Prologue
Dans le silence de la nuit, tout devient plus net. C’est là, dans l’obscurité, que je le vois à nouveau, que je le retrouve enfin. Ce n’est pas vraiment lui, pas tout à fait. Plutôt un éclat de ce qu’il a été. Le souvenir de son regard, de sa voix, de son odeur, de sa silhouette. C’est étrangement précis, tellement que je suis tentée de croire que c’est réel.
Je n’ai pas besoin de l’appeler, il est là, comme toujours. Un fantôme qui rôde dans les recoins de mon esprit. Je le sens, parfois, sans le voir. Comme une chaleur persistante, une ombre familière. C’est étrange, comment l’amour peut se transformer en cette sorte de présence silencieuse. Une empreinte que rien ne saurait effacer. Pas même les années ou la distance.
Il n’a pas changé et pourtant, tout est différent. Ce n’est plus l’homme que j’ai connu, ni celui que j’ai quitté. C’est autre chose, une version déformée à la fois si familière et étrangère. Un éclat de nous deux, figé dans le temps, comme une promesse que je n’ai jamais osé briser.
Parfois, je me demande si j’ai vraiment voulu tourner la page ou si c’était juste plus facile de me mentir. Mais dans ces moments où je le vois, là, au fond de mes rêves, je réalise que peut-être, c’est l’amour, le vrai, qui m’a échappé. Ou peut-être que c’est moi qui me suis échappée.
Je me réveille toujours avec un goût amer dans la bouche. Comme si j’avais manqué quelque chose. Et peut-être que c’est vrai. Peut-être que j’ai tout raté. Je n’ai jamais le temps d’y réfléchir vraiment, je suis soit bien trop fatiguée, soit trop impatiente de le retrouver. Alors je ferme juste les yeux et j’attends, le cœur battant.
Enfin, je suis là, dans ce lieu qui n’existe que dans mon subconscient, où l’air est saturé d’une brume douce et stagnante. Tout est flou, comme une scène qui vacille entre l’ombre et la lumière, entre le passé et l’imaginaire.
Puis, je le vois.
Il est là, à quelques pas de moi, plus réel que jamais. Son regard croise le mien et, pendant un instant, tout autour de nous disparaît. Il est à la fois loin et près, comme une silhouette flottante que je veux saisir, mais je n’y arrive pas.
Je tends la main vers son visage, mes doigts effleurent l’air… il est déjà trop loin. Chaque pas que je fais dans sa direction le fait reculer, comme une danse infinie, un mouvement sans fin qui nous sépare à chaque battement de cœur.
Je crie son nom : il ne se retourne pas. Il ne semble pas m’entendre. Le vent se lève, agitant les brins d’herbe et les feuilles autour de nous, sans que rien n’effleure son visage. Il se tient là, pourtant son absence résonne plus fort que sa présence. Son âme semble ailleurs, dans un monde qui m’est interdit.
Mon souffle se coupe, une douleur sourde s’installe dans ma poitrine. C’est comme un écho, un souvenir, une image que je ne peux ni toucher ni oublier. Je veux courir vers lui ; mes jambes s’ancrent dans le sol. Je m’enfonce dans des sables mouvants invisibles. Chaque mouvement est une lutte pour ne pas sombrer ; une bataille pour ne pas le laisser partir.
Je voudrais lui crier tout ce que je n’ai jamais osé dire, tout ce que j’ai sur le cœur. Mais il s’éloigne encore, comme un rêve qu’on tente de retenir à tout prix, sans jamais y parvenir. Au plus profond de moi, je sais que je ne pourrai plus jamais le sentir, le toucher, condamnée à le regarder s’éloigner dans le silence et l’indifférence, impuissante face au destin.
Il disparaît dans la brume et je reste là, perdue dans ce vide illusoire, avec la sensation d’une absence infinie, un manque insaisissable qui me ronge de l’intérieur. Je ferme les yeux, essayant de retenir son visage, mais au moment où je les ouvre, il s’efface. Et je suis de nouveau seule. Pour toujours.










