Le jour où tout a basculé
Je n'y crois toujours pas. En ce 18 août, tout mon passé que j'avais enterré refait surface.
Salut, je m'appelle Aellys Morales. J'ai vécu toute mon enfance chez ma tante. Mon enfance n'était pas parfaite, loin de là, mais habiter avec elle m'a beaucoup aidée à me reconstruire. Autrefois, j'avais une famille, une vraie. Puis elle s'est brisée du jour au lendemain. Aujourd'hui, les mêmes malheurs d'il y a longtemps refont soudainement surface, comme un cauchemar dont je pensais m'être réveillée.
Maison des Harper - 7h du matin
Le soleil tape déjà fort à travers les rideaux. Sa voix résonne depuis la cuisine, comme tous les matins.
Louise : Aellys, Anna, levez-vous ! Ne me forcez pas à monter ! Toujours en train de dormir, ces filles, pfff !
Sa voix est ferme, mais je sais qu'elle nous aime plus que tout. C'est elle qui m'a recueillie quand tout s'est effondré. Sans elle, je ne serais pas là aujourd'hui.
Chambre des filles
Anna : Ah, déjà le matin ? J'ai encore sommeil, moi.
Elle se cache sous la couette. C'est toujours la même histoire avec elle, elle est incapable de se lever du premier coup.
Aellys : Bouge, Anna, sinon Tante va rappliquer et nous sermonner ! Tu sais comment elle est le matin.
Je la tire par le pied en rigolant. Elle grogne mais finit par se lever en traînant les pieds. Je me lève aussi. Mon cœur est léger ce matin. Je ne sais pas encore que c'est la dernière matinée normale de ma vie. Je ne sais pas que dans quelques heures, tout va basculer.
Après ce réveil que certains pourraient qualifier d'ordinaire, ma journée se déroule normalement, entre les rires et les petites corvées de la maison. Une journée banale, douce, comme je les aime. Jusqu'à ce que tout bascule.
L'après-midi, la maison est calme. Trop calme. Il y a une tension dans l'air que je ne comprends pas.
Louise : Aellys, je peux te parler ? Seule à seule ?
Son ton a changé. Il est grave et tremblant. Elle évite mon regard. Je sens immédiatement que quelque chose ne va pas.
Aellys : Bien sûr, Tante Lou, assieds-toi. Qu'est-ce qu'il y a ? Tu es toute pâle.
Louise s'assoit en face de moi et prend mes mains dans les siennes. Ses mains sont froides et tremblent légèrement.
Aellys : Tante Lou, qu'y a-t-il ? Tu me fais peur.
Elle reste silencieuse quelques secondes, puis les larmes montent dans ses yeux.
Louise : Je suis désolée, Aellys, mais il veut que tu rentres. Il m'a appelée ce matin. Tout est déjà arrangé et ta mère a donné son accord. Je n'ai pas pu dire non... Je suis désolée, ma chérie.
Le monde s'arrête autour de moi. Non. Pas lui. Pas maintenant. Pas après tout ce temps.
Je lâche ses mains et éclate en sanglots. Des sanglots qui viennent du ventre, que je retiens depuis des années.
Aellys : Comment... pourquoi ? Je ne veux pas le revoir, je ne veux pas ! Pas après ce qu'il a fait ! Pourquoi maman a accepté ?
Louise : C'est ton père, tu ne peux pas le fuir éternellement. Je sais que c'est dur, ma chérie. Je sais tout ce que tu as traversé. Désolée, mais ton vol est pour demain matin.
Je pleure et elle me serre très fort dans ses bras, comme pour me protéger une dernière fois. J'ai l'impression de redevenir la petite fille perdue qu'elle a recueillie il y a des années.
Deux heures plus tard
Je suis restée seule dans ma chambre, les yeux rouges, à fixer le mur. J'entends la porte d'entrée s'ouvrir en bas.
Pierre : Lou, je suis rentré ! J'ai pris du pain...
Il s'arrête net en voyant Louise effondrée sur le canapé, en larmes. Il la prend immédiatement dans ses bras.
Pierre : Je n'en reviens pas ! Comment ta sœur a pu être d'accord avec ça ? Elle a oublié ce que ce type lui a fait ? Comment elle peut lui imposer ça ?
Louise : Calme-toi, ça ne sert à rien de s'énerver maintenant. C'est son père, il a tous les droits de la voir quand il veut. Sa mère a dit oui. On ne peut rien faire, Pierre.
Pierre : Pauvre fille... On doit l'aider, elle ne doit plus replonger, tu m'entends ? On l'a vue au plus bas, on ne peut pas la laisser retomber là-dedans. Pas encore.
Louise : Oui, j'ai une idée pour lui changer les idées. On va lui faire une soirée pyjama. Notre dernière soirée, tous les quatre. Juste pour qu'elle parte avec un bon souvenir de nous.
Ils commencent à organiser la soirée. Ils sortent les coussins, les plaids et les pop-corns. Ils veulent faire comme si tout était normal, juste pour moi.
Pendant ce temps : dans la chambre d'Aellys
Je suis allongée sur mon lit, les yeux fixés au plafond. Mes larmes ont séché, mais mon cœur bat trop vite.
Aellys : Anna, sérieux, pourquoi ? Pourquoi maintenant, après autant d'années ? J'étais bien ici. J'avais enfin réussi à oublier. Pourquoi il me rappelle maintenant ?
Anna s'assoit à côté de moi et me prend dans ses bras sans rien dire. Elle sait que parfois, je n'ai pas besoin de conseils, juste d'une présence.
Anna : Eh, ma belle, ça ira, d'accord ? Tu y vas pour un an et après tu pourras revenir. Ce n'est qu'une année. Et je serai là, en visio tous les soirs si tu veux. Je te jure. Ne pleure plus, tu es super moche quand tu pleures.
Elle me fait un petit sourire pour me faire rire.
Je la frappe légèrement au bras et je ris malgré moi. Ça fait du bien de rire, même avec les larmes.
19h34
Après ce petit moment avec Anna, j'ai un peu retrouvé le sourire. Mais au fond de moi, j'ai peur. Une peur viscérale. Ils vont tellement me manquer. Cette maison, c'est tout ce que j'ai connu. C'est mon refuge.
On frappe doucement à la porte.
Louise : Les filles ? La soirée pyjama vous attend en bas. On a tout préparé...








