Chapitre 1
EVERLEE
Cette robe est aussi étouffante que chargée, et je l'ai en horreur. Cette robe de soirée à paillettes violettes descend jusqu'à mes pieds et moule chaque centimètre de ma peau. Mes seins sont compressés vers le haut et vers l'extérieur comme s'ils allaient exploser. Mais bon, un beau décolleté, c'est sexy, non ? Je tire sur cette robe dos nu qui me serre de partout. Un centimètre de moins et on verrait tout mon cul.
Je ramène mes cheveux tout en haut de ma tête. Je les tortille et les fixe en un chignon flou, tout en laissant quelques mèches encadrer mon visage. J'applique une dernière couche de gloss repulpant sur mes lèvres, je les pince, puis je range le tube dans ma pochette.
« Oh. Mon. Dieu. »
Je me retourne brusquement et je vois ma meilleure amie, Sasha. Elle est plantée là, bouche bée, à me dévisager. Ses magnifiques cheveux roux sont aussi relevés en chignon, mais le sien ressemble à un nid de rats qui n'a pas vu d'eau depuis plusieurs jours. Elle a des cernes sous les yeux qu'aucune couche de fond de teint ne peut masquer. J'imagine que c'est le résultat quand votre mec vous largue après deux ans sans prévenir, pour se mettre aussitôt avec une petite nouvelle. Les garçons sont stupides et on en fait vraiment tout un plat pour rien.
« Everlee, tu es incroyable », me dit-elle en entrant dans ma chambre, toujours sans me lâcher du regard.
En réajustant ma robe, je secoue la tête et je fronce le nez. « Elle est étouffante. Je n'arrive pas à respirer là-dedans. »
« Oh, ne t'en fais pas. On sait toutes les deux que Jett ne mettra pas longtemps avant de te l'enlever. » Elle jette une poignée de pop-corn dans sa bouche et s'installe au bout de mon lit, comme elle le fait toujours.
Je lui lance un regard noir. J'espère ne pas avoir à la remettre à sa place comme la semaine dernière. C'est peut-être ma meilleure amie, mais elle ne sait pas toujours quand il faut se taire.
Elle lève les mains en l'air. « Pardon, pardon. Je sais que tu attends la nuit parfaite pour te donner à Jett pour la première fois. » Elle fouille dans le bol de pop-corn. Je vois sa lèvre inférieure trembler avant qu'elle ne relève les yeux vers moi. « Je ne comprends pas. Je couchais avec Dan depuis l'été avant la seconde et il me jette comme une vieille chaussette. Quel sale enfoiré d'infidèle ! Toi, tu as gardé ta virginité pendant tout ce temps avec Jett, et pourtant, il ne te largue pas, lui. »
J'adore Sasha, mais elle peut être très mélodramatique et jouer les victimes. Je m'assois à côté d'elle sur le lit. J'ignore la robe qui me pince la taille et je pose ma main sur la sienne.
« Sash, on sait très bien que Dan ne t'a pas quittée à cause du sexe. C'est ridicule. C'est juste un gamin de lycée abruti qui a couché avec la traînée de l'école. Qui sait ce qui se passe dans sa tête ? De toute façon, on part à la fac l'année prochaine. C'est là-bas qu'on trouvera de vrais hommes. Arrête de laisser Dan te faire sentir comme une merde. »
Elle me donne un petit coup de coude et laisse échapper un rire léger. « Pour quelqu'un qui ne sort pas beaucoup, tu as toujours de bons conseils et tu sais quoi dire. »
Je hausse les épaules. « Je regarde beaucoup de films à l'eau de rose. »
La sonnerie retentit et mon cœur s'emballe. C'est Jett. Mes mains deviennent moites et je regarde à nouveau Sasha. Je suis une pile électrique depuis que Jett m'a invitée à cette soirée. Tout le gratin sera présent à ce gala, mais je ne me sens pas à ma place. Toutes les familles riches du coin utilisent ce gala comme un concours de celui qui a la plus grosse. Ils comparent leurs vêtements de luxe, leurs voitures de sport et le montant de leurs dons. C'est un événement annuel pour les équipes sportives locales. Comme Jett est le quarterback de Cork High School, il doit y assister avec ses parents. Il y aura plein de familles et d'élèves des environs, mais ce sont ceux de la Reaper Academy qui m'effrayent le plus. Ce sont les plus riches, les plus puissants et les plus cruels. Et il se trouve que c'est l'école rivale de Cork.
