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LA DERNIÈRE VOIX DU CAPITOLE

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Résumé

Evelyn croyait son mariage solide, jusqu’au soir où elle surprend Nathaniel Cross, puissant milliardaire de Washington, dans les bras de sa secrétaire. Quelques heures plus tôt, après des mois de faiblesse et de malaises, Evelyn avait découvert l’impensable : victime d’un déni de grossesse, elle attend des jumeaux depuis cinq mois. Brisée par la trahison, elle quitte leur maison sans rien révéler à Nathaniel et demande à Gabriel Shaw, son meilleur ami et redoutable avocat milliardaire, de mener son divorce. Evelyn ne réclame rien. Gabriel, lui, compte bien récupérer jusqu’au dernier dollar qu’elle mérite. Protégée dans un penthouse, Evelyn tente de reconstruire sa vie et prépare la création de son propre cabinet juridique. Mais Victoria, la maîtresse de Nathaniel, refuse de perdre la place qu’elle pensait avoir gagnée. Lorsqu’elle découvre la grossesse, elle envoie à Evelyn des photographies intimes et des messages cruels dans un but terrifiant : provoquer un choc assez violent pour lui faire perdre ses enfants. Evelyn est retrouvée inconsciente. Les jumeaux survivent, mais la guerre vient de changer de visage. Entre scandale, secrets financiers, désir de vengeance et sentiments enfouis, Nathaniel devra affronter une vérité qu’aucune fortune ne peut effacer : certains pardons exigent des années, et l’amour ne suffit pas toujours à réparer ce que la trahison a détruit.

Genre :
Drama
Auteur :
panda lps
Statut :
il y a 6 heures
Chapitres :
14
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Prologue

PROLOGUE

Evelyn

Le matin où je découvris que j’attendais des jumeaux, Washington était noyée sous une pluie si fine qu’elle ressemblait à de la poussière dans la lumière des réverbères.

Le soir même, je trouvai mon mari la main sous le chemisier de sa secrétaire.

Pendant longtemps, je me demandai lequel de ces deux événements avait réellement séparé ma vie en un avant et un après.

Je n’ai jamais réussi à choisir.

Depuis presque quatre mois, mon corps essayait de me prévenir. Les vertiges avaient commencé en août. D’abord quelques secondes au réveil, puis au milieu des dîners, dans les magasins, parfois sous la douche. Je m’agrippais à ce qui se trouvait près de moi et j’attendais que les murs cessent de tanguer.

J’avais aussi des nausées, mais elles ne ressemblaient pas à celles de ma première grossesse. Elles venaient sans logique, au milieu de l’après-midi ou après une odeur trop forte. Ma tension chutait. Mes jambes devenaient molles. Certains jours, je me sentais si faible que monter l’escalier de notre maison de Georgetown exigeait toute ma volonté.

J’avais tout expliqué par le stress.

Nathaniel travaillait sur Aegis et ne rentrait presque plus avant minuit. Notre mariage se remplissait de silences, de repas réchauffés et de messages auxquels il répondait par un pouce levé. Je dormais mal. Je mangeais n’importe comment. Mon cycle n’avait jamais retrouvé sa régularité après la fausse couche survenue deux ans plus tôt.

Chaque symptôme possédait donc une raison acceptable.

Une raison qui n’était jamais celle-là.

Ce vendredi de novembre, je m’étais effondrée dans la cuisine.

Je me souviens du verre qui m’échappa, du bruit sec contre le marbre et de ma hanche heurtant le sol. Lorsque j’ouvris les yeux, la gouvernante de Georgetown était agenouillée près de moi, le téléphone collé à l’oreille.

— Ne prévenez pas monsieur Cross, avais-je soufflé.

Même à moitié consciente, j’avais encore peur de déranger une de ses réunions.

À Saint Matthew, une interne prit ma tension deux fois avant d’appeler une médecin. On me préleva du sang, on posa une perfusion et on me demanda depuis combien de temps je me sentais mal.

— Quelques semaines.

C’était un mensonge. Cela durait depuis des mois.

