourquoi il a décidé de finaliser ce contrat.
— Bonjour monsieur, bonne arrivée monsieur !
— Moi : J’ai la tête de quelqu’un qui a envie de répondre à vos salutations ?
Bien sûr que non.
J’ai pas cette tête-là, rassurez-moi, bande d’abrutis.
Et puis je le vois.
Le frère qui prend des décisions dans le dos des autres.
— Manuel : Salut Steven.
— Moi : Est-ce que tu sais au moins qu’il y a une chose que je ne pourrai jamais accepter dans ma vie ?
— Manuel : Heu… non ?
— Moi : Alors je vais te faire un petit lavage de cerveau, mon cher frère. Tu peux t’approprier mon père ou ma famille si ça t’amuse… mais plus jamais tu ne prends une décision à ma place. Est-ce bien clair ? Je déteste quand tu te mêles de ce qui ne te regarde pas.
— Nabi : Monsieur, la réunion commence dans deux minutes.
— Moi : Merci Nabi.
Quoi ? Ne me jugez pas.
Je déteste qu’on prenne des décisions à ma place, surtout quand il s’agit de Don Simon.
Pendant la réunion, tout se déroula correctement. On parla des rendements de cette année avant de revenir sur le contrat avec Simon.
— Moi : Puisque c’est Manuel qui a fait signer le contrat à Don Simon, il sera donc ton associé.
— Manuel : Non ! Le contrat n’était pas à mon nom, donc ce n’est pas à moi de m’en charger.
— Moi : Et si tu avais gardé tes doigts dans tes poches, on n’en serait pas là actuellement.
— Manuel : Je ne pouvais pas savoir que ton ego allait te faire refuser un contrat aussi énorme. Franchement, je me demande pourquoi tu détestes autant ce mec. Ce n’est pas toi qui étais excité pour ce contrat au départ ?
— Moi : Écoute-moi très bien, espèce d’hypocrite…
— Nabi : Monsieur, s’il vous plaît, calmez-vous.
— Sylves : Les gars, calmez-vous…
— Moi : Fermez-la, personne ne vous a demandé votre avis.
— Manuel : Vous devriez dire ça au connard que j’ai voulu aider sans savoir que c’était un ingrat. Tu es toujours sur la défensive, ça devient fatigant !
— Moi : Je ne t’ai jamais demandé ton aide, abruti !
— Junduck : Je pense qu’on devrait mettre fin à la réunion…
— Moi : Reviens ici, on n’a pas terminé, fils de p*te !
— Manuel : Steven, je t’interdis ça !
— Moi : Sinon quoi ?
…
Ma journée est officiellement passée de catastrophique à infernale.
Je vais aller me détendre. Peut-être que ça me fera du bien. Et surtout… j’ai besoin d’oublier toute cette histoire avec Don Simon qui refait surface dans ma vie comme un fantôme.⸻
Deux jours plus tard
Ce soir, une sortie est organisée par mon chère amie Winnie.
J’ai donc demandé à Nabi de m’aider à choisir une tenue qui me mettrait en valeur.
On peut dire que ça fait longtemps que je ne me suis pas laissé aller, alors ce soir… c’est parti.
Je dois avouer que j’ai aussi besoin d’évacuer un peu.
Purée… pourquoi est-ce que ?
Pendant ce temps, quelqu’un frappe à la porte.
— Oui, j’arrive !
— Nabi : Bonjour monsieur.
— Moi : Madame la boss, bonne arrivée à vous.
— Nabi : Désolée monsieur, il y avait des bouchons.
— Moi : Comme d’habitude Nabi… comme d’habitude.
— Nabi : Bon, laissez-moi vous aider pendant que j’y suis.
— Moi : Je t’écoute.
— Nabi : Je préférerais que vous soyez un peu plus élégant ce soir.
— Moi : Hum ? Comment ça ? Moi, je pensais mettre un pantalon de la marque MEN avec un simple pull.
— Nabi : Alors pourquoi avoir fait appel à moi si vous aviez déjà une idée en tête ?
— Moi : What’s Nabi ?
— Nabi : Désolée… mais on ne sait jamais. Peut-être que vous trouverez l’amour de votre vie ce soir.
— Moi : Nabi…
— Nabi : Oui monsieur ?
— Moi : Tu es virée. Prends tes affaires et sors de chez moi.
— Nabi : Mais qu’est-ce que j’ai fait de mal ? Où ai-je touché votre sensibilité ?
— Moi : Dehors, cornas.
— Nabi : D’accord… mais avant de partir, optez pour un complet ZARA avec un manteau en skaï sur mesure.
— Moi : Disparais.
⸻
Pendant la soirée
Putain… je vais tuer Nabi.
Je vais vraiment la démolir.
Vous savez ce qui est pire ? Ce n’était même pas une soirée classe.
C’était un bar.
UN PUTAIN DE BAR.
Et moi, j’arrive en costume.
Fait chier.
Et ce cornard qui me sert d’amie ne se gêne même pas pour rire au visage.
Bref.
Winnie est mon amie depuis l’enfance. Il me connaît plus que la femme qui m’a mis au monde.
Il suffit d’un regard pour qu’il comprenne immédiatement que quelque chose ne va pas chez moi.
Malgré tout, je suis heureux de le voir. Ce fou réussit toujours à remettre un peu d’ordre dans ma vie de célibataire arrogant… selon ses propres mots, bien sûr.
Alors que j’étais perdu dans mes pensées, Winnie me ramena à la réalité.
— Winnie : Tu t’es vraiment fait beau.
— Moi : Si tu le dis.
— Winnie : Quoi ? Tu boudes ? Tu sais, j’ai fait une rencontre incroyable hier en rentrant du boulot. Putain Steven… je n’y croyais pas. C’était Olive, le mec avec qui j’avais travaillé l’année dernière. Tu sais, celui pour qui j’avais le …!
Winnie continuait à raconter sa journée pendant que moi… j’étais ailleurs.
La tête remplie de pensées que je n’arrivais même plus à organiser.
— Winnie : Hé ! Tu m’écoutes au moins ?
— Moi : Désolé… oui oui, je t’écoute. Et qu’est-ce que tu as fait ensuite ?
— Winnie : Laisse tomber. Raconte-moi plutôt ta semaine.
— Moi : Bien… enfin, pas vraiment. C’est juste que… j’ai des migraines insupportables. Et ma mère se plaint de son dos depuis un moment. Chaque fois que je lui parle d’aller se faire soigner, elle trouve un moyen d’éviter le sujet.
— Winnie : Bon… buvons déjà une première bière pour ta semaine de merde et une deuxième pour ta mère qui refuse de se faire soigner.
Il crie déjà « semaine de merde » alors que je ne lui ai même pas encore parlé de Don Simon…