Ce n'est pas tant le gala qui me stresse — voir tous ces gens porter leurs masques d'hypocrisie pour une soirée — mais plutôt l'idée que Jett se retrouve face à son ennemi juré, Holden Van. Ils se détestent depuis qu'ils savent marcher. J'imagine que ça vient aussi de leurs pères. M. Hastings, le père de Jett, a toujours eu des mots très durs envers M. Van, même si personne ne sait vraiment pourquoi. Une vieille querelle de famille, sans doute.
« Everlee ! Jett est là ! » crie ma mère depuis le bas des escaliers.
Je frissonne, j'affiche un sourire forcé et je regarde les paillettes briller sous la lumière du plafond en respirant un grand coup. La dernière fois que je suis allée à ce gala avec Jett, il est reparti avec un nez en sang qui a ruiné ma robe. Une robe pour laquelle ma mère avait fait deux semaines d'heures supplémentaires. Ça m'a laissée un peu tendue, vous l'aurez compris.
« Ma belle », dit Sasha en me prenant les mains, « tout va bien se passer ce soir. Tu vas danser avec ton mec ultra canon, il va te pavaner devant tous les rivaux, puis il va te ramener et te laisser sans souffle avec un baiser de cinéma. »
Je ricane en la regardant comme si elle délirait. « C'est toi qui as regardé trop de films romantiques. » J'aimerais croire ce qu'elle dit, mais avec Jett Hastings, je m'attends toujours à l'imprévu. Ça fait assez longtemps que je suis avec lui pour savoir que rien n'est jamais normal quand on sort ensemble.
Elle hausse les épaules et me guide hors de ma chambre. « Peut-être, ou peut-être pas. Quoi qu'il arrive, tu vas passer une super soirée. Sois positive. »
Nous descendons les escaliers. J'entends Jett et ma mère discuter et rire. Maman a toujours adoré Jett, mais en même temps, comment ne pas l'aimer ? Regardez-le ! C'est le portrait craché du quarterback vedette. Mâchoire carrée. Pommettes hautes. Des cheveux blonds cendrés parfaitement décoiffés. Des abdos en béton. Et son sourire ? Ses fossettes suffisent à vous faire fondre les genoux. Jett Hastings est le petit ami idéal de toutes les filles, le dieu du lycée. Je l'ai même vu faire rougir quelques profs femmes juste en passant.
Il s'arrête de parler à ma mère et se tourne vers moi. Il me lance ce demi-sourire qui fait cogner mon cœur contre mes côtes. C'est le sourire qu'il ne réserve qu'à moi. Son regard parcourt chaque centimètre de mon corps et son sourire s'élargit.
« Waouh », murmure-t-il. Il s'approche au bas de l'escalier pour me prendre la main. J'adore le fait que quand j'entre dans une pièce, il n'ait d'yeux que pour moi. « Tu es absolument sublime, Everlee. »
Mes joues s'empourprent. Je baisse le menton et j'essaie de contenir mon sourire flatté. Je suis morte de trac, mais Jett trouve toujours le moyen de me calmer.
Il pose sa main au bas de mon dos. Je frissonne sous la chaleur de sa main droite, celle qui lance des passes parfaites à chaque match. Je lui souris par-dessus mon épaule, plongeant mon regard dans ses yeux noisette. Son contact fait s'emballer mon cœur. On pourrait croire que ça m'excite, mais au fond de moi, je le supplie d'arrêter.
« Tu es prête ? »
Avec un autre sourire de façade, je fais signe que oui. « Ouais, finissons-en. » C'est sorti tout seul, et ça m'a valu un regard noir de ma mère.
Jett ne relève pas ma remarque. Il me guide doucement vers la porte d'entrée, sa main toujours posée dans le bas de mon dos.
« À quelle heure voulez-vous qu'Everlee rentre ? » demande Jett à ma mère. J'espère secrètement qu'elle va lui donner une heure super tôt.
