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L'OBSESSION DU DIABLE

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Résumé

ELLE A SAUVÉ SA VIE. IL RISQUE DE DÉTRUIRE LA SIENNE. Taylor est infirmière. Une nuit, en acceptant de remplacer une collègue aux urgences, elle sauve la vie d'un homme dangereux : Hades Lombardi, le Don de la mafia. Elle voit en lui un patient. Lui découvre une femme qui ose lui tenir tête, sans craindre son pouvoir. Elle aurait dû l'oublier. Mais Hades Lombardi n'est pas un homme qu'on abandonne facilement. Habitué à tout contrôler, il est prêt à tout pour garder près de lui celle qui est devenue son obsession. Entre secrets, rivalités mafieuses, attirance interdite et sentiments dangereux, Taylor devra choisir : fuir cet homme qui pourrait la détruire ou risquer son cœur pour le Diable lui-même. Elle a sauvé la vie du Diable. Mais qui la sauvera de lui ?

Genre :
Romance
Auteur :
cielbleu20
Statut :
il y a 4 heures
Chapitres :
3
Rating
n/a
Classification par âge :
18+

Chapter 1


TAYLOR


Sept heures.


Taylor rinça sa tasse et la posa sur l'égouttoir.


La lumière du matin glissait entre les rideaux et dessinait de longues bandes dorées sur le parquet. Dans la rue, un vendeur de pain installait son étal au coin du carrefour. Pour une fois, rien ne semblait devoir gâcher sa journée de repos : aucune obligation avant le lendemain, quelques courses à faire, un bain chaud et un livre qu'elle repoussait depuis des semaines.


Elle avait presque oublié ce que signifiait disposer d'une journée entière pour elle-même.


Son téléphone vibra sur la table.


Un message de Jessica.


Taylor, désolée de te demander ça au dernier moment. J'ai un imprévu. Tu pourrais me remplacer aujourd'hui ? Je comprendrais parfaitement que tu refuses.


Elle soupira en relisant le message.


Elle aurait pu refuser. Après tout, elle avait déjà travaillé suffisamment ces derniers jours et comptait profiter de cette journée pour souffler. Mais elle connaissait Jessica. Elle savait également ce que signifiait une absence imprévue dans un service où chaque paire de mains comptait.


Elle finit par répondre :


D'accord, je viens. Tu me devras un café.


La réponse arriva presque aussitôt.


Tu me sauves la vie !


Taylor sourit malgré elle. Elle n'avait jamais su dire non lorsqu'une personne avait besoin d'elle. Elle s'en agaçait parfois, mais n'en avait jamais vraiment eu honte.


Vingt minutes plus tard, elle roulait en direction de l'hôpital. La circulation était encore relativement fluide dans les rues de Saint-Louis. Au feu rouge, elle jeta un coup d'œil à l'horloge du tableau de bord.


— Super. Journée de repos envolée.


Elle reprit sa route en soupirant.


Lorsqu'elle franchit les portes des urgences, le calme du matin lui parut déjà bien loin.


Des voix se croisaient dans les couloirs, les téléphones sonnaient et les brancards circulaient sur le carrelage. L'odeur familière de l'antiseptique flottait dans l'air.


Taylor enfila sa blouse, attacha ses cheveux et prit connaissance des patients dont elle aurait la charge.


La journée commença sans véritable répit.


Les heures passèrent sans qu'elle les voie. À quinze heures, elle n'avait pas eu le temps de s'asseoir plus de cinq minutes. Entre les admissions, les soins et les appels des médecins, elle enchaînait les tâches sans presque s'arrêter.


Puis les sirènes retentirent à l'extérieur.


Un grave accident de la route venait de mobiliser plusieurs ambulances. Trois véhicules arrivèrent en quelques minutes, et le service changea de rythme presque instantanément.