La docteure Levine entra quarante minutes plus tard. Elle avait une cinquantaine d’années, des cheveux gris coupés court et ce regard calme des médecins qui savent qu’une phrase va bouleverser la personne assise devant eux.

— Madame Cross, vos analyses expliquent en partie les malaises et les chutes de tension.

— C’est grave ?

— Vous êtes enceinte.

Je ris.

Pas de joie. Un son bref, sec, presque agressif.

— Non.

— La prise de sang ne laisse aucun doute.

— Vous vous trompez de dossier. Je ne peux pas être enceinte.

— Pourquoi ?

La question me mit en colère.

— Parce que je le saurais, bon sang. Parce que j’ai déjà été enceinte. Parce que mon ventre serait rond, parce que je sentirais… je ne sais pas, quelque chose. Et parce que j’ai eu des saignements.

La docteure Levine ne se laissa pas impressionner.

— Des saignements légers peuvent survenir pendant une grossesse. Quant au reste, il est possible que vous traversiez un déni de grossesse.

— Un déni ? Je ne nie rien. Je vous dis que c’est impossible.

Ma voix montait. Je l’entendais, mais je ne pouvais plus la contrôler.

La médecin s’approcha légèrement.

— Votre corps le savait, madame Cross. Votre esprit a peut-être été incapable de l’entendre. Après une fausse couche, cela peut arriver. Nous allons faire une échographie.

Je voulus refuser. Me lever. Arracher la perfusion et rentrer chez moi avant que cette femme ne donne une forme à une possibilité que je m’étais interdite depuis deux ans.

Mes jambes tremblaient trop pour me porter.

Dans la salle d’échographie, la lumière fut abaissée. La sonde glissa sur mon ventre, plus arrondi que je ne voulais l’admettre. Des formes grises apparurent sur l’écran.

La technicienne se tut.

Son silence fit naître une terreur ancienne dans ma poitrine.

— Il n’y a pas de battement ? demandai-je.

Elle tourna brusquement la tête.

— Si. Il y en a deux.

Je cessai de respirer.

— Deux quoi ?

La docteure Levine posa un doigt sur l’écran.

— Voici le premier bébé.

Puis elle déplaça son doigt vers une seconde silhouette.

— Et voici le second. Vous attendez des jumeaux.

Le mot resta suspendu dans la pièce.

Jumeaux.

Un enfant était déjà impossible. Deux dépassaient tout ce que mon esprit pouvait contenir.

— De combien ? réussis-je à demander.

La technicienne prit plusieurs mesures. Son expression demeurait concentrée, mais elle ne semblait pas alarmée.

— Environ vingt semaines, répondit la médecin. Cinq mois.

— Cinq mois…

Je portai les mains à mon ventre. La courbe que j’avais attribuée au stress, aux hormones et aux changements laissés par la fausse couche me parut soudain évidente.

Comment avais-je pu ne pas comprendre ?

La réponse arriva avec une cruauté parfaite : je n’avais pas voulu comprendre.

Espérer un autre enfant signifiait risquer de le perdre. Mon esprit avait donc enterré chaque signe sous une explication rassurante pendant que deux vies grandissaient en moi.

La médecin activa le son.

Deux battements emplirent la pièce. Rapides. Puissants. Légèrement décalés.

Je me mis à pleurer.

— Est-ce qu’ils vont bien ?

— Les premières mesures sont rassurantes. Vous êtes épuisée et votre tension est trop basse. Nous devons approfondir les examens, mais leurs deux activités cardiaques sont normales.

Quelque chose remua sous ma paume.

Puis un second mouvement lui répondit, plus bas, légèrement sur le côté.

Un sanglot m’échappa.

— Ils bougent.

— Probablement depuis plusieurs semaines, expliqua-t-elle doucement. Votre cerveau interprétait ces sensations autrement.

La docteure Levine poursuivit l’examen quelques minutes, prenant des mesures que je ne comprenais pas encore. Puis elle releva les yeux vers moi.

— Souhaitez-vous connaître leur sexe ?

Je fixai les deux silhouettes. Quelques heures plus tôt, j’ignorais encore leur existence. À présent, cette question me parut presque vertigineuse.

— Oui, soufflai-je. Je veux tout savoir.