Mais non, elle rigole comme une gamine. « Oh, tu sais bien qu'Everlee n'a pas de couvre-feu quand elle est avec toi. »
Bravo pour la discrétion, maman. Même si je sais qu'elle ne ferait rien de déplacé, je sens qu'au fond d'elle, elle m'envie ma relation avec Jett. Selon elle, je vais l'épouser et lui faire des enfants un jour. C'est horrible si j'espère que ça n'arrivera pas ? Si j'épouse Jett, je serai sa femme-objet dans cette ville stupide pour le reste de mes jours. La femme trophée que je n'ai jamais voulu être. Mais je suis trop lâche pour rompre. Comme pour tout le reste, je vais me taire et suivre le chemin tracé pour moi, sans faire de vagues.
Nous quittons la maison. Jett m'aide à monter dans sa Jeep, mais je ne peux pas m'empêcher de le fixer. Je devrais être aux anges d'être la petite amie de Jett Hastings, et crier sur tous les réseaux sociaux que je suis la fille la plus chanceuse du monde. Mais ce n'est pas le cas. Il manque quelque chose d'important dans ma vie, et je ne sais pas quoi. Tout ce que je sais, c'est que le lycée est surfait et que le mec à côté de moi n'est pas mon âme sœur. Est-ce que ça existe encore, d'ailleurs ? Est-ce que les gens se marient aujourd'hui juste pour ne pas être seuls ? Peut-être par confort ou par soif de pouvoir. Ça me déchire le cœur de voir que plus personne ne se marie par amour. Enfin, pas autour de moi.
« Ça va, ma belle ? » demande Jett en me tendant la main.
Mes yeux se baissent sur nos mains quand mon cœur s'accélère. Je déteste le fait que dès qu'il me touche, j'ai tout de suite envie qu'il s'arrête. Il n'y a pas cette étincelle qu'on voit dans mes films préférés. Je sais que la vie n'est pas un film, mais une fille a bien le droit d'espérer, non ? Pourquoi ça ne pourrait pas être comme ça ? L'amour existe encore, et je crois qu'il y a une âme sœur pour tout le monde. Mais je ne la trouverai peut-être pas ici. Je devrais peut-être prendre mon envol pour la trouver.
« Ça va », je réponds en retirant ma main de la sienne. « On va être en retard. »
Il ne dit rien. Il démarre son pick-up hors de prix que son papa lui a offert pour son anniversaire l'an dernier et quitte l'allée. Je regarde ma maison et je me demande ce que Jett me trouve. Je ne suis pas comme les autres filles du lycée qui vivent dans des manoirs ou conduisent des voitures qui coûtent plus cher que la plupart des maisons du quartier. À la place, je regarde notre petite maison de deux chambres, qui fait moins de cent mètres carrés. Il n'y a pas de garage pour la seule voiture que ma mère et moi partageons quand elle n'est pas de garde à l'hôpital. C'est une voiture qui a vécu, mais qui nous dépanne bien. Il n'y a rien de glamour chez moi, et pourtant, il veut toujours être avec moi.
Le temps que je finisse de ruminer, Jett s'arrête devant le lieu du gala. Ça se passe au Dixon Center tous les ans. C'est un bâtiment énorme en blocs de granit qui brillent au soleil, avec de grandes colonnes en façade. Des marches en marbre mènent de la rue aux portes d'entrée luxueuses en verre et cristal. Ce genre d'endroit me donne envie de vomir. Il y a tellement de richesses dans ce monde et la plupart semblent gâchées dans des bêtises pareilles. Est-ce que ces riches connards ne voient pas le nombre de gens qui meurent de faim ou qui dorment dehors ? Ils pourraient donner un seul de leurs salaires et changer les choses. Au lieu de ça, ils viennent à des galas dans des costumes et des robes qui coûtent plus cher que ce que ma mère gagne en un an — et tout ça pour une seule soirée. Quel gâchis.
Le jeune homme du voiturier s'approche du pick-up de Jett et m'ouvre la porte. Je sors en tenant le bas de ma robe pour ne pas m'étaler et me donner en spectacle. C'est déjà assez dur que tout le monde sache que Jett sort avec une fille des « quartiers populaires ». Je ne vais pas en rajouter. Jett fait le tour du véhicule et pose sa main sur mon dos pour me guider vers les marches de marbre. J'ai l'impression qu'on m'emmène à l'abattoir, une marche coûteuse après l'autre.