Taylor se concentra sur les priorités. Elle participa au tri des patients selon la gravité de leurs blessures, rassura un homme qui demandait où se trouvait sa femme, transmit des consignes et courut d'un box à l'autre.


Elle ne s'arrêta qu'à seize heures passées, lorsqu'une voix l'appela depuis le couloir.


— Taylor ! Salle trois, maintenant.


Elle s'y rendit aussitôt.


Un homme d'une cinquantaine d'années était allongé sur le lit, une compresse plaquée contre le front. Elle vérifia son dossier, prit ses constantes et s'assura qu'il était correctement installé avant de repartir.


Elle rangeait du matériel au poste de soins lorsque l'atmosphère changea.


Ce n'était pas le bruit d'une nouvelle ambulance. Personne ne criait pour réclamer de l'aide. Pourtant, quelque chose sembla se figer dans l'air.


Deux hommes entrèrent, suivis d'un troisième qui poussait un brancard.


Tous étaient vêtus de noir. Leurs visages fermés et leurs regards constamment en mouvement ne passèrent pas inaperçus. Ils balayaient la salle comme s'ils s'attendaient à voir surgir une menace à chaque instant.


Sur le brancard, un homme pâle serrait les dents. Sa chemise sombre était imbibée de sang au niveau du flanc.


— Il nous faut un médecin, immédiatement ! lança l'un des hommes.


Taylor s'approcha.


— Que s'est-il passé ?


— Il a été blessé. Occupez-vous de lui.


Elle fronça légèrement les sourcils.


— J'ai besoin de savoir comment. Cela peut changer la façon dont nous allons le prendre en charge.


L'homme hésita.


— Un accident.


— Quel genre d'accident ?


Le silence se tendit. Le plus grand des deux hommes s'apprêtait à répliquer, mais son compagnon le retint d'un simple regard.


Taylor ne se laissa pas impressionner.


— Si vous voulez qu'on le soigne correctement, il faudra nous donner des réponses. En attendant, installez-le en traumatologie.


Le personnel médical prit rapidement le relais.


Dans la salle, Taylor découpa le tissu autour de la plaie afin de permettre au médecin d'évaluer les blessures. Celui-ci arriva quelques instants plus tard et prit la direction des soins.


En aidant à préparer le matériel, elle remarqua plusieurs anciennes cicatrices sur le torse du patient. Certaines semblaient profondes, d'autres plus anciennes. Elles lui donnèrent l'impression d'avoir affaire à un homme dont la vie n'avait rien d'ordinaire.


Elle chassa cette pensée.


Ce n'était pas son rôle de deviner qui étaient ses patients.


— Sa tension chute ! annonça-t-elle.


Le médecin se rapprocha aussitôt.


Les minutes suivantes furent consacrées aux soins d'urgence. Il fallut plusieurs gestes précis, des consignes répétées et une surveillance attentive avant que les constantes du patient ne commencent à se stabiliser.


Une fois son état suffisamment contrôlé, le médecin ordonna des examens complémentaires et son transfert dans une chambre adaptée à sa surveillance.


Dans le couloir, les deux hommes en noir n'avaient pas bougé. L'un faisait les cent pas tandis que l'autre fixait la porte, son téléphone serré dans la main.


Lorsque le médecin ressortit pour réclamer davantage d'informations, le plus grand se redressa.


— Vous aurez vos réponses quand il sera hors de danger.


Taylor, qui avait entendu l'échange depuis l'intérieur, croisa le regard de son collègue.


— Tu sais qui c'est ? murmura celui-ci.


— Aucune idée. Mais ils ne sont pas du genre à attendre sagement dans une salle d'attente.


Elle retourna auprès du patient.


Son état était désormais stabilisé, même s'il nécessitait une surveillance continue. Pour la première fois depuis son arrivée, le seul bruit dans la pièce était celui du moniteur cardiaque.


Taylor prit quelques secondes pour l'observer.