La médecin déplaça lentement la sonde.

— Le premier est un garçon.

Un sanglot étranglé m’échappa.

Elle poursuivit son examen, attendit que la seconde silhouette change légèrement de position, puis sourit.

— Et le second bébé est une petite fille.

Un garçon et une fille.

Mon fils et ma fille.

Ces mots traversèrent enfin le brouillard qui m’avait protégée pendant cinq mois. Ils n’étaient plus seulement deux formes grises sur un écran ni deux battements précipités dans une pièce obscure.

Ils étaient mes enfants.

J’appelai Nathaniel depuis le couloir de l’hôpital.

Il ne répondit pas.

J’envoyai un message : J’ai besoin de te voir ce soir. C’est important.

Sa réponse arriva dix-sept minutes plus tard.

Au bureau. Réunion Aegis. Pas avant minuit.

Je fixai l’écran, partagée entre l’envie de pleurer et celle de lancer mon téléphone contre le mur.

Puis je décidai d’aller le rejoindre.

Sur le chemin, je fis arrêter le chauffeur devant une boutique encore ouverte. J’achetai deux paires de minuscules chaussons couleur crème. Deux. Ce nombre me paraissait toujours irréel.

Je les glissai dans une boîte bleu nuit avec la première échographie. Sur l’image, deux profils se faisaient face comme s’ils partageaient déjà un secret dont j’avais été exclue pendant cinq mois.

À vingt-deux heures quarante-sept, la berline s’immobilisa devant la tour de verre de Cross Sentinel.

Je montai jusqu’au trente-deuxième étage avec la boîte serrée contre ma poitrine.

Le bureau de Victoria était vide. Un verre de vin à moitié plein se trouvait près de son ordinateur. Du jazz venait du bureau de Nathaniel.

Puis j’entendis rire une femme.

— Elle ne viendra pas, disait Victoria. Elle ne vient jamais ici sans prévenir.

Je poussai la porte.

La veste de Nathaniel reposait sur le canapé. Sa cravate était défaite. Victoria était assise sur le bord de son bureau, le chemisier ouvert, une jambe passée autour de sa hanche. Sa main à lui se trouvait sous le tissu, contre sa peau nue.

Il l’embrassait comme un homme qui connaissait déjà chaque détour de sa bouche.

La boîte m’échappa presque. Je la rattrapai contre ma cuisse.

Nathaniel tourna la tête.

— Evelyn.

Victoria rabattit son chemisier sans même avoir la décence de paraître honteuse.

— Depuis combien de temps ? demandai-je.

— Evelyn, pas comme ça. Pas ici.

— Depuis combien de temps couches-tu avec elle ?

— Je devrais vous laisser parler, murmura Victoria.

— Vous auriez surtout dû nous laisser notre mariage.

Nathaniel s’approcha.

— Ne me touche pas avec les mains que tu avais sur elle.

Il s’arrêta.

— Quatre mois, répondit Victoria derrière lui.

Nathaniel se retourna brutalement.

— Je ne vous ai pas demandé de répondre.

— Moi, si.

Quatre mois.

Pendant que mes enfants grandissaient en moi, leur père rentrait couvert du parfum d’une autre femme.

Une douleur violente me traversa le ventre. Pas une contraction, seulement la panique, mais je repliai instinctivement un bras autour de la boîte.

— Qu’est-ce que tu tiens ? demanda Nathaniel.

Je regardai le coffret qui contenait encore, quelques secondes plus tôt, la plus bouleversante nouvelle de notre vie.

— Rien qui te concerne encore.

Je le posai sur le meuble près de la porte, incapable de continuer à le porter.

— Evelyn, attends.

— Va te faire foutre, Nathaniel.

Je sortis.

Il me suivit dans le couloir, mais lorsque les portes de l’ascenseur se refermèrent, il était encore debout à plusieurs mètres de moi.

Il ne savait pas que la boîte contenait deux paires de chaussons.

Il ne savait pas que deux cœurs battaient sous le mien.

Et moi, je venais de comprendre que je devrais désormais apprendre à les protéger de l’homme auquel j’avais voulu les confier.

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