« Monsieur Hastings, c'est un plaisir de vous voir ce soir, jeune homme. Oh, et vous avez emmené votre ravissante petite amie. »
J'ai déjà vu cette femme, mais je n'arrive pas à remettre un nom dessus. On dirait une passagère privilégiée du Titanic. Sa robe est presque aveuglante avec toutes ces paillettes et ces perles brillantes. Un diadème serti de diamants trône sur ses cheveux gris, pour bien montrer qu'elle est la personne la plus importante ici, ce dont je ne doute pas une seconde. Elle doit avoir dans les quatre-vingts ans, ce qui la rend d'autant plus redoutable. Elle connaît les jeux des riches et des célèbres depuis bien plus longtemps que nous. Je devrais peut-être prendre des notes.
« Bonjour, Madame Goldman », la salue Jett. « C'est encore un superbe événement que vous avez organisé. J'ai hâte de voir la suite de la collecte de fonds. »
Elle frappe dans ses mains, l'admirant comme s'il était un dessert délicieux. Ça me donne envie de gerber, mais je garde mon sourire de façade. Je me demande si elle a un lien avec Goldman Sachs. Vu sa puissance et sa fortune, ça ne m'étonnerait pas.
« Oh, mon garçon, cet événement est fait pour toi. » Elle lui tapote la joue. « Comment se passe ta saison ? »
« Elle vient de commencer, madame. Je vous tiendrai au courant quand nous aurons gagné notre premier match. »
Elle éclate de rire et frappe à nouveau dans ses mains. « J'adore votre répartie, Monsieur Hastings. Gardez-moi une danse pour plus tard, d'accord ? Je dois aller voir mes invités. » Puis elle me lance un regard. « C'était un plaisir, ma chère. »
Je souffle un bon coup quand elle s'éloigne, flottant à travers la pièce pour aller d'un riche abruti à l'autre. Est-ce que je pourrais simuler un malaise et me barrer d'ici ? C'est vraiment le dernier endroit où j'ai envie d'être. Je préférerais être aux urgences avec ma mère, à voir défiler des malades qui laissent des microbes et du sang sur son comptoir.
Un chahut éclate derrière nous. Jett me fait pivoter vers l'entrée. Les flashs des photographes illuminent une silhouette sur les marches. Ils ne s'arrêtent que lorsque les portes se referment. Tous les riches snobs l'entourent comme si c'était la star de la soirée, lui serrant la main et lui léchant les bottes. C'est forcément Holden Van — le pire ennemi de mon mec.
Jett se crispe à mes côtés et lance un regard noir à Holden qui passe devant nous. Mais c'est le sourire narquois qu'Holden me lance qui me donne la chair de poule. Je me retourne pour le suivre du regard. Il marche la tête haute à travers la foule qui s'écarte sur son passage. Je déteste le fait de ne pas le détester. Pas même un peu. Comment détester quelqu'un qui ressemble à ça ? Le mec fait facilement deux mètres et domine presque tout le monde ici. Il a une telle assurance que je ne peux pas m'empêcher d'être jalouse de lui et de son énergie. Sa mâchoire et ses pommettes font passer les traits de Jett pour de la gnognotte. Je ne comprends pas pourquoi Holden Van n'est pas mannequin. Ou peut-être qu'il l'est. Ça ne m'étonnerait pas.
Lorsqu'il regarde par-dessus son épaule droit vers moi, je sens mon cœur dégringoler. Pourquoi Holden Van me regarderait, moi ? J'ai un truc sur le visage ? Je touche mes joues, puis mes lèvres, mais je ne sens rien. Il me sourit — un sourire complice qui me donne envie de le gifler. Pourquoi doit-il être aussi beau ? Et pourquoi ai-je envie de passer mes mains dans ses cheveux noirs en bataille ? De les écarter de ses yeux avant qu'il ne se penche pour m'embrasser avec ses lèvres charnues et...
« Viens, on va chercher notre table », me murmure Jett à l'oreille, me tirant de mes pensées coquines.









So she's with Jett and not in love with him, and on top of that day dreaming about Jett's worst nightmare. This is the perfect recipe for disaster and a lot of drama. Let's see!
bet you she is red blushing is where yiu get these men Lulu😊🤣😚
I was so tempted to read this when finished but here I am 😂😂😂