C'était un homme imposant, même allongé. Des épaules larges, une carrure athlétique et des bras couverts de tatouages. Certains étaient discrets, d'autres plus détaillés, comme s'ils racontaient une histoire qu'elle ne pouvait pas lire.


En ajustant le drap, elle remarqua un dessin particulièrement travaillé près de son poignet. Elle n'eut cependant pas le temps de l'examiner davantage.


L'homme bougea.


Ses doigts se crispèrent sur le drap.


— Monsieur ? Vous m'entendez ?


Aucune réponse.


Puis ses paupières frémirent.


— Vous êtes à l'hôpital, dit Taylor d'une voix calme. Vous avez été blessé, mais votre état est actuellement stable. Évitez de bouger brusquement.


Elle recula légèrement pour lui laisser de l'espace et se tint prête à appeler le médecin si nécessaire.


L'inconnu était en train de se réveiller.


HADES


La première chose que Hades perçut fut la lumière.


Blanche et crue, elle lui brûlait les yeux.


La deuxième fut la douleur.


Elle lui traversa le flanc lorsqu'il tenta de bouger, et il se figea aussitôt, le souffle court.


L'hôpital.


Il détestait les hôpitaux. Les machines qui bipaient, l'odeur de désinfectant, les mains étrangères qui le touchaient sans qu'il puisse les contrôler.


Il n'avait jamais supporté d'être vulnérable.


Les souvenirs lui revinrent d'un coup, brutaux.


La route qu'ils empruntaient pour rejoindre leur destination. Le convoi qui ralentissait à cause d'un camion immobilisé en travers d'une partie de la chaussée. La vitre de la voiture qui éclatait. Marco qui hurlait. Le bruit sec des coups de feu.


Puis le silence.


Il serra les dents.


Quelqu'un connaissait leur itinéraire. Personne en dehors de leur cercle proche ne pouvait savoir qu'ils emprunteraient cette route à cette heure précise.


Le traître était quelque part.


Et il n'était probablement pas à l'extérieur de la famille.


— Évitez de bouger. Vous venez à peine de vous réveiller.


Hades tourna lentement la tête.


Une femme se tenait près de son lit, un dossier médical à la main. Elle portait une tenue d'infirmière. Ses cheveux étaient attachés, bien que quelques mèches se soient échappées autour de son visage.


Elle ne le regardait pas avec la peur qu'il inspirait habituellement.


Elle le regardait comme on regarde un chiffre sur un écran.


— Où suis-je ? demanda-t-il d'une voix rauque.


— À l'hôpital.


— Ça, j'avais compris.


Elle leva les yeux de son dossier.


— Dans ce cas, nous avons déjà un point commun : vous savez écouter les réponses quand elles vous arrangent.


Un silence suivit.


Hades l'observa, cherchant une trace d'hésitation dans son regard. Il n'en trouva aucune.


— Votre nom.


— Taylor.


— Taylor comment ?


— Vous avez été blessé, monsieur. Votre état est stable, mais vous devez rester sous surveillance. C'est tout ce dont vous avez besoin pour le moment.


— Je vous ai posé une question.


— Et je vous ai répondu.


Elle se détourna pour vérifier le moniteur, comme si leur échange ne sortait pas de l'ordinaire.


Hades la suivit du regard.


Il connaissait les hommes qui baissaient les yeux en entendant son nom, ceux qui tremblaient et ceux qui cachaient leur peur derrière des sourires forcés.


Cette femme ne semblait préoccupée que par ses constantes.


C'était inhabituel.


Et l'inhabituel avait toujours retenu son attention.


— Qui m'a amené ici ?


— Les hommes qui vous accompagnaient.


— Ils sont toujours là ?


— Je ne suis pas chargée de surveiller vos visiteurs.


Un sourire presque imperceptible effleura ses lèvres.


— Vous parlez toujours comme ça aux gens ?


— Seulement à ceux qui posent beaucoup de questions au lieu de se reposer.


Son sourire disparut.


— Faites attention à la façon dont vous me parlez.


Taylor soutint son regard sans ciller.


— Et vous, faites attention à ne pas rouvrir votre blessure en essayant de m'impressionner.


Pendant une seconde, personne ne parla.


Puis Hades laissa échapper un rire bref qui se transforma aussitôt en grimace.


— Vous trouvez ça drôle ? demanda-t-elle en s'approchant.


— Pas particulièrement.


— Alors restez tranquille.


Elle vérifia son pansement avec précaution. Lorsqu'elle se pencha, il remarqua une petite marque sur sa main droite, la fatigue discrète au coin de ses yeux et une odeur de savon propre.


Il fut surpris de s'attarder sur ces détails.


Elle ne cherchait pas à lui plaire. Elle ne demandait pas qui il était. Elle ne semblait même pas particulièrement curieuse de savoir pourquoi deux hommes aussi imposants attendaient derrière sa porte.


Ou alors, elle était bien meilleure actrice qu'il ne le pensait.


— Vous n'avez pas peur de moi ? demanda-t-il.


Elle releva la tête. La question semblait la surprendre davantage que son ton autoritaire.


— Est-ce que je devrais ?


Hades ne répondit pas.


Elle ajusta le drap et recula d'un pas.


— Reposez-vous. Le médecin repassera. Si vous avez du mal à respirer, appelez-moi immédiatement.


Elle se dirigea vers la porte.


— Taylor.


Elle s'arrêta sans se retourner.


— Oui ?


— Je n'ai pas fini de vous parler.


Elle tourna lentement la tête.


— Moi, si.


Puis elle sortit, et la porte se referma doucement derrière elle.


Hades resta immobile, les yeux fixés sur le battant.


La douleur pulsait dans son flanc, mais elle n'occupait plus toute son attention.


Il ne connaissait ni le nom de famille de cette femme, ni son adresse, ni ce qu'elle faisait en dehors de l'hôpital.


Cette ignorance l'agaçait.


Il tendit la main vers son téléphone posé sur la table de chevet.


Luca décrocha à la deuxième sonnerie.


— Enfin réveillé ? Tu nous as fait une sacrée frayeur.


— Qui savait pour l'itinéraire ?


Un silence, bref mais net.


— Hades, on en parlera quand tu seras...


— Qui savait, Luca ?


— Une poignée de personnes. Je vais vérifier la liste.


— Fais-le. Et renseigne-toi sur une infirmière. Taylor. Je veux son nom complet.


— Tu veux qu'on la surveille ?


— Je veux savoir qui elle est.


— Pourquoi ?


Hades ferma les yeux. La question était légitime, et il n'avait pas de réponse satisfaisante.


— Parce qu'elle est la seule personne dans cet hôpital qui ne m'a pas obéi.


Luca éclata de rire.


— Tu es blessé et tu t'intéresses à une infirmière qui t'a envoyé balader ?


— Fais ce que je te demande.


Il raccrocha.


Quelques minutes plus tard, un homme de son équipe entra dans la chambre.


— Patron, le médecin souhaite que vous restiez sous surveillance. Il va repasser pour vous expliquer les résultats des examens.


— Très bien.


Hades reporta son attention sur la fenêtre.


— L'infirmière qui s'est occupée de moi. Quand termine-t-elle son service ?


L'homme parut surpris, mais ne posa aucune question.


— Je vais me renseigner.


Hades ne répondit pas.


Il avait d'autres problèmes à régler. Un traître à identifier, une attaque à comprendre et une famille qui ne devait surtout pas sentir la moindre faiblesse.


Pourtant, le prénom de cette infirmière continuait de lui revenir à l'esprit.


TAYLOR


Le soleil disparaissait derrière les immeubles de Saint-Louis lorsque Taylor quitta enfin l'hôpital.


Elle avait mal aux pieds, les épaules raides et une seule envie : rentrer, prendre une douche chaude et s'effondrer dans son lit.


Elle repensa malgré elle au patient tatoué.


Même cloué sur un brancard, il avait réussi à donner des ordres à tout le monde. Sans être ouvertement désagréable, il avait cette façon de regarder les gens comme s'il évaluait leur valeur.


— Il y a des gens qui ne savent vraiment pas ce que patience veut dire, murmura-t-elle en ouvrant sa portière.


Son téléphone vibra alors qu'elle s'arrêtait à un feu rouge.


Alors, cette journée ? Tu ne m'en veux pas trop, j'espère.


Taylor sourit.


Juste assez pour que tu me doives deux cafés.


La réponse arriva presque aussitôt, accompagnée de trois émojis suppliants.


Puis un second message apparut.


Au fait, un type en noir est passé à l'accueil cet après-midi. Il voulait savoir qui s'était occupé de l'homme de la traumato. Je lui ai dit que je ne savais pas. Tu le connais ?


Taylor sentit son sourire se figer.


Non. Ils ne m'ont rien demandé.


Elle reposa son téléphone sur le siège passager.


Le feu passa au vert. Derrière elle, un klaxon retentit et elle redémarra.


Il existait des dizaines de raisons pour lesquelles un homme pouvait poser des questions à l'accueil d'un hôpital. Elle se répéta ces raisons pendant tout le trajet, sans parvenir à se convaincre complètement.


Son appartement était plongé dans la pénombre.


Taylor laissa ses chaussures près de la porte, posa son sac sur une chaise et alluma seulement la lampe du salon.


Elle prit une douche brûlante, enfila un vieux tee-shirt et se prépara une soupe. Pour la première fois de la journée, personne ne la sollicitait.


Elle s'installa sur le canapé, sa tasse entre les mains, et commença enfin à se détendre.


Son téléphone vibra sur l'accoudoir.


Un numéro inconnu.


Bonsoir, Taylor. J'espère que votre journée s'est bien terminée. Vous avez été très patiente avec mon ami.


Elle relut le message deux fois.


Son cœur accéléra légèrement.


Elle se leva sans vraiment y penser et s'approcha de la fenêtre, le téléphone toujours à la main.


Elle ne se souvenait pas avoir donné son numéro à qui que ce soit. Mais ce n'était pas le plus troublant.


Elle repensa au badge encore accroché à la poche de son sac. Elle le sortit.


Son prénom apparaissait en lettres noires, sous le logo de l'hôpital.


Rien d'autre.


Un prénom suffisait peut-être à quelqu'un qui savait déjà où chercher.


Elle ne répondit pas.


Elle posa le téléphone face contre la table basse, puis tira les rideaux du salon.


En bas de l'immeuble, une voiture sombre était garée au bord du trottoir, ses phares éteints.


Taylor resta un long moment immobile derrière la vitre, sans savoir si quelqu'un la regardait.


Puis elle retourna s'asseoir.


Son téléphone s'alluma de nouveau.


Cette fois, elle ne le prit pas immédiatement.


Elle finit par retourner l'appareil.


Un nouveau message.


Une belle soirée à vous, Taylor.


Elle sentit un frisson lui parcourir la nuque.


Qui que soit cette personne, elle savait désormais où elle habitait.


Elle éteignit l'écran et ne répondit pas.


HADES


Le café de l'hôpital était tiède et amer.


Hades le reposa après une seule gorgée. Il tenta de s'installer plus confortablement contre les oreillers, mais chaque mouvement tirait sur sa blessure. Il finit par renoncer.


Il détestait cette impuissance.


Il détestait encore davantage savoir que ses ennemis avaient eu le temps de réfléchir à sa mort pendant qu'il était inconscient.


La porte s'ouvrit.


Luca entra, sa veste sur l'épaule, un dossier sous le bras.


— Tu vas finir par ressembler à un patient, dit-il en posant le dossier sur la table de chevet.


— Je suis un patient.


— Ça ne se voit pas. Tu as toujours ce regard qui fait baisser les yeux aux infirmières.


— Une seule m'a parlé ce matin.


Luca sourit.


— Et elle ne t'a pas fait baisser les yeux, c'est ça ?


Hades ne répondit pas.


Luca reprit son sérieux.


— Ce que tu m'as demandé est fait. Les personnes qui connaissaient ton itinéraire sont répertoriées. Il y en a six. J'ai commencé les vérifications.


— Et ?


— Deux sont morts depuis, un est en prison, un autre a pris sa retraite à Naples. Il reste deux noms qui méritent qu'on s'y attarde. Marco et Dario.


Hades prit le dossier et le parcourut sans se presser.


Dario le suivait depuis huit ans. Marco, quant à lui, était le frère de la femme qu'il avait failli épouser. Une histoire que personne n'avait vraiment oubliée.


— Pas Marco, dit-il après un instant. Il était dans la voiture.


— C'est ce que je pense aussi. Mais on ne peut rien exclure.


— Dario.


— Je le surveille.


Hades referma le dossier.


— Et la femme ?


Luca hésita une fraction de seconde.


— Elle a terminé son service à dix-neuf heures. Un de nos hommes l'a suivie jusqu'à son immeuble.


— Tu lui as demandé de la suivre ?


— Tu m'avais demandé de découvrir qui elle était. J'ai simplement pris quelques précautions.


Hades le fixa.


— Je voulais son identité, Luca. Pas qu'on transforme une infirmière en cible.


Luca leva légèrement les mains.


— D'accord. Je vais lui demander de garder ses distances.


Il ne laissa rien paraître.


— Il y a autre chose, ajouta-t-il. Notre homme a remarqué qu'elle avait reçu un message lorsqu'elle était chez elle. Il a vu la lumière de son salon, puis elle s'est approchée de la fenêtre avec son téléphone avant de tirer les rideaux. Il ne sait pas qui lui a écrit.


Hades tourna lentement la tête.


— Ce n'était pas moi.


— Je sais.


— Je n'ai pas son numéro.


— Je sais aussi.


Hades réfléchit quelques secondes.


— Qui d'autre sait qu'elle était de garde aujourd'hui ?


— Personne de la famille, à ma connaissance. Mais l'hôpital tient des registres. N'importe qui disposant des bons accès pourrait consulter les plannings.


— Ou demander à quelqu'un qui en possède.


Un silence s'installa.


Ni l'un ni l'autre ne prononça le nom qui leur traversait peut-être l'esprit.


— Vérifie qui a accès à ces informations, dit enfin Hades. Et fais-le sans prévenir personne.


— Bien.


Luca se dirigea vers la porte, puis s'arrêta.


— Tu sais que ton histoire avec cette infirmière ne ressemble pas à une simple curiosité ?


— Il n'y a pas d'histoire.


— Alors pourquoi tu veux savoir à quelle heure elle rentre chez elle ?


Hades ne répondit pas.


La douleur pulsait sous ses côtes. Il s'aperçut qu'il serrait le drap entre ses doigts.


— Va-t'en, Luca.


Luca eut un petit rire avant de quitter la chambre.


Hades resta seul.


Il fixa son téléphone posé à côté de lui, puis le retourna face contre la table.


Il ne savait pas encore qui avait écrit à Taylor.


Il ignorait également pourquoi quelqu'un semblait s'intéresser à elle si rapidement.


Mais une chose était certaine : il n'avait pas l'intention de laisser cette situation lui échapper.


Il avait passé sa vie à apprendre à contrôler les hommes, les alliances et les menaces qui l'entouraient.


Et pourtant, une infirmière qu'il connaissait à peine venait de s'imposer dans ses pensées.


Il n'aimait pas ça.

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